o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 3 juin 2007



Faits et effets…—Go to… Hull
Humeur—Le magicien
Interrogations —Entre le marché et le bazar
Actualités commentées—Vive la démocratie des hommes-liges !
Carnet—Quadricolore


Faits et effets...

Go to… Hull
Josie Lebrasse


Chaque sortie publique du Premier ministre nous laisse franchement perplexe. Presque autant qu'il l'était lui-même après la proclamation des résultats des élections générales de 1991. Navin Ramgoolam choisit en plus toujours sa propre circonscription pour débiter des énormités. Se sent-il menacé, vulnérable à Pamplemousses/Triolet au point d'être toujours menaçant et un peu amer même vis-à-vis de l'électorat de cette circonscription ? Il n'y a pas de raisons pour qu'il en soit ainsi, sa position étant, jusqu'à preuve du contraire, tout à fait confortable au No 5.

On se souvient ainsi de l'engagement pris, un dimanche, à Triolet, de trouver un terrain alternatif pour accommoder le groupe Tian Li afin de ne pas pénaliser les petits planteurs et du revirement du mercredi suivant, sans qu'il n'y ait aucune explication. Un autre jour, c'était la même rengaine sur les Mauriciens qui ne savent pas voter et qui l'ont privé de son obsessionnelle majorité de trois-quarts à l'Assemblée nationale, alors que son rusé de père avait tenu six ans avec une petite majorité de deux députés et quelques transfuges achetés en cours de mandat. Et il ne nous a toujours pas dit pour quelles raisons il a bien besoin d'une majorité constitutionnelle pour gouverner. À moins que ce ne soit pour des raisons inavouables. En l'absence de clarifications, on peut penser à des choses à portée moins conséquente, comme l'abolition du poste de vice-président de la République, mais aussi de desseins moins nobles et effrayants comme, allons dire, l'expropriation de certains propriétaires.

À Ilot jeudi, c'était le même propos excessif à l'occasion du dévoilement d'un buste du grand Rabindranath Tagore, dont le message est aux antipodes de ce qu'il nous a été donné d'entendre et de lire sur le Premier ministre alors qu'il intervenait, de surcroît, en présence d'invités étrangers. Qu'a-t-il dit sur un ton de campagne électorale, comme si les élections étaient imminentes ? À, théoriquement, trois ans des prochaines échéances électorales, il a invité sa communauté à se souvenir lorsqu'il ira voter que c'est lui qui a considérablement augmenté les allocations des enseignants de langues orientales, qui avait lancé le Rabindranath Tagore Institute et relancé le World Hindi Secretariat.

Si, sur les langues orientales, son propos est indiscutable, encore que certains pourraient lui rappeler que ce n'est pas lui qui a trouvé cette formule apaisante qui a permis la comptabilisation de ces langues au CPE, un dossier explosif, sans que personne ne se sente lésée, ses prétentions sur les deux autres thèmes nous paraissent largement exagérées. Ses dires selon lesquels rien n'a été fait pour le RTI avant son arrivée ne tiennent pas la route. Cet institut a été inauguré le 19 décembre 2002 par le Premier ministre d'alors, Sir Anerood Jugnauth. Quant au World Hindi Secretariat, celui qui s'en occupait, Ajamil Matabadul, a abattu un travail certain tandis qu'un site avait été identifié à Phoenix non loin de l'Indira Gandhi Cultural Centre for Indian Culture et le financement en négociation pour sa construction.

Pourquoi avoir choisi ses exemples et ne s'être adressé qu'à ses coreligionnaires ? Si Navin Ramgoolam avait demandé à l'ensemble de l'électorat jeune et du troisième âge de se souvenir de lui et de son transport gratuit au moment de voter, ou aurait compris. Mais là, franchement, on ne comprend pas. Ce sont des propos qui, par contre, ont dû conforter ceux qui, depuis quelque temps, le suivent comme son ombre à chacune de ses sorties. Nous avons en tête la Voice Of Hindu, dont un dirigeant, selon l'express, s'est cru autorisé d'apostropher les journalistes parce qu'il a édicté une règle selon laquelle les journalistes doivent se lever lorsque le Premier ministre se présente. Cette exigence monarchique, que les journalistes n'auraient pas respectée, a été assortie de propos racistes. Pauvre Tagore, que de crimes ne commet-on pas en ton nom !

