f a i t s   d i v e r s WEEK-END --- dimanche 17 juin 2007



Meurtre de Kameenee Nageshgar—Khemraj Chamroo condamné à sept ans de prison
Trois collégiens blessés, un tué, après un accident à Triolet, mercredi dernier—Depuis plusieurs mois, les familles des victimes avaient réclamé des bus à la sortie du collège
Indemnités d'assurances des marins disparus—Les hommes de loi d'Hassen Taher ont rencontré les familles
Abandonnée par son mari Mauricien, une Camerounaise le dénonce pour bigamie
Battu par des éléments du CID de Curepipe—Nitin Chinien agressé parce qu'il a demandé le respect de ses droits


Meurtre de Kameenee Nageshgar

Khemraj Chamroo condamné à sept ans de prison

Khemraj Chamroo, aussi appelé Vassoodas ou Vikash, un habitant de Bon Accueil, accusé du meurtre de Kameenee Nageshgar, a plaidé coupable de son crime (commis en décembre 2003) devant la Cour intermédiaire le 30 mai dernier. Il a été condamné sous trois chefs d'accusation respectivement à sept ans de servitude pénale, deux ans de prison et à une amende de Rs 5 000.

Dans une déclaration qu'il a faite à la cour, Chamroo a rétabli les faits concernant sa victime avec laquelle, a-t-il dit, "il n'avait entretenu aucune relation", contrairement à ce qu'il avait affirmé à la police lors de son arrestation. Khemraj Chamroo a sollicité la clémence de la cour et présenté des excuses à la famille de sa victime en soutenant qu'il n'avait aucune intention de faire du mal.

"Ce qui est arrivé est un accident. Je ne m'attendais pas que les événements prennent une telle tournure. Je demande la clémence de la cour. Je suis émotionnellement brisé. C'est la première fois que j'ai des problèmes avec la police. Je démens avoir eu une quelconque relation avec la victime", a-t-il dit.

Khemraj Chamroo avait donné des coups à sa victime, mais sans intention de tuer, à la rue Sir Seewoosagur Ramgoolam à Port-Louis (ex-rue Desforges), avait volé sa carte bancaire et, ensuite, caché son cadavre dans un puits. Sa défense initiale à l'effet qu'il avait entretenu une liaison avec sa victime, largement répercutée dans la presse au moment de son arrestation, avait profondément blessé et traumatisé la famille de sa victime. Celle-ci avait toujours dénoncé cette défense comme étant fausse.

Dans son jugement, le magistrat de la Cour intermédiaire a souligné que "le fait d'avoir plaidé coupable, d'avoir collaboré avec la police et d'avoir exprimé des remords ne doit pas permettre à un accusé d'espérer qu'il obtiendra quelque clémence de la cour". "Si un crime est suffisamment sérieux, un délinquant qui l'aura commis ira en prison qu'importe son casier judiciaire vierge ou le nombre de témoins qu'il fera déposer pour venir dire qu'il est, en réalité, une personne de meilleur caractère. La nécessité de lui faire remarquer la gravité de sa conduite en lui infligeant une peine appropriée et celle de décourager d'autres à commettre de tels crimes pèsent beaucoup plus lourd que la sympathie qu'on pourrait avoir pour celui qui avoue son crime. Au pis aller, son bon caractère pourrait résulter en une peine moins lourde que celle qui aurait pu être imposée", a expliqué le magistrat.

Disant tenir compte de l'aveu de Khemraj Chamroo, de ses remords et du fait que la victime a succombé d'asphyxie due à la strangulation, le magistrat a décidé d'appliquer une sentence de sept années de servitude pénale rien que sous la première accusation de meurtre. "Je suis d'avis que sept années est une peine convenable à la justice quand on tient compte que la peine maximale infligeable dans de tels cas est de huit années", a conclu le magistrat.


