a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 22 juillet 2007



Visite en Chine - Le PM : « Des moyens pour assurer la réforme »
Produits de première nécessité - Lait en poudre : nouvelle hausse de 5% attendue cette semaine
Controverse autour d'un projet de feux de signalisation - Rond-point de Caudan:Les zones d'ombre persistent
Trou-aux-Biches - La résistance s'organise contre le réalignement de la route côtière .
Court of Investigation - King Fish II et V: Le calvaire des parents des disparus
Seychelles - L'opposition cible les "riches touristes" mauriciens de l'île Farqu'har


Visite en Chine

Le PM : " Des moyens pour assurer la réforme "

Pendant un peu moins d'une heure, hier matin, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, et le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, ont dressé un bilan de leur visite officielle et des retombées de la mission de promotion des investissements en République populaire de Chine. Le Premier ministre s'est appesanti sur le triplement de l'aide de la Chine à Maurice, soit une ligne de crédit de l'ordre de Rs 3,5 milliards au cours des trois prochaines années et le potentiel de transformer Maurice en un hub dans le cadre de la concrétisation de la percée chinoise en Afrique. De son côté, Rama Sithanen a dressé la liste des sept acquis, notamment en ce qui concerne des investissements chinois à Maurice. Il a soutenu que les composantes de la politique économique prônée par le gouvernement représentent un puissant aimant pour les investissements tout en brandissant la possibilité d'un boom économique dans deux/trois ans.

Commentant la décision de Beijing de mettre à disposition une enveloppe financière, comprenant un montant de dix millions de yuans sous forme de dons, de 30 millions de yuans de prêt sans intérêts et de 800 millions de yuans sous forme de prêt avec un faible taux d'intérêt (Rs 3,5 milliards), le Premier ministre soutient que " cette aide financière représente des moyens pour assurer la réforme économique engagée par le gouvernement ".

Avant de confirmer les grandes lignes la manière dont seront utilisés ces moyens financiers, le Premier ministre est revenu sur le fait que " ces résultats sont la conséquence de la One-China-Policy adoptée par le gouvernement il y a 35 ans de cela. Les dirigeants chinois m'ont rappelé la vision et la détermination de feu sir Seewoosagur Ramgoolam, qui avait effectué une visite officielle en Chine en 1972, et qui avait prôné la politique d'une seule Chine malgré les pressions exercées par les superpuissances à l'époque ".

Le chef du gouvernement devait soutenir qu'" avec cette aide exemplaire, la République populaire de Chine donne un signal politique très fort de l'amitié et de la confiance dans l'île Maurice. " Il a confirmé que l'assistance financière chinoise sera utilisée pour des projets d'infrastructure, notamment pour des projets de décongestion routière, dans le port et les communications.

Navin Ramgoolam a saisi l'occasion de cette visite d'État pour réitérer cette One-China Policy. Ainsi, il a fait comprendre que Maurice ne participera pas au sommet Taïwan/Afrique, qui se déroulera en 2009. " J'ai confirmé à la Chine que Maurice ne sera pas présente au sommet Taïwan/Afique de 2009. Nous allons être constants dans le respect de la One-China Policy. Nous allons également demander à d'autres pays d'Afrique d'abandonner toute idée de participation ", a-t-il dit.

" Ce partenariat avec la République populaire de Chine devra déboucher sur le projet visant à faire de Maurice un véritable hub dans cette partie du monde, un véritable pont entre l'Asie et l'Afrique ", a ajouté le Premier ministre, qui a confirmé que Maurice bénéficiera d'un stand gratuit au forum de Shanghai en 2009. Il a aussi déclaré que le contrat portant sur des investissements de l'ordre de Rs 17 milliards avec le groupe Tianli pour le projet de zone d'exportations de Riche Terre a déjà été signé.

" En principe, la République populaire de Chine avait identité trois zones économiques en Afrique. Grâce à mon intervention, le choix de Maurice a été confirmé. Nous allons bénéficier du plus important volume de Foreign Direct Investment (FDI) jamais enregistré à Maurice. 7 500 emplois seront créés avec des recettes d'exportations de six milliards annuellement. Le tout est accompagné de transferts de technologie. Maurice a réussi à saisir l'occasion pour participer à l'ouverture économique de la Chine. Nous nous retrouvons dans une win-win situation ", a déclaré Navin Ramgoolam.

" Le FDI d'aujourd'hui est la croissance de demain ", a estimé le Premier ministre, qui a rappelé que " nous avons pris des décisions courageuses en engageant la réforme. " " J'ai l'habitude de dire que nobody owes us a living. Nous avons à faire des efforts pour attirer des investissements à Maurice. Il ne faut pas croire que nous sommes les seuls au monde. Nous avons besoin de poursuivre la réforme. La politique visant à réduire le taux d'imposition représente un attrait extraordinaire. La Chine a été séduite par les possibilités d'investissements à Maurice ", avance le chef du gouvernement.

" Nous avons des raisons d'être optimistes. Nous avons jeté les bases d'un partenariat économique et stratégique basé sur la confiance entre Maurice et la Chine. Tout comme Singapour et Hong Kong, nous disposons d'une porte d'accès sur la Chine ", devait conclure le Premier ministre, qui a rappelé le retour à Maurice de l'Agence Française de Développement, la révision à la hausse de l'assistance financière de l'ordre de Rs 5 milliards de l'Union européenne à Maurice, de l'aide de l'ex-président Bill Clinton dans la lutte contre le sida ou encore l'aide indienne de $ 100 millions.

Sept acquis

Pour sa part, le vice-Premier ministre et ministre des Finances a commenté les différents guichets de partenariat prévus par la République populaire de Chine. " Les autorités chinoises mettent actuellement au point les modalités pour l'Equity Fund de $ 5 milliards, du Preferential Loan Fund de $ 3 milliards et du Buyers Credit Fund de $ 2 milliards. Ces fonds ont pour objectif d'accompagner les entreprises chinoises intéressées à pénétrer dans le marché africain. Beijing a confirmé que Maurice sera éligible pour bénéficier de ces trois fonds. D'ailleurs, pour le Preferential Loan Fund, Maurice devrait être parmi les premiers bénéficiaires ", a-t-il dit en guise de préambule.