Le Premier ministre a aussi décrété jeudi que c'est la presse, encore elle, qui a fait croire qu'il en avait contre certaines personnes précises dans le secteur privé. Il plaisante, là. Faut-il revenir sur ses thèmes de campagne, fait-il énumérer ses invectives et ses menaces récentes et revenir sur certaines des décisions bien ciblées de son gouvernement ? Quelle meilleure preuve de cet état d'esprit que cette interdiction faite aux caméras de sa télévision monopolistique et aux photographes de presse de fixer pour la postérité les deux rencontres tenues à quarante-huit heures d'intervalles entre lui et ses ministres et différents responsables de l'industrie sucrière, comme si ces derniers étaient des pestiférés ? Quel contraste avec cette suspension de journaliste et de cameramen, coupables de n'avoir pas couvert par des entretiens sur un dossier d'importance cruciale pour la survie d'une industrie, que l'Union Européenne a à l'œil, mais une simple visite de courtoisie à son bureau.

Navin Ramgoolam est parti hier pour sa destination préférée, Londres, en passant par Hull, pour une conférence sur les 200 ans de l'abolition du texte qui régissait l'esclavage et où aucun officiel britannique ne participe, ce qui devrait lui laisser quelques jours pour se détendre. Go to Hull, devrait lui dire toute la nation mauricienne pour paraphraser son fameux "Go to hell !", qui fut l'expression d'une grande nervosité. Et grand bien lui fasse. Il en a bien besoin, lui qui est crispé, de mauvaise humeur et plutôt agressif ces derniers temps. Espérons qu'il aura retrouvé un peu de sérénité à son retour.




Humeur

Le magicien
Jean-Claude Antoine


Rama Sithanen a commencé la première phase de la comédie que nous jouent tous les ministres des Finances au mois de mai. Quelques semaines avant la présentation du budget et généralement juste après l'annonce du montant de la compensation salariale qui ne satisfait personne - les employeurs disent qu'ils ont trop payé, les travailleurs qu'ils ne l'ont pas été suffisamment - , le grand Argentier tient une conférence de presse. Il la donne un vendredi après-midi ou un samedi matin pour profiter que la nouvelle se répande dans les journaux du dimanche.

Le choix du jour était sans doute motivé par le fait que le genre de nouvelles qu'il souhaite annoncer se digère mieux le dimanche matin. Les radios privées ont un peu faussé la donne en rapportant instantanément le contenu de la conférence. Quant à la MBC, aujourd'hui comme hier, elle se contente d'en faire LA nouvelle de son journal télévisé. Avec cette différence qu'elle est capable, si elle juge que le contenu de la conférence est de portée nationale - et pour elle tout ce que disent et font les locataires de l'hôtel du gouvernement et leurs amis sont des sujets d'intérêt national - de diffuser en différé la conférence de presse sur l'ensemble de ses multiples chaînes. En déclenchant sans doute des houles de protestations de ses téléspectateurs, mais on le sait depuis longtemps: le téléspectateur, même s'il est obligé de lui verser cent roupies tous les mois, il n'existe pas pour la MBC.

Tout comme pour le gouvernement et son chef, les Mauriciens qui ne sont pas d'accord avec sa politique ou ses décisions sont des esprits chagrins qui ignorent ce qu'il fait "par manque de communication". Alors là, une explication s'impose: comment Navin Ramgoolam peut-il venir dire que les Mauriciens "ignorent ce qu'il fait par manque de communication" alors qu'on ne voit que lui, en long, en large et en travers, dans le JT de la MBC et que le moindre de ses propos est répercuté et diffusé en boucle sur les radios. Il faudrait qu'il se pose la question fondamentale: si le message n'est pas compris, c'est qu'il est sans doute mal expliqué…

