Faits et effets
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Appauvrissement
Humeur
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Maman très chère
Faits et effets...
Appauvrissement
Les travailleurs au bas de l'échelle qui touchent jusqu'à
Rs 3 000 ont obtenu Rs 260 de compensation salariale cette année.
L'année dernière, ils étaient dans la fourchette
de 0 à Rs 2,700 à recevoir une compensation de Rs
135. Sauf que si pour la compensation, le chiffre ne s'est pas
multiplié par deux, celui de l'inflation, lui, a plus que
doublé, pour passer de 5% à 10,7, un chiffre qui
tournera fin juin prochain à 11%. Une inflation à
deux chiffres, qui est la résultante d'une politique de
suppression brutale des subsides et d'une dépréciation
accélérée de la roupie et que l'on n'avait
pas enregistrée depuis 17 ans. Cela a un sens, une conséquence
directe sur la vie de tous les jours de la population. Lorsqu'on
sait ce qu'a été la campagne de l'Alliance sociale
sur les prix avant les dernières élections alors
que pour l'année 2004, le taux d'inflation n'était
que de 3,9%, le plus bas recensé depuis près d'une
vingtaine d'années, on peut comprendre que les Mauriciens
sont exaspérés
On peut toujours chipoter sur les chiffres, on peut aussi monter
un comité sans existence légale avec des nominés
politiques des trois côtés de la table et le baptiser
tripartite mais il y a une réalité à
ne pas perdre de vue, c'est que les Mauriciens peinent à
acheter non pas le superflu mais le strict nécessaire.
Les pauvres ont vraiment du mal à joindre les deux bouts
alors que la classe moyenne a dû revoir son train de vie
de manière radicale. Le pain, le lait, le riz, l'huile,
les grains secs, le poulet, la farine, tout a augmenté
considérablement depuis 21 mois. Et, il vaut mieux ne pas
parler de la viande et du poisson, qui sont en passe de devenir
des aliments de luxe pour les familles défavorisées,
la Perle étant vendue ces jours-ci à Rs 45 le kilo.
Imaginez ce que cela représente, tout ça, dans le
budget d'une famille de quatre/cinq personnes, comme c'est la
tendance à Maurice.
Le front commun des employés du secteur privé de
même que les associations des consommateurs ont établi
que les prix des produits de consommation de base ont enregistré
une hausse de Rs 800 ces derniers six mois, chiffres à
l'appui et c'est sur cette augmentation que les syndicats ont
réclamé une compensation équivalente. C'est
difficile pour ceux au bas de l'échelle salariale, mais
ce n'est aussi plus très évident pour la classe
moyenne. Ce n'est certainement pas une mesure infaillible mais
c'est quand même une indication que la consommation n'est
plus ce qu'elle était il y a quelques mois.
C'est Nicolas Merven, directeur de la chaîne de supermarchés
Winners, qui le disait récemment dans un entretien
à Business Magazine. Bien placé, étant
donné la diversité régionale de ses points
de vente, il affirmait avoir noté, ici, une baisse de la
vente du whisky de 40% depuis juillet 2006 et, là, des
acheteurs qui demandent que le poulet frigorifié soit coupé
en deux morceaux, certaines familles ne pouvant plus se le payer
en entier. Il vaut mieux ne pas parler de la fréquentation
des salles de cinéma, encore un luxe, la place étant
à Rs 150 ou du restaurant que les Mauriciens désertent
de plus en plus au profit des touristes. Il serait d'ailleurs
intéressant de voir comment la consommation a évolué
ces derniers mois.
