Le Commanding Officer de la National Coast Guard (NCG), le commandant
Mahendra Negi, a été longuement interrogé
lors de son audition mercredi par la Court of Investigation au
sujet de l'absence d'initiatives lors de l'opération entre
les 24 et 27 février en vue de retrouver les 16 membres
d'équipage des King Fish II et V portés
disparus au large de Saint-Brandon avec le passage du cyclone
Gamede. En effet, le commandant de la NCG a été
confronté à une première alerte portant sur
la disparition de ces deux unités de pêche sous la
forme d'un premier message transmis de Saint-Brandon par l'officier
Mohess de la NCG.
Selon les indications disponibles, ce message avait été
transmis le 24 février à 9 heures 15 après
plusieurs vaines tentatives de transmission dans la soirée
du 23. Il a été interrogé quasi simultanément
au sujet de cette affaire par le président de la cour d'investigation,
le magistrat Benjamin Marie Joseph, et Me Rex Stephen, représentant
les intérêts de la compagne de pêche. Le commandant
Negi devait également confirmer qu'à partir du 23
février dernier la NCG était en mesure de confirmer
que les King Fish II et V ne retransmettaient plus
leurs positions respectives en mer par le biais du VMS Monitoring
System. Suite aux réponses du Commanding Officer de la
NCG, le Senior Magistrate Benjamin Joseph a indiqué au
témoin qu'il sera de nouveau entendu ultérieurement
à ce sujet.
Ci-dessous de larges extraits du témoignage du commandant
de la NCG devant la cour d'investigation, principalement mercredi
après-midi. Dans un premier temps, il avait répondu
aux questions du président de la cour.
Q : Aviez-vous des recommandations concernant les unités
de pêche mauriciennes ?
R : Oui, il y a plusieurs recommandations dans ces documents
qui sont en cinq points.
Q : Est-ce qu'il y en a une portant sur les communications
entre les unités de pêche et la National Coast Guard
?
R : Non. Ces unités communiquent seulement avec
la Port-Louis Harbour Radio. Elles doivent impérativement
entrer en contact avec Port-Louis. Mais, dans la pratique, elles
ne le font pas. Nous avons une ligne de communication avec le
ministère de la Pêche.
Q : En quoi consiste le réseau d'équipements
radio de la NCG ?
R : Un réseau radio nous relie avec Agaléga
et St Brandon. En revanche, les fishing vessels n'en ont
pas. Ce n'est pas dans leur permis d'opération.
Q : La National Cost Guard peut-elle intercepter les communications
entre un navire et la Port-Louis Harbour Radio ?
R : Non. Notre travail n'est pas de communiquer avec les
navires en mer, sauf dans des cas exceptionnels.
Q : Aviez-vous soumis des recommandations à l'effet
que vous soyez informé en cas de perte de contact avec
un navire ?
R : Définitivement. La Port-Louis Harbour Radio
a des reports et vous pouvez voir combien de navires adhèrent
aux clauses de leur licence. La plupart des unités de pêche
ne répondent jamais quand la Port-Louis Harbour Radio veut
entrer en contact avec elles.
Q : Y a-t-il une obligation de la part du capitaine d'un
navire de communiquer avec les autorités ?
R : Oui. C'est une des clauses de leur licence.
Q : Y a-t-il un devoir de la National Cost Guard de veiller
que ces clauses soient respectées par les navires ?
R : Je peux vous confirmer que presque tous les navires
ne répondent pas quand la Port-Louis Harbour Radio essaie
d'entrer en contact avec eux.
Après ce premier round de questions de la part du président
de la Court of Investigation, le commandant de la NCG est contre-interrogé
par Me Stephen.
Q : La Port-Louis Harbour Radio informe-t-elle la NCG de
cas où il y aurait une unité de pêche qui
ne répond pas à l'appel ?
R : Dans certains cas.
Q : Les contacts avec le King Fish V avaient été
coupés depuis le 22 février et on ne vous
a jamais alerté à ce sujet ?
R : Non. Ce ne fut que le 27 février que je fus
informé.
Q : La première fois qu'on vous a parlé de
cette disparition, c'était le 27 février ?
R : Oui.
Q : Il y a un certain monsieur Mohess de la National Cost
Guard qui s'est évertué à signaler la disparition
de King Fish II et V depuis la soirée du
23 février...
R : Je m'explique : les unités de pêche ne
prennent pas contact avec la National Cost Guard basée
à St Brandon. Dans ce cas de figure, on a vu les deux bateaux
de pêche de St-Brandon.
Q : Étiez-vous au courant des conditions cycloniques
qui y prévalaient ?
R : Oui.
Q : Peut-on savoir à quand exactement remonte le
premier appel de M. Mohess ?
R : Je dois vérifier.
Q : Que s'est-il passé entre les 24 et 27 février,
soit le jour où vous aviez entendu parler de la disparition
?