Mais revenons à Rama. Il a donc commencé son opération de mise en condition en disant tout d'abord qu'il n'était pas un magicien et que la Banque Mondiale lui mettait la pression et voulait qu'on arrête de subventionner le transport scolaire gratuit et que l'on mette la TVA sur tout et qu'on enlève les subsides partout. Après nous avoir laissés mariner dans notre déprime pendant quelques jours, il a déclaré, pas plus tard que vendredi, que "la crainte d'une récession économique est derrière nous". Il a même ajouté "qu'il y a de bonnes indications que l'investissement privé va croître d'avantage cette année", que "l'investissement direct va encore progresser", que "le secteur textile va poursuivre sa relance". En une semaine, la situation est passée de "je ne suis pas un magicien" à "la crainte d'une récession économique est derrière nous". Rama est trop humble pour nous dire à qui on doit cette évolution - pour ne pas dire ce redressement spectaculaire de la situation économique. Mais nous, on sait: c'est lui qui a pris des mesures courageuses l'an dernier pour tirer le pays du trou où le gouvernement MSM/MMM - et pas Bheenick, comme vous l'aviez cru - l'avait jeté.

Rama est donc notre Zorro. Mais on ne peut pas utiliser ce surnom pour Rama. Zorro c'était le surnom que l'on donnait à son grand cousin Vishnu quand il était ministre des Finances. Aujourd'hui qu'il est revenu dans l'opposition, il se prépare à nous dire que s'il était à la place de son cousin, il aurait fait mille fois mieux. Si Vishnu dit qu'il peut faire mieux, Rama affirmait, quand il était sous Jugnauth, que des ministres des Finances, il était le meilleur. Fatigué d'attendre qu'on le dise, il avait fini par le proclamer lui-même. Sous Ramgoolam, il a failli avoir un autre surnom: le repreneur de lettre de démission. D'ailleurs, il pourrait profiter de ses conférences de presse de préparation au budget pour nous expliquer la logique de sa grande opération politique de mars. Est-ce qu'une démission en signe de protestation annulée sans que l'objet de la protestation ait bougé d'un pouce serait un nouveau concept mis au point par le FMI et la Banque Mondiale ?

Mais je m'égare. La question à poser est la suivante: si la crainte d'une récession est derrière nous et tous les secteurs économiques dans le vert, Rama a tous les éléments réunis pour présenter un budget qui n'obligerait pas les Mauriciens à se serrer encore un peu plus la ceinture. Si ses dernières affirmations sont exactes, on n'a pas besoin d'un magicien pour ça. Même un ministre des Finances pourrait le faire.




Interrogations

Entre le marché et le bazar
Shenaz Patel


C'est un événement, nous dit-on, que la première "Foire Artistique" qui se tient ce week-end dans l'enceinte de la mairie de Quatre-Bornes, à l'initiative du ministère des Arts et de la Culture. Sans doute peut-on en effet se réjouir de constater que des dizaines d'artistes bénéficient là d'une interface directe avec le public, leur permettant de faire connaître, voire de vendre leurs créations et productions. Reste que face à l'ambition déclarée du ministre Mahen Gowreessoo de développer ainsi une "industrie culturelle", on peut être songeur. À celui qui, depuis le début de son mandat, n'a cessé de mettre en avant sa vision des artistes comme des PME, on peut faire valoir un autre rendez-vous qui se tient simultanément à quelques kilomètres de là: au Swami Vivekananda Centre ce week-end, c'est dans des conditions d'une tout autre qualité que les petits entrepreneurs sont, eux, invités à participer à la foire de la Small Enterprises & Handicraft Development Authority (SEHDA). À des années lumière du souk constitué d'une enfilade de marquises défraîchies qui est proposé aux artistes locaux. Ces derniers méritent mieux. Et il est peu de dire que ce n'est pas ce type de bricolage qui nous rapprochera du développement d'une quelconque "industrie culturelle".

