Si le sort semble continuer à privilégier la firme
sud-africaine Murray and Roberts, il s'acharne sur les consommateurs
mauriciens. Dernier épisode en date de la saga du fer de
construction libéralisé mais de plus en plus hors
de prix.
Le 6 avril, le conseil des ministres, après avoir passé
en revue la situation dans le secteur du fer de construction et
pour éviter une pénurie sur le marché local,
prend la décision de réduire les droits de douane
sur l'importation de ce produit. Les taxes qui étaient
de 30% sont réduites de moitié et passent donc à
15%. Mais quand cette décision est publiée dans
la Gazette du gouvernement à la même date, la décision
du conseil des ministres a été modifiée.
Tous les droits de douane sont enlevés sur l'importation
des barres de fer en provenance des pays ne faisant pas partie
de la COMESA.
Cette mesure passée inaperçue vient de rapporter
encore un joli cadeau à Murray and Roberts en termes de
non-paiement de droits de douane. Il faut rappeler que cette compagnie
sud-africaine, qui est en train de créer un monopole dans
l'industrie du fer de construction mauricien après avoir
racheté Desbro, n'en est pas à son premier coup
de chance en termes de réduction de droits de douane.
En juin de l'année dernière, Desbro demande une
augmentation de 37% des prix de fers pour pouvoir continuer ses
opérations. Le ministre du Commerce refuse et réclame
une enquête au MAB avant de prendre une décision.
En octobre, avant que le rapport ne soit soumis, le ministère
accorde une augmentation de 20%. Murray and Roberts, qui avait
quelque temps auparavant réclamé une augmentation
de 17%, profite de l'aubaine. Sa cargaison, commandée quelques
mois auparavant, arrive juste après l'augmentation et lui
permet de faire de substantiels windfall gains.
Mais la chance n'allait pas s'arrêter en si bon chemin pour
la firme sud-africaine. Quelques jours après la fermeture
de Desbro, faisant de Murray and Roberts le principal opérateur
du secteur local, le ministre du Commerce annonçait la
libéralisation et une augmentation de prix. Et les dieux
de la chance semblent s'acharner sur la firme sud-africaine qui
vient de bénéficier d'un deuxième coup de
chance similaire, sa dernière cargaison d'environ 1 000
tonnes récemment débarquée ayant bénéficié
de la levée de tous les droits de douane gazettée
le 6 avril.
Selon certains calculs, les windfall gains de ce nouveau
coup de chance auraient rapporté entre 47 à 64%
d'augmentation par rapport aux dernières mesures gouvernementales.
Un véritable cadeau pour Murray and Roberts pour qui l'île
Maurice est un véritable Eldorado. L'augmentation sur les
prix de fers de construction est, évidemment, payée
par le consommateur mauricien, qui doit se dire que l'opération
de libéralisation entreprise par le ministre du Commerce
pour mettre fin aux cartels lui coûte de plus en plus cher.
Ministère des Finances et du Développement Économique
Un projet de réorganisation fait des vagues
Un projet de réorganisation au plus haut niveau du Ministry
of Finance and Economic Development (MOFED) fait des vagues d'autant
qu'il n'a pas été élaboré en collaboration
avec le ministère de la Fonction Publique et de la Public
Service Commission et qu'il procède au démantèlement
du Management Audit Bureau. Selon ce projet, qualifié de
"fast track" et dénoncé comme un
exercice de "copinage" puisque ceux qui l'ont préparé
sont ceux-là même qui s'octroient titres, promotions
et salaires. Le point principal est qu'en sus du Financial
Secretary, cinq postes de Deputy Financial Secretaries
seront créés. Le coût de cette réorganisation,
Rs 1,3 million annuellement.
Des officiers de ce ministère ont déjà envoyé
des lettres de protestation à plusieurs ministères
et aux syndicats. Selon leurs observations, c'est une petite équipe
qui a préparé ce plan de réorganisation,
le but étant de placer certains en pôle position
pour devenir à terme Financial Secretary. Sur le
procédé lui même, ils écrivent que
"this is normally not the practice in the public sector
as the Ministry of Civil Service Affairs as well as the Public
Service Commission and technical staff well verse in human resource
management should have been involved right at the beginning in
such an exercise".
