Faits et effets
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Comment s'y retrouver…
Humeur
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Est-ce qu'il aurait changé ?
Interrogations
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Ainsi font, font, font…
Faits et effets...
Comment s'y retrouver
Pour quelles raisons le Premier ministre a-t-il décidé
de faire une sortie, jeudi, contre les organisations socioculturelles
?. C'est la grande question qui taraude les observateurs. D'autant
que Navin Ramgoolam est, certainement le Premier ministre de la
république qui a, de loin, le plus répondu présent
aux activités de telles organisations à travers
le pays. N'a-t-il pas récemment fait les éloges
publics de la Voice of Hindu ? N'a-t-il pas participé à
plus d'une fonction dans sa circonscription et ailleurs organisées
par ces organisations, dont la Rajput Socialist Movement qui lui
avait assuré tout son soutien, au même titre que
d'innombrables autres groupuscules, aux dernières élections
générales.
Son irritation doit, à cet effet, certainement venir de
la fronde Bob Choolun, le nouveau président du conseil
de district qui a réussi à réunir une majorité
contre le choix du Premier ministre qui s'était porté
sur Tapeswarsingh Bissoondoyal. Une réunion convoquée
à Clarisse House le 7 juillet n'a attiré que 14
des 36 conseillers. Ce qui était un premier affront. Pire,
le travail confié aux élus des circonscriptions
8, 9, et 10 n'ont rien donné pas plus que la mission dévolue
au vice-Premier ministre, Rashid Beebeejaun de faire partir Bob
Choolun avant son retour de Chine. Le même scénario
s'est produit dans le sud avec a reconduction de Ramesh Basenoo
alors que c'est Navin Chintamun qui avait les faveurs de la direction
du PTr et de Navin Ramgoolam. C'est une première dans les
annales de l'administration régionale que les directives
des ministres des élus locaux sont superbement rejetées
et que les injonctions premierministérielles sont ainsi
allégrement ignorées.
Pire, c'est que les nouveaux élus ont vite fait de rechercher
l'appui de ce qu'ils appellent leur "famille" pour se
mettre à l'abri de toute contestation. Le "pas touche"
est reparti et c'est le décompte communaliste et castéiste
qui fait rage dans tous les conseils de district, même à
Rivière Noire où certains ont été
jusqu'à claquer la porte du conseil parce qu'il n'y a aucun
représentant de leur famille à la tête du
district. Tout ce remue-ménage qui s'est déroulé
à peine qu'il ait eu le dos tourné, a dû mécontenter
au plus haut point le Premier ministre. Et il a subitement découvert
que les plus vocaux parmi les organisations socioculturelles ne
représentent qu'eux mêmes. C'est un fait depuis des
lustres. Mais voilà lorsque cela sert ses desseins électoraux,
c'est bon à prendre. Il faut savoir que cela a un prix
et qu'il faut tôt ou tard passer à la caisse. Si
ce n'est à la casse. Et on a envie de rappeler que celui
qui sème le vent récolte la tempête.
Quant à ce qu'il a dit sur l'éducation, c'est vrai
qu'avec les facilités dont on impose aujourd'hui, il y
a comme un recul par rapport au passé. La faute est au
système. Hier, c'était l'école de l'apprentissage
à la vie, celle de l'acquisition de la connaissance mais
aussi du savoir vivre en société, avec les autres
et non pas à côté des autres, de l'éducation
en sus de l'instruction. Aujourd'hui, à quelques rares
exceptions près, c'est l'abrutissement, c'est la compétition
à outrance. Et ce n'est pas avec son A + à 11 ans
que le Premier ministre réussira cette éducation
qu'il semble regretter de toutes ses forces Son système
unique et inique va produire de pus en plus d'enfants qui iront,
à 13/15 ans, par centaines dans les discothèques
fumer et boire de l'alcool.
On peut tous uvrer pour que les choses changent vraiment
mais c'est au gouvernement de donner le bon signal. On a du mal
à s'y retrouver. Et en terme de signal, comment passer
sous silence cette réponse du ministre du Logement révélant
que le groupe qui construira une antenne de la clinique privée
et payante Apollo ne paiera que Rs 100 par arpent par an pour
les 12 arpents qui lui ont été octroyés sur
une période de 19 ans et plus quelques années. Ce
petit prix, comme on ne dit dans le commerce a été
calculé en échange des Rs 80 millions que le promoteur
va injecter dans les travaux d'infrastructures. Or, ce n'est qu'une
infime partie du milliard annoncé pour construire cet hôpital.