Rama Sithanen a axé son intervention sur le volet de la promotion des investissements à Beijing, Shanghai, Quindao et Hong Kong. " Le groupe Tianli, qui démarrera une zone de coopération économique et d'exportation à Riche Terre, s'est déjà lancé dans une vigoureuse campagne de marketing. Aussitôt l'infrastructure prête, les entreprises chinoises débarqueront à Maurice pour le démarrage des activités. Elles sont attirées en raison des relations politiques profondes entre Maurice et la République populaire de Chine. La réforme attire les investissements et les composantes de la réforme, soit la business facilitation, la politique d'ouverture et le régime fiscal très bas, représentent un powerful magnet pour les investissements ", a-t-il poursuivi.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a fait état des sept acquis de la mission officielle en République populaire de Chine, soit le démarrage des travaux en octobre prochain par le groupe Tianli à Riche Terre ; la possibilité d'attirer deux ou trois autres groupes chinois du calibre de Tianli à Maurice ; la délocalisation à Maurice du regional headquarters pour les ressources humaines et l'administration du groupe Huawei Technologies ;

des investissements initiaux de l'ordre de $ 200 millions dans des Bons du Trésor par la State Administration of Foreign Exchange en attendant des initiatives au niveau de l'equity ;

l'ouverture d'une antenne à Maurice de la China Development Bank pour le financement de projets de partenariat économique à Maurice et en Afrique près celle de l'Agence Française de Développement et de la Banque mondiale ; une nouvelle injection de FDI ($ 50 millions) de la part de la Hongkong and Shanghai Banking Corporation et confirmation du projet de construction du quartier général à Ébène et

au moins quatre deals entre des intérêts privés mauriciens et des partenaires chinois.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances a confirmé l'intention des groupes Haier et Hisense, des géants dans l'électroménager, à marquer une présence économique à Maurice. " Les Chinois ont également montré un intérêt dans le domaine foncier avec Maurice comme base pour leur Real Estate Investment Trust. Des discussions ont également été engagées à Hong Kong pour un projet de commercial marina ", affirme-t-il.

" Maurice est sur la voie d'un boom économique dans deux ou trois ans. Il nous faut assurer un suivi de ces investissements. À cet effet, un comité sera institué. Nous sommes confiants de pouvoir atteindre le plein-emploi dans trois ou quatre ans, de réduire le taux de chômage féminin, de doubler le Produit intérieur Brut (PIB) dans sept ans et de doubler à huit le nombre de piliers économiques avec un nouvel essor pour les petites et moyennes entreprises ", a conclu le vice-Premier ministre et ministre des Finances.


À l'heure des questions- Sucre : " Eski bizin vann pays akoz bizin gagn l'aide ? "

Le dossier de la réforme sucrière a été un des rares sujets en dehors de la mission officielle en République populaire de Chine à faire l'objet de commentaires de la part du Premier ministre, Navin Ramgoolam, lors du point de presse d'hier matin. Au tout début de l'exercice, il a fait comprendre à la presse que l'exercice était consacré exclusivement à la visite officielle effectuée en République populaire de Chine et à la mission de promotion des investissements. Face à une question de la presse portant sur les remous au sein des corps para-publics comme Airports of Mauritius, Enterprise Mauritius ou encore les relations entre le ministre Étienne Sinatambou et le conseiller du Premier ministre en matière informatique, Jean Suzanne, Navin Ramgoolam s'est cantonné à sa décision. " Mo pa anvi dévié latansyon avec bann ti zafer ", devait-il déclarer.

Q : Le démarrage du chantier du groupe Tianli est prévu pour octobre prochain. Mais sur le terrain des problèmes subsistent, notamment avec les planteurs. Peut-on connaître les solutions qui sont envisagées ?

Ramgoolam : Li an vwa d'être résolu. Nou bizin guet lintéré nasyonal ek na pas laisse deux-trwa dimounn blok ène gros prozé qui concerne lavénir Maurice.

Q : Le projet de Tianli a atteint un stade avancé. Peut-on avoir une idée des lignes de production et des secteurs d'activités économiques qui sont prévus dans cette nouvelle zone économique de Riche Terre ?

Sithanen : Le groupe Tianli a déjà entamé sa campagne de marketing. L'objectif est de produire des biens de consommation pour être exportés sur l'Afrique, notamment les marchés de la Southern African Development Community et de la COMESA. Pas moins d'une quinzaine d'activités économiques ont été identifiées, allant des produits électroniques à la technologue informatique en passant par la light manufacturing. Le groupe Tianli prévoit un point de presse pour faire état de son projet et de son programme de travail. Les investissements sont de Rs 17 milliards au cours des cinq prochaines années et les recettes d'exportations annuelles initiales sont de l'ordre de $ 200 millions.

Q : Lors des discussions avec les bailleurs de fonds, vous vous appesantissez sur la nécessité d'un frontloading de l'assistance financière. Cette démarche a-t-elle été envisagée pour les investissements du groupe Tianli ?

R : D'abord, nous avons à saluer le travail abattu de manière professionnelle par le Board of Investment et son équipe de professionnels aussi bien que par la partie chinoise. Le groupe Tianli a pris la décision de venir investir à Maurice. Les investissements ont été programmés selon un calendrier. Nous avons rencontré des problèmes avec des planteurs. Tout est dans l'ordre pour la première phase. Il nous faut préparer la deuxième phase de ces investissements…

Q : Ce triplement de l'assistance financière de la République populaire de Chine pour un montant de Rs 3,5 milliards débouchera-t-il sur une nouvelle orientation au niveau de l'assistance financière internationale dans la conjoncture ?

R : Nous avions prévu un programme de réforme économique nécessitant des financements de l'ordre de 10 milliards d'euros. Nous travaillons avec nos partenaires économiques traditionnels. Avec les relations étroites entretenues par le Premier ministre avec l'ancien président français, Jacques Chirac, nous avons obtenu un retour de l'antenne de l'Agence Française de Développement (AFD). Nous pouvons également compter sur l'assistance financière mise à la disposition de Maurice par l'Inde et la République populaire de Chine. Nous mettons l'accent sur l'importance du Foreign Direct Investment (FDI) en vue de réduire le poids de l'endettement. Nous recherchons ensuite des grants. Nous procédons à une diversification de ces sources de financement dans le cadre de la coopération Sud/Sud.

Q : Monsieur le Premier ministre, lors de votre mission en République populaire de Chine, vous avez mis en exergue la participation du secteur privé. Mais, à Maurice, le secteur privé, en particulier l'industrie sucrière, trouve que votre absence d'engagement ne facilite nullement le dialogue en vue d'arriver à un accord sur la réforme sucrière ?

Ramgoolam : Auparavant, j'avais présidé deux séances de travail avec l'industrie sucrière et une troisième peu avant mon départ en mission pour la République populaire de Chine. Nou ine dire zot ki pa gagn konpran ki alor ki zot pe koz ar nou ti-marsan pe koz dans lagazet. Pé négosié dan lagazet. Zot ine dit nou ki zot kondamn sa. Nou pou pran létan ki pou bizin pran dan lintéré nasyonal et pas lintéré enn grup.