Une chose est certaine, c'est que les Mauriciens se sont considérablement
appauvris depuis juillet 2005. Il y a tellement de signes qui
sont là pour nous le rappeler constamment. Le gouvernement
se fait fort d'avoir payé à 100% les frais d'examen
de 8 000 étudiants prenant part aux examens du SC et du
HSC. Ce chiffre doit être interprété d'une
tout autre manière. Le critère étant que
les 100% s'appliquent aux familles dont les revenus ne dépassent
pas Rs 7 500 par mois, cela veut dire que sur un total de 19 000
étudiants inscrits pour le concours de 2007, presque la
moitié vient de familles pauvres. Ne parlons pas des ménages
qui touchent Rs 10,000, pour la plupart, privés de la subvention
à 100% et ceux de Rs 15 000, qui, comme la première
fourchette évoquée, n'a obtenu que 25%.
Il y a d'autres signes encore. Aujourd'hui, dans n'importe quelle
artère de la capitale mais aussi d'autres agglomérations
tant des villes que des grands villages, on retrouve des gens
qui, tant bien que mal, essayent de gagner leur vie dans la rue.
Un phénomène exponentiel comme on ne l'avait pas
vu depuis des lustres. On vend des brèdes pratiquement
à même le sol et, ce, sous la fenêtre du bureau
du Premier ministre au bâtiment du Trésor.
À quelques mètres du marché de Port Louis,
il y a d'autres bazars sur les trottoirs du quartier chinois où
l'on retrouve de tout, fruits, pomme de terre, queue d'ail et
gingembre que les planteurs préfèrent écouler
directement pour avoir une subsistance. Dans le quartier des affaires,
plus près de la Rue St Georges, ce n'est pas les cireurs
de chaussure d'autrefois que l'on trouve mais des cordonniers
qui ont installé leur matériel sur une boîte
en carton au soin de la rue offrant leurs services aux passants.
C'est bien de parler de réforme, de demander aux Mauriciens
d'être patients et d'attendre pour récolter ce qu'ils
ont semé. Pour l'heure, ce qu'ils savent, c'est que la
vie est difficile pour beaucoup et la survie à peine supportable
pour certains. On parle de solidarité et on impose des
sacrifices à la population. Mais ce n'est certainement
pas au niveau des coûteux déplacements ministériels
que cela se vérifie. En 21 mois, 184 missions pour plus
de la moitié parfaitement inutile et non justifiées.
C'est, paraît-il, cela, l'exemple qui vient d'en haut
Humeur
Maman très chère
Si Tino Rossi revenait sur terre en ce dernier dimanche de Mai,
il devrait modifier les paroles d'une de ses célèbres
chansons. Avec le déferlement publicitaire autour de la
Fête des mères, on ne peut plus chanter à
sa mère:
tu es pour moi la plus belle du monde.
En 2007, il faudrait remplacer ce refrain par:
tu es pour les commerçants la plus chère du monde
Parce qu'avec ce qui se passe désormais pour et autour
de la fête des mères, je crois que les commerçants
aiment plus la mère - et surtout sa fête - que ses
propres enfants. Elle leur est vraiment "chère".
Dans tous les sens du mot. Autrefois, le plus beau cadeau qu'un
enfant pouvait faire à sa maman était de lui offrir
un petit quelque chose qu'il avait lui-même dessiné,
fabriqué ou cueilli. C'est ainsi que des plantations entières
de fleurs ont été dévastées par des
petites mains malhabiles, des tonnes de papiers barbouillés
et des dizaines de poésies massacrées. Le tout se
terminant par un baiser mouillé qui faisait venir une larme
d'émotion à l'il maternel. C'était
simple, vrai. Sans papier cadeau, ruban doré ou étiquette
griffée mais touchant et surtout sincère. Le baiser
est resté, mais il est aujourd'hui moins mouillé,
plus sonore et obligatoirement accompagné d'une panoplie
de produits exposés en promotions, soldes et autres braderies
proposées cash avec discount ou by installments
selon les conditions des règlements sur le higher purchase.
