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Dernière conférence, hier, de Paul Bérenger
sur la période 68/82
"Responsabilité partagée du PTr et du
PMSD devant l'histoire du renvoi des élections de 72"
"Le Parti Travailliste et le PMSD se sont partagés
devant l'histoire la responsabilité du revoi des élections
qui étaient dues en 72". C'est ce qu'a déclaré,
hier, Paul Bérenger qui tenait, devant une salle des Fêtes
du Plaza, comble, sa huitième et dernière conférence
sur l'histoire consacrée à la période 68/82
qu'il a choisi de décrire comme "les années
de braise et de transition". C'est après avoir
cité de nombreux faits et les propres déclarations
publiques de l'époque tant de Seewoosagur Ramgoolam que
de Gaëtan Duval qu'il est arrivé à cette conclusion,
chacun, comme on le sait, ayant, par la suite, rejeté la
responsabilité de cette décision sur l'autre. Précisant
aussi, au passage, qu'elle est intervenue avant la naissance du
MMM en 69.
Le leader du MMM a commencé par 68 année de l'indépendance
qui s'est déroulée sous l'état d'urgence
et celle aussi du début des tractations pour une coalition
entre le PTr et le PMSD, qui s'étaient opposés lors
des élections du 7 août 67. Il parle même d'une
déclaration faite par Gaëtan Duval le 11 novembre
69 qui indiquait que les pourparlers avec le PTr avaient "commencé
bien avant les élections".
C'est alors l'existence du club des étudiants qui deviendra
le Club des étudiants militants puis du MMM en septembre
69. Paul Bérenger dit que l'expression "militant"
va, dès lors, entrer dans le vocabulaire. De 69 à
72, c'est le règne des tapeurs, de la répression,
rappelle-t-il, en rappelant l'anecdote de l'estrade qui s'écroule
à Curepipe alors que SSR et SGD tenaient un rassemblement
dans le cadre des municipales de mars 69, avec un arrangement
entre les deux partis de ne pas mettre de candidats là
où il y avait un de l'autre formation.
Il poursuit en rappelant les conditions extrêmement répressives
dans lesquelles le MMM a commencé son combat, des manifestations
organisées et de sa "première expérience
du cachot" le 14 septembre 69. Paul Bérenger rappellera
qu'à sa naissance, le MMM était un "parti
très radical, très idéaliste, inspiré
de l'histoire, de l'esclavage, de Frantz Fanon, du tiers-mondisme,
de mai 68 et qui rejetait le communisme officiel des pays de l'Est".
Foncièrement anti-communaliste, le MMM avait, souligne-t-il
aussi, décidé que "la lutte des classes
allait remplacer la lutte des races". Il était
aussi question alors de "démocratie directe"
et de la valorisation de la langue créole. Les tractations
entre le PTr et le PMSD allaient toujours bon train au point où
le Dr Forget écrivait, dans l'Express que "ses
hommes sont dangereux". Toujours est-il que le 18 novembre
69, la constitution est amendée avec un vote de plus de
trois quarts, 59 pour, 7 non pour renvoyer les élections
de 72 à plus tard, les élections du 7 août
67 étant biffées par un autre date celle du 31 juillet
71.
C'est unique au monde, a commenté, le leader du MMM qui
fait état de la réaction de Sookdeo Bissoodoyal
qui, au Parlement même, s'exclame "it's the blackest
of days in the history of Mauritius". C'est l'époque
des tapeurs, de la répression et du boycott de Week-End.
Puis, vient la partielle de septembre 70 à Pamplemousses
pour remplacer Lall Jugnauth de l'IFB et de grands débats
ont lieu au MMM sur le candidat qui y briguera les suffrages.
La poire est coupée en deux, ni Paul Bérenger, c'est
aller trop loin ni Heeralall Bhugaloo, c'est trop céder
à la réalité communale mais Dev Virahsawmy.
Le juge Ramphul "un grand dimoune"
Après la victoire du candidat MMM avec 72% des voix, il
y a des manifestations et c'est à Paul Bérenger
que la police fait appel pour un coup de main en vue de ramener
le calme. Au MMM, dit-il, il y a deux tendances, celle dite pouvoiriste
dopée par l'élection de Pamplemousses et, l'autre,
qui prône la poursuite de la formation.
