Faits et effets…—Go to… Hull
Humeur—Le magicien
Interrogations —Entre le marché et le bazar
Actualités commentées—Vive la démocratie des hommes-liges !
Carnet—Quadricolore
Faits et effets...
Go to
Hull
Chaque sortie publique du Premier ministre nous laisse franchement
perplexe. Presque autant qu'il l'était lui-même après
la proclamation des résultats des élections générales
de 1991. Navin Ramgoolam choisit en plus toujours sa propre circonscription
pour débiter des énormités. Se sent-il menacé,
vulnérable à Pamplemousses/Triolet au point d'être
toujours menaçant et un peu amer même vis-à-vis
de l'électorat de cette circonscription ? Il n'y a pas
de raisons pour qu'il en soit ainsi, sa position étant,
jusqu'à preuve du contraire, tout à fait confortable
au No 5.
On se souvient ainsi de l'engagement pris, un dimanche, à
Triolet, de trouver un terrain alternatif pour accommoder le groupe
Tian Li afin de ne pas pénaliser les petits planteurs et
du revirement du mercredi suivant, sans qu'il n'y ait aucune explication.
Un autre jour, c'était la même rengaine sur les Mauriciens
qui ne savent pas voter et qui l'ont privé de son obsessionnelle
majorité de trois-quarts à l'Assemblée nationale,
alors que son rusé de père avait tenu six ans avec
une petite majorité de deux députés et quelques
transfuges achetés en cours de mandat. Et il ne nous a
toujours pas dit pour quelles raisons il a bien besoin d'une majorité
constitutionnelle pour gouverner. À moins que ce ne soit
pour des raisons inavouables. En l'absence de clarifications,
on peut penser à des choses à portée moins
conséquente, comme l'abolition du poste de vice-président
de la République, mais aussi de desseins moins nobles et
effrayants comme, allons dire, l'expropriation de certains propriétaires.
À Ilot jeudi, c'était le même propos excessif
à l'occasion du dévoilement d'un buste du grand
Rabindranath Tagore, dont le message est aux antipodes de ce qu'il
nous a été donné d'entendre et de lire sur
le Premier ministre alors qu'il intervenait, de surcroît,
en présence d'invités étrangers. Qu'a-t-il
dit sur un ton de campagne électorale, comme si les élections
étaient imminentes ? À, théoriquement, trois
ans des prochaines échéances électorales,
il a invité sa communauté à se souvenir lorsqu'il
ira voter que c'est lui qui a considérablement augmenté
les allocations des enseignants de langues orientales, qui avait
lancé le Rabindranath Tagore Institute et relancé
le World Hindi Secretariat.
Si, sur les langues orientales, son propos est indiscutable, encore
que certains pourraient lui rappeler que ce n'est pas lui qui
a trouvé cette formule apaisante qui a permis la comptabilisation
de ces langues au CPE, un dossier explosif, sans que personne
ne se sente lésée, ses prétentions sur les
deux autres thèmes nous paraissent largement exagérées.
Ses dires selon lesquels rien n'a été fait pour
le RTI avant son arrivée ne tiennent pas la route. Cet
institut a été inauguré le 19 décembre
2002 par le Premier ministre d'alors, Sir Anerood Jugnauth. Quant
au World Hindi Secretariat, celui qui s'en occupait, Ajamil Matabadul,
a abattu un travail certain tandis qu'un site avait été
identifié à Phoenix non loin de l'Indira Gandhi
Cultural Centre for Indian Culture et le financement en négociation
pour sa construction.
Pourquoi avoir choisi ses exemples et ne s'être adressé
qu'à ses coreligionnaires ? Si Navin Ramgoolam avait demandé
à l'ensemble de l'électorat jeune et du troisième
âge de se souvenir de lui et de son transport gratuit au
moment de voter, ou aurait compris. Mais là, franchement,
on ne comprend pas. Ce sont des propos qui, par contre, ont dû
conforter ceux qui, depuis quelque temps, le suivent comme son
ombre à chacune de ses sorties. Nous avons en tête
la Voice Of Hindu, dont un dirigeant, selon l'express,
s'est cru autorisé d'apostropher les journalistes parce
qu'il a édicté une règle selon laquelle les
journalistes doivent se lever lorsque le Premier ministre se présente.
Cette exigence monarchique, que les journalistes n'auraient pas
respectée, a été assortie de propos racistes.
