Faits et effets
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Assez le feu
Humeur
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Les menaces de Navin Ramgoolam
Interrogations
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Derrière la vitrine
Faits et effets...
Assez le feu
Jacques de Navacelle n'a jamais eu sa langue dans sa poche. Contrairement
à certains capons du secteur privé lorsqu'ils ne
sont pas carrément des cireurs de pompe professionnels,
il ne s'est jamais privé de dire ce qu'il pense. Avant
que Navin Ramgoolam ne revienne aux affaires, il a été
le directeur de la Barclays mais aussi le président de
Transparency Mauritius et il ne s'est pas gêné
pour dénoncer la corruption. On se souvient même
d'une de ses interviews sur la corruption accordées à
Week-End qui a été allégrement reprise
par Navin Ramgoolam à l'Assemblée nationale parce
que cela alimentait ses critiques contre le gouvernement MSM/MMM.
Tout comme lui, il arrivait à d'autres porte-parole du
secteur privé de faire entendre leur voix. On a, ici, en
mémoire les critiques régulières formulées
par Gilbert Espitalier-Noël contre l'ancien gouvernement,
accusé de ne pas aller assez vite avec les réformes
ou de celles de Danielle Wong de la MEPZA qui exigeait que les
autorités fassent plus pour la zone franche alors que plus
rien ne pouvait retenir ici des entreprises hongkongaises à
l'approche de la fin de l'accord multifibre. Il y a eu des réactions
indignées et des mises au point faites dans les réunions
entre le gouvernement et le secteur privé mais jamais sur
le ton que celui que le Premier ministre a choisi vendredi dernier.
Que les James Burty David et autres Nita Deerpalsing sortent leurs
slogans préférés, lourds d'arrière-pensées,
cela commence à faire partie du folklore, mais qu'un chef
de gouvernement utilise la menace à l'encontre d'un porte-parole
du secteur privé n'est pas correct.
Qu'a dit Jacques de Navacelle jeudi au nom du secteur privé
? Ce que la presse dénonce depuis quelque temps déjà
et que d'autres poltrons chuchotent en privé. Depuis le
budget de la rupture, accueilli avec un enthousiasme rarement
vu chez des opérateurs économiques, au point où
la menace de démission de Rama Sithanen, l'homme qui symbolise
cette fameuse "rupture", avait été perçue
comme un drame personnel pour les représentants les plus
en vue du secteur privé, il y a eu des zigzags et des contradictions
dans lesquelles plus personne ne se retrouve. Entre le libéralisme
proclamé du budget et les atermoiements, louvoiements et
autres renoncements enregistrés, il y a de quoi se perdre.
Jacques de Navacelle a dit que le gouvernement s'ingérait
trop dans les affaires du privé et que cela s'est traduit
par des fermetures, des licenciements, des pénuries et
du marché noir pour certaines commodités. Mais c'est
la stricte vérité. Qu'a-t-il dit encore au nom du
secteur privé, ceci qu'il n'y a pas de leçon à
prendre de l'Etat qui est connu pour son "inefficience,
son absence de méritocratie, sa corruption et son communalisme".
Il a aussi parlé de ce Competition Bill qui tarde
à venir et que le Premier ministre a évoqué
vendredi comme d'un bâton qu'il tapera sur la tête
du secteur privé. On est en plein délire !
Les commentaires de Jacques de Navacelle ne sont pas exagérés.
De la position où il parle, le porte-parole du privé
doit être bien placé pour parler de certaines choses.
Il y a eu des événements récents qui accréditent
la thèse d'une entreprise délibérée
du gouvernement pour faire disparaître un certain capitalisme
historique local au profit de ses propres amis et des étrangers
dans des conditions qui ne sont pas toujours transparentes. En
ce jeudi de dénonciation du porte-parole du JEC, il y avait
deux inaugurations qui sont tout un symbole, l'université
de la famille Jeetah sur les "terres infâmes d'Illovo",
à Ébène, et la nouvelle unité de Samlo
Koyenco des frères Gowressoo.
Le Premier ministre peut et doit répondre au secteur privé
mais pas sur le ton qui a été le sien vendredi.
