Liberté d'expression !
À chaque fois qu'un gouvernement fort arrive à
l'Hôtel du Gouvernement, il laisse tomber le masque hideux
que cachait l'intolérance. Ces trente dernières
années nous ont fait cette triste démonstration,
au cours desquelles la presse a fait l'objet des pires répressions:
boycott publicitaire à l'encontre des journaux Le Mauricien
et Week-End au début des années 70 avec le
soutien des firmes privées et des agences de publicité
qui avaient pignon sur rue dans le monde des affaires, sauf le
groupe J. Kalachand qui s'opposa, courageusement, à cette
démarche qui provenait du gouvernement de l'époque.
Puis survint la censure de la presse qui durait pendant la période
d'état d'urgence allant des années 1971 à
76. Ou encore le projet de loi, présenté en 1984,
le Newspapers & Periodicals Act, qui visait, sous l'influence
de la "Bande des Cinq", à étouffer financièrement
la presse
Et qui vit l'arrestation de 44 journalistes protestataires
au projet !
Ils ne sont plus nombreux, de nos jours, les journalistes à
se souvenir de ces périodes sombres qui ont frappé
de plein fouet la liberté d'expression - au sens large
du terme. Parce qu'étaient frappés d'interdits,
non seulement les journalistes, mais aussi les artistes, les auteurs,
les pièces théâtrales, les uvres cinématographiques,
confinés dans une sorte de ghetto gauchissant
La
pièce Li de Dev Virahsawmy était interdite
de scène. Le film Z de Constantin Costa-Gavras,
qui dénonçait la dictature militaire grecque, était
frappé par la censure. André Masson, rédacteur
en chef du quotidien Le Mauricien et chroniqueur à
Week-End, était forcé à l'exil !
Il est cependant réconfortant de voir que la nouvelle
génération se penche sur les dangers auxquels notre
société pourrait se voir confronter, par la volonté
des nouveaux princes qui nous gouvernent, de nous conduire vers
une certaine limitation de nos espaces de liberté d'expression.
D'où, l'exposition initiée par "l'Association
de Promotion et de Défense des Droits Humains", Right
Now, qui se tient à la galerie IBL. Une exposition, il
est vrai, sans grande prétention, mais qui a le mérite
- en ces temps où les tentations les plus folles pour museler
la presse occupent les esprits des gouvernements du jour - de
nous sommer à demeurer vigilants. Sans quoi nous ne pourrions
pas éviter que la nuit de la dictature ne s'installe
Il est aussi réconfortant de voir que la petite-fille
d'Hervé Masson, Shakti Callikan, une des animatrices de
l'association Right Now, a repris le flambeau de son défunt
grand-père, là où il l'avait laissé
au fond d'un cachot des Casernes Centrales
Je ne sais pas si l'on doit parler de l'ironie de l'histoire,
ou de revanche sur l'histoire, mais le lieu choisi pour une telle
exposition, au cur même du monde des affaires, haut
lieu de la haute finance et du privé, constitue tout un
symbole. Hervé Masson, là où il se trouve,
doit apprécier
Ou il doit en rire !
Liberté de la presse, liberté de l'information,
liberté des journalistes, liberté d'expression
Victor Hugo, dans un discours prophétique, déclara,
le 9 juillet 1850: "C'est parce que je veux la souveraineté
nationale dans toute sa vérité que je veux la presse
dans toute sa liberté
" Le propos est d'une
actualité absolue.
Car, par-delà les révolutions techniques, reste
l'impérieuse obligation de permettre à l'homme d'être
un citoyen. C'est-à-dire informé honnêtement,
loyalement, sans subir les pressions du pouvoir et de l'argent.
Conscience et sentinelle de notre République. Voilà
ce que nous sommes
|
é d i t o r i a l
|
WEEK-END --- dimanche 5 août 2007
|