Q : Mais entre-temps, il y a des échéances car les bailleurs attendent de voir la tenue des engagements pris en vue de procéder au décaissement des fonds prévus...

Ramgoolam : Eski bizin vann pays akoz bizin gagn l'aide ? Lintéré Maurice passe avant tout…

Q : Est-il possible de savoir commet avez-vous célébré votre 60e anniversaire le 14 juillet ?

Ramgoolam : Je constate qu'il y a eu beaucoup de spéculations à ce sujet. J'ai même lu que j'avais été fêté mon anniversaire à Londres comme si j'avais un pied à Londres et un autre en Chine. Je réaffirme le fait que je ne fête pas mon anniversaire.

Q : Cette visite en République populaire de Chine marque-t-elle une nouvelle étape dans la coopération entre les deux pays ?

Ramgoolam : Oui. C'est une nouvelle ère de coopération dans un esprit de partenariat économique et stratégique. La République populaire de Chine a mis en place les moyens financiers pour réaliser cette percée en Afrique. C'est à Maurice de prendre avantage de ces nouvelles possibilités et de se transformer en un hub dans cette partie du monde.

Q : Dans le passé, la République populaire de Chine projetait une image négative en termes de respect des libertés. Qu'avez-vous constaté lors de cette mission officielle ?

Ramgoolam : Mo pa fine trouv dimunn ki fine plaigné. Mo fine trouv boukou progré. Mo ti alle en Chine en 1997. Mo fine trouv boukou sanzman 10 ans après.

Q : Au cours de ces derniers temps, toute une série de remous ont touché des corps para-publics, comme Airports of Mauritius, Enterprise Mauritius. Tout récemment, il y a eu le problème entre le ministre Sinatambou et le conseiller en informatique, Jean Suzanne. N'est-il pas l'heure pour vous de mettre bon ordre dans la maison ?

Ramgoolam : Au tout début, j'avais dit que l'accent était sur la visite en République poplaire de Chine. Mo pa anvi dévié latansyon avec bann ti zafer

Q : La gestion des corps para-publics n'est pas …

Ramgoolam : Je veux aborder des questions d'intérêt national…

Sur ce intervient la fin de ce point de presse animé conjointement par le Premier ministre et le vice-Premier ministre et ministre des Finances.


Produits de première nécessité

Lait en poudre : nouvelle hausse de 5% attendue cette semaine

Le lait en poudre enregistrera cette semaine une énième augmentation de prix depuis le début de l'année. La majorité des marques disponibles sur le marché actuellement devrait en effet accuser une augmentation de 5%, alors qu'il est annoncé dans ce milieu qu'une marque de lait qui avait disparu pendant un certain temps des étagères devrait refaire son apparition. La situation n'est par ailleurs non moins critique pour d'autres produits de première nécessité ou ceux déjà ancré dans nos habitudes alimentaires. Le riz est toujours sous tension sur le marché mondial, alors que le prix des grains secs à l'importation a enregistré une nouvelle hausse de 15%. Ce qui devrait entraîner une augmentation de Rs 2 sur le demi-kilo de lentille noire ou dholl petit pois sur le marché local d'ici le mois prochain. Les prix du jour pour ces mêmes produits ont déjà atteint des niveaux insoupçonnés, à l'instar d'un demi-kilo de gros pois qui coûte Rs 34 ou le dholl gram, Rs 27. Les prévisions pour le dernier trimestre de l'année n'augurent rien de bon, le secteur de la consommation subira une nouvelle fois les répercussions de la flambée des prix pétroliers et agricoles, combinées à une nouvelle augmentation de pas moins de 20% du coût du fret maritime.

Difficile. Il sera en effet très difficile de se procurer dans le courant de la semaine un kilo de lait en sachet ou en boîte coûtant moins de Rs 150. Nous parlons ici des marques très prisées actuellement sur le marché la consommation à Maurice telles que Red Cow, Anchor ou encore Twin Cow. Le prix de certains produits pourrait même se rapprocher de la barre des Rs 200 avec cette nouvelle majoration, à l'instar de la marque Anchor Shape-Up, qui coûte actuellement Rs 181,95.

Le ministère du Commerce et de l'Industrie devrait en effet accorder son feu vert à une nouvelle augmentation de 5% cette semaine, les principaux importateurs de lait ayant soumis les nouveaux prix payés pour la dernière cargaison importée. Le gouvernement, faut-il rappeler, a imposé un mark-up de 14% aux importateurs depuis l'année dernière. La dernière augmentation accordée aux importateurs de lait date d'un mois, période pendant laquelle nombre de produits dérivés, yaourt ou lait pasteurisé, avaient fait l'objet de réajustements de prix.

Il ressort également que l'éventail de ces mêmes produits devrait s'élargir légèrement cette semaine avec le retour d'une marque de lait en poudre qui avait disparu des étagères. Selon les premières indications, la compagnie qui avait introduit cette marque sur le marché s'approvisionnait en Argentine avant que cette dernière ne décide d'augmenter la taxation sur les exportations. La compagnie en question aurait trouvé un fournisseur en Europe et le prix de lancement par kilo, indique-t-on, serait de moins de Rs 150.

Les raisons de ces augmentations successives étant en grande partie associées à la sécheresse sévissant en Australie et en Nouvelle-Zélande, sans compter les mesures adoptées par les gros producteurs dans le monde ou la demande qui dépasse l'offre, font que les regards seront braqués sur ce secteur dès le mois prochain, période marquant l'ouverture de la nouvelle saison de production. Les spéculations vont certes bon train, mais les importateurs ne cachent pas pour autant leurs appréhensions. "C'est une situation assez unique, car nous n'avons jamais fait face à ce genre de situation dans le passé. Donc, il est difficile de prédire ce qui va se passer. De toute façon, notre rôle se résume à celui de simples spectateurs face à ce qui se joue sur le marché mondial", confie un des responsables d'une entreprise engagée dans le secteur.

L'attention reste donc polarisée sur le secteur agricole, dont le prix de nombre de matières premières continue à grimper. Orge, blé, maïs, houblon... Les prix agricoles sont constamment sous pression avec la demande dans les pays émergents et du développement de la production de biocarburants à partir de céréales ou de maïs. Les répercussions sur les produits dérivés se font déjà sentir pour certaines marques de produits, principalement ceux venant de l'Europe.

