Tariq Ramadan, notre invité de cette semaine, se passe
de présentation. Surtout au terme d'une tournée
très médiatisée, comme les précédentes.
Nous l'avons rencontré vendredi matin. La discussion a
surtout porté sur les attaques faites contre lui en France
l'accusant d'utiliser un double langage et d'être "le
cheval de Troie de l'islamisme en Occident".
Le DR Khalil Elahee, coordonnateur de votre dernière
tournée à Maurice la qualifie de "logique
de continuité dans le travail entrepris il y a une dizaine
d'années." De quel travail s'agit-il précisément
Tariq Ramadan ?
Je suis venu à Maurice pour la première fois il
y a onze ans et demi et nous étions partis sur trois axes
: une meilleure connaissance du message de l'islam à l'intérieur
de la communauté avec l'idée de comprendre ses messages
en l'adaptant à la situation de notre société
contemporaine ; ensuite une réflexion sur la nécessité
de s'ouvrir au-delà de la communauté religieuse
pour se réconcilier avec sa dimension citoyenne et ; la
nécessité de s'engager ensemble. Sur les huit visites
que j'ai effectuées à Maurice, j'ai toujours eu
le souci de rencontrer les gens des différentes communautés,
de lutter contre le communalisme naturel pour en arriver à
une sorte de citoyenneté construite, réfléchie
ensemble au nom d'intérêts et de valeurs communs.
C'est un travail sur les mentalités de longue haleine qui
est mené par le comité de coordination, qui n'est
pas toujours visible au contraire de mes visites qui sont très
médiatisées
Qui du travail de fond discret ou de celui très médiatisé
que sont vos visites est le plus efficace ?
Le plus important est celui du travail du comité de coordination.
Mes visites ne font que redynamiser la machine qui est maintenue
en marche par le comité de coordination, et ce n'est pas
toujours facile, selon les circonstances politiques de Maurice.
Et puis on s'aperçoit d'une chose, même au sein de
la communauté musulmane et quelles que soient les résistances
et les oppositions, ce que j'appelle le mainstream, c'est-à-dire
la grande majorité, accepte très bien nos idées.
Vous avez le sentiment que la communauté musulmane mauricienne
accepte plus facilement vos idées aujourd'hui qu'hier ?
Je pense qu'il y a aujourd'hui beaucoup de personnes dans la société
mauricienne en général, et dans les communautés
musulmanes en particulier, qui sentent bien que le message que
nous véhiculons peut leur permettre de vivre quelque chose
de plus équilibrée et de plus ouvert. Ce qui explique
en même temps la réaction crispée de ceux
qui ont eu, pendant longtemps, une certaine autorité parce
que nous bousculons certaines règles. Cela a été
très violent cette fois-ci avec des rencontres contre ma
venue et une campagne d'affiches disant aux gens qu'ils n'avaient
pas le droit d'aller m'écouter.
Ces réactions signifient que vous existez et que vous
dérangez et vous font, quelque part, de la publicité
J'ai toujours dit que je n'avais aucun état d'âme
par rapport à ces manifestations et que s'il y avait débat
je serai prêt à y aller pour dialoguer. Je ne suis
pas sur l'effet de sensation mais sur un projet à long
terme. Mon but n'est pas de déranger mais de faire avancer
les mentalités à Maurice.
Pourquoi Maurice, Tariq Ramadan, où vous êtes
venu huit fois ? Qu'est ce qui vous intéresse dans cette
petite communauté musulmane locale alors qu'il existe ailleurs
des pays européens, en particulier, avec de plus grosses
communautés ou vous pourriez avoir beaucoup plus d'adeptes
?
Je ne m'occupe pas prioritairement de Maurice comme on pourrait
le croire. Je visite régulièrement des pays européens,
certains pays africains et le Canada. Cela étant, le contact
que j'ai eu lors de ma première visite à Maurice
avec ceux qui font partie du comité de coordination et
le peuple mauricien était une chimie réelle. Je
vis ici pas seulement avec le sens d'une mission mais surtout
avec celui d'une rencontre continue avec des gens que j'aime,
un pays que j'apprécie et, je le dis toujours, qui me le
rend bien.
Vous faites le tour du monde pour aller prêcher la bonne
parole. Qui finance ces déplacements ?
C'est vous qui avez utilisé la formule "prêcher
la bonne parole", pas moi. Je suis enseignant à
Oxford mais toutes les invitations qui me sont faites sont prises
en charge par la puissance invitante. Ce sont souvent des universités
ou des organisations musulmanes.
La dernière fois que vous nous avez accordé une
interview, il y a quatre ans, vous étiez installé
en Suisse et projetiez d'aller faire une longue tournée
aux États-Unis. Que s'est-il passé depuis ?