Cela peut sans doute exciter ses troupes et ses agents, mais c'est
un très mauvais signal envoyé à la communauté
des affaires, ici même comme à l'étranger.
Alors que le maître mot en ce moment est l'investissement.
Aux arguments du secteur privé, il y avait des arguments
à opposer et non des "grat lédo maler"
et autres références à la "colonie"
qui ne laissent aucun doute sur l'état d'esprit de celui
qui les a proférés. Le Premier ministre sort régulièrement
ses menaces, tantôt contre les radios, tantôt contre
la presse. Il devrait se montrer moins nerveux. Après sa
subite montée d'adrénaline à l'Assemblée
nationale, le 24 avril, son intervention publique diffusée
sur toutes les radios le 1er mai, qui fut un morceau d'anthologie
d'insultes personnelles, il devrait impérativement se calmer.
Toute autre option ne ferait que crisper davantage la situation.
Une chose est sûre, c'est que nous ne réussirons
pas s'il y a un gouvernement qui déclare en même
temps la guerre aux syndicats et au secteur prive. Assez le feu
sur tous les fronts. Il faut une île Maurice apaisée,
un pays libéré de tensions permanentes et de nervosité
à fleur de peau qui risque d'enflammer ce pays. Il vaut
mieux finalement avoir ces fameux comités tant décriés
avant 2005 qui permettaient aux parties confrontées à
un problème de se retrouver autour d'une table, de discuter
et de trouver des solutions. Il vaut mieux prévenir que
guérir, dit l'adage. C'est lorsque cela avait été
érigé en méthode de gouvernement que le pays
a pu respirer. Ceux qui ont choisi la provocation permanente,
l'insulte, les attaques personnelles ne devraient pas s'étonner
que les gens réagissent sur le même ton. D'escalade
en escalade, on finit par prendre un chemin de non retour
Humeur
Les menaces de Navin Ramgoolam
La tendance observée ces dernières semaines se confirme.
Confrontés aux résultats d'un premier Mai, qui a
été beaucoup moins triomphant que ne le prétendent
ses laudateurs patentés; au dernier sondage dont les chiffres
montrent que le taux d'insatisfaction augmente et au mécontentement
qui monte de plus en plus de la rue suite aux mauvaises décisions
et aux hausses de prix, le Premier ministre a décidé
de contre-attaquer. Plus précisément de trouver
un bouc émissaire pour faire diversion. Pour ne pas changer,
il a été puisé dans l'arsenal des attaques
à être utilisées en campagne électorale
quand on fait plus appel à l'émotion qu'à
la raison et que l'on ranime le culte des ancêtres opposant
les maîtres aux esclaves, les coolies aux colons. À
chaque fois que Navin Ramgoolam se trouve en difficulté
ou que sa façon de gouverner - ou de ne le faire - est
mise en question, il endosse la tenue du descendant de coolie
attaqué par les descendants des méchants colons.
Il l'a fait une fois de plus vendredi pour répondre aux
critiques formulées la veille en conférence de presse
par Jacques de Navacelle président du Joint Economic Council,
organisme regroupant les entreprises du secteur privé.
Qu'a donc déclaré le président du JEC pour
provoquer la colère du Premier ministre ? Tout simplement
ce que disent de plus en plus fort les entrepreneurs mauriciens
fatigués de se taire en espérant des jours meilleurs
qui ne viennent pas et qui constatent que contrairement à
ce que beaucoup avaient cru, le style de gouvernement de Navin
Ramgoolam est le même que durant la période 1995/2000.
C'est-à-dire que les décisions urgentes ne sont
pas prises ou sont souvent renvoyées aux calendes grecques
sans aucune justification sinon le bon plaisir du prince. Que
des arrangements dûment négociés peuvent être
remis en question et de nouvelles conditions y sont ajoutées
après coup. Comme les 1500 arpents de terres contre la
fermeture de trois usines. Que pour certains ministres, libéralisation
et contrôle de prix veut dire la même chose. Qu'une
entreprise a été poussée au dépôt
de bilan faute de mesures qui ont été prises quelques
jours après sa fermeture au profit d'un groupe étranger
et au prix d'une pénurie. Qu'une autre va fermer faute
d'une autorisation gouvernementale qu'elle est techniquement la
seule à pouvoir obtenir. Des situations dénoncées
depuis des semaines dans la presse qui souligne, comme l'a fait
le président du Joint Economic Council "l'incohérence
et l'imprévisibilité" de la politique gouvernementale,
surtout dans le secteur économique.
