Après avoir dirigé l'Ecole Hôtelière
d'Ébène, Renaud Azéma a passé quatre
ans à faire de la formation dans les métiers de
l'hôtellerie et de la restauration à la Réunion.
Renaud Azéma travaille sur un projet d'école de
formation très haut de gamme qui lui permettrait de revenir
travailler à Maurice. Il nous l'a déclaré
dans l'interview qu'il nous a accordés, cette semaine,
lors du salon Hotelworld, au centre de conférences de Pailles.
Vous revenez à Mauriuce après quatre ans d'absence.
Qu'avez-vous fait durant cette période ?
Cela fait quatre ans que je suis à la Réunion. Les
deux premières années, j'ai fait d'abord de la formation
au sein d'Imotep, le centre que j'avais créé à
Maurice, dont je continuais les activités. Depuis deux
ans, je suis le directeur du Centaur, un centre de formation d'apprentissage
en tourisme, hôtellerie, restauration, géré
par la Chambre de Commerce de la Réunion.
Vous faites souvent le va-et-vient Maurice Réunion.
Quel est votre analyse du secteur hôtelier
Lors de mes séjours à Maurice, je rencontre beaucoup
d'anciens collègues et élèves de l'École
Hôtelière en poste dans les hôtels et qui ont
beaucoup évolué dans le bon sens. Et au regard des
positions qu'ils occupent, je crois qu'on peut dire la satisfaction
de ceux qui les emploient. De ce point de vue, c'est un regard
positif que je porte sur les formations qui ont été
dispensées à l'École Hôtelière
à l'époque. Je constate, par ailleurs, que les besoins
sont tellement conséquents à Maurice aujourd'hui
que l'offre de formation est devenue insuffisante. C'est la raison
qui motive, en partie, mon retour à Maurice.
Le président de l'AHRIM disait la semaine dernière
dans Week-End que l'École Hôtelière - que
vous avez dirigé - avait baissé de niveau et qu'il
faut lui redonner son lustre d'antan. Partagez-vous cet avis ?
Je ne peux pas porter de jugement sur l'École Hôtelière
actuelle et je serai personnellement déçu si M.
Pitot avait raison. Si je reviens à Maurice, c'est pour
contribuer au maintien de la qualité de la destination,
voire à son amélioration, puisque nous avons des
établissements quatre ou cinq étoiles qui vont ouvrir
ainsi que des villas IRS qui vont nécessiter un service
de très grande qualité. Je reviens pour travailler
dans ce créneau et je suppose que tous les établissements
dans ce secteur doivent avoir la même ambition que moi.
Depuis quelques années, le nombre d'académies
de formations appartenant à des hôtels s'est multiplié.
Est-ce une bonne chose pour le secteur hôtelier ?
C'est une bonne chose pour les hôtels en tout cas qui sont
obligés de pallier un manque de disponibilité d'offres
de formation. S'il existait suffisamment d'établissements
de formation capable de fournir tous les hôtels, ils ne
se lanceraient pas dans la formation. Les responsables disent
- et c'est un peu le discours que certains m'ont tenu - que leur
métier, ce n'est pas la formation, mais l'hôtellerie
et ils sont preneurs pour une capacité de formation supplémentaire.
Sans langue de bois, pensez-vous que le niveau du service dans
le secteur hôtelier à Maurice a progressé
ou a décliné ?
Franchement, je crois que l'évolution du service dans le
secteur hôtelier, s'est faite à la baisse. C'est
un constat que font les hôteliers et qui les inquiète.
Ils constatent une mobilité de plus en plus grande de leurs
employés. Ceux qui, formés, prennent de la valeur
et sont très recherchés par la concurrence dans
le cadre de ce qu'on appelle le"poaching." Il
y a également la concurrence, nouvelle, des call centres
qui recrutent les jeunes avec des salaires un peu supérieurs
à l'hôtellerie, mais avec des plans de carrière
moins intéressants
en fin de compte, les call centres sont en train
de devenir ce qu'était le secteur hôtelier dans les
années quatre-vingt-dix pour un jeune qui entre sur le
marché du travail.
Peut-être. Avec, à mon avis, une limitation dans
la vision des jeunes qui entrent aujourd'hui dans les call
centres. Je précise que je ne suis pas spécialiste
des call centres, mais je crois que l'hôtellerie
offre autre chose. Quand on a une formation dans l'hôtellerie,
on a un passeport pour le monde entier. Beaucoup des élèves
de l'École Hôtelière ont poursuivi leurs études
et travaillé à l'extérieur avant de revenir
à Maurice où ils occupent de bons postes. Je ne
suis pas sûr que l'on ait les mêmes facilités,
la même ouverture sur le monde et les mêmes plans
de carrière si on entre dans un call centre. Je
réponds non de mon point de vue, mais je le précise
tout de suite: je ne suis pas un spécialiste des call
centres.
Sans doute, mais les jeunes demandeurs d'emploi a qui on présente
votre argumentation répondent que la formation dans le
secteur hôtelier dur des mois alors qu'il suffit de quelques
jours d'apprentissage pour travailler dans un call centre !
Cela signifie que ces jeunes-là manquent de vision et s'intéressent
uniquement à ce qu'ils vont pouvoir faire aujourd'hui et
l'année prochaine. Je ne veux pas faire le procès
des call centres, mais valoriser les métiers de
l'hôtellerie et de la restauration. Je crois que l'on a,
à Maurice, un secteur qui est en pleine croissance. Les
Mauriciens sont reconnus pour la qualité de leur service,
leur sourire, leur assiduité au travail. C'est une main-d'uvre
recherchée dans le monde entier, aussi bien dans les pays
limitrophes que plus lointains. Cela donne la possibilité
aux Mauriciens d'aller voir ailleurs quitte à revenir.