J'avais eu une proposition pour un poste permanent aux États-Unis
que j'avais accepté et neuf jours avant mon départ
j'ai appris que le visa qu'on m'avait accordé avait été
annulé sans aucune explication. Trois ans après,
j'ai appris que le visa m'avait été refusé
sous prétexte que j'avais financé une association
de soutien aux Palestiniens. C'était un faux argument.
J'ai poursuivi le gouvernement américain avec une série
d'organisations universitaires, entre autres, pour atteinte discriminatoire
à la liberté d'expression. Mais cela étant
je considère que c'est plus un honneur qu'un déshonneur
d'être banni ou interdit de séjour aux États-Unis
par l'administration Bush.
Comme la campagne d'affiches à Maurice, cette mesure
de l'administration Bush vous sert
Le fait est que ce qu'ils ont fait a donné une plus grande
envergure à ma parole. Aujourd'hui, j'interviens régulièrement
par vidéoconférence aux États-Unis. Ensuite,
après cette affaire, j'ai pris la décision d'accepter
une proposition d'enseigner à l'université d'Oxford
avec des allées et venues en Hollande.
On aurait cru que vous seriez plus facilement installé
en France qu'en Angleterre. L'élection de Nicolas Sarkozy
- avec qui vous aviez débattu à la télévision
- à la présidence de la France a-t-elle eu quelque
chose à faire dans votre décision d'aller travailler
en Grande Bretagne ?
Non, dans la mesure où mon bureau permanent est à
Paris et que j'y vais très souvent. Mais c'est vrai que
je n'ai pas eu de propositions de travail venant de la France
et d'ailleurs je n'en recevrai pas eu égard à la
campagne qui y a eu lieu contre moi en 2003 quand j'ai précisément
fait cette émission à la télévision
avec Nicolas Sarkozy. À cette période précise,
la situation en France autour de la question de l'islam, autour
de la question de l'intégration, était très
crispée et Sarkozy n'a pas été de ceux qui
ont toujours facilité le calme dans le débat.
Que pensez-vous de l'opération politique que le président
Sarkozy vient de faire en obtenant du colonel Kadhafi la libération
des médecins et infirmiers bulgares et palestiniens ?
Il y a une chose qu'on ne pourra pas ne pas reconnaître
à Nicolas Sarkozy : une habilité et une intuition
politique à se saisir des occasions. C'est quelqu'un qui
a su utiliser au moment où il devenait président
trois causes très médiatiques : Ingrid Bettancourt
emprisonnée en Colombie ; les prisonniers bulgares et palestiniens
en Lybie et ; la question du Darfour. Il choisit des causes et
les travaille de façon médiatique. Déjà,
quand il était ministre de l'Intérieur, il aimait
faire des coups médiatiques. Je ne suis pas étonné
par ce que Sarkozy vient de faire et je pense même que sur
d'autres dossiers il va beaucoup nous surprendre. Il est quand
même le seul dirigeant politique qui a réussi, en
l'espace de six mois, à faire imploser l'extrême
droite et laminé la gauche.
Fermons cette parenthèse française. Peut-on dire
que depuis les attentats contre le World Trade Centre l'islam
s'est radicalisé ?
Je ne le crois pas. On doit reconnaître que depuis le 11
septembre 2001 il y a dans le monde musulman la prise en compte
d'une infime minorité radicale et radicalisée qui
fait énormément parler d'elle mais qui n'est pas
du tout représentative de la grande majorité qui
s'y oppose. Le 11-Septembre et tout ce qui a suivi en termes d'attentats
à travers le monde a imposé à l'énorme
majorité de prendre des positions extrêmement claires
par rapport à l'infime minorité. Cette dernière
est groupusculaire et il ne faut surdimensionner ce qu'elle représente
dans la réalité par l'effet médiatique. Vis-à-vis
de cette infime minorité, il faut avoir une position extrêmement
claire de refus absolu, que j'ai défendu dès le
départ : ils ne sont pas non islamiques, ils sont anti-islamiques.
Vous avez certainement entendu parler de l'affaire de l'azaan
qui a défrayé la chronique mauricienne. À
l'époque des faits, des musulmans ont affirmé que
la loi islamique est la loi suprême, même dans un
pays non islamique. Quelle est votre position sur cette question
Tariq Ramadan ?
C'est un non-sens de dire les choses comme ça. Je pense
qu'un musulman doit avoir un contrat citoyen et social avec la
législation du pays où il vit. Il existe une formule
prophétique qui dit : "le musulman respecte les
termes de son contrat." Donc, le musulman doit respecter
la loi mauricienne et n'est pas au-dessus d'elle au nom d'une
supposée reconnaissance d'un droit supérieur. La
seule condition qui devrait être émise - et elle
l'est dans toutes les démocraties - c'est la liberté
de conscience et de culte. Les propos que vous avez cités
sont des propos passionnés qui n'aident pas à résoudre
les problèmes.
