i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 22 juillet 2007



Renaud Azéma:

"Il existe un besoin énorme de formation hôtelière à Maurice"

Après avoir dirigé l'Ecole Hôtelière d'Ébène, Renaud Azéma a passé quatre ans à faire de la formation dans les métiers de l'hôtellerie et de la restauration à la Réunion. Renaud Azéma travaille sur un projet d'école de formation très haut de gamme qui lui permettrait de revenir travailler à Maurice. Il nous l'a déclaré dans l'interview qu'il nous a accordés, cette semaine, lors du salon Hotelworld, au centre de conférences de Pailles.

Vous revenez à Mauriuce après quatre ans d'absence. Qu'avez-vous fait durant cette période ?

Cela fait quatre ans que je suis à la Réunion. Les deux premières années, j'ai fait d'abord de la formation au sein d'Imotep, le centre que j'avais créé à Maurice, dont je continuais les activités. Depuis deux ans, je suis le directeur du Centaur, un centre de formation d'apprentissage en tourisme, hôtellerie, restauration, géré par la Chambre de Commerce de la Réunion.

Vous faites souvent le va-et-vient Maurice Réunion. Quel est votre analyse du secteur hôtelier

Lors de mes séjours à Maurice, je rencontre beaucoup d'anciens collègues et élèves de l'École Hôtelière en poste dans les hôtels et qui ont beaucoup évolué dans le bon sens. Et au regard des positions qu'ils occupent, je crois qu'on peut dire la satisfaction de ceux qui les emploient. De ce point de vue, c'est un regard positif que je porte sur les formations qui ont été dispensées à l'École Hôtelière à l'époque. Je constate, par ailleurs, que les besoins sont tellement conséquents à Maurice aujourd'hui que l'offre de formation est devenue insuffisante. C'est la raison qui motive, en partie, mon retour à Maurice.

Le président de l'AHRIM disait la semaine dernière dans Week-End que l'École Hôtelière - que vous avez dirigé - avait baissé de niveau et qu'il faut lui redonner son lustre d'antan. Partagez-vous cet avis ?

Je ne peux pas porter de jugement sur l'École Hôtelière actuelle et je serai personnellement déçu si M. Pitot avait raison. Si je reviens à Maurice, c'est pour contribuer au maintien de la qualité de la destination, voire à son amélioration, puisque nous avons des établissements quatre ou cinq étoiles qui vont ouvrir ainsi que des villas IRS qui vont nécessiter un service de très grande qualité. Je reviens pour travailler dans ce créneau et je suppose que tous les établissements dans ce secteur doivent avoir la même ambition que moi.

Depuis quelques années, le nombre d'académies de formations appartenant à des hôtels s'est multiplié. Est-ce une bonne chose pour le secteur hôtelier ?

C'est une bonne chose pour les hôtels en tout cas qui sont obligés de pallier un manque de disponibilité d'offres de formation. S'il existait suffisamment d'établissements de formation capable de fournir tous les hôtels, ils ne se lanceraient pas dans la formation. Les responsables disent - et c'est un peu le discours que certains m'ont tenu - que leur métier, ce n'est pas la formation, mais l'hôtellerie et ils sont preneurs pour une capacité de formation supplémentaire.

Sans langue de bois, pensez-vous que le niveau du service dans le secteur hôtelier à Maurice a progressé ou a décliné ?

Franchement, je crois que l'évolution du service dans le secteur hôtelier, s'est faite à la baisse. C'est un constat que font les hôteliers et qui les inquiète. Ils constatent une mobilité de plus en plus grande de leurs employés. Ceux qui, formés, prennent de la valeur et sont très recherchés par la concurrence dans le cadre de ce qu'on appelle le"poaching." Il y a également la concurrence, nouvelle, des call centres qui recrutent les jeunes avec des salaires un peu supérieurs à l'hôtellerie, mais avec des plans de carrière moins intéressants…

en fin de compte, les call centres sont en train de devenir ce qu'était le secteur hôtelier dans les années quatre-vingt-dix pour un jeune qui entre sur le marché du travail.

Peut-être. Avec, à mon avis, une limitation dans la vision des jeunes qui entrent aujourd'hui dans les call centres. Je précise que je ne suis pas spécialiste des call centres, mais je crois que l'hôtellerie offre autre chose. Quand on a une formation dans l'hôtellerie, on a un passeport pour le monde entier. Beaucoup des élèves de l'École Hôtelière ont poursuivi leurs études et travaillé à l'extérieur avant de revenir à Maurice où ils occupent de bons postes. Je ne suis pas sûr que l'on ait les mêmes facilités, la même ouverture sur le monde et les mêmes plans de carrière si on entre dans un call centre. Je réponds non de mon point de vue, mais je le précise tout de suite: je ne suis pas un spécialiste des call centres.

Sans doute, mais les jeunes demandeurs d'emploi a qui on présente votre argumentation répondent que la formation dans le secteur hôtelier dur des mois alors qu'il suffit de quelques jours d'apprentissage pour travailler dans un call centre !

Cela signifie que ces jeunes-là manquent de vision et s'intéressent uniquement à ce qu'ils vont pouvoir faire aujourd'hui et l'année prochaine. Je ne veux pas faire le procès des call centres, mais valoriser les métiers de l'hôtellerie et de la restauration. Je crois que l'on a, à Maurice, un secteur qui est en pleine croissance. Les Mauriciens sont reconnus pour la qualité de leur service, leur sourire, leur assiduité au travail. C'est une main-d'œuvre recherchée dans le monde entier, aussi bien dans les pays limitrophes que plus lointains. Cela donne la possibilité aux Mauriciens d'aller voir ailleurs quitte à revenir.