Est-ce que ce discours ne s'adressait pas plus à l'ancienne
génération que celle d'aujourd'hui ?
Il est probable que le discours doit être revu, peaufiné
et remis sur le tapis. J'ai bien l'intention d'aller à
la rencontre des jeunes Mauriciens dans les collèges et
de leur tenir ce discours et de leur montrer très concrètement,
avec des exemples vivants, ce que sont devenus les jeunes qui,
il y a dix ans, étaient à l'école hôtelière
et les positions qu'ils occupent aujourd'hui.
En fait, vous revenez à Maurice pour lancer un nouvel
institut de formation qui porte un nom très connu dans
l'hôtellerie internationale.
Oui. Je reviens à Maurice avec l'enseigne Vatel, dont le
directeur du développement international vient de faire
un séjour de prospection chez vous. J'avais essayé
de lancer une école Vatel à la Réunion, il
y a deux ans, mais cela n'avait pas été possible.
Maurice offre des possibilités de développement
intéressant pour aujourd'hui et dans le temps avec les
grands hôtels et les projets IRS qui vont être concrétisés
dans les prochaines années. Il existe un besoin énorme
de formation hôtelière à Maurice et Vatel
est intéressé depuis sa visite de prospection. Depuis
un mois, nous sommes en train de travailler sur un tour de table
local
donc, Vatel envisage un projet avec des partenaires
mauriciens ?
La philosophie de Vatel à travers le monde est de fonctionner
en étroite relation avec les professionnels locaux associés
à différents niveaux de ses écoles. La participation
au capital de l'entreprise est une des possibilités qui
existent dans certaines des 14 écoles Vatel à travers
le monde. Le capital de l'école de Maurice serait ouvert
et nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs groupes.
Nous travaillons sur la création d'une école supérieure
qui contiendrait les outils de formation suivants: un restaurant
et un hôtel d'application qui doivent fournir des managers
et des middle managers en fin d'étude. On recruterait
au niveau HSC des jeunes qui ont pour ambition de progresser dans
l'industrie en apprenant tous les métiers à la base
et sur le terrain.
Que proposerez-vous concrètement si le projet aboutit
?
Nous souhaitons démarrer l'école en 2008 avec une
formation à plein temps pour 52 étudiants divisés
en deux groupes en alternance théorique à l'école
et pratique en hôtellerie avec nos partenaires.
Combien cela coûtera ?
L'école la moins chère du groupe Vatel est à
2800 euros l'année et la plus chère est à
11 000 euros. Entre les deux, on a probablement de multiples possibilités,
le but étant de ne pas faire à Maurice une sélection
par l'argent. Pour avoir travaillé dans des milieux modestes
à Maurice et à la Réunion je suis suffisamment
conscient que ce n'est pas l'argent qui fait le potentiel des
jeunes. Cela dit, on peut quand même envisager que le coût
de la formation tourne aux alentours d'un peu de 3000 euros par
an, soit environ Rs 450 000 tout compris pour les trois ans du
programme. Ce qui est la moitié de ce que coûte une
formation équivalente à l'étranger avec le
logement, la nourriture et le transport.
C'est le même programme que celui dispensé dans
les autres écoles Vatel à travers le monde ?
C'est la même formation qui est dispensée dans les
14 écoles Vatel à travers le monde. Avec en plus
la possibilité que la troisième année de
formation soit effectuée, sous certaines conditions, dans
une des autres écoles Vatel à Singapour, en Inde,
en Chine, au Maroc ou en France pour ne citer que quelques pays.
Je suppose que vous avez commencé à prospecter
le terrain mauricien pour ce projet. Quel est le premier response
que vous avez recueilli ?
Nous avons un très bon response, comme vous dites,
de l'hôtellerie. Les hôteliers attendent en fait une
offre complémentaire et ils savent ce que propose l'enseigne
Vatel en terme de qualité.
Est-ce que c'est un projet encore en gestation ou carrément
en voie de concrétisation ?
Tout reste à faire, mais nous avons des discussions sur
le tour de table et les choses avancent bien. Je crois que les
choses vont se décanter au mois de septembre pour orienter
le développer de cette école dont Maurice à
un urgent besoin. J'estime que si les hôteliers veulent
avoir un centre de formation répondant à leurs attentes
et besoins, ils savent ce qu'ils doivent faire. Il n'y a aucun
projet pour que le projet ne soit pas réalisé. Je
crois que c'est une occasion pour nous d'apporter des réponses
à des besoins et des attentes qui sont importantes. Reste
à savoir maintenant si les jeunes mauriciens sont désireux
de faire carrière dans les métiers de l'hôtellerie
pour obtenir après trois ans d'études un bachelor
européen et une licence en gestion de l'hôtellerie.
En fin de compte et bien que vous vous en défendiez,
si le projet Vatel se concrétise, vous allez tout de même
concurrencer l'École Hôtelière ?
J'ai cru comprendre que des études récentes démontrent
que Maurice a besoin de trois écoles hôtelières
du type de celle qui existe aujourd'hui. Vatel propose un programme
d'études supérieures. Je pense sincèrement
que si le projet Vatel se concrétise - et je le souhaite
-, ce sera en termes de complémentarité, pas de
concurrence avec les institutions qui existent aujourd'hui. Pour
le bien de Maurice.