La coalition PTr/PMSD, elle s'enfonce un peu plus dans la répression
et fait voter, le 23 décembre 70, le Public Order Act,
une "loi dictatoriale" comme décrite par Le Mauricien.
L'année suivante sera vraiment celle de braise, avec la
pétition anti-Banda, président malawite en visite
en janvier et qui soutenait le régime d'apartheid en Afrique
du sud, qui provoquera la suspension des fonctionnaires Zeel Peerun
et Ahmed Peerally, avec les grèves causées par le
gel des salaires, l'assassinat d'Azor Adelaïde, la mort "accidentelle"
de Fareed Muttur et la naissance de nouvelles fédérations
syndicales.
Paul Bérenger a cité des notes personnelles prises
à cette époque et qu'il a retrouvé sur les
négociations entre SSR et lui et les travailleurs du port
qui avaient débrayé après l'assassinat d'Azor.
Toute l'année 71 sera mouvementée et c'est le Juge
Ramphul, un "grand dimoune", dit le leader du
MMM, qui vient rétablir les travailleurs dans leurs droits.
En dépit des briseurs de grève menée par
Gaëtan Duval et un dénommé "Turquie".
S'il garde une chose en mémoire de cette période,
c'est la "légèreté" avec
laquelle Seewoosagur Ramgoolam avait pris l'assassinat d'Azor
qui lui avait lancé "si zot ti envi touye ou zot
pa ti pou raté !". Il a cité aussi les
propos d'un des condamnés dans cette affaire, Paul Sarah,
qui avait dit, le 24 novembre 85, que lui, est ses amis, "n'avaient
pas reçu d'ordre pour abattre Azor mais le MMM".
Interrogé sur les circonstances de cette mort tragique,
il dira qu'elle est entachée de zones d'ombre qu'il préfère
"laisser dans l'ombre".
Paul Bérenger passe rapidement sur la période 72/75,
évoque son arrestation avec d'autres camarades et leur
incarcération de mars à décembre 72. Il y
a une première scission au MMM en 73 , Dev Virahsawmy estimant
qu'il y a un embourgeoisement, va créer le MMM Socialiste
Progressiste. Plus tard, cette même formation subira la
même critique. C'est aussi l'année du vote de l'Industrial
Relations Act.
En 74/ 75, des démarches sont initiées en vue de
la constitution d'un front commun pour réclamer des élections
générales et mai 75, c'est la révolte estudiantine
qui réclame une éducation gratuite pour tous mais
aussi la décommunalisation, la décolonisation et
l'enseignement de l'histoire de Maurice. Le 16 décembre
75, le vote à 18 est introduit et l'éducation gratuite
une année plus tard.
Éclairage sur la
chaussette
Le PMSD qui avait quitté le gouvernement se joint aussi
à ceux qui réclament des élections. Sur l'affaire
des chaussettes, répondant à une question, Paul
Bérenger a dit que c'est Duval qui aurait raconté
l'histoire au dîner auquel il participait après l'avoir
rencontré. Selon ce qu'en dit le leader du MMM, son homologue
du PMSD était venu habillé en complet veston sombre
pour l'occasion mais qu'il portait des chaussettes colorées
sur lesquelles il avait attiré son attention. Il lui a
alors refilé des chaussettes noires plus assorties à
ce qu'il portait ce soir-là.
Aux élections de 76, avec Anerood Jugnauth, le MMM remporte
34 sièges, le PTr 28 et le PMSD 8. Il y a bien des pourparlers
de part et d'autre mais ne voulant pas sacrifier son premier ministrable,
SAJ, le MMM va dans l'opposition faire son apprentissage parlementaire
pendant que le PTr et le PMSD forment une nouvelle coalition gouvernementale.
Sur la mutinerie de 79 à la prison de Beau-Bassin, alors
que c'est Sir Satcam Boolell qui est le Premier ministre par intérim,
Paul Bérenger dira avoir répondu à son appel
pour que le calme et l'ordre soient rétablis. Il y a aussi
les affaires Singhania et Sheik Hossen. Sur cette dernière
affaire, il a admis comme à l'époque avoir commis
une erreur.