Mais là aussi, on a du mal à se retrouver. Quelle
est la politique du gouvernement ? Apollo paiera, en fait, le
même prix, Rs 100 par an, dont se sont jusqu'ici acquittés
les habitants de la Central Housing Authority, sauf que leur terrain
à eux ne fait pas un arpent mais pas plus de trois petites
perches dans la plupart des cas. Tian Li, nous dit-on, va investir
Rs 17 milliards mais c'est le contribuable qui va casquer jusqu'à
Rs 310 millions pour les travaux d'infrastructure. Il y a quelque
chose qui ne tourne pas rond ans la politique sociale de l'alliance
dite sociale. Aux malheureux habitants de la CHA, il est demandé
de payer les arriérés plus Rs 2,000 pour devenir
propriétaires de quelques perches mais, à ceux venus
avec leurs gros sous, c'est des cadeaux venant de la trésorerie
publique. Pas étonnant que, sur les 19,300 habitants des
cités de la CHA, ils sont seulement un sixième à
avoir manifesté de l'intérêt pour le projet
gouvernemental.
Le plus rigolo, lors des échanges, entre Asraf Dulull et
Joe Lesjongard sur le bail d'Apollo, c'est que le ministre a dit
que cette transaction n'est pas comparable à celle d'Illovo,
ce qui a provoqué l'hilarité générale,
le site offert à prix nominal de Rs 100 à Apollo,
se situant précisément sur une partie des terrains
donnée en cadeau au gouvernement MSM/MMM dans le cadre
du deal Illovo. Qui a dit que les ministres ne pouvaient
pas être marrants !.. Au lieu des "pas touche"
des groupuscules, ce sont les Mauriciens, toutes couleurs confondues,
qui auraient dû se mobiliser pour dire "pas touche
nou la mer, pas touche nou Agaléga, pas touche nou Jardin
Pamplemousses !".
Humeur
Est-ce qu'il aurait changé ?
Est-ce que l'âge - il a passé le cap du troisième
âge, samedi dernier - ajouté à la philosophie
chinoise - il vient d'effectuer une visite dans l'ancien céleste
empire - auraient changé Navin Ramgoolam ? Aurait-il caressé
le ventre dodu d'un Bouddha en bois et s'est vu doté d'une
forme de sagesse qui le fait plus réagir comme un chef
de gouvernement que comme un leader de parti et parfois même
un chef de bande ? Ce sont les questions que beaucoup de Mauriciens
ont dû se poser en prenant connaissance de la première
déclaration publique faite par le Premier ministre, jeudi.
Lors d'une cérémonie religieuse à Eau Bouillie,
Navin Ramgoolam a fait une sortie - méritée - contre
ceux qui prennent la direction de sociétés socioculturelles
"pour défendre leurs propres intérêts."
En ce disant, Navin Ramgoolam rejoint une position prise en 2000
par Anerood Jugnauth qui avait, en 1995, subi la trahison de certains
dirigeants de sociétés socioculturelles qu'il avait
pourtant nourris lors de son premier mandat de premier ministre.
Ce sont ces mêmes dirigeants qui avaient déclaré
à l'époque qu'Anerood Jugnauth était "ene
tigit pli tipti ki bondié" avant de le laisser
tomber comme une vieille savate à la veille des élections
de 1995. Sir Anerood Jugnauth comprit trop tard que comme l'avait
écrit Jean de La Fontaine, quelques siècles auparavant
que "tout flatteur vit aux dépens de celui qu'il
flatte." Est-ce que Navin Ramgoolam a pensé à
cette fable en entendant, jeudi, à Eau Bouillie, un dignitaire
religieux étranger le traiter de "Rajiv Gandhi
de l'île Maurice"
.
Mais ce qui a plus intéressé dans la déclaration
new look du Premier ministre, ce sont ses propos sur l'éducation.