Gros pois à Rs 34 le demi-kilo

L'approvisionnement sur les marchés traditionnels serait encore plus difficile, fait-on comprendre chez les principaux concernés. La hausse des matières premières en particulier risque ainsi d'entraîner de nouvelles hausses sur de nombreux produits à partir du dernier trimestre de l'année. Associés à la montée des prix des carburants et les récentes augmentations du fret maritime, les acteurs dans le secteur agroalimentaire se montrent ainsi de moins en moins optimistes. "La situation est non seulement intenable pour certaines catégories de produits, mais elle est surtout incontrôlable. Nous n'y pouvons rien face à ces facteurs externes. Les nouvelles augmentations sont inévitables", soutient le responsable d'une grande surface.

Face à l'envolée des prix sur les marchés traditionnels ou l'indisponibilité de certains produits, les importateurs locaux explorent d'autres sources d'approvisionnement. Mais l'herbe ne semble pas plus verte ailleurs. Les dernières statistiques indiquent par exemple que le stock de blé sur le marché international n'a jamais été aussi bas depuis 1982. En attendant les prochaines récoltes chez les gros producteurs, les prix continuent donc à monter. À l'instar des grains secs.

Le prix de certains produits a même atteint des niveaux inimaginables il y a quelques mois. Chez certains commerçants, hier après-midi, un sachet de gros pois importé de Madagascar avait déjà atteint les Rs 34, alors que ceux provenant de l'Australie coûtent Rs 31. Le dholl type "gram" ou "embrevade" coûte respectivement Rs 27 et Rs 24 respectivement. Cette tendance sera maintenue dans les jours à venir. La raison ? Le prix des grains secs à l'importation a enregistré une nouvelle hausse de 15% cette semaine. Ce qui représente une moyenne de Rs 2 sur un demi-kilo !


Controverse autour d'un projet de feux de signalisation

Rond-point de Caudan:Les zones d'ombre persistent

Le projet d'installer des feux de signalisation à la place du rond-point de Caudan en vue de les synchroniser avec les feux existants a été propulsé au centre de l'actualité avec la question parlementaire dont il a fait l'objet mardi et les points soulevés par le Mouvement social mauricien (MSM), hier matin, lors d'une conférence de presse. Les zones d'ombres entourant ce projet de la Road Development Authority (RDA) et le rapport technique semant le doute concernant la viabilité, voire la pertinence d'un tel projet, ont déjà été soulevés dans les précédentes éditions de Week-End. Les derniers éléments recueillis sur ce dossier, eu égard à la déclaration au Parlement du vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Rasheed Beebeejaun (voir plus loin), ne font que relancer la polémique autour de ce projet, dont l'étude de faisabilité a coûté Rs 7,9 millions et sa réalisation, Rs 65 millions. Faut-il donc remplacer le rond-point de Caudan par des feux de signalisation ? Les réponses se trouvent les documents soumis par la BCEOM. Voyons les faits.

L'idée de remplacer le rond-point de Caudan par des feux de signalisation fut évoquée pour la première fois en 2001 suite à une étude d'experts réunionnais concluant que le maintien du rond-point n'était plus "feasable" à cause d'un volume trop important de véhicules au niveau de cette jonction, un centre névralgique de Port-Louis. En juin 2002, la RDA décide de confier une pré-feasability à BCEOM et le rapport fut soumis en octobre 2002, concluant que la situation du trafic était déjà très affectée et recommandant de venir avec des feux de signalisation. D'où la décision de la RDA, quatre ans plus tard, de faire appel aux mêmes consultants (BCEOM) de conduire cette fois, une étude en trois volets, dont le deuxième ("Component B") devait traiter la "Coordination of traffic lights in Port-Louis".

Le contrat pour cette étude fut ainsi alloué à BCEOM de la même manière à laquelle il avait été retenu pour conduire une étude de faisabilité sur le projet de La Terre Rouge-Verdun-Ebene Link Road: sans exercice d'appel d'offres et approuvé par le Conseil d'administration de la RDA, présidé par le Chief Executive du ministère des Infrastructures publiques, M. Poonoosamy ! Le coût: Rs 7,9 millions; soit 185 925 Euros, dont 100 000 Euros proviennent d'un fond d'aide du gouvernement français pour promouvoir la sécurité routière. La participation du gouvernement mauricien se chiffre à Rs 4 millions dans le financement de cette étude.

Pour les besoins de cette étude, BCEOM devait faire appel à une firme consultante basée à Maurice, Luxeconsult (Mtius) Ltd, pour l'aider l'aider dans sa tâche. Les attributions du "subcontractor" consistaient entre autres de travailler sur le "detailed engineering and preparation of tender documents for the project" et de fournir des données sur le trafic sur cette partie de l'autoroute. Les frais réclamés par Luxeconsult (Mtius) Ltd sont de l'ordre de Rs 207 500.

Après un exercice d'appel d'offre lancé en avril dernier, le contrat a été alloué le mois dernier à AJ Maurel pour les travaux et Sobany & Sons Ltd pour l'installation et la mise en opération des feux de signalisation, pour une somme avoisinant les Rs 65 millions.

Concernant l'étude de faisabilité, une des principales attributions de BCEOM était d'établir la viabilité de cette mesure sur le court terme et son impact sur le trafic aux heures de pointe le matin et l'après-midi. "The assignment involves what could be considered as low-cost short-term measures regarding the coordination of trafic lights during the morning and evening peak periods of the day, along this very busy stretch of road", est-il souligné dans l'introduction du rapport soumis à la RDA.

Ce que dit le rapport BCEOM: "Unlikely to be a viable solution…"

Quelles en sont les conclusions ? Au chapitre de Summary and Conclusion du rapport, le consultant énumère des raisons pour lesquelles il faut remplacer le rond-point en ces termes: "the directional traffic patterns are incompatible with roundabout operations; automatically controlling traffic under various flow regimes (whereas, currently traffic police controls traffic during peak periods); possibility of coordinating traffic with other signalised intersections in the corridor."

Extraits: "The mere magnitude of the traffic at the various junctions along this stretch of road, dictates that the problems cannot be resolved by low-cost-short-term measures. Normally, traffic in the order of 5000-7000 PCU/h (passenger car unit) would required grade-separated junctions (i.e interchanges). However, given the dense urban environment it is unlikely to be a viable solution. Long-term solutions lie in a series of high cost measures, such as, alternative routes to absorb up to half of the existing traffic; public transport schemes; descentralisation of economic activities outside Port-Louis (…) Coordination of traffic flows along the urban mororway section between Caudan and Trou Fanfaron, leading to improved traffic flows (including through traffic) may however be perceived more during peak periods."

"Benefits concerning the proposed traffic lights improvements cannot be easily quantified, precisely because during peak periods traffic police controls the traffic and delays incurred by motorists do not reflect the actual function of the junctions."