Pour y arriver, il nous faudra beaucoup plus. Et cela passe, d'abord, par la volonté d'investir dans ce secteur. Or, sur ce point, nous frisons la catastrophe. Le bilan des deux concerts organisés il y a quelques jours par Immedia dans le cadre de son 20e anniversaire est là pour en témoigner. Si, l'an dernier, des rendez-vous comme ceux offerts par Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Shaan ou Mahalakshmi Iyer ont aisément fait le plein des 3 200 places disponibles au Swami Vivekananda Centre, c'est loin d'avoir été le cas pour deux artistes de toute aussi belle qualité: pour Jagjit Singh et Julien Clerc, face au manque de public, la configuration de la salle a dû être revue à la baisse, et ce sont finalement environ 2 000 personnes (invités compris) qui ont pu assister à chacun de ces deux concerts d'une grande qualité dans leurs registres respectifs de ghazals et chanson française. Le pourquoi: les billets trop chers. Entre la première vente du concert de Cabrel il y a un an, et celui de Julien Clerc, les meilleures places sont passées de Rs 490 à Rs 1 200… Une hausse justifiée par la dépréciation de la roupie par rapport à l'euro et l'augmentation générale des frais d'organisation (coût des billets d'avion, location de la salle, qui est passée à Rs 285 000, etc.) Ajoutez à cela la baisse conséquente du pouvoir d'achat des Mauriciens au cours de ces derniers mois, et l'on se retrouve dans une situation où la grande majorité n'a plus les moyens de se payer un concert. Et ce n'est pas un hasard si le CCB annonce sa décision, à partir du mois de juin, d'offrir un tarif spécial de Rs 50 pour tous ses spectacles aux moins de 25 ans.

Rama Poonoosamy a raison de tirer à ce sujet la sonnette d'alarme. Car une population qui serait privée du potentiel de "défoulement" et de transcendance qu'offre l'expression artistique est une population vouée à la morosité, à la désespérance, à l'étiolement, quand ce n'est à la violence et au déclin.

Que faire alors ? Enlever les 25% de taxes qui frappent actuellement les billets d'entrée à un spectacle (15% de TVA et 10% d'Entertainment Tax) serait déjà une option que le ministre des Finances devrait sérieusement considérer dans le cadre du prochain budget à être présenté dans moins de deux semaines.

Mais il faut aller encore plus loin. Augmenter le budget consacré au ministère des Arts et de la Culture, en réorientant les crédits sur les aides à la création plutôt que sur les dépenses de fonctionnement serait idéal. Mais soyons réalistes. Dans une situation où l'État n'a pas de moyens supplémentaires à consacrer à ce secteur, encourager le mécénat et la participation privée relève d'un enjeu capital. Dans des pays comme le Royaume Uni, l'Allemagne, l'Espagne et la France, de récentes réformes ont encouragé de façon conséquente le mécénat des particuliers et le mécénat des entreprises, par un renforcement substantiel des incitations fiscales. Et c'est notamment à ce type de politique que l'on doit la création de fondations qui œuvrent même au-delà de leurs frontières propres, comme la Fondation de Jong à laquelle on doit aujourd'hui de pouvoir créer à Maurice l'ambitieux spectacle Utopia the Game qui sera présenté dans une douzaine de jours au Centre Vivekananda.

Encore faut-il, au préalable, reconnaître l'utilité publique des actions en faveur des arts et de la culture. Sachant que si l'on prétend développer une "industrie culturelle", cela nécessite à la fois des créateurs et des "consommateurs" qui ne peuvent exister dans un désert, sans possibilité de voir et d'entendre tout ce qui leur permettra de faire l'expérience et de développer le goût de la chose. "A nation is alive if its culture is alive" dit une inscription sur le fronton du Musée national de Kaboul. Ce que ne devraient pas perdre de vue tous nos aspirants nation-builders.

Vouloir développer un marché culturel est bien. Encore faut-il ne pas confondre marché et bazar…




Actualités commentées

Vive la démocratie des hommes-liges !
Henri Marimootoo


Ainsi, les jeux seraient déjà faits ? Depuis deux semaines, malgré l'opposition unanime - pour une rare fois - de toutes les centrales syndicales du pays, le National Pay Council (NPC), organisme mis sur pied par le gouvernement de l'Alliance sociale pour remplacer les négociations tripartites, semble avoir réussi, à s'imposer

comme un fait accompli au sein de notre société. L'attention est maintenant, pernicieusement, détournée de la pertinence même du National Pay Council et de sa composition arbitraire comme une instance crédible pour se focaliser sur le taux de la compensation salariale qui a été proposée.

Qu'ils le veuillent ou non donc, voilà les salariés syndiqués (quelque 20% de la population active, soit plus qu'en France et aux États-Unis), la classe laborieuse, toutes strates confondues, bien contraints dorénavant à accepter les décisions de cette instance où le gouvernement a lui-même désigné qui doivent parler en leurs noms; soient cinq collabos bannis des rangs syndicaux. Cette situation qui va à l'encontre des tendances mondiales, tant vantées, de bonne gouvernance et de dialogue dans le respect des partenaires sociaux appelle à la réflexion.