Pour le Ramgoolam nouveau, l'éducation "ça
veut dire savoir raisonner, utiliser son esprit, abandonner les
pratiques qui vous séparent de votre voisin et cesser de
se considérer comme supérieur aux autres."
Venant de la bouche de quelqu'un qui, il n'y a pas si longtemps,
revenait systématiquement, notamment sur la question des
terres, sur les coolies et les colons si ce n'est pas du changement
cela y ressemble terriblement. Mais il y a eu mieux encore dans
le discours d'Eau Bouillie. Navin Ramgoolam a reconnu que malgré
l'éducation gratuite, nous sommes moins éduqués
aujourd'hui qu'hier et qu'il existe moins de gens qui ont du caractère
et que trop souvent "dimoun suiver, zot pé peur,
zot guetté kot pouvoir été." Au
risque d'étonner, je proclame que, pour une fois, je suis
d'accord à cent pour cent avec Navin Ramgoolam. C'est vrai
que les Mauriciens ont moins de caractère, n'osent pas
le montrer et que le climat politique et social les pousse à
se comporter en "suiveurs" à avoir peur d'oser
dire le contraire de ce que les autres affirment même s'ils
ont raison. Et se rangent du côté du pouvoir, ce
qui est plus facile que de dire le contraire de ce que pense ce
même pouvoir surtout quand il se trompe. Étant sur
la même longueur d'ondes que Navin Ramgoolam, je suis heureux
de lui apprendre qu'il existe au moins un Mauricien qui ne se
comporte pas comme un "suiveur", n'a pas peur d'exprimer
son opinion et ne prend pas position pour faire plaisir au pouvoir.
Ce Mauricien debout que Navin Ramgoolam - celui qui a tenu les
propos cités à Eau Bouillie - doit absolument rencontrer
et soutenir occupe la une de l'actualité depuis quelques
jours. Il s'agit de M. Bob Choolhun, le nouveau président
du conseil de district de Moka Flacq. Des instructions avaient
été données par la direction du PTr - qui
contrôle le conseil de district - pour que ce soit un autre
conseiller qui soit élu président. En dépit
des instructions du parti, les conseillers ont choisi démocratiquement
d'élire M. Choolhun par 21 voix contre 14. Une tentative
de faire M. Choolhun perdre son poste de président à
travers une motion de blâme vient d'échouer, l'auteur
de la motion ayant choisi de ne pas se présenter à
la séance. Selon certaines informations, une nouvelle tentative
pour renverser le président élu du conseil de district
de Moka Flacq serait en cours de préparation.
La suite de cette affaire et la position qu'adoptera Navin Ramgoolam
indiqueront aux Mauriciens si la déclaration d'Eau Bouillie
était l'expression de la sagesse enfin découverte
ou l'exception qui confirme la règle. Ou pire : au lieu
du changement, une opération politique pour donner le change
Interrogations
Ainsi font, font, font
Au jeu du politico-religieux pratiqué ici avec un empressement
jamais démenti, qui tire les ficelles ? De régime
en régime, les relations entres les deux parties ont toujours
été étroites jusqu'à l'étouffement.
Ainsi font, font, font, les petites marionnettes. Au jeu du "je
te tiens, tu me tiens, par la barbichette", chacun croit
au fond faire danser l'autre à sa guise. Avec pour résultat
que le pouvoir n'est pas forcément entre les mains de ceux
qui devraient le détenir et l'exercer dans un Etat séculier.
De retour d'une visite officielle en Chine, le Premier ministre
semble, au cours de la semaine écoulée, avoir voulu
faire entendre son agacement face à certains agissements
ethniques et communaux qui ne peuvent, dit-il, qu'entraver le
bon fonctionnement et le progrès de Maurice. Soudain réveil.
Comme Anerood Jugnauth avant lui, Navin Ramgoolam semble être
arrivé au moment où il se rend compte que les responsables
autoproclamés des associations dites socio-culturelles
ne sont en fait occupés qu'à tenter de parasiter
le pouvoir.