Trois collégiens blessés, un tué, après un accident à Triolet, mercredi dernier

Depuis plusieurs mois, les familles des victimes avaient réclamé des bus à la sortie du collège

Mercredi dernier, à la sortie des classes, quatre collégiens: Ally Ramjaun, Aftar Sadolah, Sawan Koobarawa et Gulsan Ujoodah, en Form I à la SSS Triolet, sont violemment projettés contre le mur d'un magasin, par un véhicule alors qu'ils se dirigeaient vers un arrêt d'autobus. Les collégiens marchaient sur un trottoir, longeant la route Royale. L'un d'entre eux, Ally Ramjaun, qui venait de fêter ses 12 ans, est décédé sur le coup. Tandis que Gulsan Ujoodah, gravement blessé, est toujours à l'hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam, où il a été opéré le jour même de l'accident. Les deux autres garçons ont eux regagné leur domicile. Selon des témoins, y compris le petit Aftar Sadolah, le conducteur du véhicule - qui répond d'une accusation provisoire d'homicide involontaire - roulait à vivre allure. Les proches des victimes de l'accident, déplorent non seulement l'insécurité après la sortie des collèges du village, mais regrettent également qu'aucune provision n'a été faite pour que des autobus assurent le transport des élèves à l'entrée même de la SSS Triolet. Ce qui les aurait évités de se mettre en danger durant les heures de pointe.

Il n'a rien compris sur le coup. Aftar Sadolah, raconte qu'il est tombé. Et lorsqu'un collégien l'a aidé à se relever, il s'est assis. Sa tête lui faisait mal et il a été pris de vertige. Autour de lui, il n'y avait qu'un amas de béton, de tôle et surtout beaucoup de bruit. Il voulait comprendre, dit-il, mais le temps de recouvrir ses esprits, il était déjà dans un véhicule. Il n'a eu que le temps d'apercevoir un de ses amis, Gulsan Ujoodah. "Mone ressi trouve li. Li ti pé dormi ek so néné ti pé saigner, lézot mo pane trouvé", confie le jeune Aftar, deux jours après le drame. Aftar, se remet lentement de son accident, chez lui, à Triolet. Le pied droit portant les séquelles de son accident, il a peine encore à marcher. De ce fait, il reste alité depuis qu'il est rentré de l'hôpital du Nord. C'est d'ailleurs là-bas, le jour même où il avait été admis, qu'il a appris le décès de son camarade de classe, Ally. Comme tous les jours après l'école, Ally l'accompagnait, de même que Gulsan Ujoodah et Sawan Koobarawa, jusqu'à l'arrêt d'autobus où la victime prenait le transport public pour regagner Grand-Baie. "Nou habityé fer sa chemin là. Nous marsé, koz kozé ziska nous pran bis", raconte l'adolescent. Ce jour-là, poursuit-il, "Ally marchait devant pour qu'il ne rate pas le bus. Il conversait avec Koobarawa. Ujoodah était devant moi. Je m'apprêtais à leur dire de presser les pas pour ne pas manquer le bus, quand j'ai vu un véhicule foncer sur nous. Cela, c'est passé très vite…" Si Aftar va mieux, explique Fazilah Anatally, sa mère, il pourra aller au collège demain. Mais dans la classe, une place, celle d'Ally, restera toujours vide. "Mo sagrin…", dit Aftar en parlant d'Ally. "Nous ti zwe football ensam dans récréation." L'absence d'Ally se fera aussi sentir pendant les classes d'Arts, dit-il. "Li ti content badine bokou. Li ti habityé badiné dans classe Arts."

Fazilah Anatally, la mère d'Aftar: "Si ti get so pantalon kuma inn désiré ek kuma rempli are disang !"