Puis, c'est l'histoire, plus récente, des dévaluations
de la roupie, de 30% en 79 et de 20% en 81, de la contestation
de la bande à Boodhoo et l'alliance MMM/PSM, le nouveau
parti de Harish. Il y a une autre estrade travailliste qui s'écroule
le 12 mars à Belel Rive, les grossiers documents libyens
fabriqués sortis par les travaillistes à la veille
des élections de 82 qui ont un effet boomerang
Le résultat aux élections du 11 juin 82 est sans
appel, 60/0 pour l'alliance MMM/PSM avec 63% des voix contre le
PAN, le parti de l'alliance nationale composée du PTr,
du RPL et de groupe Éliézer Francois avec 25%. La
plus grande foule jamais réunie se donnera rendez-vous
le 20 juin suivant au Champ de Mars pour célébrer
la fin d'une époque.
À l'heure des questions sur le choix de présenter
un tel ou un tel comme Premier ministre, le leader du MMM a reconnu
que son parti a pêché tantôt par "excès
de réalisme et tantôt par excès d'idéalisme"
mais qu'il s'en tenait à son principe de ne pas être
"wise after the event", les décisions
étant arrêtées en fonctions de circonstances
de l'époque mais qu'il y a aussi des leçons à
tirer de tout ce qui s'est passé.
La Nauscopie, un radar humain ?
L'île Maurice, au cours de son histoire, a connu bien
d'étranges événements et de biens curieux
personnages, mais le cas d'Etienne Bottineau, qu'on a largement
oublié aujourd'hui, vaut certainement la peine d'être
raconté.
Etienne Bottineau naquit à Champtoceaux (Maine et Loire,
France) en 1739. Il était fils de laboureur et partit encore
jeune pour Nantes où il s'embarqua. Pendant ses voyages
en mer, il acquit l'habitude de scruter l'horizon et pensa avoir
trouvé un moyen de détecter à distance la
présence de navires. Il arrive à Maurice (alors
île de France) en 1763 et obtient un emploi dans les travaux
publics.
Comme il loge à Port-Louis, il continue ses observations,
du haut de la Montagne des Signaux et, à partir de 1770,
commence à faire ses premières annonces en public
pour indiquer l'arrivée de vaisseaux, deux ou trois jours
à l'avance. Il fait des paris et gagne quelque argent,
car ses prédictions s'avèrent justes, le plus souvent.
Un sans-faute
Mais Bottineau semble avoir un caractère difficile et se
fait des ennemis dans l'Administration. En 1779, il est exilé
par La Brillane, à Madagascar où il séjourne
3 mois. En 1780, il a acquis suffisamment d'expérience
pour être sûr de sa science et il informe le gouvernement
local de sa découverte, ainsi que le ministre de la Marine,
le Marquis de Castries, à Paris. Pour vérifier ses
prédictions, on lui demande de les faire enregistrer pendant
une période de 8 mois, à partir du 15 mai 1782.
C'est bientôt chose faite, avec la venue de 155 navires
annoncés en 62 occasions. Bottineau parle d'un sans-faute,
mais dans une lettre des Administrateurs de l'île de France,
du 28 février 1784, signé du Gouverneur, le Vicomte
de Souillac et de l'Intendant Marc Chevreau de Montléhu,
de Castries, on est plus prudent:
"En général, il paraît que le Sieur
Bottineau a le plus souvent rencontré juste"
"Nous ne croyons pas que son utilité soit aussi importante
que le Sieur Bottineau se le persuade, mais elle pourrait peut-être
jeter un grand jour dans la Physique".
Bottineau, auquel l'Administration avait offert, pour acheter
son invention, 10 000 livres d'argent comptant et une pension
à vie de 1 200 livres, juge cette offre insuffisante et
part pour Paris, en février 1784, avec peu d'argent en
poche mais par contre 4 certificats, dont un du Procureur du Roi
et un autre du Commissaire de la Marine, qui font foi de la justesse
de ses prédictions.
