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Dialogue GM/MSPA
Sucre : les divergences attendent le retour du PM
Le constat après une semaine d'échanges entre le
gouvernement et la MSPA au sein de ces deux instances est que
très peu de progrès auraient été accomplis
en vue de pouvoir déboucher sur un deal à
être conclu avant la présentation du budget vendredi.
Le Premier ministre, qui devra présider une nouvelle réunion
avec la MSPA après son retour de mission en Grande-Bretagne,
aura du pain sur la planche en vue de réconcilier les différentes
positions qui ont vu le jour, pour ne pas dire qui ont été
exacerbées.
" Le dossier de la réforme sucrière est
très compliqué avec les derniers développements
enregistrés. Il y a trop de divergences qui ont surgi pour
croire qu'un accord peut intervenir dès le retour du Premier
ministre comme nous aurions pu le souhaiter dans l'intérêt
de Maurice et de son industrie sucrière ",
a indiqué à Week-End un Senior Minister
qui suit de très près le bras de fer engagé
entre le gouvernement et la MSPA. Il n'a pas voulu s'étendre
davantage sur cette question primordiale sur le plan économique
et politique, d'autant plus que la confirmation d'une récolte
réduite de 465 000 tonnes est venue se greffer aux problèmes
existants.
La première zone d'ombre à être éclaircie
en l'absence d'un " done deal ", une expression
si chère à l'Union européenne pour le sucre,
demeure le dossier de la centralisation des sucreries de Mon-Loisir,
Mon Trésor Mon Désert (MTMD) et Riche-en-Eau. En
principe, l'échéance du 31 mai pour la centralisation
sucrière avait été repoussée tacitement
le temps que les deux parties arrivent à un accord à
plus ou moins brève échéance.
Avec les développements de la semaine écoulée
ou encore les divergences sur la route à un accord à
long terme sur le sucre, aucune des sources approchées
par Week-End n'a voulu se prononcer sur la question en
attendant le retour au pays du Premier ministre. Dans un esprit
en vue d'accommoder tout accord, la sucrerie de Savannah, qui
est partie prenante de la centralisation de la centralisation
des deux sucreries du Sud, a repoussé le début de
la "roulaison" au lundi 25 juin.
À moins d'un revirement de dernière heure, le spectre
de St-Félix, soit fermeture d'usine sans centralisation
et avec les salariés payés à chaque fin de
mois sans avoir à travailler, se profile à l'horizon
pour le personnel de MTMD et de Riche-en-Eau. Ces deux sucreries
n'ont pas effectué la maintenance nécessaire pour
pouvoir rouler lors de la coupe, qui démarre cette semaine
à Union St-Aubin. Mon-Loisir Sugar Estate bénéficierait
d'un nouveau lease of life pour la présente récolte
sucrière 2007 alors que Belle-Vue et FUEL continueront
à se regarder en chiens de faïence au sujet du partage
des cannes du factory area de Mon-Loisir.
Du côté de l'industrie sucrière, la répétition
du scénario de St-Félix ne semble guère gênante.
Avec une production de quelque 4,35 millions de tonnes à
usiner pour produire 465 000 tonnes de sucre, les capacités
de broyage devront être amplement suffisantes. Mais le plus
gros perdant devrait être les salariés de ces compagnies,
qui se retrouvent dans un no man's land, soit ne pouvant nullement
prétendre bénéficier aux avantages découlant
de la mise en application des dispositions du Blue Print ou du
Voluntary Retirement Scheme (VRS). L'aspect le plus compromettant
demeurent les répercussions sur les engagements pris avec
la Commission européenne dans le cadre des mesures d'accompagnement
pour le sucre qui demanderont à être évaluées.
Les réunions des sous-comités Beebeejaun et Boolell
n'ont permis aux deux parties que de passer en revue les principaux
points de litige sans être en mesure d'amorcer une entente.
Au sujet des mesures d'accompagnement de l'Union européenne,
la MSPA est restée sur sa faim quant à la garantie
à l'effet que la répartition de ces fonds se fera
selon la formule de 75% à l'industrie sucrière pour
les coûts du Blue Print et de 70% pour ceux du VRS. L'industrie
sucrière devra attendre l'arbitrage du ministère
des Finances à ce sujet.
Le dossier de la bridging finance visant à permettre
à l'industrie sucrière d'engager les investissements
massifs nécessaires pour enclencher la réforme n'a
pas connu de développement majeur. La garantie du gouvernement
pour cette bridging finance que ce soit en devises étrangères
ou en roupies se fait toujours attendre après les consultations
au niveau du State Law Office.