Pauvre Tagore, que de crimes ne commet-on pas en ton nom !
Le Premier ministre a aussi décrété jeudi
que c'est la presse, encore elle, qui a fait croire qu'il en avait
contre certaines personnes précises dans le secteur privé.
Il plaisante, là. Faut-il revenir sur ses thèmes
de campagne, fait-il énumérer ses invectives et
ses menaces récentes et revenir sur certaines des décisions
bien ciblées de son gouvernement ? Quelle meilleure preuve
de cet état d'esprit que cette interdiction faite aux caméras
de sa télévision monopolistique et aux photographes
de presse de fixer pour la postérité les deux rencontres
tenues à quarante-huit heures d'intervalles entre lui et
ses ministres et différents responsables de l'industrie
sucrière, comme si ces derniers étaient des pestiférés
? Quel contraste avec cette suspension de journaliste et de cameramen,
coupables de n'avoir pas couvert par des entretiens sur un dossier
d'importance cruciale pour la survie d'une industrie, que l'Union
Européenne a à l'il, mais une simple visite
de courtoisie à son bureau.
Navin Ramgoolam est parti hier pour sa destination préférée,
Londres, en passant par Hull, pour une conférence sur les
200 ans de l'abolition du texte qui régissait l'esclavage
et où aucun officiel britannique ne participe, ce qui devrait
lui laisser quelques jours pour se détendre. Go to Hull,
devrait lui dire toute la nation mauricienne pour paraphraser
son fameux "Go to hell !", qui fut l'expression d'une
grande nervosité. Et grand bien lui fasse. Il en a bien
besoin, lui qui est crispé, de mauvaise humeur et plutôt
agressif ces derniers temps. Espérons qu'il aura retrouvé
un peu de sérénité à son retour.
Humeur
Le magicien
Rama Sithanen a commencé la première phase de la
comédie que nous jouent tous les ministres des Finances
au mois de mai. Quelques semaines avant la présentation
du budget et généralement juste après l'annonce
du montant de la compensation salariale qui ne satisfait personne
- les employeurs disent qu'ils ont trop payé, les travailleurs
qu'ils ne l'ont pas été suffisamment - , le grand
Argentier tient une conférence de presse. Il la donne un
vendredi après-midi ou un samedi matin pour profiter que
la nouvelle se répande dans les journaux du dimanche.
Le choix du jour était sans doute motivé par le
fait que le genre de nouvelles qu'il souhaite annoncer se digère
mieux le dimanche matin. Les radios privées ont un peu
faussé la donne en rapportant instantanément le
contenu de la conférence. Quant à la MBC, aujourd'hui
comme hier, elle se contente d'en faire LA nouvelle de son journal
télévisé. Avec cette différence qu'elle
est capable, si elle juge que le contenu de la conférence
est de portée nationale - et pour elle tout ce que disent
et font les locataires de l'hôtel du gouvernement et leurs
amis sont des sujets d'intérêt national - de diffuser
en différé la conférence de presse sur l'ensemble
de ses multiples chaînes. En déclenchant sans doute
des houles de protestations de ses téléspectateurs,
mais on le sait depuis longtemps: le téléspectateur,
même s'il est obligé de lui verser cent roupies tous
les mois, il n'existe pas pour la MBC.
Tout comme pour le gouvernement et son chef, les Mauriciens qui
ne sont pas d'accord avec sa politique ou ses décisions
sont des esprits chagrins qui ignorent ce qu'il fait "par
manque de communication". Alors là, une explication
s'impose: comment Navin Ramgoolam peut-il venir dire que les Mauriciens
"ignorent ce qu'il fait par manque de communication"
alors qu'on ne voit que lui, en long, en large et en travers,
dans le JT de la MBC et que le moindre de ses propos est répercuté
et diffusé en boucle sur les radios. Il faudrait qu'il
se pose la question fondamentale: si le message n'est pas compris,
c'est qu'il est sans doute mal expliqué
Mais revenons à Rama. Il a donc commencé son opération
de mise en condition en disant tout d'abord qu'il n'était
pas un magicien et que la Banque Mondiale lui mettait la pression
et voulait qu'on arrête de subventionner le transport scolaire
gratuit et que l'on mette la TVA sur tout et qu'on enlève
les subsides partout. Après nous avoir laissés mariner
dans notre déprime pendant quelques jours, il a déclaré,
pas plus tard que vendredi, que "la crainte d'une récession
économique est derrière nous". Il a même
ajouté "qu'il y a de bonnes indications que l'investissement
privé va croître d'avantage cette année",
que "l'investissement direct va encore progresser",
que "le secteur textile va poursuivre sa relance".