Ce que dit la lettre de Julian Aron: "Benefits limited…"

Les observations d'un premier rapport soumis en novembre de l'année dernière sont encore plus explicites. Le consultant fait des observations peu flatteuses sur potentiel d'"impact positif" du projet. "It cannot be expected that the introduction of modern traffic signals on its own improve dramatically the situation", est-il souligné dans une lettre adressée à la RDA en décembre de l'année dernière.

Des extraits qui répondent en partie aux questions aux nombreuses questions soulevées autour de ce projet.

Le signataire de la lettre, Julian Aron, Project Director au Institutional developement and Economics de BCEOM, apporte dans cette même lettre un éclairage l'apport des "feux" sur la circulation aux heures de pointe: "benefits during peak periods are likely to be limited (…) More benefits could be expected during off-peak periods". En d'autre termes, les véhicules circulant en dehors des heures de pointes en seront les principaux bénéficiaires de cette mesure, initialement envisagée pour rendre le la circulation plus fluide aux heures de pointe. Extraits du paragraphe "General comments:

"The traffic situation along the urban section of the M1 through Port-Louis is indeed very difficult. The nature and level of volumes along this stretch of road are such that there is no easy solution to resolve the problems (…) Traffic signals improvement can be seen as a traffic system management (TSM) measure. Such measure is relatively cheap to implement, but one cannot expect of such an investment to yield results beyond expectations."

Selon nos sources à la RDA, Julian Aron aurait maintenu le même point de vue technique lors d'une réunion entre les principaux responsables du ministère via video conférence au début de ce mois, indiquant que le potentiel du projet aux heures de pointe est insignifiant.

Ce que le rapport ne dit pas: "Est-il incompatible avec le Bus Lane ?"

Les voix discordantes à la RDA rejoignent par ailleurs le point de vue du Project Director lorsqu'ils insistent sur le fait que ce projet ne peut qu'être perçu comme une simple mesure. "Le rapport le dit clairement," souligne un ingénieur de la RDA, "il est écrit que'it is a small measure which has the potential of slightly improving the situation in the very short-term'. Donc pourquoi persister dans cette voie et vouloir dépenser des dizaines de millions de roupies provenant des fonds publics pour une petite mesure et qui ne garanti aucun résultat aux heures de pointe ?"

Ceux en faveur du projet insistent toutefois sur la complémentarité de ce projet par rapport aux projets majeurs envisagés par le gouvernement et figurant dans le budget de développement pour la présente année financière, la construction de la Terre Rouge-Verdun-Ebene Link Road et l'aménagement d'une Bus Lane sur l'autoroute M1, soit une voie exclusivement dédiée aux transports publics sur le côté gauche de l'autoroute. Mais ces "feux" sont-ils réellement compatibles avec le projet de Bus Lane ?

Le consultant français a soumis un troisième volet de son rapport portant sur le projet de Bus Lane. Dans l'immédiat, avons-nous appris, aucune mention n'est faite comment les autobus se dirigeant vers Port-Louis et circulant sur la première voie de l'autoroute feront-ils pour se rabattre sur la troisième ou quatrième voie une fois arrivée au carrefour Caudan si les feux de signalisation sont installés ? À ce point précis, ces autobus ne seront-ils pas contraints de tourner vers la droite en direction de La Butte afin d'accéder à l'ancienne route menant à la gare Victoria ? De nouvelles interrogations qui ne font qu'augmenter les nombreuses zones d'ombre planant sur le rond-point de Caudan…


Mardi dernier au Parlement-Le VPM interrogé sur le projet au Caudan

Répondant à une question du député de l'opposition, Joe Lesjongard, sur la viabilité du projet d'installer des feux de signalisation à la place du rond-point de Caudan mardi dernier, le vice-Premier ministre et ministre des Infrastructures publiques, Rasheed Beebeejaun, a confirmé que l'étude de faisabilité avait été confiée à la société française d'ingénierie BCEO. Le VPM a également été interrogé par d'autres députés de l'opposition, dont Françoise Labelle et Sunil Dwarkasing. Il a également fait remarquer que le rapport souligne le fait que ce projet à lui seul ne pourrait résoudre le problème de congestion à Port-Louis. C'est en réponse à la question du député Lesjongard portant sur l'utilité de dépenser Rs 48 millions dans un projet qui n'engendrerait des résultats "during peak hours" que le Dr Beebeejaun a répliqué: "I have read this report many times and I have never seen such an affirmation."


Trou-aux-Biches

La résistance s'organise contre le réalignement de la route côtière

Le groupe de contestataires du réalignement de la route côtière, suite au projet d'extension du Trou-aux-Biches (TAB) Hotel de Beachcomber, prévue à partir de 2008 à la hauteur du poste de police de TAB jusqu'à l'hôtel Casuarina, s'agrandit et intensifie ses actions pour contrer ce projet. La semaine dernière, les habitants du morcellement Jhuboo, regroupés au sein du Mouvement pour le maintien du Silence et de la Tranquillité du Morcellement Jhuboo (MMSTMJ) ont fait parvenir une lettre à Beachcomber, sollicitant d'urgence une rencontre, afin d'éclaircir les zones d'ombre qui "noircissent" leur environnement depuis qu'ils ont eu vent du projet d'extension de l'hôtel.

Dans un communiqué de presse, Beachcomber, confirmant que le tracé proposé passerait sur l'actuel terrain de golf de l'hôtel, avec toutefois un espace vert d'une largeur minimum de 20 mètres, souligne avoir eu et continue à avoir des consultations avec les stakeholders à différents niveaux dans le cadre de l'exercice du Environment Impact Assessment (EIA). L'exercice étant toujours à l'étude, le groupe, affirmant "être aussi à l'écoute de toutes les positions exprimées dans le public sur le projet", prévoit, d'ici à la fin du mois de juillet, de déposer sa demande en vue de l'obtention d'une EIA Licence au ministère de l'Environnement. En attendant, à défaut d'une rencontre avec les promoteurs, le MMSTMJ a déjà établi un plan d'action en dix points afin de faire obstacle à ce projet de développement.

"Le réalignement de la route concerne en premier lieu les riverains du terrain de golf actuel, soit les résidents du morcellement Jhuboo", indique Beachcomber dans son communiqué de presse pour faire état de son projet de développement. Or, déplorent les résidents de cette localité, "jusqu'ici, si Beachcomber a été à la rencontre des pêcheurs et autres forces vives, personne ne nous a approchés pour nous expliquer le plan d'extension qui, à travers le réalignement de la route, nous touchera directement".

