Les deux premières réunions sous la présidence
du Premier ministre, Navin Ramgoolam, avec les représentants
de la Mauritius Sugar Producers' Association menés par
Arnaud Dalais du groupe Deep River/Beau-Champ ont permis de confirmer
que le nerf de la guerre dans l'industrie sucrière demeure
la composante énergétique. Ce qui fait que devant
cette conjoncture le Premier ministre n'a trouvé mieux
que de confier à son numéro 2, Rashid Beebeejaun,
qui a déjà assumé les fonctions de ministre
de l'Énergie, la présidence du sous-comité
consacré à l'énergie. De son côté,
le ministre Arvin Boolell s'est retrouvé avec les autres
aspects de la réforme sucrière, notamment la centralisation,
l'introduction de la semaine de 40 heures ou encore l'Equity Participation
des autres stakeholders dans des projets de raffinage ou
de distillerie d'éthanol. Jusqu'ici, le ton de la civilité
et de la courtoisie a primé lors du dialogue amorcé
entre le gouvernement et la Mauritius Sugar Producers'Association
(MSPA).
Avec le départ du Premier ministre pour la Grande Bretagne,
les deux sous-comités techniques, qui comprennent une participation
paritaire gouvernement/secteur privé, devront mettre les
bouchées doubles dans les jours à venir afin que
les propositions officielles soient présentées à
Navin Ramgoolam à son retour. " The ideal situation
would be that the deal be brokered just before Budget day ",
indiquait-on de sources officielles à la fin de la réunion
de vendredi.
Une marge de manuvre plus flexible
Le principal intérêt de ce timing serait que la prochaine
récolte avec une production estimée jusqu'ici à
quelque 470 000 tonnes de sucre se déroulera dans des conditions
consensuelles. Mais ces mêmes milieux se disent également
conscients qu'une aile au sein de la majorité gouvernementale
attend avec impatience la conclusion de ce deal sur le
sucre pour récidiver avec un épisode à la
manière des amendements au Sugar Industry Efficiency Act.
À cette occasion, deux ministres, Rama Sithanen et Arvin
Boolell, ont dû subir les foudres de certains backbenchers
lors d'une réunion des parlementaires des plus houleuses.
Selon ces mêmes sources, les paris sont déjà
ouverts quant à cette éventualité. Les plus
aguerris à cette guérilla parlementaire n'hésitent
pas à soutenir qu'ils pourraient réclamer une tête
ministérielle en cas de non satisfaction dans le deal.
Pour cause, le principal élément de convoitise pour
ne pas dire de discorde demeure le volet énergétique
dans le cadre de la réforme sucrière. "
À ce stade, l'un des points sur lesquels s'est appesantie
l'industrie sucrière demeure l'importance de la composante
énergétique car les développements prévus,
notamment au niveau du raffinage, en dépendent dans une
grande mesure. L'industrie sucrière a exprimé le
souhait de pouvoir bénéficier d'une marge de manuvre
plus flexible ", ajoute-t-on dans les rangs de ceux présents
lors de ces deux premières réunions.
Ainsi, un bon départ à partir de 2009 des centrales
thermiques à bagasse/charbon, notamment la troisième
unité de la Centrale Thermique de Savannah, dont les deux
premières unités sont déjà opérationnelles,
est d'un intérêt particulier pour l'industrie sucrière.
Avec les 25 MW additionnels de Savannah, il faudra ajouter les
32 MW envisagés à la centrale thermique de FUEL,
soit une capacité additionnelle de 57 MW de l'industrie
sucrière.
Demande croissante
Mais il faudra compter avec le fort lobby que représente
le Central Electricity Board en raison de son Equity Participation
dans le projet de centrale à charbon de CT Power à
Pointe-aux-Caves. Le ministre Abu Kasenally ne s'est épargné
aucune peine pour rappeler que " with the proposed reform
of the sugar industry focussing on the optimisation of bagasse,
room had to be created for accommodating power plants from the
sugar industry. " " To do so, the CEB requested the
(Mauritius) CT Power to downsize its propsal as this would allow
the CEB to take on board the capacity of the sugar industry to
add new plants to burn bagasse. Thus, the project from (Mauritius)
CT Power Ltd was downsized from 3 x 50 MW to 2 x 55 Mw ".