Une deuxième campagne d'affiche semble garantie après
la publication de ces propos
Je suis allé plus loin sur ce sujet dans un livre que j'ai
écrit en 1996, Être musulman européen.
Un musulman respecte la loi de son pays tant que cette loi ne
lui impose pas de faire quelque chose contre sa conscience, ne
l'empêche de pratiquer...
mais certains ont dit à l'époque de l'affaire
que c'était interdire au musulman de pratiquer sa religion
que de l'empêcher de faire l'azaan à travers
un système de sonorisation amplifiée
C'est une méconnaissance des règles islamiques.
D'abord, l'azaan n'est pas une obligation et quand la loi
du pays dit que ce n'est pas possible parce qu'on gêne le
voisinage, on doit s'adapter à cette loi. Cette vision
rigide du droit musulman est fausse et cette méconnaissance
de la loi mauricienne coupable car nul n'est censé ignorer
la loi. Les propos que vous avez cités sont, je le répète,
excessifs, et la chose qui a permis au bout du compte de régler
la situation c'est le dialogue.
Avez-vous été surpris par l'ampleur prise par
l'affaire de l'azaan à Maurice ?
Non, je ne suis plus du tout surpris par ces dérapages
émotifs et émotionnels de réactivité
surdimensionnés par rapport à des choses qui nécessitent
d'être raisonnables et de dialoguer. Il faut savoir garder
son calme, se maîtriser et prendre de la distance.
L'avez-vous fait, par exemple, pour l'affaire des caricatures
de Mahomet ?
J'étais au Danemark au moment où elles ont été
publiées. J'ai dit aux musulmans : c'est une provocation.
J'ai vu les caricatures que je n'ai pas trouvées bonnes
et j'ai dit : ça nous blesse mais on laisse passer sans
réagir. Il y a eu une instrumentalisation de cette affaire
venant de pays arabes dont l'Égypte. Il est plus facile
dans les pays arabes où il n'y a pas de liberté
de laisser les gens s'exprimer contre l'Occident que de leur permettre
de construire une véritable opposition chez eux. C'est
pour ça qu'on ne doit pas se lancer dans des propos dont
l'émotivité peut nous dépasser.
Depuis votre dernier passage à Maurice, votre image
de marque a beaucoup évolué, Tariq Ramadan. Des
livres et des articles ont été publiés affirmant
que vous êtes un adapte du double langage. Vous en auriez
un, modéré, pour l'Occident, et un autre, plus musclé,
destiné aux musulmans. Est ce que ces accusations sont
fondées ?
Je vais bien sûr vous répondre par la négative.
Face à ces accusations, je renvoie les gens à deux
choses : mes livres, mes cassettes et mon site web. Et je dis
: allez et comparez les à ce qui a été dit
sur moi dans ces livres où mes phrases sont coupées.
On a écrit par exemple que je parle en français
dans les villes et en arabe dans les banlieues. Le problème
c'est que dans les banlieues on ne parle plus arabe...
vos adversaires disent que pour vous défendre
vous jouez sur les mots comme vous venez de le faire. Je vous
dis double langage et vous me repondez langue. Le fond de la question
est le suivant : est-ce que vous avez un discours différent
dépendant de ceux qui vous écoutent ?
Non seulement je n'ai pas d'argument différent, mais je
demande qu'on le prouve et personne n'a pu le faire. Dans un procès,
la preuve incombe à l'accusation et je l'attends encore.
Depuis 25 ans que je parle, il existe une rumeur que je pratique
le double langage
quelle est la source de cette rumeur de plus en plus
persistante ?
Elle est persistante parce qu'elle est répétée
sur Google et par des gens qui écrivent des livres dont
Caroline Fourest qui a publié Frère Tariq.
Neuf mois avant, elle déclarait que je n'avais pas de double
discours. Faudrait quand même savoir.
Pourquoi s'acharne-t-on sur votre personne ?
On ne s'acharne pas sur moi. Il faut à Maurice faire attention
à ne pas confondre les attaques françaises avec
ce qui se passe ailleurs dans le monde. Mon image de travail a
été controversée en France à cause
de ces attaques, mais ce n'est pas le cas ailleurs dans le monde.
Il n'y a pas de controverse de cette nature en Grande Bretagne
où je vis et travaille
Pas encore
pas du tout. La France a un problème avec le fait
religieux et moi je symbolise l'ancien colonisé devenu
aujourd'hui citoyen français et qui parle comme eux et
ça gêne. Il y a beaucoup qui ne supportent pas de
voir devant eux des gens de couleur, des Arabes qui disent "nous
sommes Français". J'ai aussi des positions en
particulier sur le devoir de cohérence qui me rend très
critique vis-à-vis des musulmans sur les pratiques de l'islam.