Le statu quo est toujours de mise par rapport à l'introduction
de la semaine de 40 heures dans l'industrie sucrière avec
le gouvernement et la MSPA prenant chacun l'engagement de revoir
leurs dossiers chiffrés en attendant la prochaine réunion.
L'absence de précision ministérielle au sujet des
changements dans le sharing ratio n'est pas au goût
de la MSPA. Le pari pris par le comité Boolell en vue de
soumettre un rapport à la fin de la semaine écoulée
ne se serait pas réalisé.
Mais l'obstacle dans la voie d'un accord sur le sucre demeure
le volet énergétique. La déclaration du ministre
des Utilités publiques, Abu Kasenally, lors de la Private
Notice Question au sujet d'une equity participation
de 50% du Central Electricity Board dans des projets de centrales
thermiques charbon/bagasse de l'industrie sucrière, n'est
pas venue arranger les choses, pour ne pas dire jeter de l'huile
sur le feu.
Pour l'industrie sucrière, le volet énergie demeure
le pivot de son avenir avec des investissements dans le secteur
du raffinage du sucre et de la production d'éthanol. Mais
une aile au sein du gouvernement n'hésite pas à
favoriser la possibilité de stand-alone sugar refinery,
un peu à la manière d'un précédent
projet de raffinerie de sucre dans l'enceinte portuaire alors
qu'au sein de l'industrie sucrière le concept de flexi-factories
comme c'est le cas au Brésil demeure le modèle à
suivre.
Visite officielle- La rencontre Ramgoolam/Johnson jugée
significative
Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, se félicite de sa
rencontre en tête-à-tête avec le Secretary
of State for Education britannique, Alan Johnson, qui avait fait
le déplacement à Hull à cette occasion. Dans
la nouvelle configuration de l'échiquier politique avec
le départ de Tony Blair en tant que Premier ministre, Alan
Johnson est donné comme favori pour devenir leader adjoint
du parti Travailliste et assumer les fonctions de vice-Premier
ministre de Gordon Brown.
Dans les milieux proches du Premier ministre, l'on se félicite
de ces contacts dans la mesure où un resserrement des liens
entre les deux partis est à prévoir et ensuite Maurice
s'attend à un traitement différent de la Grande-Bretagne.
Lors de cette séance de travail, les dossiers des Chagos
et de l'éducation ont été abordés
par la partie mauricienne. La coopération bilatérale
et celle au sein du Commonwealth ont figuré parmi les sujets
discutés. La possibilité du jumelage d'une école
de la ville de Hull avec l'une dans la circonscription de Pamplemousses/Triolet
a été évoquée.
E début de semaine, le Premier ministre avait prononcé
un discours dans le cadre des manifestations organisées
par le Wilberforce Lecture Trust Committee pour marquer le bicentenaire
de The Abolition of Slavery Act. Il devait faire allusion aux
efforts déployés par le présent gouvernement
en matière de démocratisation de l'économie
et d'empowerment pour l'épanouissement de tout un
chacun.
" The fight for the abolition of slavery was a formidable
undertaking. The scales were heavily, probably helplessly weighted
against success. Its realisation heartens us as we continue today
to struggle to restore people to their indeniable rights ",
a déclaré le Premier ministre. Il a ajouté
que " my own grandfather, Moheeth Ramgoolam, immigrant
number 353639, left his village in India, in 1871, travelled to
Mauritius as an indentured labourer, lived in dire poverty and
grinding toil, broke his health and he died at an early age. "
" It is amazing that his son should, within one generation,
give freedom to his country of adoption and become the first Prime
Minister of free Mauritius. Slavery was abolished but freedom
came at a very high price. Many must have found their hopes of
a better life dashed ", déclara Navin Ramgoolam.
Au cours de son séjour en Grande-Bretagne, le Premier ministre
a eu l'occasion de visiter la Capio Yorkshire Private Clinic où
il avait exercé en tant que médecin de 1982 à
1985 et a reçu des étudiants mauriciens inscrits
à l'université de Hull. Il a rendu un vibrant hommage
à la mémoire d'une des anciennes étudiantes
de l'université de Hull, Meera Ramdoyal, qui a péri
dans une récente catastrophe aérienne au Kenya.
Court of Investigation
King Fish II et V : confirmation de l'indifférence totale
!