En une semaine, la situation est passée de "je
ne suis pas un magicien" à "la crainte
d'une récession économique est derrière nous".
Rama est trop humble pour nous dire à qui on doit cette
évolution - pour ne pas dire ce redressement spectaculaire
de la situation économique. Mais nous, on sait: c'est lui
qui a pris des mesures courageuses l'an dernier pour tirer le
pays du trou où le gouvernement MSM/MMM - et pas Bheenick,
comme vous l'aviez cru - l'avait jeté.
Rama est donc notre Zorro. Mais on ne peut pas utiliser ce surnom
pour Rama. Zorro c'était le surnom que l'on donnait à
son grand cousin Vishnu quand il était ministre des Finances.
Aujourd'hui qu'il est revenu dans l'opposition, il se prépare
à nous dire que s'il était à la place de
son cousin, il aurait fait mille fois mieux. Si Vishnu dit qu'il
peut faire mieux, Rama affirmait, quand il était sous Jugnauth,
que des ministres des Finances, il était le meilleur. Fatigué
d'attendre qu'on le dise, il avait fini par le proclamer lui-même.
Sous Ramgoolam, il a failli avoir un autre surnom: le repreneur
de lettre de démission. D'ailleurs, il pourrait profiter
de ses conférences de presse de préparation au budget
pour nous expliquer la logique de sa grande opération politique
de mars. Est-ce qu'une démission en signe de protestation
annulée sans que l'objet de la protestation ait bougé
d'un pouce serait un nouveau concept mis au point par le FMI et
la Banque Mondiale ?
Mais je m'égare. La question à poser est la suivante:
si la crainte d'une récession est derrière nous
et tous les secteurs économiques dans le vert, Rama a tous
les éléments réunis pour présenter
un budget qui n'obligerait pas les Mauriciens à se serrer
encore un peu plus la ceinture. Si ses dernières affirmations
sont exactes, on n'a pas besoin d'un magicien pour ça.
Même un ministre des Finances pourrait le faire.
Interrogations
Entre le marché et le bazar
C'est un événement, nous dit-on, que la première
"Foire Artistique" qui se tient ce week-end dans l'enceinte
de la mairie de Quatre-Bornes, à l'initiative du ministère
des Arts et de la Culture. Sans doute peut-on en effet se réjouir
de constater que des dizaines d'artistes bénéficient
là d'une interface directe avec le public, leur permettant
de faire connaître, voire de vendre leurs créations
et productions. Reste que face à l'ambition déclarée
du ministre Mahen Gowreessoo de développer ainsi une "industrie
culturelle", on peut être songeur. À celui qui,
depuis le début de son mandat, n'a cessé de mettre
en avant sa vision des artistes comme des PME, on peut faire valoir
un autre rendez-vous qui se tient simultanément à
quelques kilomètres de là: au Swami Vivekananda
Centre ce week-end, c'est dans des conditions d'une tout autre
qualité que les petits entrepreneurs sont, eux, invités
à participer à la foire de la Small Enterprises
& Handicraft Development Authority (SEHDA). À des années
lumière du souk constitué d'une enfilade de marquises
défraîchies qui est proposé aux artistes locaux.
Ces derniers méritent mieux. Et il est peu de dire que
ce n'est pas ce type de bricolage qui nous rapprochera du développement
d'une quelconque "industrie culturelle".
Pour y arriver, il nous faudra beaucoup plus. Et cela passe, d'abord,
par la volonté d'investir dans ce secteur. Or, sur ce point,
nous frisons la catastrophe. Le bilan des deux concerts organisés
il y a quelques jours par Immedia dans le cadre de son 20e anniversaire
est là pour en témoigner. Si, l'an dernier, des
rendez-vous comme ceux offerts par Francis Cabrel, Laurent Voulzy,
Shaan ou Mahalakshmi Iyer ont aisément fait le plein des
3 200 places disponibles au Swami Vivekananda Centre, c'est loin
d'avoir été le cas pour deux artistes de toute aussi
belle qualité: pour Jagjit Singh et Julien Clerc, face
au manque de public, la configuration de la salle a dû être
revue à la baisse, et ce sont finalement environ 2 000
personnes (invités compris) qui ont pu assister à
chacun de ces deux concerts d'une grande qualité dans leurs
registres respectifs de ghazals et chanson française. Le
pourquoi: les billets trop chers. Entre la première vente
du concert de Cabrel il y a un an, et celui de Julien Clerc, les
meilleures places sont passées de Rs 490 à Rs 1
200
Une hausse justifiée par la dépréciation
de la roupie par rapport à l'euro et l'augmentation générale
des frais d'organisation (coût des billets d'avion, location
de la salle, qui est passée à Rs 285 000, etc.)