Depuis trois semaines, un mois, on ne peut pas ouvrir un journal,
allumer une radio ou passer devant un magasin sans se faire proposer
LE produit qu'il faut absolument offrir à sa génitrice
pour la Fête des mères. La mère ne sert que
de prête-nom à une des plus grandes opérations
commerciales de l'année qui est en passe de dépasser
Noël en termes de volume d'achat. À ce sujet, il faudrait
que Tino Rossi revoie également les paroles d'un autre
grand succès: Petit papa Noël. Avec le volume et le
poids des cadeaux proposés en vente et les promotions,
on ne peut parler de petits souliers pour contenir les
cadeaux de Noël. Il faudrait carrément parler de grosses
godasses. Pour ne pas dire de meubles pour chaussures.
Et puis la Fête des mères - comme Noël et toutes
les autres fêtes - est passée d'un amour filial simplement
exprimé à l'ostentation. Plus que pour elle, il
faut que le cadeau soit imposant - et le prix consistant - pour
éviter les petites phrases du genre: c'est tout ce que
tu lui as offert Sous- entendu, c'est tout ce qu'elle vaut
pour toi. Dans notre société où tout est
négocié, monnayé, il faut que l'ampleur de
l'amour soit mesurable, plus à travers des espèces
sonnantes et trébuchantes que par un geste, une attention,
une marque de sincérité. De toutes les façons,
ça sert à quoi la sincérité et ça
coûte combien, hein ? J'ai connu un père de famille
qui offrait à chaque fête un cadeau utile à
sa femme et ses enfants. C'est ainsi qu'en quelques années,
la famille a été pourvue d'un frigidaire, d'un rice
cooker, d'une télé couleur qui faisait plus la joie
du père de famille que ceux à qui ils étaient
offerts. C'est ce même principe qui est aujourd'hui appliqué
pour la Fête des mères. Puisqu'il est reconnu - par
qui et depuis quand ? - que le plus beau cadeau qu'on puisse faire
à une mère, c'est de voir sa famille heureuse, il
faut lui offrir des cadeaux qui feront plaisir à l'ensemble
de la maisonnée. Depuis que l'on a vendu l'idée
que le bonheur de la mère se satisfait du bien-être
de ses enfants, les commerçants ont fait la liste de tout
ce qui peut faire plaisir à une maman pour sa fête.
C'est-à-dire tout ce qui peut être vendu. En feuilletant
ces catalogues en couleurs qui remplissent nos journaux, on se
rend compte que le bonheur d'une mère ne saurait être
complet sans, je choisis au hasard et chez différents fournisseurs,
pour ne pas faire de jaloux:
- un téléviseur plasma de 42 pouces
- une DVD home theatre system
- une gamme de produits électroniques
- un ordinateur portable avec ADSL intégré
- un téléphone avec caméra
- un appareil photo digital sans téléphone
- un assortiment de vins et d'alcools
- des ameublements en cuir, en simili, en vinyl et en velours
- Des séjours à l'hôtel pour toute la famille
Et bien sûr toutes les viandes et autres chairs que la maman
fera cuire pour le plaisir de sa famille ce qui, on vous l'a suffisamment
dit, est la seule récompense qu'elle attend en général
de la vie, plus particulièrement le jour de la Fête
des mères. Le tout évidemment offert en prix soldés
VAT incluse.
S'il y a un grand oublié pendant la Fêtes des mères
c'est bien le malheureux père. C'est sans doute le seul
jour de l'année où tout le monde feint de croire
que ses enfants légitimes sont nés par l'opération
du St-Esprit. Ce rejet repose sur le constat suivant: comme l'amour
pour le père n'est pas aussi lucratif que celui pour la
mère, on laisse le géniteur de côté.
On ne fait appel à lui que pour une seule chose au cours
de cette période bénie par les commerçants:
qu'il paie le cadeau choisi et offert par ses enfants à
sa femme.
Autrefois, on offrait aux mamans une simple fleur cueillie avec
tout l'amour du monde. Aujourd'hui, on offre de gros cadeaux payés
par installements. C'est ça la modernité:
désormais tout se vend à petits prix. Même
l'amour des enfants pour leur mère.
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 27 mai 2007
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