Les trois séances de la Court of Investigation lors de
la semaine écoulée ont permis au président
de cette instance, le Senior Magistrate Benjamin Joseph et ses
deux assesseurs, les capitaines Toi et Bo Ronn de la Mauritius
Ports Authority (MPA), d'aborder le volet consacré aux
conditions de vie et au bien-être des marins-pêcheurs
lors des campagnes sur les bancs. En tout cas, les questions pertinentes
des membres de la cour d'investigation se sont heurtées
jusqu'ici à un véritbale mur d'indifférence
de la part des autorités. Les représentants du ministère
des Pêcheries, par le truchement du Chief Fisheries Officer,
Munesh Munbodh, ont renvoyé toute responsabilité
à ce chapitre au ministère du Travail et des Relations
industrielles. Les questions relatives aux facilités d'accommodement
sur les bateaux de pêche, en particulier les King Fish
II et V, demeurent sans réponse pour la cour
d'investigation, qui a entamé ses travaux depuis le 10
avril dernier.
L'exemple le plus flagrant d'indifférence enregistré
jusqu'ici demeure au niveau de l'absence de réactions des
responsables du ministère des Pêcheries devant le
non fonctionnement du transpondeur du King Fish II, qui
avait obtenu l'autorisation de partir en campagne de pêche
sur les bancs depuis le 13 février. L'audition d'Oomarajoo
Sunasseee, technical officer des Pêcheries affecté
au centre d'Albion, en fait foi.
Le témoin Sunnassee a indiqué à la cour d'investigation
que son rôle au centre d'Albion est de procéder au
contrôle de tous les bateaux de pêche, locaux
aussi bien qu'étrangers, opérant sur les bancs de
pêche sous la juridiction de Maurice. De ce fait, une des
conditions sine qua non pour l'octroi d'un permis de pêche
est que le bateau doit être équipé d'un
transpondeur VMS en vue de transmettre régulièrement,
soit 12 fois ou 24 fois par jour - dépendant du type de
transpondeur - la position du bateau.
Le magistrat Joseph : Aviez-vous été informé
au sujet du départ du King Fish II pour la campagne
de pêche ?
R : Oui. Le 13 février. Mais le King Fish II
n'avait pas appareillé pour les bancs ce même jour.
J'ai vérifié sur le Personal Computer du centre
d'Albion en vue de confirmer si le bateau transmettait des indications
régulières sur ses positions.
Q : Aviez-vous vérifié personnellement si
le bateau était parti au moment indiqué ?
R : Non. Je suis basé au centre des Pêcheries
d'Albion.
Q : S'il y a un problème spécifique avec
le transpondeur d'un bateau, que se passe-t-il ?
R : Le centre d'Albion se sera pas en mesure d'enregistrer
les coordonnées du déplacement du bateau.
Q : Saviez-vous si les bateaux King Fish II et V
avaient eu des problèmes de transpondeur dans le passé
?
R : I can't recall. Il y a tellement de bateaux
concernés.
Q : Quand aviez-vous pris connaissance du fait que le King
Fish II n'avait pas transmis ses positions en mer par le truchement
du transpondeur ?
R : Only on the 26th of February !
Q : L'autorisation officielle était que le bateau
aurait dû partir en campagne de pêche depuis le 13
février...
R : Quand les bateaux de pêche sont à quai,
les transpondeurs sont étients. Des fois, même si
les bateaux ont obtenu l'autorisation de partir en campagne de
pêche, ils restent à quai.
Q : Did you take it for granted that King Fish II did
not go ?
R : Yes, on the 13th of February.
À d'autres questions du président de la Court of
Investigation, le technical officer du ministère
des Pêcheries confirme que les données émanant
des transpondeurs des bateaux de pêche en mer sont transmises
au centre d'Albion " in real time and on a 24-hour basis
". Il ajoutera que ces données sont également
disponibles à la station de la National Coast Guard basée
au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.
" We are first on line and the NCG is connected to the
network and receives the same information ", devait-il
soutenir à une question du capitiane Bo Ronn, comme pour
préciser si le problème aurait pu être noté
bien avant le naufrage du 23 février ou encore le 26 février
que ce soit par le centre des Pêcheries d'Albion ou la NCG.
En début de semaine, l'audition de Munesh Munbodh
a été consacrée en majeure partie aux conditions
de vie des marins-pêcheurs sur les bateaux. " We
are not aware of the working and living conditions on the fishing
vessels ", répondit-il tout simplement aux questions
répétées de Benjamin Joseph.