Au lieu de répondre point par point et d'expliquer les
raisons économiques qui ont poussé son gouvernement
à prendre une décision - ou, plus souvent, à
ne pas le faire - Navin Ramgoolam a choisi, comme d'habitude,
d'ignorer le message pour critiquer et dénigrer le messager.
Jacques de Navacelle a l'habitude de le critiquer et l'a fait
- a osé le faire - même quand il était dans
l'opposition répond-t-il. Le Premier ministre demande au
président du JEC de "aire bien attention." En
ajoutant, que la JEC n'avait pas critiqué l'ancien gouvernent
- sous-entendu l'ancien Premier ministre pour des raisons évidentes.
Pour ceux qui n'auraient pas compris le sous-entendu reposant
sur la pigmentation - d'autres auraient dit le cousinage -, Navin
Ramgoolam précisera plus loin que Maurice n'est plus une
colonie. En ajoutant à l'adresse du président du
JEC "mo espéré ki li rappel sa." Pour
quelle raison le président du JEC devrait-il se rappeler
que Maurice n'est pas une colonie ? Tout simplement parce qu'en
osant critiquer "les incohérences" et "les
discours démagogiques" du gouvernement de Navin Ramgoolam,
il se comporte comme un colon. Le ton du Premier ministre devient
ensuite carrément menaçant. Interrogé sur
le refus du secteur sucrier de donner 1500 arpents au gouvernement
dans le cadre de la centralisation, le Premier ministre déclare
"nou va guette pli divan" avant de terminer en citant
un proverbe local "ena en koze ki dire pas gratte lédos
malheur, en grand koze ça." Dans sa réplique,
le Premier ministre n'a répondu à aucune des critiques
faites par le président de la JEC au nom du secteur privé.
Il s'est contenté de s'en prendre à celui qui osait
critiquer le gouvernement qu'il dirige en lui demandant de "faire
bien attention" et de ne pas "gratte ledos malheur."
C'est ça le style de gestion ramgoolamien: répondre
à la critique, surtout quand elle est justifiée,
sur les manquements de son gouvernement par des menaces à
peine voilées.
Le ton de ces menaces à choqué si l'on en juge par
les nombreuses réactions enregistrées après
la diffusion des propos du Premier ministre sur les ondes. La
question est de savoir si ces menaces vont pousser le secteur
privé à rentrer dans sa coquille ou se mettre debout
pour continuer ce que le président vient de commencer à
faire: défendre ses droits.
Interrogations
Derrière la vitrine
Sommes-nous destinés à devenir une vitrine ?
Et une vitrine qui montrerait quoi ? Cette question revient cette
semaine alors que l'actualité nous ramène, une fois
encore, à l'accent de plus en plus touristique que le gouvernement
mauricien continue à mettre sur notre développement.
Pour ne pas dire notre survie.
Nous apprenons ainsi, cette fois, la décision de l'Empowerment
Programme de lancer le premier "village touristique"
de l'île, qui aura pour cadre Belle Mare, à proximité
du Waterpark.
Ce, selon la décision annoncée dans le Budget
2006-2007.
Cette structure, nous dit-on, a pour but de mettre à
la disposition des Petites et Moyennes Entreprises des espaces
(stands, restaurants, etc.), qui leur permettraient d'écouler
leur production auprès de la clientèle touristique
qui fréquente l'île. Belle Mare serait ainsi le premier
d'une série de cinq villages touristiques qui mettrait
l'accent sur l'artisanat et la cuisine locale.
L'idée, en soi, n'est pas inintéressante. À
l'heure où le développement du secteur dit informel
s'impose de plus en plus comme une nécessité face
au repli des secteurs jusque-là porteurs, il est sans nul
doute capital d'encourager l'entreprenariat. Et le secteur touristique
offre un marché privilégié et encore largement
inexploité alors que de nombreux "souvenirs"
proposés aux touristes dans diverses boutiques de l'île
ne sont en fait que des produits importés de Bali, de Thaïlande
ou de Chine.