Soucieux de leur tranquillité, les résidents du morcellement Jhuboo sollicitent d'urgence une rencontre avec les représentants de Beachcomber afin d'être fixés sur le tracé de la nouvelle route nationale que propose le groupe. En effet, suivant les travaux de démolition-reconstruction de l'hôtel Trou-aux-Biches, prévus à partir de 2008 en prévision d'une ouverture fin 2009, Beachcomber envisage de faire une demande de déviation de l'actuelle route côtière de TAB, entre les environs du poste de police et l'hôtel Casuarina, pour un réalignement sur l'actuel terrain de golf qui sera démoli.

À ce jour, indique Beachcomber, le groupe finalise avec les techniciens l'étude d'impact environnemental et socio-économique. Dans le cadre de cet exercice, pour tout ce qui touche au volet socio-économique, Beachcomber affirme avoir eu des consultations avec les stakeholders à différents niveaux. Le groupe Beachcomber a rencontré cette semaine les habitants de TAB, dont les pêcheurs, pour une réunion d'information et d'explication. Ces derniers, ayant obtenu la garantie que le projet ne touchera pas à un linéaire de la mer, approuvent le projet, estimant d'ailleurs qu'il sera pourvoyeur d'emplois pour les habitants de la région.

Tranquillité

Suite à ces consultations avec des habitants et forces vives de TAB, le porte-parole du MMSTMJ s'insurge "que Beachcomber n'a fait que parler à des gens qui habitent hors du morcellement." "Certes, avec le projet de l'hôtel, il y aura des développements socio-économiques, et nous n'y sommes nullement contre. Mais qu'en est-il de la tranquillité des habitants de la localité, directement concernés par le réalignement de la route côtière ?"

Depuis janvier dernier, les résidents de la région se mobilisent pour que le projet soit revu. Une pétition, avec plus de 150 signatures, a été envoyée aux autorités concernées afin que leur requête - l'annulation de ce projet de déviation de la route - soit prise en compte. Les résidents du morcellement Jhuboo font ainsi ressortir qu'il existe d'autres alternatives, dont les fly-overs, pour soutenir le projet de Beachcomber.

"Quel serait l'impact sur l'environnement et la paix de la communauté si, demain, d'autres hôtels, à l'instar de Casuarina, Le Tarisa, Le Coin de Mire…, dont les clients doivent traverser la route côtière pour avoir accès à la mer, décident de faire des réalignements de la route ?", fait ressortir un porte-parole du MMSTMJ.

Pour soutenir son projet, Beachcomber avance qu'entre la nouvelle route proposée d'une longueur de 1 000 mètres et le morcellement Jhuboo est prévu un espace vert, d'une superficie totale de 8,5 arpents, d'une largeur minimum de 20 mètres. Des arbres indigènes seront plantés dans cet espace, souligne le groupe, ajoutant que la buffer zone, soit la zone située entre la route et le morcellement Jhuboo, totalise 11, 6 arpents, soit plus de 29 % du terrain de golf ; la distance entre la route et le morcellement Jhuboo varie entre 20 et 160 mètres. Beachcomber précise également que cette zone tampon restera la propriété de l'hôtel et sera gérée par son équipe de maintenance.

D'autres interrogations fusent chez les habitants du morcellement qui se demandent si les autorités pourront considérer une éventuelle demande des riverains pour une route d'accès directe à la mer après la mise sur pied de la zone tampon avec le réalignement de la route côtière.

Vidéo surveillance

Ces habitants, qui affirment vivre - certains depuis plus de 12 ans - dans la tranquillité et sans incidents, ni vols, craignent que la nouvelle route n'occasionne, outre le dérangement sonore avec le trafic, des vols dans le morcellement. Concernant l'aspect sécurité de la localité, Beachcomber avance qu'avec la déviation de la route "l'espace actuel qui longe le mur séparant le terrain de golf du morcellement Jhuboo disparaîtrait pour laisser la place à une grande route éclairée bordée de deux espaces verts d'un minimum de 20 mètres de large de chaque côté".

De même, soulignent les promoteurs, le projet du nouvel hôtel prévoit un système de vidéo surveillance qui couvrira tous les alentours de l'hôtel, dont toute la route réalignée. L'objectif de Beachcomber est d'exploiter l'ensemble du site dans le cadre d'un développement de grande qualité à l'intention d'une clientèle haut de gamme, rappelle le communiqué de Beachcomber.

Notons que l'hôtel prévoit de tripler sa capacité d'accueil en démolissant les 194 chambres existantes et construisant 460 nouvelles. Ce projet, nécessitant un investissement de Rs 2,5 à Rs 3 milliards, mise aussi sur la création d'emplois, soit 400 à 500 nouveaux postes directs et le double, selon les promoteurs, en termes d'emploi indirects. Le groupe Beachcomber compte de même enclencher, outre ceux déjà existants, plusieurs projets de développements sociaux dans la région.

D'ici à la fin du mois, les promoteurs soumettront leur demande d'une licence EIA au ministère de l'Environnement. Prévoyant le démarrage des travaux pour le réalignement de la route pour novembre 2007, si les autorités donnent leur feu vert, et moyennant que tous les permis soient obtenus, Beachcomber fait ressortir qu'il incombera aux autorités compétentes de décider de la marche à suivre.

Toutefois, à ce stade, le MMSTMJ a déjà établi un plan d'action en dix points, incluant le recours à une équipe de chercheurs pour étudier l'impact d'une déviation de la route côtière sur leur environnement, ainsi qu'un avis légal. De même, outre le Premier ministre, qui a été sollicité pour que ce dernier, élu de la circonscription, se penche sur le sort des habitants de ce morcellement, d'autres députés de la circonscription n°5 seront alertés.

Les résidents du morcellement Jhuboo espèrent que Beachcomber établira, avant de déposer sa demande d'EIA, une ligne de communication avec eux pour éviter d'éventuels conflits. Ils soulignent ainsi qu'"une bonne partie du plan d'action pourrait être atténuée si Beachcomber prend une position proactive et s'adresse au mouvement".


Court of Investigation

King Fish II et V: Le calvaire des parents des disparus

Cinq mois, presque jour pour jour, après le double drame en mer avec 16 membres d'équipage des King Fish II et V portés disparus avec le passage du cyclone Gamede dans les parages de l'archipel de Saint-Brandon, des proches des victimes seront convoqués en tant que témoins devant la Court of Investigation composée du Senior Magistrate, Benjamin Joseph, et de ses deux assesseurs, les capitaines Toi et Bo Ronn. Cette étape délicate de l'enquête visant à faire la lumière sur le naufrage des deux unités de pêche de Hassen Taher Seafoods Limited et à faire des recommandations pour renforcer la sécurité en mer, verra au moins quatre membres de l'Association des Parents des Disparus faire état du calvaire qu'ils vivent depuis ce 24 févier fatidique et de ce que leurs proches évoquaient au sujet de ces expéditions en mer.