C'est par la grâce de Dieu, confie Fazilah Anatally qu'Aftar, son benjamin que tous appellent bébé a eu la vie sauve. "Si ti get so pantalon kuma inn désiré ek kuma rempli are disang !", dit-elle. Ce mercredi-là, ne voyant pas son fils rentrer peu après 15 heures, Fazilah Anatally, raconte qu'elle a commencé à s'inquiéter. Entre-temps, un de ses neveux ayant appris qu'Aftar fait partie des victimes de l'accident l'alerte. Précédant sa mère, Zair, le fils aîné, va sur place pour constater le drame. "Moi, je revenais de mon travail à bicyclette. J'avais vu un attroupement, mais j'étais loin de me douter que mon fils était là, blessé", explique Hassam Sadolah, le père d'Aftar. C'est à l'hôpital que le couple voit son fils blessé. "Il tremblait beaucoup. Il m'a même confié qu'il revoyait sans cesse l'image du véhicule qui fonçait sur eux", raconte Fazilah Anatally.

A quelques kilomètres plus loin, chez les Ujoodah, c'est l'inquiétude. Gulsan a été grièvement blessé et a dû subir une intervention chirurgicale. S'il est conscient, il semble avoir effacé l'accident de sa mémoire. Ses parents expliquent qu'il "croit être tombé pendant qu'il jouait dans la cour. Il ne se souvient pas d'avoir été victime d'un grave accident". D'ailleurs, selon la mère de l'enfant, "il revient que peu après l'accident, il n'aurait pas perdu connaissance, mais, très vite, il ne s'est plus souvenu de rien !" Cependant Gulsan, se souvenant du numéro de téléphone de son domicile a pu communiquer celui-ci, de même que son nom, à quelqu'un. C'est cette personne qui a informé sa mère de l'accident. Cette dernière explique que son fils a subi un choc sévère, une blessure profonde au pied gauche et une entaille ailleurs. Lorsqu'il s'est réveillé après son opération, le garçon aurait demandé à ses parents ce qu'il faisait sur un lit d'hôpital. De plus, l'enfant ne sait pas si son ami Ally a perdu la vie et que les deux autres ont été blessés.

"Si li (ndlr: le conducteur) ti pren in pé prékotsyon pa ti pou arive sa !"

"Cet accident aurait pu être évité, disent les Ramjaun, s'il y avait plus de sécurité à cet endroit !" un avis que partagent les parents d'Aftar Sadolah et de Gulsan Ujoodah, rescapés de l'accident de mercredi dernier. "Aux réunions de la PTA, Rashid avait maintes fois dit que les collégiens qui doivent voyager, devraient avoir une facilité de transport. Que les bus devraient venir les attendre devant le collège. Mais, à ce jour aucun arrangement n'a été fait ! Ces enfants doivent voyager par le transport en commun et à la sortie des collèges de Triolet, on peut imaginer à quel point la circulation et dense, d'autant que les véhicules roulent vite", s'exclame la tante de la victime. Nageen Ujoodah, le père de Gulsan, ne peut s'empêcher de reprocher la conduite du chauffard. "Si li ti pren in pé prékotsyon pa ti pou arive sa !" dit-il. "Nous avons soulevé le problème de sécurité avec les ministres qui sont venus nous témoigner leur sympathie, espérons qu'ils en tiendront compte", relève la tante de l'adolescent décédé.


Ally Ramjaun - Le petit fan d'Arsenal rêvait d'être policier

Au domicile des Ramjaun à Grand-Baie, où des proches d'Ally étaient sur le point de procéder à un service religieux en mémoire de l'enfant, les larmes de sa mère, Assoudah, se mêlent à la tristesse indéfinissable de son père, Rashid. La frustration et l'incompréhension sont aussi palpables. Ally, un "bon garçon", "intelligent" innocent, et à l'avenir prometteur a perdu la vie à cause d'un chauffard.