Le comité présidé par le vice-Premier ministre
Rashid Beebeejaun compte-t-il aller plus loin que les concessions
susmentionnées ? se demande-t-on dans la conjoncture. Certains
milieux sucriers préfèrent croiser les doigts et
attendre les délibérations de cette instance, même
si le numéro 2 du gouvernement était le ministre
de tutelle du CEB lors des négociations pour le démarrage
de la Centrale thermique de Belle-Vue. D'autres, plus optimistes,
soulignent qu'il y aura de la place pour les différentes
centrales thermiques si l'on tient compte de la demande croissante
en énergie électrique avec le projet de zone économique
de Riche Terre du groupe Tianli.
Le comité présidé par le ministre Boolell
devra se pencher, entre autres, sur trois épineux et délicats
dossiers, l'accès à la terre, l'Equity Participation
et l'introduction de la semaine de 40 heures dans l'industrie
sucrière sans aggraver le cas des petits planteurs. La
demande portant sur une superficie de quelque 2 000 arpents de
terre - alors que d'autres parlent de 4 000 arpents - pourrait
être intégrée dans un accord à long
treme, soit sur dix ans, avec la mise sur pied d'un comité
conjoint en vue de déterminer les besoins en terres répartis
dans les différentes régions de l'île et le
time frame pour l'exécution de ces projets. Le tout
dans un esprit de donnant-donnant.
Cette demande pour des terres d'une superficie variant entre 1
500 et 2 000 avait fait partie des conditions pour la centralisation
de St-Félix dans la lettre officielle en date du 31 mars
2006. La MSPA avait contesté avec véhémence
cette demande du gouvernement. Jusqu'ici, la centralisation de
St-Félix se fait toujours attendre.
La formule d'Equity Participation dans les différents projets
dans le cadre de la réforme sucrière a fait l'objet
de plusieurs études au niveau du ministère des Finances.
Une condition sine qua non est que l'Equity Participation
doit faire des activités rentables et profitables de l'industrie
sucrière générant des dividendes. L'ambition
déclarée du gouvernement est que les partenaires
de l'industrie, soit les planteurs, les employés et les
sucriers, doivent pouvoir bénéficier d'une participation
équitable, soit le tiers du capital chacun.
Mais du côté de la MSPA, les premières objections
seraient déjà visibles en attendant les premières
propositions concrètes devant le comité Boolell.
Ce ne sera pas le seul casse-tête de ce comité, qui
devra trouver le meilleur moyen pour l'introduction de la semaine
de 40 heures sans porter préjudice aux intérêts
des petits planteurs.
La course contre la montre en vue de conclure un accord avec l'industrie
sucrière au plus tard à la mi-juin ne fait que démarrer,
sans compter les obstacles à franchir, même si pour
les deux premières réunions tout un chacun s'accordait
à mettre en avant " le processus de dialogue "
ou encore " l'esprit de compréhension ".
Le gouvernement est représenté par le Premier ministre
et ses plus proches collaborateurs, Rashid Beebeejaun, Xavier-Luc
Duval, Rama Sithanen et le ministre de l'Agro-Industrie, Arvin
Boolell. La délégation de la MSPA comprend Arnaud
Dalais, Patrick d'Arifat, président, Cyril Mayer de Belle-Vue,
Jacques Forget de Médine SE, Jacques d'Unienville de Savannah,
Jackie Vaudin de FUEL et Jean Li Yueng Fing, secrétaire
de la MSPA.
Feuilleton politico-financier
MCB/NPF: L'ICAC décide de redémarrer l'enquête
!