Au cours de la semaine écoulée, la Court of Investigation a poursuivi l'audition des représentants des compagnies de pêche sur les bancs enregistrées auprès du ministère des Pêcheries, dont un vétéran dans le domaine, Claude Talbot. De son côté, Me Dev Ramano, dont les services ont été retenus par l'Association des Parents des Disparus en mer et du Syndicat des Pêcheurs, a obtenu confirmation du paiement des allocations de barres aux pêchurs qui sont appelés à remplacer le skipper en mer.

Des indications recueillies auprès des sources proches de la Court of Investigation soutiennent que la fin des séances d'audition des témoins approche pour laisser la place à la rédaction des recommandations. Les derniers à être entendus pourraient être les représentants des proches des membres d'équipage victimes de ce terrible drame en mer. Ainsi, quatre membres de l'Association des Parents des Disparus en Mer seront entendus à partir de cette semaine.

Leurs témoignages sont attendus avec une certaine impatience dans la mesure où le voile sur le drame quotidien de ces familles abandonnées à elles-mêmes sera levé. Mais ces témoins pourront également apporter un éclairage particulier sur le vécu des victimes lors des campagnes de pêche. En vue de pouvoir faire consigner formellement ces confidences sur la face cachée des campagnes de pêche, Me Ramano aura fort à faire pour manoeuvrer entre les écueils d'ordre légal comme le Hearsay Evidence ou encore l'Evidential Test des explications des proches des membres d'équipage portés disparus.

Pendant le week-end, les éventuels témoins devaient participer à un Briefing général avec leur homme de loi par rapport aux auditions formelles de la semaine. Les milieux proches de l'Association des Parents Disparus s'attendent à une attitude marquée par la compassion de la part de la Court of Investigation à l'égard de ces témoins. "Il est évident que la Court of Investigation ne peut s'attendre à des possibilités de Direct Evidence sur le naufrage des King Fish II et V car tous les témoins potentiels ont péri en mer. Les proches de victimes disposent d'une somme d'éléments non-négligeables susceptibles de permettre aux membres de la Court of Investigation de mieux apprécier le contexte dans lequel évoluent des membres de la communauté des pêcheurs sur les bancs pour étoffer leurs recommandations", affirme-t-on, dans ces milieux, qui souhaitent que ces témoins puissent avoir au moins l'occasion de "Voice their feelings".

Du côté du Syndicat des Pêcheurs, la pêche aux témoins s'annonce encore plus difficile. En fin de semaine, les indications disponibles étaient que deux volontaires sont venus de l'avant pour essayer de partager avec les membres de la Court of Investigation leur quiotidien sur les bancs. Rares ont été les pêcheurs encore en activité professionnelle à se présenter de manière volontaire. "Nous avons tenté de sensibiliser les pêcheurs à la nécessité de collaborer avec la Court of Investigation en vue d'améliorer leurs conditions sur les bateaux. Nous avons rencontré beaucoup de réticence, car le monde des pêcheurs sur les bancs est très restreint et ne pardonne aucun écart. Comment pointer du doigt ces pêcheurs quand nous constatons l'indifférence médiatique quasi totale dans laquelle se déroulent jusqu'ici les séances de cette enquête sur les King Fish II et V. Pourtant, la presse n'a rien à perdre alors que les pêcheurs ont tout à perdre", rappelle-t-on, avec amertume, dans les rangs du Syndicat des Pêcheurs.

Entre-temps, les séances de la Court of Investigation ont été consacrées à l'audition de plusieurs responsables des compagnies de pêche. Au cours de la semaine écoulée, la Sri Lankan Connection dans le domaine de la pêche sur les bancs était en vedette. Le témoignage de Dev Tacoory, consultant auprès de la compagnie de pêche Maryven Ltd a permis au président et à ses deux asseseurs d'avoir un Insight de ce monde quelque peu particulier.

Ce consultant a confirmé que le recrutement des Skippers, en particulier ceux venant du Sri Lanka, se fait sans aucun critère et sans aucune attestation. "Nu nek guette so lekspéryans pu nomme ène skipper", devait-il faire ressortir d'emblée. Répondant à une question du magistrat Joseph, il devait concéder que l'absence d'un second à bord de tout bateau de pêche enregistré auorès du ministère des Pêcheries constitue une véritable lacune dans la conjoncture.

Le magistrat Joseph: Quel est le système de communication dont vous disposez à bord de votre bateau?

R: Nous avons une radio SSB pour des communications avec la Port Louis Harbour Radio.

Q: Pourquoi n'avez-vous pas opté pour des commuinications directes avec votre bateau en mer?

R: Nous pensions qu'il est plus facile de se mettre en contact avec la Port Louis Harbour Radio. Et puis, c'est une habitude. C'est tout!

Q: Des possibilités de recevoir des messages Navtexts exstent-elles à bord de votre bateau de pêche?

R: Non. Nous n'y avons pas pensé. Auparavant, ce n'était pas le cas.

Q: Mais cela remonte à 2000 et le gouvernement dépense de l'argent pour ce service à l'intention des pêcheurs sur les bancs?

R: Nous n'étions pas au courant de cette affaire. Nous venons d'apprendre que le gouvernement a pris la décision d'imposer une radio SSB 500 sur tout bateau de pêche en vue d'assurer une bonne communication. Mais je pense que la meilleure formule pourrait être l'installation d'une base de communications radio à Saint-Brandon arrosant les bancs de pêche et éliminant du même coup le problème communications. Les équipements imposés par les Pêcheries coûtent très cher.

Q: Vous avez acheté votre bateau au Sri Lanka. Vous connaissez ce pays? Qelles sont les possibilités de formation dans le domaine de la pêche?

R: Laba péna formation. La plipar kumans kuma péser. Apré, zot vin skipper.

Ensuite, le président de la Court of Investigation s'est intéressé aux conditions de pêche dans les parages du Sri Lanka. "Les pêcheurs du Sri Lanka font face à des risques de cyclone et de mauvais temps. Il ne faut pas oublier qu'ils doivent faire face à la mousson. Mé la plipar di temps, zot vine lapès lor banc Saya de Malha. Zotte pli Safe ki dan zotte dilo", devait ajouter Dev Tacoory.

Le magistrat Joseph: Quand vous avez acheté votre bateau au Sri Lanka, qui l'a ramené à Maurice?