Ajoutez à cela la baisse conséquente du pouvoir
d'achat des Mauriciens au cours de ces derniers mois, et l'on
se retrouve dans une situation où la grande majorité
n'a plus les moyens de se payer un concert. Et ce n'est pas un
hasard si le CCB annonce sa décision, à partir du
mois de juin, d'offrir un tarif spécial de Rs 50 pour tous
ses spectacles aux moins de 25 ans.
Rama Poonoosamy a raison de tirer à ce sujet la sonnette
d'alarme. Car une population qui serait privée du potentiel
de "défoulement" et de transcendance qu'offre
l'expression artistique est une population vouée à
la morosité, à la désespérance, à
l'étiolement, quand ce n'est à la violence et au
déclin.
Que faire alors ? Enlever les 25% de taxes qui frappent actuellement
les billets d'entrée à un spectacle (15% de TVA
et 10% d'Entertainment Tax) serait déjà une
option que le ministre des Finances devrait sérieusement
considérer dans le cadre du prochain budget à être
présenté dans moins de deux semaines.
Mais il faut aller encore plus loin. Augmenter le budget consacré
au ministère des Arts et de la Culture, en réorientant
les crédits sur les aides à la création plutôt
que sur les dépenses de fonctionnement serait idéal.
Mais soyons réalistes. Dans une situation où l'État
n'a pas de moyens supplémentaires à consacrer à
ce secteur, encourager le mécénat et la participation
privée relève d'un enjeu capital. Dans des pays
comme le Royaume Uni, l'Allemagne, l'Espagne et la France, de
récentes réformes ont encouragé de façon
conséquente le mécénat des particuliers et
le mécénat des entreprises, par un renforcement
substantiel des incitations fiscales. Et c'est notamment à
ce type de politique que l'on doit la création de fondations
qui uvrent même au-delà de leurs frontières
propres, comme la Fondation de Jong à laquelle on doit
aujourd'hui de pouvoir créer à Maurice l'ambitieux
spectacle Utopia the Game qui sera présenté
dans une douzaine de jours au Centre Vivekananda.
Encore faut-il, au préalable, reconnaître l'utilité
publique des actions en faveur des arts et de la culture. Sachant
que si l'on prétend développer une "industrie
culturelle", cela nécessite à la fois des créateurs
et des "consommateurs" qui ne peuvent exister dans un
désert, sans possibilité de voir et d'entendre tout
ce qui leur permettra de faire l'expérience et de développer
le goût de la chose. "A nation is alive if its culture
is alive" dit une inscription sur le fronton du Musée
national de Kaboul. Ce que ne devraient pas perdre de vue tous
nos aspirants nation-builders.
Vouloir développer un marché culturel est bien.
Encore faut-il ne pas confondre marché et bazar
Actualités commentées
Vive la démocratie des hommes-liges !
Ainsi, les jeux seraient déjà faits ? Depuis deux
semaines, malgré l'opposition unanime - pour une rare fois
- de toutes les centrales syndicales du pays, le National Pay
Council (NPC), organisme mis sur pied par le gouvernement de l'Alliance
sociale pour remplacer les négociations tripartites, semble
avoir réussi, à s'imposer
comme un fait accompli au sein de notre société.
L'attention est maintenant, pernicieusement, détournée
de la pertinence même du National Pay Council et de sa composition
arbitraire comme une instance crédible pour se focaliser
sur le taux de la compensation salariale qui a été
proposée.
Qu'ils le veuillent ou non donc, voilà les salariés
syndiqués (quelque 20% de la population active, soit plus
qu'en France et aux États-Unis), la classe laborieuse,
toutes strates confondues, bien contraints dorénavant à
accepter les décisions de cette instance où le gouvernement
a lui-même désigné qui doivent parler en leurs
noms; soient cinq collabos bannis des rangs syndicaux. Cette situation
qui va à l'encontre des tendances mondiales, tant vantées,
de bonne gouvernance et de dialogue dans le respect des partenaires
sociaux appelle à la réflexion.