Ally était le benjamin de deux enfants. Sa sœur aînée, Rouhana, 20 ans, étudie en Afrique-du-Sud. Cette dernière qui a été informée du décès de son petit frère, n'a pu rentrer au pays à temps pour les funérailles de celui-ci, lesquelles ont eu lieu jeudi dernier. Ally, qui avait fêté ses 12 ans, dimanche dernier, était un fan de football. "Son équipe préférée est Arsenal. Avant il supportait Manchester United…" , confie Rashid Ramjaun, employé au ministère de la Santé. Mercredi dernier, il était encore au travail, lorsqu'il avait été averti par la police que son fils avait été victime d'un accident de la route. "Quand les policiers m'ont demandé de me rendre à l'hôpital en apportant son acte de naissance, j'avais tout compris…" murmure le père affligé. Pour faire plaisir à Ally, Rashid Ramjaun, lui avait offert une caquette à l'effigie d'Arsenal, sur laquelle, le garçon avait écrit son nom à la plume. Cette casquette, complétait le maillot aux couleurs de l'équipe anglaise. Ally se plaisait à porter sa tenue de footballeur, raconte son père. Mais c'est l'uniforme de la police qu'il rêvait de porter quand il serait grand…


Indemnités d'assurances des marins disparus

Les hommes de loi d'Hassen Taher ont rencontré les familles

Mes Rex Stephen et Nilen Venkatasamy, les hommes de loi de la compagnie Hassen Taher Seafoods (Mtus) Ltd, ont rencontré hier à l'Apostolat de la Mer, les membres des familles des pêcheurs disparus à bord des King Fish II et King Fish V en vue de les entretenir des modalités à être remplies pour les indemnités d'assurances.

Me Stephen leur a expliqué que chacun des marins-pêcheurs est couvert par une assurance de Rs 100,000 mais que pour en prendre avantage, une procédure d'établissement de décès doit préalablement être enclenchée. "Sans que l'on ne perde espoir, il faut quand même faire face à la vérité et s'attendre au pire. Pour la compagnie, l'équipe de marins-pêcheurs disparus était la meilleure", devait-il dire aux membres des familles, en présence notamment de Hassen Taher et Mathieu Laclé, conseiller au ministère de l'Agro-industrie et de la Pêche.

Lors de cette rencontre avec les représentants de la direction de Hassen Taher Seafoods (Mtus) Ltd, certains membres des familles des disparus ont notamment reproché à la compagnie son manque de communication. Ils ont affirmé que ce n'est qu'à partir du moment qu'ils se sont regroupés en association que la direction a commencé à s'intéresser à eux. Ce que les représentants de la compagnie ont nié.

Les membres des familles ont aussi eu des précisions par rapport aux recettes du Télédon organisé par la mairie de Port-Louis. Celles-ci leur seront remises mardi à 11h. Leurs représentants déposeront demain devant la Court of Investigation présidée par le magistrat Benjamin Marie-Joseph. Hier, Hassen Taher Seafoods (Mtus) Ltd leur a de nouveau fourni des vivres.


Abandonnée par son mari Mauricien, une Camerounaise le dénonce pour bigamie

Depuis le 19 avril dernier, une ressortissante camerounaise, mère de trois enfants détenant tous la nationalité mauricienne, a déposé une plainte à la police pour bigamie contre son mari, un Mauricien vivant dans un village du Sud du pays. Indignée que les autorités n'aient pris, à ce jour, une quelconque mesure contre le "mari fautif" (selon elle) elle s'en est remise, cette semaine, à la Major Crime Investigating Team (MCIT) à laquelle elle a confié tout un volumineux dossier, dont des actes de mariage. Les autorités mauriciennes procéderaient à des vérifications au Cameroun avant de décider de la marche à suivre.