R: Un skipper du Sri Lanka.

Q: Pourquoi les Mauriciens affectionnent de faire l'acquisition de bateaux du Sri Lanka?

R: C'est meilleur marché.

Le capitaine Bo Ronn: Le skipper du Sri Lanka vous a-t-il impressionné par son expérience et ses connaissances de navigation?

R: Il n'utilisait pas de Charts pour naviguer…

Q: Mais comment faisait-il pour ramener le bateau du Sri Lanka à Maurice?

R: Il se fiait aux données disponibles à partir du GPS.

Q: Il n'a jamais utilisé de Charts?

R: Never. I was assisting him.

Q: Prenait-il connaissance des bulletins de météo en écoutant les tansmissions de la Port Louis Harbour Radio?

R: Never. Ces skippers du Sri Lanka ne comprenennt pas l'anglais. C'était très difficile pour eux de comprendre les bulletins de prévisions météorologiques.

A ce stade, Me Ramano prend le relais de l'audition de ce témoin. Il revient avec son leitmotuv, soit le paiement des allocations à des pêcheurs, qui sont appelés à tenir la barre du bateau alors que le Skipper se repose. Le consultant de Maryven Limited confirme cette pratique.

Me Ramano: La campagne de pêche dure une quinzaine de jours. Le skipper doit nécessairement se reposer pendant cette période. Qui prend la relève?

R: Cette responsabilité échoue aux pêcheurs.

Q: Ces pêcheurs ont-ils une formation pour tenir la barre du bateau?

R: Non.

Q: Bénéficient-ils d'allocation spéciale pour tenir la barre?

R: Oui. Appelle sa ène allocation la barre!

Q: Skipper péna lekspéryans! Péser péna lekspéryans!

R: Mon skipper a de l'expérience aussi bien que mes pêcheurs.

Le témoin confirme que la compagnie est tenue à souscrire des polices d'assurance d'un montant de Rs 150 000 au nom de chaque pêcheur partant pour une campagne de pêche sur le bateau.

Q: Auparavant, vous viez dit que vous avez acheté vore bateau au Sri Lanka en raison du prix. Nek galoupe Sri Lanka pu alle acheté bato akoz prix et pa guette lézotte zafer kuma solidité et kalité constriksyon. Selma prix ki compté?

R: Non. Ce n'est pas seulement une question de prix. J'ai payé Rs 500 000 pour le bateau. Mais j'ai dépensé presque Rs 600 000 pour refaire le bateau et mettre les équipements nécessaires. "Pu bann Srilanké, ène bato li zis ène lakok, ène moter ek ène GPS. Péna lézot zafer. Zot pa guette sékirité nanyen. Kan mo ti acheté mo bato, mo ti guete spésialist. Mo ti guette kalité bato-là", devait conclure ce témoin.

Lors de l'audition de Belal Taher, propriétaire de deux bateaux de pêche, le Sea Quest et le Quo Vadis, le président de la Court of Investigation s'est intéressé aux responsabilités du propriétaire du bateau et du capitaine en cas d'urgence. Le témoin ne devait surprendre personne dans la salle d'audience quand il a affirmé que "mo pa konne personne ki éna sertifika skipper".

Le magistrat: En cas de cyclone ou autres urgences sur un bateau en mer, qui décide, le propriétaire ou le skipper?

R: C'est le skipper qui décide de la marche à suivre.

Q: Mais il ne peut décider comme bon lui semble?

R: Si éna dé kapiten lor bato, bato-là kulé votre honneur. So lavi usi en danzé. Li pe travay lor bato-là…

Q: Nous avons besoin comprendre certaines choses, car il est de notre devoir de tenter de situer les responsabilités en cas de problème.

De son côté, Claude Talbot, dont la compagnie de pêche est actuellement en partenariat avec la firme IBL, a été longuement entendu sur la nécessité de mettre à la barre des bateaux de pêche des skippers formés et qualifiés. Néanmoins, il devait attirer l'attention sur des conséquences de la mise en application de toute mesure excessive en vue de reforcer la sécurité.

"Ce sujet est beaucoup plus vaste. Si chaque pirogue qui s'éloigne des côtes pour aller à la pêche au large de l'île Ronde doit être barré par un skipper qualifié et certifié, des problèmes d'ordre pratique vont se poser", devait-il faire comprendre à une question de Me Dev Ramano.


Seychelles

L'opposition cible les "riches touristes" mauriciens de l'île Farqu'har

Depuis trois semaines, l'hebdomadaire de l'opposition Regar consacre une série d'articles au "mystère de l'île Fraqu'har". Selon l'hebdomadaire, cette île, qui appartient a l'Etat, serait utilisée comme hôtel pour de "riches touristes mauriciens".

L'affaire, qui fait grand bruit dans l'archipel, démarre le 28 juin quand l'hebdomadaire publie en une un article sous le titre "Mystery of Farqu'har Hotel." Le journal rapporte qu'après avoir été reprise par le gouvernement seychellois en 1989, l'île était passée sous le contrôle de l'IDC (Island Development Company), dirigée par Glenny Savy, un des beaux-fils de l'ancien président René. Cette île était un lieu de prédilection de l'ancien président qui venait y pêcher occasionnellement. Selon le journal, depuis deux ans, Farquhar "seems to have been very popular with rich mauritian visitors who arrive by boat or plane, even on special flights from Mauritius". Ces "rich mauritians" qui viennent en groupe de dix sont accueillis dans la maison occupée par l'ancien président et débourseraient des centaines d'euros pour leurs vacances exclusives. Leur séjour pour des parties de pêche à pied le matin et de la pêche au gros l'après-midi coûterait Rs 80 000 par personne. Regar a fait une enquête auprès des autorités touristiques seychelloises pour savoir si un établissement hôtelier était légalement enregistré sur Farquhar. Face à la réponse négative des autorités, l'hebdomadaire écrivait la semaine dernière "The question now being debated is who get the payment and where was it banked". Dans son édition du vendredi 13 juillet, Regar revient sur le sujet - qui est devenu entre-temps The Farqu'har saga - et demande des explications au président James Michel et à Glenn Savy, le responsable de l'Island Development Company. Dans cette même édition, Regar affirme que parmi les "riches touristes mauriciens" ayant passé des vacances à Farqu'har figure un certain Pierre-Guy Noël, qui souligne le journal, a le même nom que le CEO de la Mauritius Commercial Bank, qui a une succursale dans l'archipel. Le journal de l'opposition seychelloise affirmait également que selon ses renseignements, un ministre mauricien aurait fait partie des "rich mauritians" qui ont joué aux touristes sur l'île Farqu'har.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 22 juillet 2007