Le magistrat Joseph (cachant difficilement son étonnement
devant la réponse) : Is it not the concern of
the ministry of Fisheries ? The living conditions and the accommodation
amenities provided are none of the concern of the minstry ?
Munbodh : It is not a clear-cut responsibility
Le magistrat Joseph : What about the welfare of fishermen
?
Munbodh : Il y a des questions qui relèvent du ministère
du Travail et des Relations industrielles.
Le témoin ajouta que pour l'octroi de tout permis officiel
pour la campagne de pêche sur les bancs, le ministère
s'intéresse à deux choses précises, le clearance
et la police d'assurance au nom des marins-pêcheurs. "
There is not much said in the law ", devait-il soutenir
en réponse à une question du président de
la cour au sujet des exigences légales. Il fit état
de consultations en cours entre les ministères des Pêcheries
et de la Marine par rapport à des amendements envisagés
en vue de revoir la situation.
Le magistrat Joseph : Êtes-vous au courant des conditions
d'hygiène à bord de ces bateaux de pêche ?
R : Non.
Q : Le ministère a-t-il déjà effectué
un survey sur les conditions de vie et de travail des marins-pêcheurs
sur les bancs ?
R : Not really ! We wanted to have a look on
the conditions of employment of the fishermen. Mais nous n'avions
pu avoir avoir accès au document de l'engagement en l'absence
de coopération des propriétaires de bateaux de pêche.
Nous ne pouvons progresser dans notre démarche.
L'importance de la communication a été mise en exergue.
" We have put much emphasis on the fact that the skippers
should communicate with the Port Louis Harbour Radio and the NCG
outstation in Saint-Brandon ", a décaré
Munesh Munbodh. L'absence de tables de navigation appropriées
sur ces bateaux de pêche a été relevée.
Le manque de formation à l'intention des matins-pêcheurs
est aussi évoqué et le Chief Fisheries Officer a
signifié l'intention du ministère de proposer des
programmes de formation sous l'égide du Maritime Training
Centre du ministère de tutelle. Un comité comprenant
des représentants des ministères des Pêcheries,
de la Marine, de la National Coast Guard, de la Mauritius Ports
Authority et de la Port Louis Harbour Radio a été
constitué pour piloter un projet de formation à
l'intention des skippers.
Le mot de la fin au sujet de la formation des skippers des bateaux
de pêche sur les bancs devait revenir au Senior Magistrate.
" The paradox is that somebody who operates a pleasure craft
must pass a competency test an there is no need for same for skippers
on board ships going fishing on the banks. That is the case as
matters stand today ", devait lâcher Benjamin Joseph.
Le Dry Dock Master : " A liferaft is not safe in cyclonic
conditions "
La déposition du Dry Dock Master de Taylor Smith, Pierre-Yves
Rochecouste, devant la Court of Investigation au cours
de la semaine écoulée est venue apporter une précision
de taille au sujet de la fiabilité des canots de sauvetage
se trouvant sur les bateaux. Invariablement aux questions du président
de l'enquête, Benjamin Joseph, ou de Me Rex Stephen,
qui assure un watching brief pour le compte de la compagnie
Hassen Taher Seafoods Limited ou des représentants du State
Law Office, Me Ajay Gunjah et Me Diya Beessoondoyal, ce spécialiste
des canots de sauvetage a soutenu que " definitely a liferaft
is not safe in cyclonic conditions ".
Le témoignage du Dry Dock Master s'impose dans le cadre
de cette enquête vu que c'est lui quia effectué les
derniers tests sur les canots de sauvetage des King Fish II
et V. Le canot se trouvant sur le King Fish II
a subi les derniers tests à la fin de juillet 2006 à
la station spécialisée de Taylor Smith. Il
a fourni à la cour des détails techniques à
ce sujet. Il a rappelé que lors de ce test, l'emergency
kit du canot de sauvetage du King Fish II fut remplacé.
L'exercice pour le King Fish V fut effectué en janvier
2007, soit un mois avant le naufrage du 23 février dernier.
Le canot de sauvetage du King Fish V remonte à 2003
alors que celui du King Fish II à 1996.
Me Beessoondoyal : Un canot de sauvetage comme celui se
trouvant sur le King Fish II peut-il résister dans
des conditions cycloniques ?
R : A liferaft can take water very easily. It is only
60 centimetres from the level of the sea. If you put 25 persons
in it, it can easily sink. It can also capsize
Q : So, a liferaft is not safe in cyclonic conditions
?