R : Ce n'est pas le rôle des navires de prendre contact
avec la National Cost Guard, mais bien avec la Port-Louis Harbour
Radio.
Le magistrat Joseph : Qu'avez-vous fait entre les 24 et
27 février ?
R : Les bateaux de pêche n'ont à aucun moment
declared emergency. Peut-être qu'ils avaient bougé.
Me Stephen : Le 24 février, alors que des conditions
cycloniques prévalaient, vous recevez d'un de vos officiers
un message disant qu'il a perdu le contact radio avec les deux
bateaux de pêche dans ces conditions. Qu'avez-vous fait
?
R : Les bateaux de pêche ne sont pas contactés par
la National Cost Guard.
Le magistrat Joseph : Prenons l'initiative de cet officier
de la National Cost Guard de St Brandon qui a fait état
de la perte de contact avec les deux bateaux de pêche. Pourquoi
selon vous monsieur Mohess a-t-il rapporté cette affaire
?
R : Peut-être, selon lui, pour des raisons de sécurité.
À ce stade, Me Stephen cite des extraits du message de
l'officier Mohess.
Q : " J'ai essayé d'entrer en contact avec
les King Fish II et V à 23 heures 20 et rien
J'ai essayé d'entrer en contact avec le QG et la communication
n'était pas bonne. I could not clear... "
R : Ce que vous dites là, c'est bien ce que monsieur
Mohess a dit. J'étais vraiment préoccupé
avec ce qui se passait à St Brandon. Alors qu'on envoyait
deux fois par jour des rapports à St Brandon en temps normal,
j'avais décidé d'en envoyer quatre.
Q : Savez-vous qu'ils ne recevaient pas ces quatre rapports
?
R : Non.
Q : Après le message de monsieur Mohess à
9 heures 15 le 24 février, rien n'a été fait
par la National Coast Guard...
R : La National Cost Guard ne peut pas s'ingérer
dans les affaires des bateaux de pêche. L'officier Mohess
a vu les bateaux de pêche, les a appelés et leur
a communiqué les conditions cycloniques dans la région
?
Le magistrat Joseph : : Si ces deux bateaux n'ont pas répondu
aux appels à ce moment-là, que pouvait-on imaginer
?
R : Qu'ils ont pu bouger et renter à Port-Louis.
C'est pour cela qu'ils n'avaient pas répondu aux appels.
La National Coast Guard ne contrôle pas le mouvement des
navires.
Q : N'est-ce par une de vos attributions que de porter
assistance en cas de danger ?
Me Stephen : N'est-ce pas la responsabilité de la
National Coast Guard que d'effectuer des opérations de
sauvetage ?
R : Mohess n'a pas su pourquoi les bateaux de pêche
avaient bougé.
Q : Il était conscient des conditions cycloniques
dans la région ?
R : Il y a trop de fishing vessels en mer.
Le magistrat Joseph : Combien de systèmes y a-t-il
pour communiquer les positions en mer ?
R : Deux. Il y a le VMS et la façon verbale pour
donner les positions à la Port-Louis Harbour Radio..
Q : La NCG est-elle équipée du VMS Monitoring System
?
R : Oui.
Q : La National Cost Guard pouvait-elle savoir que le système
VMS a perdu contact avec les King Fish II et V le
23 février ?
R : Oui.
Me Stephen : Et quel follow up avez-vous fait ?
Le magistrat Joseph : We'll call you later for that.
Le commandant Negi avait également été entendu
par la Court of Investigation lundi après-midi. Il avait
donné des détails sur les différentes étapes
de l'opération de sauvetage engagées depuis le 27
février dernier. Mais cet exercice fut gêné
initialement en raison des cross winds qui traversaient
la piste du Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport.
La conséquence est que le Dornier ne fut pas
en mesure de décoller pour un premier quadrillage visuel
de la zone du naufrage à Saint-Brandon. Le Vigilant
n'a pas participé aux recherches en mer car, depuis la
fin de 2005, cette unité de la NCG se retrouve avec des
problèmes majeurs avec son shaft.
" We have not been able to find King Fish V. Everything
possible was done during the Search and Rescue Operation ",
devait soutenir le commandant Negi, qui a confié avoir
pu récupérer six gilets de saivetage en mer. Le
King Fish II a été drossé sur un banc
de sable au large de l'île Cocos à Saint-Brandon.
À une question du président de la cour d'investigation
lors de la séance de lundi, le Commanding Officer de la
NCG devait recommander que tous les bateaux quittant le lagon
doivent être équipés de balises de détresse.
" Avec les signaux émis par ces balises, il est
plus facile de localiser l'endroit d'un naufrage en mer et d'organiser
les secours ", a-t-il déclaré en ajoutant
que le plus tôt les opérations de secours sont engagées
en mer, le mieux c'est en ce qu'il s'agit des chances de retrouver
des rescapés.