Pour la santé de notre démocratie, il ne faut pourtant pas que les choses se normalisent ainsi et qu'on se trompe d'enjeu. Ce n'est pas tout à fait la maigreur de la compensation offerte qui est, en soi, grave. Véritablement, malgré la fanfaronnade du représentant désigné par le gouvernement, Ramesh Maudhoo, membre du sérail du ministre Madun Dulloo, qui braillait à tue-tête sur une radio-privée qu'il réclamait Rs 900 - soit Rs 100 de plus que les syndicats eux-mêmes -, on se doutait bien que la compensation salariale n'allait pas être conséquente. En tout cas, comme toujours, sans aucune mesure avec le coût réel de la vie actuelle. Ce qui est beaucoup plus inquiétant, c'est que, à contre-courant de ce qui se pratique ailleurs dans d'autres sociétés démocratiques et qu'on appelle la démocratie participative, à Maurice, avec le National Pay Council, le gouvernement est en train de nous instiller une démocratie des hommes-liges.

Homme-lige, selon le Larousse, a deux définitions précises. D'abord, c'est "un vassal lié à son seigneur par une forme d'hommage plus étroite que l'hommage ordinaire". Nous n'avons aucune raison de croire que Yousouf Sooklall, Ramesh Maudhoo, Fritz Thomas, Dewan Khedoo et Radhakrishna Somanah, les cinq personnes désignées par le ministre du Travail, Vasant Bunwaree, pour parler en lieu et place des syndicats, lui doivent plus qu'un hommage ordinaire. Par contre, la deuxième définition du Larousse pour homme-lige est (nous citons) "une personne totalement dévouée à quelqu'un, à un groupe". Reconnaissons qu'il y a de quoi être frappé par la ressemblance de cette deuxième définition avec la réalité de la situation dans laquelle se trouvent aujourd'hui Sooklall et ses amis. Ils ne peuvent nier, et d'ailleurs ne cherchent pas à nier, leur appartenance au camp du pouvoir.

Certes, concédons-le, ce n'est pas un péché mortel pour des syndicalistes de s'afficher ouvertement sur une plate-forme politique lors d'une campagne électorale. Politique et syndicalisme ayant cheminés côte à côte tout au long de l'histoire de notre pays, nous avons vu dans le passé les Moogesh Veerabadren, les Michel Nina (Ti -Moignac ou autres Beejanand Jhurry faire campagne pour leur Mouvement militant mauricien (MMM) tout comme le firent également, longtemps avant eux, les Guy Rozemont, Lutchmeeparsad Ramnarain et Sharma Jugdambi, pour ne mentionner que ceux-là, au sein du Parti travailliste. Mais, la différence est que ces derniers n'ont jamais fait fi d'une position de principe unanime de refuser de siéger sur une quelconque instance nationale dont la forme et le fond mêmes sont contestés par le mouvement syndical. Or, le comportement de Sooklall et de ses amis - dont un a aussi la prétention de représenter les "centaines de milliers de travailleurs non-syndiqués" (qui, par choix refusent volontairement de se faire représenter), autorise aux travailleurs d'entretenir à leur égard la perception de suspicion qu'ils sont là avant tout comme des faire-valoir. C'est dommage que le Parti travailliste soit tombé si bas parce que, malgré tous les défauts qu'on peut trouver dans ce parti glorieux, ce parti a fait faire à la masse de nombreux progrès sociaux depuis sa création en 1936 par Maurice Curé. Cela n'ajoute absolument rien à son crédit indéniable que de vouloir à tout prix imposer son vouloir par l'intermédiaire d'hommes-liges sur une instance aussi décisionnelle que le National Pay Council. C'est carrément une dérive inacceptable. Mais, ce n'est pas non plus la première fois que le Parti travailliste et son allié PMSD recourent à la nomination arbitraire de valets sur des instances supposément devoir être constituées de manière démocratique. Ils l'avaient déjà fait en 1979 lorsque les conseillers municipaux MMM, croyant le pouvoir Travailliste- PMSD-CAM respectueux des règles et du calendrier électoral, avaient démissionné à la fin de leurs mandats limités alors à trois ans. La réaction des Travaillistes/PMSD à l'époque avait alors été la suivante: puisque les conseillers MMM s'en allaient et que les travaillistes, eux, avaient décidé qu'ils n'organiseraient pas les élections, les démissionnaires pouvaient donc être remplacés par des commissaires nommés favorables au pouvoir. C'est ainsi que cette usurpation dura deux ans et demi jusqu'à ce que lesdits commissaires furent balayés par la vague mauve qui déferla sur le pays après l'avènement du gouvernement MMM-PSM en 1982 (les premières élections 60 -0).