Le plan de réorganisation, dont la préparation est
qualifiée de "piecemeal" vise à
fusionner les comptables et les économistes. A ce sujet,
les fonctionnaires qui se sentent lésés n'hésitent
pas à dénoncer que "the way the different
grades have been subjectively' pencilled into'core management
positions and Lead Analyst cause enormous prejudice to certain
grades such as Deputy Directors, Assistant Directors in both MAB,
Economist and Economic Analyst".
Ce qu'il considèrent encore plus grave, c'est que cet exercice
n'a pas été fait après un "job evaluation"
et qu'il aura "a bearing on promotion and succession planning,
appointment criteria and procedures applicable to the whole public
service". Aussi mis en exergue le fait que le plan prévoit
des compétences spécifiques qui seront "serviced
by all rounders", ce qui, de leur point de vue, est non
seulement incomplet, mais aussi contradictoire.
Le point central de cette réorganisation, qui a été
fait selon le critère du fait sur mesure est la nomination
de cinq Deputy Financial Secretaries avec des salaires
mensuels de Rs 60 000. Plus étonnant dans tout ça,
c'est que les trois postes de Deputy Director qui sont
vacants ont été reformulés en Directors
alors que les deux postes de directeur adjoints (MAB) et, qui
sont occupés, ont été rétrogradés
au titre de Lead Analyst, s'insurgent les fonctionnaires
du MOFED.
Quant au Management Audit Bureau, il est, dans le plan
concocté, liquidé et réparti dans cinq départements
et ses principaux responsables relégués au rang
de simples Lead Analyst. Les officiers du MOFED ne manquent pas
de souligner que "the government has regularly entrusted
MAB various assignments that are professionally and independently
undertaken". Pour eux, cet exercice "cannot cover
the MAB which is a government body operating as a separate division"
et qui "provides consultancy services to Ministries and
other public bodies on request and following Cabinet decisions".
C'est sur un ton très amer, que les fonctionnaires du MOFED
observent que le démantèlement du MAB est présenté
de telle manière que "murder look like suicide"
et que tout l'exercice de réorganisation, surtout pour
ce qui est du volet MAB aurait dû avoir l'aval du Conseil
des ministres.
La preuve, disent-ils, étant que pas plus tard que la semaine
dernière, c'est le Conseil des ministres lui-même
qui a confié au MAB une étude sur la situation financière
de l'Université de Maurice. Aussi, ils posent la question
de savoir si le cabinet est au courant de ce "hidden move
to dismantle the MAB".
Concluant, les détracteurs de la réorganisation
soutiennent que "the strategic and political implications
of dismantling the MAB need to be given due cosnideration as this
may give a wrong signal to the public. This is why this important
decision lies within the prerogative of the Cabinet".
Chez Beachcomber
10.7% de compensation pour ceux touchant jusqu'à Rs
30 000
Compte tenu de la forte progression de ses bénéfices,
cette année, et vu le taux exceptionnel d'inflation, le
groupe hôtelier, Beachcomber a décidé d'accorder
une compensation salariale intégrale de 10.7% à
ses salariés touchant jusqu'à Rs 30,000 mensuellement.
Ceux touchant au-delà de ce seuil bénéficieront
d'une compensation uniforme de Rs 3210.
La direction de Beachecomber précise que cette compensation
sera répercutée sur les échelles de salaires,
les heures supplémentaires, le boni de fin d'année,
la participation aux profits et la pension. Elle ne remet pas
en cause la progression de l'échelle des salaires au sein
du groupe Beachcomber qui intervient, chaque année, au
mois d'octobre sur la base de l'évaluation de la performance.
Selon le groupe hôtelier, l'alignement de la compensation
salariale par Beachcomber sur le taux d'inflation et sa répercussion
sur l'échelle des salaires et autres bénéfices
des salariés de la compagnie représentera, sur un
an, une somme de quelque Rs 100 millions. Cette décision,
indique la direction, a été prise compte tenu de
la "dureté de vie occasionnée pour la grande
majorité de l'équipe de Beachcomber" par le
"taux exceptionnel de l'inflation".
Par ailleurs, dans un communiqué, les Verts Fraternels
se prononcent pour une compensation de 10.5% pour ceux touchant
moins de Rs 3000 mensuellement, une fourchette de salaires qui
regroupe, rappelle ce mouvement, "les femmes de ménage,
les baby sitters, les ouvrières de la zone franche de même
que les bénéficiaires des prestations sociales".