Selon la plaignante, elle a épousé le Mauricien à Yaoundé, au Cameroun, en 1979 sur la base de l'union communautaire. De cette union civile sont nés trois enfants (une fille et deux garçons tous majeurs aujourd'hui). Or, en juillet 1986, sans crier gare, le Mauricien a fait ses valises et est rentré à Maurice. La Camerounaise affirme avoir appris que son mari avait contracté une deuxième union mais sans pouvoir le prouver jusqu'à ce qu'elle parvienne enfin, le 23 mars dernier, à obtenir du Bureau de l'État civil, une copie d'un certificat d'acte de mariage confirmant que son époux, a épousé une habitante du Sud. Pour ce deuxième mariage, l'homme avait déclaré aux autorités mauriciennes qu'il était veuf.

Selon la version de la plaignante, les choses se seraient déroulées de la façon suivante: tout a commencé lorsque, un jour, en 1977, elle a fait la rencontre du Mauricien dans un train à Yaoundé. Elle, 26 ans, venait tout juste de décrocher sa licence en Biochimie et s'en allait fêter l'événement chez ses parents et lui, technicien de chaudière pour le compte d'une sucrerie, rentrait de son travail. Ils sympathisent, se fréquentent et se marient deux ans plus tard. Trois enfants naissent de leur union. Selon la plaignante, il n'y avait aucun nuage dans le couple et la famille, économiquement aisée, se permettait même de passer des vacances en Suisse. Puis, un après-midi de 1986, profitant de ce que sa femme était encore à son travail, le mari a fait ses valises et, laissant sa fille, encore âgée de 7 ans, avec sa nounou, il a quitté la maison en affirmant qu'il se rendait chez le tailleur. Il n'est jamais retourné et était, en fait, rentré à Maurice ne laissant à la femme que l'équivalent de 8000 francs pour élever les enfants.

Une fille aînée très remontée

La Camerounaise affirme être venue à Maurice en trois occasions pour rencontrer son mari "parce que les enfants insistaient toujours à voir leur père. J'ai dû dépenser près de 300 000 roupies dans des allers-retours à Maurice pour essayer de le convaincre à assumer ses responsabilités de père envers ses enfants". Mais, en vain. Elle soutient que, durant quelques mois, sa fille aînée, une diplômée en Business Administration maintenant mariée à un habitant de Quatre-Bornes, avait trouvé grâce aux yeux de son père qui l'avait ainsi accordée hospitalité sous son toit. Mais, ensuite, il a chassé sa propre fille. Cette dernière est encore plus remontée contre son père. "En tant que détentrice de la citoyenneté mauricienne de plein droit, je veux que les autorités mauriciennes appliquent la loi. Autant que je sache, la bigamie est un crime punissable par la loi et ma mère ayant porté plainte, je veux être assurée que la justice mauricienne ne sera pas à deux vitesses uniquement parce qu'elle n'est, elle, pas de ce pays", insiste-t-elle.

Revendiquer la part des enfants

Quant à la mère, bien qu'elle affirme "ne plus avoir de sentiment envers un époux qui l'a délaissée", elle soutient que "je ne voulais pas lui causer des ennuis rien que pour me venger, car je sais qu'il irait en prison. J'ai été très patiente, mais il dit qu'il s'en fout ! Je suis maintenant résolue à défendre les droits de mes enfants car, légitimement, j'affirme que si mon mari vit aujourd'hui sa retraite à ses aises dans une belle maison, c'est aussi avec la part d'économies auxquelles j'ai contribué et qu'il avait emportée avec lui quand il nous a quittés. Je revendique cette part pour mes enfants !". La plaignante maintient que son mari n'a jamais demandé et obtenu le divorce au Cameroun.

La défense de l'homme incriminé

Interrogé, le mari Mauricien se défend: "Lorsque j'ai rencontré cette Camerounnaise, je lui avais dit que j'étais déjà marié à Maurice et que j'avais des enfants de ce premier mariage. Elle m'a convaincu qu'au Cameroun, la polygamie était permise, donc que je pouvais me marier autant de fois que je voulais. Ensuite, quand je l'ai quittée pour rentrer à Maurice, étant donné que ma femme mauricienne était morte et que j'étais veuf, j'ai épousé une autre personne. L'homme déclare avoir tenu au courant le Bureau de l'État civil du village où il habite, ainsi que des autorités religieuses, de la situation qu'il avait vécue au Cameroun et que personne n'avait trouvé quelque objection", soutient-il.