Pour la santé de notre démocratie, il ne faut pourtant
pas que les choses se normalisent ainsi et qu'on se trompe d'enjeu.
Ce n'est pas tout à fait la maigreur de la compensation
offerte qui est, en soi, grave. Véritablement, malgré
la fanfaronnade du représentant désigné par
le gouvernement, Ramesh Maudhoo, membre du sérail du ministre
Madun Dulloo, qui braillait à tue-tête sur une radio-privée
qu'il réclamait Rs 900 - soit Rs 100 de plus que les syndicats
eux-mêmes -, on se doutait bien que la compensation salariale
n'allait pas être conséquente. En tout cas, comme
toujours, sans aucune mesure avec le coût réel de
la vie actuelle. Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est
que, à contre-courant de ce qui se pratique ailleurs dans
d'autres sociétés démocratiques et qu'on
appelle la démocratie participative, à Maurice,
avec le National Pay Council, le gouvernement est en train de
nous instiller une démocratie des hommes-liges.
Homme-lige, selon le Larousse, a deux définitions précises.
D'abord, c'est "un vassal lié à son seigneur
par une forme d'hommage plus étroite que l'hommage ordinaire".
Nous n'avons aucune raison de croire que Yousouf Sooklall, Ramesh
Maudhoo, Fritz Thomas, Dewan Khedoo et Radhakrishna Somanah, les
cinq personnes désignées par le ministre du Travail,
Vasant Bunwaree, pour parler en lieu et place des syndicats, lui
doivent plus qu'un hommage ordinaire. Par contre, la deuxième
définition du Larousse pour homme-lige est (nous citons)
"une personne totalement dévouée à
quelqu'un, à un groupe". Reconnaissons qu'il y
a de quoi être frappé par la ressemblance de cette
deuxième définition avec la réalité
de la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui Sooklall
et ses amis. Ils ne peuvent nier, et d'ailleurs ne cherchent pas
à nier, leur appartenance au camp du pouvoir.
Certes, concédons-le, ce n'est pas un péché
mortel pour des syndicalistes de s'afficher ouvertement sur une
plate-forme politique lors d'une campagne électorale. Politique
et syndicalisme ayant cheminés côte à côte
tout au long de l'histoire de notre pays, nous avons vu dans le
passé les Moogesh Veerabadren, les Michel Nina (Ti -Moignac
ou autres Beejanand Jhurry faire campagne pour leur Mouvement
militant mauricien (MMM) tout comme le firent également,
longtemps avant eux, les Guy Rozemont, Lutchmeeparsad Ramnarain
et Sharma Jugdambi, pour ne mentionner que ceux-là, au
sein du Parti travailliste. Mais, la différence est que
ces derniers n'ont jamais fait fi d'une position de principe unanime
de refuser de siéger sur une quelconque instance nationale
dont la forme et le fond mêmes sont contestés par
le mouvement syndical. Or, le comportement de Sooklall et de ses
amis - dont un a aussi la prétention de représenter
les "centaines de milliers de travailleurs non-syndiqués"
(qui, par choix refusent volontairement de se faire représenter),
autorise aux travailleurs d'entretenir à leur égard
la perception de suspicion qu'ils sont là avant tout comme
des faire-valoir. C'est dommage que le Parti travailliste soit
tombé si bas parce que, malgré tous les défauts
qu'on peut trouver dans ce parti glorieux, ce parti a fait faire
à la masse de nombreux progrès sociaux depuis sa
création en 1936 par Maurice Curé. Cela n'ajoute
absolument rien à son crédit indéniable que
de vouloir à tout prix imposer son vouloir par l'intermédiaire
d'hommes-liges sur une instance aussi décisionnelle que
le National Pay Council. C'est carrément une dérive
inacceptable. Mais, ce n'est pas non plus la première fois
que le Parti travailliste et son allié PMSD recourent à
la nomination arbitraire de valets sur des instances supposément
devoir être constituées de manière démocratique.