R : Definitely !
Pierre-Yves Rochecouste réitérera les mêmes
réponses aux autres questions de la cour au sujet de la
sécurité dans les canots de sauvetage. Le président
Benjamin Joseph ajouta que " liferaft serves no purpose
in cyclonic conditions and in rough seas if I have understood
well ! " Mais le Dry Dick Master devait indiqué
que le King Fish II était doté d'un "
ocean-going liferaft avec tous les équipements nécessaires
en cas d'urgence aussi bien de quoi manger et boire. "
Le Dry Dock Master a aussi fourni des explications sur
ce qui reste des cordes du canot de sauvetage ramené du
King Fish II drossé sur un banc de sable au large
de l'île Cocos à Saint-Brandon.
" Looking at the exhibits, the liferaft has been triggered.
But I can't say if it is a deliberate action. Maybe it has just
parted ", laissa-t-il entendre aux membres de la cour
d'investigation.
A une question du capitaine Bo Ronn, un des assesseurs, Pierre-Yves
Rochecouste n'écarta pas la possibilité que le canot
de sauvetage ait pu s'envoler comme un cerf-volant avant qu'il
ne soit mis à l'eau en tenant en ligne de compte les rafales
à une vitesse maximale de 165 km/h lors du passage du cyclone
Gamede dans les parages de l'archipel de Saint-Brandon.
Certificats de "seaworthiness" : les procédures
à la loupe
La cour d'investigation a passé à la loupe
les procédures pour l'octroi des certificats de navigabilité
des King Fish II et V. Les principaux témoins
entendus à ce sujet au cours de la semaine écoulée
sont le Senior Marine Engine Surveyor Enrico Donat et le Senior
Navigational Surveyor, le capitaine Asiva Coopen, du ministère
de la Marine.
Le témoin Donat a déclaré que les six déficiences
relevées sur le King Fish II lors de l'inspection
effectuée en 2006 furent rectifiées par les propriétaires
du bateau avant que le certificat ne soit octroyé après
une nouvelle vérification des améliorations recommandées.
A des questions des membres de la cour, Enrico Donat a trouvé
que " sleeping accommodation on the fishing vessel and
conditions of hygiene are not part of the hull and machinery survey.
" " My colleague from the navigation survey department
of the ministry would be able to answer such questions ".
De son côté, le capitaine Asiva Coopen a été
longuement interrogé au sujet des équipements de
sauvetage et autres instruments de navigation à bord du
King Fish II. " Les critères de survey
pour le personnel ne s'appliquent pas dans le cas des bateaux
de pêche de moins de 15 tonnes ", a tout simplement
répondu le spécialiste du ministère de la
Marine aux questions de la cour.
Benjamin Joseph : Selon les définitions dans la
marine, un pêcheur sur un bateau ne fait pas partie de l'équipage.
Saviez-vous que sur le King Fish II et le King Fish
V, il y avait un seul membre d'équipage sur chacun
des bateaux, soit le skipper ?
Le capitaine Coopen : I'm not aware.
Q : Une telle situation est préoccupante sur le
plan de la sécurité des pêcheurs se trouvant
à bord du bateau. Si le capitaine est indisposé,
qui sera responsable pour la suite des manuvres en mer ?
R : I'm surprised.
Définissant la composition d'un équipage d'un bateau,
le capitaine Coopen devait mentionner un skipper, un second, un
ingénieur qualifié et un assistant ingénieur,
ajoutant que ces membres d'équipage doivent avoir une bonne
expérience de la mer avant d'assumer ces fonctions.
Avant l'ajournement des travaux à la fin de cette semaine,
le capitaine Coopen a été confronté à
des copies des navigation charts du King Fish II.
Il devait trouver que " these are not navigational charts
but they have been used over the years. "
Le Senior Magistrate Jospeh : " Cette enquête se
déroule dans la transprance totale "
Le président de la Court of Investigation, le Senior Magistrate,
Benjamin Joseph, s'est appesanti sur le fait que l'enquête
portant sur le double naufrage des King Fish II et V
le samedi 23 février, au large de Saint-Brandon, se
déroule dans la transparence et en public. Cette assurance
a été donnée aux parents des 16 marins-pêcheurs
portés disparus. Cette garantie a été réitérée
en présence de Mario Jolicoeur, responsable du Centre diocésain
du monde ouvrier (CDMO), qui assure un encadrement des familles
des victimes de ce double drame en mer.