On serait presque tenté de s'étonner de tant
de "naïveté". Car, au fond, c'est toujours
la même chanson: en campagne électorale, les politiques
s'appuient avec complaisance sur lesdites associations "socio-culturelles"
dont les chefs s'affirment capables de mobiliser, au sein de leur
groupe ethno-religieux respectif, le plus large vote au profit
du parti qui leur fera le plus de promesses. Parti qui, une fois
au pouvoir, se rend compte qu'il est devenu l'otage du groupe
concerné. Et c'est ainsi que, de décisions en nominations,
tout, dans ce pays, continue à être soumis à
la médiocrité qu'impose, trop souvent, l'impératif
de représentation ethno-religieuse.
Sommes-nous condamnés à demeurer prisonniers
de ce système qui, de l'avis de bon nombre, et de l'aveu
même du Premier ministre aujourd'hui, nous étouffe
et hypothèque nos possibilités de développement
futur ?
Il convient sans doute à ce chapitre de revenir au cas
logé en Cour par le groupe Rezistans ek Alternativ. Qui
a eu le mérite de contester, lors des législatives
de 2005, l'obligation faite à tout citoyen mauricien désireux
de se porter candidat à la députation de s'inscrire
sous une des quatre communautés définies en fonction
du "way of life" (hindu, muslim, chinese, general
population). Car c'est là, aussi, que se situe le nud
du problème. Dans cette obligation constitutionnelle de
se présenter non en tant que Mauricien, mais en tant que
membre, et donc représentant d'une communauté. Et
partant, en cas d'élection, comme redevable à pour
ne pas dire otage de cette communauté.
Cette contestation a débouché, en juin 2005,
sur l'édifiant jugement Balancy. Qui donne gain de cause
à ce parti, en s'appuyant notamment sur les observations
faites en 2000 par le juge Dhiraj Seetulsingh quant à l'ambiguïté,
pour ne pas dire l'impossibilité, de définir clairement
le "way of life" d'un Mauricien en fonction de
la seule appartenance à l'une des quatre communautés
officiellement reconnues. "A common way of Mauritian life
has gradually and steadily developed in Mauritius and cuts across
communal barriers", avait souligné le juge Seetulsingh.
Faisant aussi remarquer que le mode de vie pouvait dépendre
des considérations de classes, en expliquant, par exemple,
qu'un hindou riche et un sino-Mauricien riche pouvaient avoir
"a similar way of life", alors que, parallèlement,
un hindou riche et un hindou pauvre pouvaient avoir des modes
de vie différents. Le juge Balancy se demandait aussi ce
que pourrait déclarer un candidat né d'un mariage
mixte qui considérerait, par son way of life, appartenir
à la fois à deux communautés différentes.
Et de conclure en regrettant que soit resté lettre morte
le souhait du juge Seetulsingh que la "faille" (shortcoming)
notée dans la Constitution autour de cette question soit
réglée à la faveur de la réforme électorale
longtemps promise.
Si le jugement Balancy avait été salué
comme une "avancée historique dans la lutte contre
le communalisme", par bon nombre, y compris nos actuels
Premier ministre et ministre de la Justice, cette affaire n'a
pourtant pas eu de réelle suite. Attendant le recours au
Comité des Droits Humains des Nations unies dont Rezistans
ek Alternativ a dû se prévaloir après que
le jugement Balancy a été renversé par la
Cour suprême.
Dans deux récents ouvrages intitulés L'Inde,
Histoire, culture et identité et Identité
et violence, l'illusion du destin, le Prix Nobel d'Economie
Amartya Sen évoque avec force l'emprise du religieux sur
la politique. Soulignant le fait qu'à travers le monde,
les responsables politiques ont accordé une reconnaissance
inédite aux autorités religieuses, devenues les
porte-parole des différentes communautés. "Le
problème, s'insurge-t-il, c'est que nous avons peur
d'être plus exigeants sur le plan intellectuel ! "
Saurons-nous outrepasser cette peur ? Saurons-nous remettre
en question les assertions trompeuses, et intéressées,
de ceux qui affirment que l'harmonie et la stabilité de
Maurice passent forcément par le maintien de cet "équilibrage"
communal, même si cela implique d'y sacrifier la compétence
? Saurons-nous, voulons-nous, défendre une vision séculière
de la politique ? C'est aussi la question que nous retournons
aujourd'hui au Premier ministre
Pour peu qu'il veuille nous
convaincre de sa volonté de ne pas nous prendre pour des
marionnettes, qu'on croit manipuler à l'envi
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 22 juillet 2007
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