Toutefois, on relève que l'acte de mariage du mari au Bureau de l'État civil mauricien démontre qu'il avait indiqué tant à l'officier de l'Etat-civil qu'aux autorités religieuses qu'il était "veuf" au moment où il s'est remarié à l'habitante du Sud.

Selon une source bien informée, le bureau des Directeur des poursuites publiques (DPP) a été saisi de l'affaire et les services du ministère des Affaires étrangères seront sollicités afin de procéder à la vérification de l'authenticité de l'acte de mariage produit par la Camerounaise. La Police aurait déjà recueilli les explications du mari et attendrait la fin de l'exercice de vérification pour décider de la marche à suivre.


Battu par des éléments du CID de Curepipe

Nitin Chinien agressé parce qu'il a demandé le respect de ses droits

Nitin Chinien a logé une première déposition contre des membres de la CID de Curepipe qu'il accuse de l'avoir sauvagement battu, insulté, humilié et menacé dans l'après-midi de mercredi. Animateur à la MBC radio et chanteur, il lui a été reproché d'avoir réclamé le respect de ses droits aux policiers qui l'avaient abordé pour le fouiller sur la gare. Il a été battu dans la voiture des policiers et dans les locaux de la police, à Curepipe. Actuellement en traitement médical, il attend d'être remis sur pied pour se présenter une fois de plus devant le Complaints Investigative Bureau (CIB) de la police et devant la Commission Nationale des Droits de L'Homme. Entre-temps, un comité de soutien s'organise autour de lui.

Habituellement loquace et de bonne humeur, il peine à tenir une conversation. De violents maux lui serrent constamment l'estomac et semblent l'empêcher de respirer. Des coups de poings et de pieds lui ont été donnés sur cette partie du corps. À un moment se souvient-il: "J'avais été projeté par terre face contre le sol. Un policier m'a attrapé par la ceinture et le col. Il m'a tiré vers le haut tout en appuyant un genou contre la colonne vertébrale. C'était comme s'il voulait me casser en deux…" Des douleurs, il en ressent partout, au cou, au rein, dans le dos, sur le torse, à la tête, aux bras, au visage. Entre les mains des hommes du CID de Curepipe, Nitin Chinien raconte avoir été étranglé, giflé, battu à coups de poings et de pieds, projeté dans les escaliers, sur le sol, contre une armoire métallique, sur une table. On lui a aussi cogné la tête contre sa mallette. Durant cette séance de torture dans les locaux du CID à Curepipe, Nitin Chinien, 26 ans, raconte s'être évanoui. Il a été réveillé pour être passé à tabac une fois de plus.

Le chanteur, qui ne fait qu'une cinquantaine de kilos, porte des traces sur différentes parties du corps. Il n'arrive toujours pas à oublier l'horreur qu'il a vécue, mercredi. Il a aussi été menacé de mort, insulté, humilié, torturé dans son âme. Pour pouvoir recourir la liberté, Nitin Chinien raconte avoir signé un document dont il ne connaît pas le contenu. L'un de ses principaux agresseurs a aussi exigé que le jeune homme lui serre vigoureusement la main et lui présente ses excuses avant qu'il ne soit autorisé à quitter les lieux. Des excuses parce qu'il leur avait parlé "des droits de l'homme. Il m'a dit de ne plus faire cela". Les policiers ont aussi menacé de le kidnapper et d'en finir avec lui si jamais il les dénonçait. Mais Nitin Chinien a décidé qu'il ne pouvait rester tranquille.