L'Independent Commission Against Corruption (ICAC) est sur le
point de relancer les grandes manuvres par rapport à
l'enquête sur le méga-scandale politico-financier
MCB/NPF avec le détournement de Rs 881,6 millions de la
Mauritius Commercial Bank. C'est ce qu'a appris Week-End
auprès des sources dignes de foi alors que les préparatifs
pour le budget 2007/08 abordent ces jours-ci la phase décisive.
En effet, après une analyse du volumineux dossier compilé
depuis février 2003, la direction générale
de l'ICAC aurait pris la décision d'émettre de nouvelles
assignations à interrogatoire aux principaux protagonistes
impliqués d'une manière ou d'une autre dans cette
affaire de détournement de fonds, qui avait défrayé
la chronique de 2003 à 2005.
Avec ce nouveau développement, les premiers témoins
à être entendus au QG de l'ICAC devraient recevoir
en fin de semaine leurs convocations formelles. Ces mêmes
milieux avancent une première liste d'au moins 28 témoins
à être assignés pour des compléments
d'informations sur ce dossier qui pourrait être relancé
au niveau pénal avec des procès pour des délits
allégués de money laundering de fonds en
provenance notamment du Mozambique, soit la connexion Nyimpine
Chissano, fils de l'ancien président Chissano, et Teeren
Appasamy.
Un premier élément de confirmation de la décision
de l'ICAC de revoir sa copie dans l'affaire MCB/NPF est tombé
en fin de semaine devant le tribunal de troisième de Port-Louis.
L'ICAC, représentée par Me Yvan Jean-Louis du State
Law Office, n'a pas objecté à la demande logée
par l'ex-Chief Manager de la MCB, Robert Lesage, pour que
l'objection to departure formelle décidée
depuis mars 2003, soit tout simplement enlevée. Selon les
termes de l'accord intervenu en cour, Robert Lesage n'aura qu'à
informer l'ICAC de tout projet de voyage à l'étranger
et celle-ci n'y verra aucun inconvénient pour la suite.
En contrepartie à cet assouplissement dont a fait preuve
l'ICAC, Me Rex Stephen, qui assure la défense de Robert
Lesage, ne s'est pas appesanti sur the other limb de la
motion, soit faire rayer les inculpations provisoires dans cette
affaire de détournement de fonds de la MCB contre l'ex-Chief
Manager. Ce n'est pas la première fois que Robert Lesage
bénéficie de la clémence de l'ICAC. En effet,
l'ex-Chief Manager a déjà bénéficié
d'une immunité accordée au terme des dispositions
du Prevention of Corruption Act pour sa collaboration à
l'enquête.
Robert Lesage joker ?
À ce stade, très peu d'indications ont transpiré
quant au rôle que jouera Robert Lesage dans la nouvelle
configuration de l'enquête de l'ICAC ciblant la MCB en tant
que corporate body. Mais tout laisse croire que l'ex-Chief
Manager pourrait être une carte majeure, pour ne pas
dire un joker, dans la nouvelle partie qui s'annonce. Du
côté du QG de l'ICAC, l'on garde un mutisme complet
sur les développements à venir.
Contrairement au précédent volet de l'enquête
sur l'affaire MCB/NPF, la nouvelle étape se présente
sous une différente coloration avec la présence
annoncée à Maurice de Teeren Appasamy, l'homme d'affaires
mauricien installé à Londres et présenté
par la MCB comme étant the ultimate beneficiary
de la fraude de Rs 881,6 millions.
Selon le scénario établi, Teeren Appasamy pourrait
débarquer au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport
au cours de la dernière semaine de juin, venant de Londres.
Dès sa descente d'avion, il se rendra en cour suprême
en vue de jurer un affidavit devant le Master and Registrar
pour donner sa version des faits et pour confirmer son intention
de coopérer avec les autorités compétentes,
que ce soit l'ICAC ou la police, en vue de faire la lumière
sur ce scandale financier. La teneur de cet affidavit ne devrait
pas être différente de celui présenté
en août 2003 dans le cadre de la full disclosure of assets
worldwide de Teeren Appasamy, avec des détails puisés
de deux autres documents non jurés jusqu'ici devant les
instances judiciaires du pays.