Ils l'avaient déjà fait en 1979 lorsque les conseillers
municipaux MMM, croyant le pouvoir Travailliste- PMSD-CAM respectueux
des règles et du calendrier électoral, avaient démissionné
à la fin de leurs mandats limités alors à
trois ans. La réaction des Travaillistes/PMSD à
l'époque avait alors été la suivante: puisque
les conseillers MMM s'en allaient et que les travaillistes, eux,
avaient décidé qu'ils n'organiseraient pas les élections,
les démissionnaires pouvaient donc être remplacés
par des commissaires nommés favorables au pouvoir. C'est
ainsi que cette usurpation dura deux ans et demi jusqu'à
ce que lesdits commissaires furent balayés par la vague
mauve qui déferla sur le pays après l'avènement
du gouvernement MMM-PSM en 1982 (les premières élections
60 -0).
On croyait le Premier ministre, Navin Ramgoolam, plus démocrate
après de longues études européennes qui aurait
dû l'avoir accoutumer au Fair-play. Mais, le PM aura démontré
que la mentalité des travaillistes mauriciens n'a pas beaucoup
évolué depuis la démarche arbitraire et partisane
de décembre 1979. Ainsi, puisque le mouvement syndical
mauricien n'a pas voulu être partie prenante de la mascarade
qu'est le National Pay Council, le pouvoir travailliste a lui
décidé, contre vents et houles, qu'il y remplira
les chaises vides par cinq syndicalistes renégats (un terme
sans doute moins dur que celui de "judas" dont les ex-Brothers
syndicalistes accablent désormais Sooklall et consorts).
Mais, il y a encore plus inquiétant que l'inquiétante
dérive gouvernementale dans ce dossier du NPC. Dans certains
médias qui se proclament pourtant chiens de garde de droits
démocratiques, on se réfère à MM.
Sooklall et autres comme
représentants des travailleurs
alors que les syndicats, légitimement, ne les reconnaissent
pas cette qualité !!! Questions: (i) si la Mauritius Employer's
Federation avait refusé de siéger au National Pay
Council, cette instance patronale aurait-elle consenti à
ce que cinq de ses petits commis remplacent dirigeants et les
médias qui répercutent généralement
les préoccupations patronales auraient-ils dit le contraire
? Si le gouvernement insistait avec son idée d'une Media
Commission rejetée par une majorité des journalistes
et qu'un journaliste "casse bann" et accepte, lui, de
représenter les journalistes comment ceux-ci réagiraient-ils
?
Vive la démocratie des hommes-liges ?
Carnet
Quadricolore
Lorsqu'Akhtar Toorawa téléphona à notre rédaction,
samedi dernier, ni ses propos ni son ton n'étaient comme
à l'accoutumée : c'est-à-dire courtois tout
en allant à l'essentiel de l'information. L'homme se révoltait,
en fait, face " au peu de considération des autorités
autour des performances " de sa protégée, Marinne
Giraud, en Inde. Il disait, entre autres, que s'il n'avait pas
pris l'initiative d'informer la Mauritius Broadcasting Corporation
(MBC) que la finale du $ 10 000 Mumbai opposant Marinne Giraud
à Rushmi Chakravarthi était retransmise sur la chaîne
Doordarshan, personne à Maurice n'aurait eu la possibilité
de voir la Mauricienne dicter sa loi pour la seconde fois en l'espace
d'une semaine en terre indienne entre deux épreuves de
la 6e journée de courses hippiques.
L'ex-secrétaire général de la Mauritius Tennis
Federation (MTF) a probablement une grande gueule et ses propos
comme ses prises de positions ne font pas toujours l'unanimité,
même dans son propre entourage. Il n'empêche que je
dois quand même lui accorder du crédit car il est
probablement un des rares dirigeants encore en exercice à
Maurice qui dira qu'un chat est un chat. Comme Week-End le fait,
du reste, depuis ces 15 dernières années.
Dans un paysage sportif mauricien (PSM) plus que morose - bien
que nous ne soyons qu'à deux mois des Jeux des îles
- avec des fédérations dirigées par des comités
ad-hoc pour un oui ou pour un non, nous avons heureusement encore
des sportifs qui n'hésitent pas à mouiller leurs
maillots pour faire flotter haut, très haut même,
notre quadricolore.
Marinne Giraud en Inde et Bruno Julie à Madagascar ont,
en effet, occupé tour à tour la UNE de l'actualité
sportive le week-end dernier de par leurs performances sportives.