En réaction à des commentaires des parents de victimes
en fin de semaine, le président de l'enquête
a déclaré que " nous tenons à rassurer
les familles des victimes de ce double drame. " " Nous
ne nous limiterons pas aux seuls témoignages des autorités
et des propriétaires des bateaux. Tout se fait dans la
transparence. Les séances d'auditions se déroulent
en public et n'importe qui peut venir suivre les dfélibérations
".
Tout en affirmant que la cour d'investigation ne tient aucun reproche
aux membres de l'Association des familles des marins-pêcheurs,
Benjamin Joseph avance que " la cour est disposée
à écouter les membres des familles des victimes.
" " Il suffit qu'ils se manifestent et nous consignerons
leurs témoignages. Cette cour n'a pas l'intention d'exclure
qui que ce soit. Les portes de cette cour restent ouvertes à
qui veut témoigner en vue de faire la lumière sur
ce double naufrage en mer ".
Benjamin Joseph a rappelé les deux principaux mandats de
la cour d'investigation, soit enquêter sur les circonstances
du naufrage et soumettre des recommandations pour renforcer la
sécurité à bord des bateaux de pêche
et pour assurer la formation des pêcheurs sur les bancs.
" Dès sa mise sur pied, la Court of Investigation
avait lancé des invitations à témoins. Nous
n'avons reçu aucune réponse aux communiqués
publiés dans la presse et diffusés à la radio
et à la télévision ", a poursuivi
le président, qui a ajouté que la cour d'investigation
siège en public trois fois par semaine, cela depuis
le 10 avril.
Ce matin
Concertations des parents des disparus en mer
Quatorze semaines après le drame en mer à Saint-Brandon
ayant coûté la vie à 16 marins-pêcheurs,
l'Association des familles des marins-pêcheurs disparus
s'est manifestée pour réclamer des comptes sur cette
affaire aux autorités concernées. Bénéficiant
de l'encadrement du Centre diocésain du monde ouvrier (CDMO)
sous le leadership de Mario Jolicoeur, les proches des victimes
du naufrage des King Fish II et V s'organisent pour
faire entendre leur voix, que ce soit au niveau de la Court of
Investigation ou dans d'autres forums en vue d'attirer l'attention
sur des zones d'ombre autour de cette affaire.
Selon les recoupements d'informations effectués par Week-End,
les responsables de l'association se réuniront ce matin
en vue de décider de la marche et de la stratégie
à être adoptées pour les prochaines étapes.
La prioritié des priorités est de prendre avantage
de la déclaration formelle du président de la Court
of Investigation, le Senior Magistrate Benjmain Joseph. Ce dernier
a rappelé vendredi que cette enquête est disposée
à entendre des témoins susceptibles de faire la
lumière sur ce drame.
La réunion du jour vise à permettre à l'Association
des familles des marins-pêcheurs disparus de bénéficier
d'un soutien logistique en termes d'encadrement légal pour
la préparation des dossiers et des dépositions devant
la cour. " Nous ne disposons pas de l'expertise voulue
et des volontaires ont accepté de nous aider dans cette
démarche. Nous allons discuter de toute la question et
mettre au point un programme de travail ", a déclaré
à Week-End Mario Jolicoeur. L'objectif de l'association
est que " la vérité lor sa zafer nofraz-là
bizin éklaté ".
Lors de la présentation de l'association à la presse,
jeudi dernier, Nathalie Spéville, la présidente,
souligne que " ziska ler nu pa ine gagn oken répons
positif. " " Nu bien dan lapeine ek dan la sufrans.
Ena buku mistère ki pé plané lor sa zafer
nofraz-là. Bato kulé St-Brandon. Mé gagn
zilé sovtaz lot koté Moris. Nu bizin koné
ki pé pasé dan lanket. Des zones d'ombre doivent
être élucidées ". Elle s'est élévée
contre certaines déclarations faites devant la Court of
Investigation.
Nathalie Spéville, qui révèle que l'association
comprend onze épouses de pêcheurs disparus, onze
enfants âgés entre 3 et 10 ans, deux de moins d'un
an, neuf de 10 à 17 ans et cinq de plus de 17 ans, s'est
également interrogée sur les fonds recueillis lors
du télédon organisé sous l'égide de
la municipalité de Port-Louis. " Ti kapav servi
sa kas ki fine gagné là pu aide bann fami péser
qui truv zotte dans difikilté. Mé ziska ler pa tan
okenn son lor la " a-t-elle déclaré.
