é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 3 juin 2007

La Chine: De l'Empire du Milieu à la mégapuissance !
Gérard Cateaux


Lorsque la Chine, du XVIe au XVIIIe, était connue comme l'Empire du Milieu, puissance à la fois culturelle et commerciale, le pays de Confucius n'imaginait pas, à cette époque, qu'interviendrait, au XXe, un certain Mao Zedong qui n'exporterait ni la soie ni ses dogmes hérités depuis des millénaires, mais une révolution qui se voulait culturelle, issue de la Longue Marche qui ouvrirait la voie vers d'autres révolutions en reprenant, à son compte, les concepts de Marx et de Lénine.

Il aura fallu attendre deux ans après sa mort, survenue en 1976, pour voir, en 1978, un certain Deng Xiaoping faire la Chine entreprendre le grand saut: de cette Chine "primitive" vers une Chine modèle du développement économique. La postérité maoïste a eu certains échos auprès des pays nouvellement indépendants, tant en Afrique qu'en Asie. Ainsi, trouve-t-on aujourd'hui des maoïstes solidement plantés au Népal, en Inde, ou en Colombie en Amérique du Sud. Tandis que les régimes marxistes-léninistes ont peu ou pas d'influences, sauf, peut-être à Cuba ou en Corée du Nord.

Pendant que les puissances américano-soviétiques cherchaient à régler leurs différences issues de la Guerre froide, la Chine tissait sa toile pour une expansion à la fois politique, diplomatique et économique. Faisant du "Made in China" sa marque de fabrique, comme si ses dirigeants s'étaient engagés à faire renaître "l'Empire du Milieu" en occupant chaque pouce de terrain délaissé par les puissances engagées dans des guerres et des conflits géopolitiques.

En Afrique, par exemple, les Chinois ont décelé un terrain fertile pour leurs multiples implantations pendant que les anciennes puissances coloniales européennes se sont désengagées faute de pouvoir accommoder leurs nouveaux alliés - principalement les Européens de l'Est, ces anciennes satellites de l'Union Soviétique. Avec pour conséquence que ces anciennes puissances coloniales ont laissé le champ libre à la Chine pour y opérer.

Le Sud-Africain William Mervin Gumede, brillantissime universitaire (il est Senior Associate et Oppenheimer Fellow au St. Antony's College d'Oxford) s'est penché sur le phénomène chinois par rapport à l'Afrique. Pour lui, la question emblématique est de savoir "Quand la Chine s'éveillera…" La Chine s'est réveillée… ! En quelque sorte, il rejoint notre analyse, à savoir que l'expansion chinoise en Afrique relève d'une impuissance des anciens colonisateurs vis-à-vis de leurs colonisés. La Chine ne s'est pas fait prier pour occuper ce vacuum. Depuis l'an 2000, selon Gumede, le commerce entre la Chine et l'Afrique a dépassé les 50 milliards de dollars. Les compagnies chinoises investissent à tour de bras. La Chine a créé un Fonds de 5 milliards de dollars favorisant des investissements à zéro-tarif.

L'Inde, qui connaît un taux de croissance proche de la Chine, à deux chiffres, s'y est impliquée. De même que Hugo Chavez qui, avec ses pétrodollars, cherche à se frayer un chemin entre ces deux Grands…

En fin de compte, dans cet imbroglio économico-politique, l'Afrique, devenue la convoitise de ces nouvelles puissances, peut, s'il sait s'auto-gérer, devenir le partenaire idéal d'une win-win situation.



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