"Je pense que j'ai été jugé sur mon apparence"

"Kifer ? Dire moi kifer zot inn fer sa are moi ? Explik mwa", repète-t-il sans cesse. "Je pense que j'ai été jugé sur mon apparence. Ils m'ont dit que je suis un rasta (…) Un petit trois-quart", etc. Il lui a surtout été reproché "d'avoir demandé le respect de mes droits" quand des policiers l'avaient approché pour le fouiller sur la gare de Curepipe, mercredi. Il était alors près de 15h15, Nitin Chinien attendait l'autobus pour Port-Louis après avoir animé son émission musicale sur les ondes de la MBC Radio. Il était au milieu d'une foule de passagers quand soudain il voit le chauffeur d'une voiture blanche - qui roulait sur la gare - le désigner à deux hommes qui étaient aussi à bord. "Les deux hommes sont venus à moi et se sont présentés comme étant des policiers. Ils ont dit qu'il voulait voir le contenu de ma valise." Il explique avoir ouvert la malette et avoir précisé que les CD qu'elle contenait étaient ses "outils de travail." La foule s'est alors massée autour d'eux. À cet instant, le chauffeur donne l'ordre aux deux policiers d'embarquer l'animateur. Nitin Chinien leur précise une fois de plus son identité et son travail, mais les policiers ne veulent rien entendre. "Je lui ai alors lancé: "Grand Frère ! sur un principe du respect des Droits de l'Homme, je veux savoir pourquoi vous m'emmenez." Nitin Chinien est vulgairement poussé dans la voiture, et se retrouve au milieu des deux hommes sur la banquette arrière. Ces derniers l'immobilisent, le chauffeur lui reproche: "To déclare mari ek la police ek koz droit de lom". Le jeune homme tente de protester et dit une fois de plus au chauffeur: "Grand Frère, mo appel Nitin Chinien, mo animateur radio", parce qu'il pensait qu'il y avait erreur sur la personne.

Quelques secondes plus tard, alors que la voiture est aux abords du rond-point de la Gare de Ian Palach, le chauffeur stoppe le véhicule, se retourne et lui assène le premier d'une longue série de coups de poings au visage. "Il me reprochait toujours d'avoir parlé des droits de l'homme. Pour lui j'avais défié la police en faisant cela." Le chauffeur reprend la route, s'excite, cogne contre le tableau de bord, injure le jeune homme et tente d'agripper une matraque en bois pour le battre. Quand le véhicule s'arrête, le jeune homme y est extirpé. Il raconte avoir été projeté sur des marches des escaliers en bois du bureau du CID de Curepipe. Le chauffeur l'empoigne par la gorge et le traîne jusqu'en haut des marches dans une pièce où l'animateur est torturé par plusieurs personnes.

"J'étais en larmes, ils me giflaient. J'étais obligé d'animer."

Parmi ceux qui s'y trouvent peu s'intéressent de savoir pourquoi il y avait été emmené. Les uns et les autres s'y mettent, son calvaire continue. Ceux qui assistent à la scène interviennent pour ricaner ou lui lancer des remarques. Le chauffeur insiste sur sa remarque concernant les droits de l'homme, d'autres lui reprochent son look. Quelques-uns font aussi référence à son métier d'animateur pour l'humilier. À un moment faisant jouer le titre Mersi Mama de Nasty Black et une chanson de Bruno Mooken sur un téléphone portable, le chauffeur l'oblige à animer. "J'étais en larmes, ils me giflaient. J'étais obligé d'animer." Plus tôt, un autre lui avait cogné la tête contre sa lourde mallette de CD: "Je leur ai dit que ce sont mes outils de travail…" À un autre moment Nitin Chinien qui arrive à peine à se tenir debout est relevé par des policiers pendant que le chauffeur le met au défi dans un combat singulier. "J'ai refusé. Il m'a insulté. Il m'a donné un coup de pied circulaire et m'a envoyé sur une table. Il est revenu sur moi et m'a battu encore."