On croyait le Premier ministre, Navin Ramgoolam, plus démocrate après de longues études européennes qui aurait dû l'avoir accoutumer au Fair-play. Mais, le PM aura démontré que la mentalité des travaillistes mauriciens n'a pas beaucoup évolué depuis la démarche arbitraire et partisane de décembre 1979. Ainsi, puisque le mouvement syndical mauricien n'a pas voulu être partie prenante de la mascarade qu'est le National Pay Council, le pouvoir travailliste a lui décidé, contre vents et houles, qu'il y remplira les chaises vides par cinq syndicalistes renégats (un terme sans doute moins dur que celui de "judas" dont les ex-Brothers syndicalistes accablent désormais Sooklall et consorts).

Mais, il y a encore plus inquiétant que l'inquiétante dérive gouvernementale dans ce dossier du NPC. Dans certains médias qui se proclament pourtant chiens de garde de droits démocratiques, on se réfère à MM. Sooklall et autres comme… représentants des travailleurs alors que les syndicats, légitimement, ne les reconnaissent pas cette qualité !!! Questions: (i) si la Mauritius Employer's Federation avait refusé de siéger au National Pay Council, cette instance patronale aurait-elle consenti à ce que cinq de ses petits commis remplacent dirigeants et les médias qui répercutent généralement les préoccupations patronales auraient-ils dit le contraire ? Si le gouvernement insistait avec son idée d'une Media Commission rejetée par une majorité des journalistes et qu'un journaliste "casse bann" et accepte, lui, de représenter les journalistes comment ceux-ci réagiraient-ils ?

Vive la démocratie des hommes-liges ?




Carnet

Quadricolore
Patrick Jean-Louis


Lorsqu'Akhtar Toorawa téléphona à notre rédaction, samedi dernier, ni ses propos ni son ton n'étaient comme à l'accoutumée : c'est-à-dire courtois tout en allant à l'essentiel de l'information. L'homme se révoltait, en fait, face " au peu de considération des autorités autour des performances " de sa protégée, Marinne Giraud, en Inde. Il disait, entre autres, que s'il n'avait pas pris l'initiative d'informer la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) que la finale du $ 10 000 Mumbai opposant Marinne Giraud à Rushmi Chakravarthi était retransmise sur la chaîne Doordarshan, personne à Maurice n'aurait eu la possibilité de voir la Mauricienne dicter sa loi pour la seconde fois en l'espace d'une semaine en terre indienne entre deux épreuves de la 6e journée de courses hippiques.

L'ex-secrétaire général de la Mauritius Tennis Federation (MTF) a probablement une grande gueule et ses propos comme ses prises de positions ne font pas toujours l'unanimité, même dans son propre entourage. Il n'empêche que je dois quand même lui accorder du crédit car il est probablement un des rares dirigeants encore en exercice à Maurice qui dira qu'un chat est un chat. Comme Week-End le fait, du reste, depuis ces 15 dernières années.

Dans un paysage sportif mauricien (PSM) plus que morose - bien que nous ne soyons qu'à deux mois des Jeux des îles - avec des fédérations dirigées par des comités ad-hoc pour un oui ou pour un non, nous avons heureusement encore des sportifs qui n'hésitent pas à mouiller leurs maillots pour faire flotter haut, très haut même, notre quadricolore.