Mario Darga, dont deux fils ont péri sur des naufrages
lors des campagnes de pêche sur les bancs, a fait état
du manque de sécurité sur les bateaux de pêche.
" Lor bato, sékirité pa ekzisté.
Péna okenn kontrol lor bato kan zot kit lépor. Saki
missié Hassen Taher désidé, samem ki lotorité
aksepté ", avança-t-il en se basant sur
ce qu'ont vécu ses deux fils.
" Ena ène véritab mystère ki bizin
éklairsi. King Fish II ek V fer nofraz lil Koko Saint Brandon.
Me gagn gilé sovtaz lor lakot Moris, soit akot Albion ek
Cam-Malheureux. Li bien drol sa zafer-là. Pou bizin konne
la vérité dans sa zafer-là. Enn zafer qui
mari mystérié c'est ki okenn léfé
personnel bann péser-là pa finn ramassé lor
lamer. Sa fer nu poz nu kestyon lor ki kapav ine passé.
Ena anguille sous roche ", a avancé Mario
Darga.
Joseph Menesse, dont deux frères sont portés disparus
en mer depuis le 23 février dernier, a fait état
des difficultés rencontrées par les parents des
victimes lors de leurs démarches pour une assistance auprès
des autorités. " Kot allé pu essaye gagn
ène l'aide pu bann zanfan zotte diman l'acte désé.
Mé nu péna. Minis Valayden di tir ki li pu fer nu
gagn sa dokima dan 100 zur. Ziska ler zéro plombaz. Minister
ti dir bann madam-là ki travay zot oulé fer, ki
lakaz zot bizin. Me nanyen pa finn trouvé apré.
Propriéter lakaz pé zet zot déor parski pa
pé kapave payé. Kot bann ministre ki ti fer promesse-là
", devait-il conclure en souhaitant voir les autorités
honorer leurs engagements.
Bradage et privatisation de la mer en vue
Mobilisation contre le Aquatic Business Activities Bill
"Pa touss nou lamer !". Ce slogan va être
sur toutes les lèvres bientôt. Et pour cause, le
ministère de l'Agro-Industrie du Dr Arvin Boolell a concocté
un projet de loi du nom de Aquatic Business Activities Bill
qui vise à privatiser des pans entiers de la mer et
à les louer à bail à des promoteurs d'aquaculture.
Bien que le texte ait circulé sous le manteau, des organisations
non-gouvernementales et de pêcheurs ont pu en obtenir copie.
La résistance s'organise déjà et une mobilisation
est déjà notée sur la côte ouest où
une pétition en circulation demandant le retrait de ce
projet considéré comme scandaleux a recueilli les
signatures des trois députés de Savanne/Rivière
Noire, Alan Ganoo, Maya Hanoomanjee et Dany Perrier. Vassen Kaupaymoothoo,
environnementaliste a, de son côté, décidé
de prendre son bâton de pèlerin et de faire le tour
de l'île en vue de réunir le plus grand nombre de
signataires pour dire "pa touss nou lamer !".
Obtenir un bail marin sera comme aller s'approvisionner au supermarché
puisque, selon la Aquatic Business Activity Bill, "any
person who wishes to obtain a licence shall make a written application
to the Minister" les seules conditions étant que
ce soit des Mauriciens qui fassent la demande et que les compagnies
étrangères, elles, devront inclure une participation
à hauteur de 20% de Mauriciens.
La section 6 du Aquatic Business Activities Bill prévoit
à la clause 7 que "any area of castal waters which
is the subject of a lease shall, notwithstanding article 538 of
the Code Civil Mauricien, cease to form part of the" domaine
public "while the lease is in operation".
Cette section 538 du Code Civil est ainsi libellée: "les
chemins, routes et rues à la charge de la nation, les fleuves
et rivières navigables ou flottables, les rivages,lais
et relais de la mer, les ports, les havres,l es rades, et généralement
toutes les portions du territoire national qui ne sont pas susceptibles
d'une propriété privée, sont considérées
comme des dépendances du domaine public".
Les parties louées, selon ce projet de loi qui, sans nul
doute, a suscité de très vives réactions,
seront connues comme des "marked off areas".
La section 7 du projet de loi qui traite des "marked off
areas" stipule à la clause (1) que "where
the Minister has agreed to grant a lease of coastal waters, he
shall cause the area of coastal waters leased to be clearly and
visibly marked-off in such a manner as may be prescribed".