La pression est telle que Nitin Chinien pense au pire. Finalement, il sera mis en liberté après avoir prétexté des ennuis de santé. La police l'autorise à faire appeler un transport, mais exige de lui qu'il ne parle pas de ce qui s'était passé. Il était d'ailleurs question que l'ami a qui il avait fait appel passe le prendre à la gare. Mais le jeune homme éprouve du mal à marcher. "Ils ont accepté que la voiture vienne au poste. Mais ils m'ont dit de dire à l'ami en question que j'y suis passé dans le cadre des démarches que j'ai à faire pour mon prochain concert." Menacé d'une chaise, il signe une déposition, est contraint de présenter ses excuses. Il est autorisé à partir après avoir été menacé de pire si jamais l'affaire était rendue publique.


Portrait: Nitin, conscience mauricienne

Il avait 9 ans quand il séduit le jury du concours Star 2000 en reprenant le titre Dan Zenfan ena bondié. Ce titre était une composition de son père Siven Chinien. En 1994, quand ce dernier meurt, Nitin Chinien s'engage à garder sa mémoire vivante et devient à son tour chanteur engagé. Il réactualise les compositions de son père, dénonce les injustices sociales et devient fervent militant du mauricianisme. Nitin Chinien s'installe sur la scène locale avant tout pour être la voix des sans-voix et dans l'espoir de contribuer à un monde meilleur. Dans ses chansons, comme dans ses discours, Nitin Chinien reste fidèle à lui-même, personnage atypique, doté d'un franc-parler qui peut parfois bousculer. Dans la tradition des chanteurs engagés, il continue à parler pour tenter de réveiller les consciences et c'est ce qu'il fait lorsqu'il devient animateur radio. Après un passage à Top FM, il s'installe à la MBC. Le respect des droits des artistes reste l'une de ses grandes préoccupations.

Avant son passage à tabac par la police, Nitin Chinien était revenu au-devant de l'actualité. Il y a une semaine, il a annoncé la tenue prochaine d'un grand rendez-vous artistique pour le 7 juillet au Stade Anjalay. À travers cet événement exceptionnel et d'envergure, il espère contribuer à valoriser les différents genres artistiques du pays et donner la possibilité aux familles mauriciennes de se réunir dans un cadre agréable. D'où le nom Festival Famizikal, associé au projet.


Le Dr Gujjalu: "Aucun doute, il a été frappé"

"Pour moi il n'y a aucun doute, Nitin Chinien a été frappé", a déclaré le Dr Amah Charya Gujjalu à Week-End, hier. Le médecin légiste avait examiné le jeune homme jeudi. Compte tenu de son état, le Dr Gujjalu a, par ailleurs, prescrit des médicaments à Nitin Chinien qui se remet très lentement de son agression. Soulignons qu'après son agression, Nitin Chinien s'était rendu à l'hôpital de Candos, mercredi. Le médecin qui l'y a examiné aurait choisi d'écrire dans le rapport que le jeune homme était tombé, alors que ce dernier disait avoir été battu par la police…


Me Kishore Pertab: "Le même scénario"

Après l'entrée qui a été faite au Complaints Investigative Bureau (CIB) Nitin Chinien y fera une nouvelle déposition et logera aussi une affaire devant la Commission Nationale des Droits de l'Homme. Son homme de loi envisage aussi d'autres actions légales pour que des mesures soient prises contre les policiers responsables ou encore, contre le commissaire de police. Me Kishore Pertab explique que les décisions seront prises en fonction des développements qui interviendront. Entre-temps, l'homme de loi attend que son client soit remis sur pied. Me Pertab qui se questionne sur plusieurs aspects de cette affaire dit avoir vu des cas similaires dans le passé "Au niveau du CID de Curepipe, c'est toujours le même scénario qui revient."

À souligner que la police s'est refusée à tout commentaire dans cette affaire expliquant qu'une enquête a déjà été ouverte.



f a i t s   d i v e r s WEEK-END --- dimanche 17 juin 2007