Marinne Giraud en Inde et Bruno Julie à Madagascar ont, en effet, occupé tour à tour la UNE de l'actualité sportive le week-end dernier de par leurs performances sportives. Tandis qu'à Maurice, les derniers Mohicans qui croyaient encore à un quelconque avenir pour le badminton local ont fait face à une triste désillusion et ont assisté à la place à un enterrement, presque anonyme, de cette discipline dans laquelle il faut le dire, Maurice était non seulement imbattable dans l'océan Indien, mais faisait jeu égal avec les meilleurs Africains et Asiatiques. Mais comme dirait l'Anglais, Those were the days…

Nous aurons certainement l'occasion de revenir sur cette catastrophe mais oublions cette triste vérité pour l'heure, pour ne pas entacher la belle prestation de nos deux compatriotes en terre étrangère. Si, en effet, la joueuse de tennis a frappé en deux fois à Mumbai - en simple et en double - pour être sur la plus haute marche du podium, par contre, le nouveau roi des rings a cogné si fort qu'il est depuis dimanche, le champion d'Afrique chez les moins de 54 kg. Deux sportifs venant de deux milieux sociaux différents, de deux familles sportives différentes, mais unis dans la même destinée. Celle de porter haut le drapeau de Maurice. Notre destinée à tous.

Comment donc ne pas saluer leur prestation ? Nous invitons nos lecteurs à découvrir ou à redécouvrir en pages intérieures la face cachée de ces deux sportifs, désormais consacrés héros dans nos cœurs. Comme Stéphan Buckland et Eric Milazar dans un passé pas trop lointain, Bruno Julie et Marinne Giraud sont sans nul doute, en train de permettre aux plus sceptiques d'entre nous - comme par exemple l'auteur de ces lignes - de rêver à nouveau et de se dire que finalement, les sportifs mauriciens vont éviter à notre sport une humiliation à Madagascar pour les 7es JIOI.

Mais un rêve ne peut se réaliser que si on se donne les moyens de le réaliser. Toutefois, trop de disparités existent dans la manière de faire des autorités, surtout le ministère de la Jeunesse et des Sports. Et cela laisse à penser que The Mauritian Dream n'est pas encore dans le domaine du possible. Tenez par exemple, on n'aura noté aucun mot de félicitations venant de la part de Sylvio Tang à l'égard de la sportive Marinne Giraud. Pourtant, le ministre s'est déplacé à l'aéroport mardi dernier pour être devant l'objectif des photographes pour immortaliser l'instant à l'arrivée de Bruno Julie. Ce dernier et l'entraîneur Jean-Claude Nagloo savent déjà combien d'argent ils vont recevoir comme cash prize et disons le tout de suite, ils le méritent amplement. Mais quid de Marinne Giraud ?

N'est-elle pas une sportive comme les autres et dont les performances méritent d'être saluées par l'État, à travers son ministre des Sports, mais aussi d'être récompensées et soutenues ? Pour que le très puissant The Hindu ait décidé de consacrer, pas deux entre-filets, mais deux articles à notre compatriote, c'est dire toute l'importance que les rendez-vous de Trivandrum et de Mumbai avaient pour le tennis indien. N'oublions pas que d'autres dans le passé ont été fortement récompensés avec l'argent des contribuables pour des performances "bidon" et sans aucune valeur internationale. Il y a, à mon avis, quelque chose qui va à contre-sens et les corrections nécessaires doivent être apportées.

Cette politique de deux poids deux mesures est tout simplement inacceptable. Bruno Julie et Marinne Giraud méritent non seulement nos félicitations et nos encouragements, mais aussi tout le soutien nécessaire pour pouvoir accomplir leur mission de sportif. Ce soutien, il ne peut que venir que de l'État et du Comité National Olympique Mauricien (CNOM) qui ont le devoir de démontrer qu'équité et parité ne sont pas de vains mots. Et non pas que certains choix sont faits pour des raisons autres que les résultats sportifs.

Nous croyons savoir qu'à chaque fois que l'occasion se présente à l'Assemblée Nationale, Sylvio Tang dit qu'il fait de la politique sportive et non de la politique politicienne. Son mea-culpa vis-à-vis de Marinne Giraud ne pourra que renforcer ses propres propos. Des actions dans cette direction ont été entreprises, apprenons-nous. Gageons que le MJS ira au bout de sa logique… et notre quadricolore aura alors valeur de symbole.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 3 juin 2007