Tandis qu'à Maurice, les derniers Mohicans qui croyaient
encore à un quelconque avenir pour le badminton local ont
fait face à une triste désillusion et ont assisté
à la place à un enterrement, presque anonyme, de
cette discipline dans laquelle il faut le dire, Maurice était
non seulement imbattable dans l'océan Indien, mais faisait
jeu égal avec les meilleurs Africains et Asiatiques. Mais
comme dirait l'Anglais, Those were the days
Nous aurons certainement l'occasion de revenir sur cette catastrophe
mais oublions cette triste vérité pour l'heure,
pour ne pas entacher la belle prestation de nos deux compatriotes
en terre étrangère. Si, en effet, la joueuse de
tennis a frappé en deux fois à Mumbai - en simple
et en double - pour être sur la plus haute marche du podium,
par contre, le nouveau roi des rings a cogné si fort qu'il
est depuis dimanche, le champion d'Afrique chez les moins de 54
kg. Deux sportifs venant de deux milieux sociaux différents,
de deux familles sportives différentes, mais unis dans
la même destinée. Celle de porter haut le drapeau
de Maurice. Notre destinée à tous.
Comment donc ne pas saluer leur prestation ? Nous invitons nos
lecteurs à découvrir ou à redécouvrir
en pages intérieures la face cachée de ces deux
sportifs, désormais consacrés héros dans
nos curs. Comme Stéphan Buckland et Eric Milazar
dans un passé pas trop lointain, Bruno Julie et Marinne
Giraud sont sans nul doute, en train de permettre aux plus sceptiques
d'entre nous - comme par exemple l'auteur de ces lignes - de rêver
à nouveau et de se dire que finalement, les sportifs mauriciens
vont éviter à notre sport une humiliation à
Madagascar pour les 7es JIOI.
Mais un rêve ne peut se réaliser que si on se donne
les moyens de le réaliser. Toutefois, trop de disparités
existent dans la manière de faire des autorités,
surtout le ministère de la Jeunesse et des Sports. Et cela
laisse à penser que The Mauritian Dream n'est pas encore
dans le domaine du possible. Tenez par exemple, on n'aura noté
aucun mot de félicitations venant de la part de Sylvio
Tang à l'égard de la sportive Marinne Giraud. Pourtant,
le ministre s'est déplacé à l'aéroport
mardi dernier pour être devant l'objectif des photographes
pour immortaliser l'instant à l'arrivée de Bruno
Julie. Ce dernier et l'entraîneur Jean-Claude Nagloo savent
déjà combien d'argent ils vont recevoir comme cash
prize et disons le tout de suite, ils le méritent amplement.
Mais quid de Marinne Giraud ?
N'est-elle pas une sportive comme les autres et dont les performances
méritent d'être saluées par l'État,
à travers son ministre des Sports, mais aussi d'être
récompensées et soutenues ? Pour que le très
puissant The Hindu ait décidé de consacrer, pas
deux entre-filets, mais deux articles à notre compatriote,
c'est dire toute l'importance que les rendez-vous de Trivandrum
et de Mumbai avaient pour le tennis indien. N'oublions pas que
d'autres dans le passé ont été fortement
récompensés avec l'argent des contribuables pour
des performances "bidon" et sans aucune valeur internationale.
Il y a, à mon avis, quelque chose qui va à contre-sens
et les corrections nécessaires doivent être apportées.
Cette politique de deux poids deux mesures est tout simplement
inacceptable. Bruno Julie et Marinne Giraud méritent non
seulement nos félicitations et nos encouragements, mais
aussi tout le soutien nécessaire pour pouvoir accomplir
leur mission de sportif. Ce soutien, il ne peut que venir que
de l'État et du Comité National Olympique Mauricien
(CNOM) qui ont le devoir de démontrer qu'équité
et parité ne sont pas de vains mots. Et non pas que certains
choix sont faits pour des raisons autres que les résultats
sportifs.
Nous croyons savoir qu'à chaque fois que l'occasion se
présente à l'Assemblée Nationale, Sylvio
Tang dit qu'il fait de la politique sportive et non de la politique
politicienne. Son mea-culpa vis-à-vis de Marinne Giraud
ne pourra que renforcer ses propres propos. Des actions dans cette
direction ont été entreprises, apprenons-nous. Gageons
que le MJS ira au bout de sa logique
et notre quadricolore
aura alors valeur de symbole.
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 3 juin 2007
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