Plus loin et plus grave, à la clause (2) il est prévu
que "subject to the conditions of the lease, a lessee
shall have a right of exclusive occupation of a marked-off area"
et à la clause (3) "any person who has entered
a marked-off area shall, on being requested to do so by the lessee
or an enforcement officer, leave the area forthwith". Les
infractions à cette loi vont d'une amende de Rs 100 000
à 12 mois de prison.
Ce projet est, rappelons-le, censé favoriser l'aquaculture
et le "seafood hub".
Olivier Bancoult :
"Nous pé prépare nou rétour back
to paradise !"
La communauté chagossienne a déjà commencé
à réfléchir sur les mesures qui devront être
prises quand elle regagnera l'archipel. Olivier Bancoult lance
un appel au gouvernement britannique pour la réhabilitation
des îles et insiste qu'une compensation financière
doit être donnée aux membres de la communauté
au plus tôt. Ces requêtes seront plus longuement discutées
lors d'une assemblée générale prévue
le dimanche 17 juin au centre social de Pointe-aux-Sables à
partir de 10h. Par ailleurs, le leader du Groupe Réfugiés
Chagos (GRC) demande au gouvernement mauricien de définir
le plan qu'il a pour cette communauté. Concernant le jugement
récemment rendu par la cour de Londres, Olivier Bancoult
dit croire que le gouvernement britannique ira davantage dans
le sens des solutions plutôt que de faire appel.
Suivant le jugement rendu en faveur du peuple chagossien par la
cour de Londres, Olivier Bancoult rappelle : "Les Chagossiens
peuvent rentrer à tout moment s'ils ont un moyen de transport."
En ce moment, précise le leader du GRC, c'est à
ce retour que se préparent les Chagossiens. "Nous
pé prépare nou rétour back to paradise !"
a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse
hier.
Le dimanche 17 juin, il compte présenter un plan préparé
en ce sens aux membres de la communauté invités
à prendre part à l'assemblée générale
prévue à Pointe-aux-Sables. "Certains croient
que nous n'avons rien planifié. Ce plan a été
réalisé avec l'aide d'un groupe d'experts et vise
à faciliter le retour des Chagossiens dans leurs îles",
explique-t-il.
La compensation aux Chagossiens sera l'autre thème de la
rencontre de dimanche prochain. "Le gouvernement britannique
doit faire le nécessaire pour que les membres de la communauté
reçoivent une compensation au plus tôt. Nos objectifs
en ce sens n'ont pas changé. Nou bizin capav rétourn
lor nou later ek gagn compensation !"
Le plan sur lequel il compte élaborer la semaine prochaine
propose différentes activités sur l'île pour
permettre à la communauté d'y vivre. "L'eau
potable, par exemple, ne sera pas un problème. Et nous
serons en mesure de développer l'île. Il y a des
gens qui sont disposés à nous aider à cela."
Olivier Bancoult est confiant que Péros Banhos, Salomon
et autres pourront atteindre le même statut de développement
qu'a connu Diego Garcia. Dans ce processus, il estime qu'il est
de la responsabilité du gouvernement britannique de réhabiliter
les infrastructures de l'archipel. Olivier Bancoult précise
qu'à leur retour dans leurs îles, les Chagossiens
devront bénéficier des mêmes facilités
que celles disponibles ailleurs en termes de communications, de
transports aérien et maritime, de technologie informatique,
d'éducation, de services de santé, entre autres.
Aussi, ajoute-t-il : "Nous avons des jeunes qui se perfectionnent
dans ces domaines et nous pouvons aussi recevoir la formation
nécessaire à cela. La communauté est prête."
Selon Olivier Bancoult, le GRC ne réclame pas la fermeture
de la base militaire américaine ; "nous pré
pou cohabiter", dit-il.
Dans la lutte enclenchée, Olivier Bancoult fait ressortir
: "Il ne faut pas croire que nous avons abandonné
parce que nous avons désormais un passeport britannique.
Même avec cela nous n'avons pas hésité à
défier le gouvernement britannique. Notre dignité
n'est pas à vendre !" Il ajoute que l'heure est
venue pour Maurice de "définir son plan" pour
la communauté chagossienne.
Concernant le récent jugement rendu, il est d'avis que
le gouvernement britannique ne fera pas appel, mais qu'il cherchera
plutôt une solution. "Certains parlementaires font
pression en disant enough is enough !. Avec cette affaire,
la communauté internationale a les yeux rivés sur
la Grande Bretagne qui s'était présentée
comme un champion des droits de l'Homme pendant toutes ces années."
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