Savez-vous que je ne peux pas entrer dans un certain nombre de
pays musulmans parce que j'ai critiqué leur caractère
dictatorial et leur trahison des principes de l'islam ? Mais je
dis aussi aux Européens d'avoir également un devoir
de cohérence. La polémique contre moi a commencé
en France quand j'ai dit à des intellectuels que ce qu'ils
faisaient était extrêmement grave. Pour lutter contre
l'antisémitisme, ils étaient en train de créer
une nouvelle cible en disant que les nouveaux antisémites
étaient arabes et musulmans. C'était extrêmement
grave de vouloir protéger une communauté en en ciblant
une autre alors qu'il fallait mettre tout le monde ensemble pour
lutter contre toutes les formes de racisme. C'est à ce
moment que la campagne contre moi a démarré. J'ai
mes arguments et mes preuves. J'attends toujours la preuve du
double langage que je suis censé pratiquer.
Vos propos seraient donc mal compris ou mal interprétés.
Pour quelle raison ?
Je ne fais pas du tout d'accusation en naïveté. Ceux
qui m'attaquent savent très bien ce que je peux représenter.
Quand aujourd'hui je m'attaque au gouvernement israélien
et que l'on m'accuse d'antisémitisme, je ne l'accepte pas.
Sur le plan intérieur français, j'appelle à
une citoyenneté sereine et revendicatrice de ses droits
légitimes pour toutes les populations qui hier étaient
considérées comme issues de l'émigration
et aujourd'hui sont des personnes qui ont droit à la dignité.
Quand il y a eu les émeutes dans les banlieues en France,
j'ai dit à la classe politique que ce n'était pas
une question d'islam et d'Arabes mais une question socioéconomique
française. Et qu'il fallait parler aux jeunes des banlieues
comme des citoyens français, pas des gens qui avaient besoin
d'être intégrés. Ce discours est très
gênant car il est universaliste au moment où on attendrait
de moi que je sois communautariste, que je sois enfermé
dans une logique. Or, je ne le suis pas et je ne l'ai jamais été.
Alors, vous voyez bien qu'au plan intérieur français
je gêne et ces attaques ne sont pas de la naïveté
ou de l'incompréhension. Ceux qui m'attaquent comprennent
très bien ce que je dis et où je veux en venir et
ils ne peuvent pas le supporter. Car on n'a pas eu l'habitude
en France d'entendre des voix de personnes totalement décomplexées,
citoyennes qui veulent se faire entendre.
Caroline Fourest dit dans son livre que vous êtes "le
cheval de Troie de l'islamisme en France". Vous le prenez
comme un compliment ?
Ce n'est pas un compliment mais un mensonge. Vous savez ce qu'on
a dit dans les années trente sur les Juifs : double discours,
double loyauté et infiltration, donc cheval de Troie. C'est
le nouveau racisme. Qu'est ce que l'islamisme ? C'est l'islam
politique. Est-ce que j'ai demandé la création d'un
état islamique en France ? Est-ce que je me suis battu
pour ça ?
L'auteur de Frère Tariq dit que sur le statut
de la femme dans l'islam vous préconisez le modèle
iranien, qui n'est pas reconnu pour son ouverture
je crois être le premier intellectuel arabe à
avoir dit, en 1979, au moment de la révolution iranienne,
que le foulard imposé était contre nos principes.
Mais j'ai également dit - et ce que Caroline Fourest reprend
contre moi - qu'en l'espace de 20 ans le statut et l'engagement
des femmes a peut-être plus évolué en Iran
que dans un pays comme l'Égypte ou l'Arabie Saoudite. Non
pas que je soutienne l'Iran, mais parce que je dis que c'est dans
l'intérieur du débat dans les sociétés
que l'on fait évoluer les choses.
Une dernière référence au livre de Catherine
Fourest. Elle vous reproche une attitude équivoque sur
les Talibans
Je vous réponds, une fois encore, sur les faits. En 1997
après la publication de Être musulman européen,
j'ai reçu une proposition du Nouvel Observateur
pour faire faire un index et quand on m'a questionné sur
Ben Ladden, j'ai répondu que c'était un homme dangereux
et que les Talibans "sont la pire des trahisons de ce
que peut être l'enseignement islamique." Vous voyez
donc que les faits ne résistent pas aux inventions de l'ouvrage
que vous citez. J'ai des écrits antérieurs au livre
qui démentent ce qu'il affirme.
Avez-vous répondu à ce livre pour en démentir
le contenu ?
Non, parce que je n'ai pas de temps à perdre. J'ai répondu
partiellement à certaines parties dans un livre d'entretien,
Faut-il faire taire Tariq Ramadan ? Certains ont une obsession
contre moi et moi j'ai une voix pour dénoncer leurs mensonges.
Je n'ai pas de double langage et je peux le prouver par les faits,
comme je viens de vous le démontrer en répondant
à toutes vos questions.