Est-ce que ce discours ne s'adressait pas plus à l'ancienne génération que celle d'aujourd'hui ?

Il est probable que le discours doit être revu, peaufiné et remis sur le tapis. J'ai bien l'intention d'aller à la rencontre des jeunes Mauriciens dans les collèges et de leur tenir ce discours et de leur montrer très concrètement, avec des exemples vivants, ce que sont devenus les jeunes qui, il y a dix ans, étaient à l'école hôtelière et les positions qu'ils occupent aujourd'hui.

En fait, vous revenez à Maurice pour lancer un nouvel institut de formation qui porte un nom très connu dans l'hôtellerie internationale.

Oui. Je reviens à Maurice avec l'enseigne Vatel, dont le directeur du développement international vient de faire un séjour de prospection chez vous. J'avais essayé de lancer une école Vatel à la Réunion, il y a deux ans, mais cela n'avait pas été possible. Maurice offre des possibilités de développement intéressant pour aujourd'hui et dans le temps avec les grands hôtels et les projets IRS qui vont être concrétisés dans les prochaines années. Il existe un besoin énorme de formation hôtelière à Maurice et Vatel est intéressé depuis sa visite de prospection. Depuis un mois, nous sommes en train de travailler sur un tour de table local…

… donc, Vatel envisage un projet avec des partenaires mauriciens ?

La philosophie de Vatel à travers le monde est de fonctionner en étroite relation avec les professionnels locaux associés à différents niveaux de ses écoles. La participation au capital de l'entreprise est une des possibilités qui existent dans certaines des 14 écoles Vatel à travers le monde. Le capital de l'école de Maurice serait ouvert et nous sommes actuellement en discussion avec plusieurs groupes. Nous travaillons sur la création d'une école supérieure qui contiendrait les outils de formation suivants: un restaurant et un hôtel d'application qui doivent fournir des managers et des middle managers en fin d'étude. On recruterait au niveau HSC des jeunes qui ont pour ambition de progresser dans l'industrie en apprenant tous les métiers à la base et sur le terrain.

Que proposerez-vous concrètement si le projet aboutit ?

Nous souhaitons démarrer l'école en 2008 avec une formation à plein temps pour 52 étudiants divisés en deux groupes en alternance théorique à l'école et pratique en hôtellerie avec nos partenaires.

Combien cela coûtera ?

L'école la moins chère du groupe Vatel est à 2800 euros l'année et la plus chère est à 11 000 euros. Entre les deux, on a probablement de multiples possibilités, le but étant de ne pas faire à Maurice une sélection par l'argent. Pour avoir travaillé dans des milieux modestes à Maurice et à la Réunion je suis suffisamment conscient que ce n'est pas l'argent qui fait le potentiel des jeunes. Cela dit, on peut quand même envisager que le coût de la formation tourne aux alentours d'un peu de 3000 euros par an, soit environ Rs 450 000 tout compris pour les trois ans du programme. Ce qui est la moitié de ce que coûte une formation équivalente à l'étranger avec le logement, la nourriture et le transport.

C'est le même programme que celui dispensé dans les autres écoles Vatel à travers le monde ?

C'est la même formation qui est dispensée dans les 14 écoles Vatel à travers le monde. Avec en plus la possibilité que la troisième année de formation soit effectuée, sous certaines conditions, dans une des autres écoles Vatel à Singapour, en Inde, en Chine, au Maroc ou en France pour ne citer que quelques pays.

Je suppose que vous avez commencé à prospecter le terrain mauricien pour ce projet. Quel est le premier response que vous avez recueilli ?

Nous avons un très bon response, comme vous dites, de l'hôtellerie. Les hôteliers attendent en fait une offre complémentaire et ils savent ce que propose l'enseigne Vatel en terme de qualité.

Est-ce que c'est un projet encore en gestation ou carrément en voie de concrétisation ?

Tout reste à faire, mais nous avons des discussions sur le tour de table et les choses avancent bien. Je crois que les choses vont se décanter au mois de septembre pour orienter le développer de cette école dont Maurice à un urgent besoin. J'estime que si les hôteliers veulent avoir un centre de formation répondant à leurs attentes et besoins, ils savent ce qu'ils doivent faire. Il n'y a aucun projet pour que le projet ne soit pas réalisé. Je crois que c'est une occasion pour nous d'apporter des réponses à des besoins et des attentes qui sont importantes. Reste à savoir maintenant si les jeunes mauriciens sont désireux de faire carrière dans les métiers de l'hôtellerie pour obtenir après trois ans d'études un bachelor européen et une licence en gestion de l'hôtellerie.

En fin de compte et bien que vous vous en défendiez, si le projet Vatel se concrétise, vous allez tout de même concurrencer l'École Hôtelière ?

J'ai cru comprendre que des études récentes démontrent que Maurice a besoin de trois écoles hôtelières du type de celle qui existe aujourd'hui. Vatel propose un programme d'études supérieures. Je pense sincèrement que si le projet Vatel se concrétise - et je le souhaite -, ce sera en termes de complémentarité, pas de concurrence avec les institutions qui existent aujourd'hui. Pour le bien de Maurice.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 22 juillet 2007