é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 5 août 2007

Liberté d'expression !
Gérard Cateaux


À chaque fois qu'un gouvernement fort arrive à l'Hôtel du Gouvernement, il laisse tomber le masque hideux que cachait l'intolérance. Ces trente dernières années nous ont fait cette triste démonstration, au cours desquelles la presse a fait l'objet des pires répressions: boycott publicitaire à l'encontre des journaux Le Mauricien et Week-End au début des années 70 avec le soutien des firmes privées et des agences de publicité qui avaient pignon sur rue dans le monde des affaires, sauf le groupe J. Kalachand qui s'opposa, courageusement, à cette démarche qui provenait du gouvernement de l'époque. Puis survint la censure de la presse qui durait pendant la période d'état d'urgence allant des années 1971 à 76. Ou encore le projet de loi, présenté en 1984, le Newspapers & Periodicals Act, qui visait, sous l'influence de la "Bande des Cinq", à étouffer financièrement la presse… Et qui vit l'arrestation de 44 journalistes protestataires au projet !

Ils ne sont plus nombreux, de nos jours, les journalistes à se souvenir de ces périodes sombres qui ont frappé de plein fouet la liberté d'expression - au sens large du terme. Parce qu'étaient frappés d'interdits, non seulement les journalistes, mais aussi les artistes, les auteurs, les pièces théâtrales, les œuvres cinématographiques, confinés dans une sorte de ghetto gauchissant… La pièce Li de Dev Virahsawmy était interdite de scène. Le film Z de Constantin Costa-Gavras, qui dénonçait la dictature militaire grecque, était frappé par la censure. André Masson, rédacteur en chef du quotidien Le Mauricien et chroniqueur à Week-End, était forcé à l'exil !

Il est cependant réconfortant de voir que la nouvelle génération se penche sur les dangers auxquels notre société pourrait se voir confronter, par la volonté des nouveaux princes qui nous gouvernent, de nous conduire vers une certaine limitation de nos espaces de liberté d'expression. D'où, l'exposition initiée par "l'Association de Promotion et de Défense des Droits Humains", Right Now, qui se tient à la galerie IBL. Une exposition, il est vrai, sans grande prétention, mais qui a le mérite - en ces temps où les tentations les plus folles pour museler la presse occupent les esprits des gouvernements du jour - de nous sommer à demeurer vigilants. Sans quoi nous ne pourrions pas éviter que la nuit de la dictature ne s'installe…

Il est aussi réconfortant de voir que la petite-fille d'Hervé Masson, Shakti Callikan, une des animatrices de l'association Right Now, a repris le flambeau de son défunt grand-père, là où il l'avait laissé au fond d'un cachot des Casernes Centrales…

Je ne sais pas si l'on doit parler de l'ironie de l'histoire, ou de revanche sur l'histoire, mais le lieu choisi pour une telle exposition, au cœur même du monde des affaires, haut lieu de la haute finance et du privé, constitue tout un symbole. Hervé Masson, là où il se trouve, doit apprécier… Ou il doit en rire !

Liberté de la presse, liberté de l'information, liberté des journalistes, liberté d'expression… Victor Hugo, dans un discours prophétique, déclara, le 9 juillet 1850: "C'est parce que je veux la souveraineté nationale dans toute sa vérité que je veux la presse dans toute sa liberté…" Le propos est d'une actualité absolue.

Car, par-delà les révolutions techniques, reste l'impérieuse obligation de permettre à l'homme d'être un citoyen. C'est-à-dire informé honnêtement, loyalement, sans subir les pressions du pouvoir et de l'argent. Conscience et sentinelle de notre République. Voilà ce que nous sommes…



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 5 août 2007