Reste à savoir ce que nous avons à proposer dans
ces vitrines. En regardant les produits de l'artisanat mauricien,
force est de constater que la montée en gamme est lente.
Que beaucoup d'efforts restent à faire au niveau de la
mise en valeur de produits dont la seule "authenticité"
ne suffit pas. Proposer, de village en village, les mêmes
pots d'achards, les mêmes paniers tressés et les
mêmes figurines de dodos dodus ne nous mènera pas
très loin.
Être entrepreneur nécessite non seulement la volonté
de créer et d'innover mais, surtout, la capacité
de le faire. À l'heure d'un système scolaire qui
impose l'attitude passive de l'apprentissage par cur, à
l'heure où l'on parle de plus en plus d'une université
qui se consacrerait à former "non des académiciens
mais des professionnels" (!), à l'heure où
nous abdiquons de plus en plus notre potentiel d'île pensante
et créatrice au profit d'une fonctionnalité certes
nécessaire mais indûment étriquée,
il serait sans doute urgent, avant d'ouvrir des vitrines, de travailler
à ce que nous nous donnons les moyens d'y mettre. Et de
se dire que ce n'est pas en réprimant l'esprit créatif
comme nous le faisons aujourd'hui en lui refusant tout moyen d'épanouissement,
que nous parviendrons à donner le sentiment d'être
capables d'offrir autre chose que du factice
Derrière la vitrine, la réalité mauricienne
est aussi celle d'une population physiquement malade. Au vu des
tristes records mondiaux que nous approchons ou détenons
en termes de prévalence du diabète, de l'hypertension
et de maladies cardio-vasculaires, il est plus que jamais urgent
que nous encouragions notre population à penser à
sa santé.
C'est dire si les services y relatifs doivent s'efforcer de
rester accessibles, et être en mesure d'inspirer la confiance
nécessaire pour encourager le plus grand nombre à
y avoir recours. Nous en sommes loin.
En abolissant, dans le dernier budget, les déductions
fiscales auxquelles donnait droit la souscription à un
plan d'assurance médicale, le gouvernement a provoqué
un net recul du nombre de personnes disposées à
souscrire ce type d'assurances. Ce qui contraint donc un plus
grand nombre, face à l'augmentation du coût des soins
dans le privé, à se tourner vers un service hospitalier
public déjà débordé.
C'est dire si la récente découverte de l'insuffisance
des médicaments délivrés dans nos hôpitaux
est grave. D'autant qu'il est justement question du traitement
d'affections potentiellement mortelles, comme le diabète
et l'hypertension. Quand des médecins décident de
demander une enquête après avoir constaté
des détériorations étonnantes de l'état
de santé d'un certain nombre de patients pourtant suivis,
quand cette enquête débouche sur des analyses menées
par un laboratoire sud-africain qui conclut que pas moins de quatre
médicaments couramment administrés dans nos hôpitaux
l'ont été, au cours de ces derniers mois, dans des
dénominations inférieures à celles mentionnées
sur leur emballage, alors la réaction aurait dû être
en conséquence de la gravité de l'affaire. Car cela
revient à dire que l'on a donné à des milliers
des patients des doses médicamenteuses inférieures
à celles dont ils ont besoin et que l'on croyait être
en train de leur donner. Cela revient à dire que notre
service public de santé a contribué à aggraver
l'état de malades qu'il était censé soigner.
Faire, de toute urgence, un état des lieux, rappeler tous
les patients qui ont reçu, pour plusieurs mois, des médicaments
venant de ces stocks: c'est ce qu'il aurait fallu immédiatement
entreprendre. Au lieu de cela, on tergiverse, on se perd dans
les nuances et les détails, on se renvoie la balle. Sans
se dire que le coût de la confiance se paiera peut-être
demain en milliers de patients qui, faute d'argent pour avoir
recours au privé, préféreront laisser se
dégrader leur état de santé parce qu'aller
à l'hôpital public ne serait plus perçu que
comme une assurance de mourir plus vite
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 13 mai 2007
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