Mais le seul hic dans ce plan est que Teeren Appasamy pourrait
être techniquement interpellé par la police dès
qu'il aura passé le comptoir de l'Immigration à
l'aéroport. Les dernières tractations porteraient
sur la garantie à l'effet que l'homme d'affaires ne sera
pas détenu en cellule policière et, au pis aller,
que des arrangements soient mis en place pour qu'il soit présenté
devant le tribunal de troisième instance de Port-Louis
dans les meilleurs délais pour sa remise en liberté
sous caution.
"A matter of serious concern"
Dans la conjoncture, l'autre initiative de l'ICAC demeure la convocation
des forensic auditors singapouriens de NTan Corporate Advisory,
firme qui s'était vue confier la responsabilité
par la Banque de Maurice de mener une enquête approfondie
dans le méga-scandale politico-financier s'échelonnant
de 1991/92 à 2002. Les différentes tentatives pour
forcer la Banque centrale à révéler formellement
la teneur de ce rapport accablant contre le MCB Senior Management
ont échoué jusqu'ici.
La dernière tentative est à mettre à l'initiative
de la Mauritius Revenue Authority, qui tente d'avoir accès
à ce document pour un assessment pour les besoins
d'Income Tax contre la MCB. La demande de la MRA soutenue
par le State Law Office a été soumise à la
cour suprême en vue d'être tranchée. L'ICAC
envisage de summon de Singapour les spécialistes
de NTan Corporate Advisory, dont le chef de file, Michael Martin,
pour leurs versions des faits.
L'une des conclusions du rapport révélées
en exclusivité par Le Mauricien est que "it
is a matter of serious concern that any bank, let alone a bank
with the standing of the MCB, would allow the reported transfers
(Rs 3,3 billion). It is difficult to believe that these transfers
took place without the knowledge or acquiescence of senior management
staff of MCB".
La présence d'Iqbal Muthy parmi les 28 premiers témoins
de l'ICAC contraste également avec la précédente
enquête de l'ICAC. L'homme d'affaires et principal partenaire
de William International Associates Limited, Iqbal Raman Muthy,
confirme qu'il était le Project Coordinator de Gold
Harbour Consortium de Teeren Appasamy dans le cadre d'un projet
de construction d'hôtel de cinq étoiles avec des
discussions démarrant en janvier 2000. Le nom d'Iqbal Muthy
avait été cité dans la full disclosure
of assets worldwide de Teeren Appasamy.
À la lumière des éléments entourant
le personnage d'Iqbal Muthy, l'ancien ministre des Services financiers
de l'alliance MSM/MMM, Sushil Khushiram, avait été
entendu par l'ICAC, qui n'avait, semble-t-il, pas fait grand cas
du rôle d'Iqbal Muthy dans le scandale du détournement
de fonds. Teeren Appasamy avait allégué avoir remis
à Iqbal Muthy une somme de Rs 21 millions en vue de faciliter
les démarches pour le démarrage de la conversion
du grenier dans le port en un hôtel cinq-étoiles.
Pour les besoins de cette nouvelle enquête, l'ICAC se verra
dans la nécessité de convoquer de nouveau les responsables
de la MCB, dont Pierre-Guy Noël et Philippe Alain Forget.
Tout récemment, la MCB avait été convoquée
par l'ICAC. Le responsable de l'audit interne avait soumis un
nouveau volumineux document aux enquêteurs de l'ICAC. Les
autres noms sur la liste de l'ICAC sont Ameena Rojoa, ex-Principal
Accountant et responsable des placements et investissements
au National Pensions Fund; Donald Ha Yeung, le mandataire désigné
de Teeren Appasamy; l'ex-secrétaire financier Dev Manraj,
un des proches collaborateurs de Teeren Appasamy; ou encore l'avoué
Ravi Ramdewar, le secrétaire des sociétés-écrans
cités dans ce scandale.
La MCB/NPF en quelques lignes