À Paris, dans cette période prérévolutionnaire,
on écoute peu Bottineau, malgré l'appui, assez tiède
il est vrai, de Jean Paul Marat. Des journaux, comme le Mercure
de France, se moquent de lui et il publie, en réfutation,
un ouvrage qui décrit son invention, sans toutefois donner
trop de précisions qui la rendraient à la portée
de tout le monde et diminueraient sa valeur marchande.
Un radar humain
Essayons de résumer les principaux points du mémoire
sur la Nauscopie, ainsi que l'intitule Bottineau:
1. La Nauscopie est l'art de connaître l'approche des vaisseaux,
ou le voisinage des terres, à une distance très
considérable, de l'ordre de 700 km et plus.
2. Cette connaissance résulte de l'observation de l'horizon
qui porte avec lui les signes indicatifs de l'approche des vaisseaux
ou des terres.
3. Bottineau pense que le vaisseau, en se déplaçant
sur mer, produit un effet atmosphérique nuageux qui est
retardé par les vents debout et accéléré
par les vents arrières. La science de la Nauscopie est
l'interprétation de ces phénomènes, ce qui
ne demande qu'une vision normale et non une acuité visuelle
extraordinaire.
4. Le phénomène se développe progressivement:
les formes se précisent, les couleurs prennent un certain
ton, le volume acquiert de la consistance et l'on peut alors annoncer
avec assurance la présence d'un ou de plusieurs navires.
5. La découverte d'un satellite nébuleux, compagnon
de voyage du vaisseau et le précédant de plusieurs
journées, permet à l'initié d'estimer le
temps d'arrivée avec exactitude. La masse nébuleuse
augmente d'importance avec le nombre de vaisseaux et permet une
estimation de ce nombre à l'initié: un seul, quelques,
plusieurs, beaucoup.
Les résultats obtenus par Bottineau, en pratique, sont
trop nombreux pour qu'on puisse parler de chance ou de hasard.
Par son entraînement prolongé, l'inventeur était
capable de déceler à l'horizon des signes, probablement
ténus, mais suffisamment caractéristiques pour permettre
son diagnostic.
Toujours secret
Il est certain que beaucoup de personnes à Maurice ont
dû essayer de découvrir le secret de Bottineau et
s'ils n'ont pas réussi, c'est que le phénomène
ne sautait pas aux yeux et demandait un certain entraînement,
et surtout savoir quoi regarder.
Bottineau revint à Maurice en 1793, désabusé
et aigri. Il continua ses annonces et eut deux adeptes enthousiastes
en Messieurs Feillafé et Duperrel. Feillaffé ayant
annoncé la présence de l'escadre anglaise à
Rodrigues en 1810, ce qui n'était pas pour remonter le
moral de la population, fut mis en prison par Decaen, et relâché
par les Anglais bien après la capitulation.
Bottineau mourut à Maurice, à Port-Louis, le 17
mai 1813, emportant dans sa tombe son secret de radar humain.
À ce jour, nous ne connaissons pas d'explication scientifique
à la Nauscopie. Il faudrait peut-être, pour amorcer
cette solution, faire une longue série de photographies
en couleurs de l'horizon, prise de la Montagne des Signaux, afin
de déceler ces faibles signes nuageux qui guidaient Bottineau.
Cela devrait intéresser des écologistes, toujours
soucieux de démontrer l'avantage de l'homme sur la machine.
On dit que Lord Mountbatten, quelques années avant sa mort,
s'était intéressé à ce problème
de Nauscopie.
Comme l'histoire est souvent un éternel recommencement,
il faut noter que, en 1980, mourut au Transvaal, la reine Modjaji
IV de la tribu des Vhalevedu. Elle pouvait prédire la pluie
à plusieurs jours d'avance, grâce probablement à
une interprétation subtile de phénomènes
nuageux. Il faut peut-être voir dans cette "reine de
la pluie", comme on l'appelait, une dernière émule
de Bottineau.
Le spectre du Pouce !
Le 28 mai 1890 parut dans les Archives Coloniales, sous
la rubrique "Maurice-Réunion-Madagascar", une
lettre ayant pour titre "Le spectre du Pouce". Adressée
par M. Edouard Doyen, cette lettre avait été déjà
publiée dans le dernier bulletin de la Société
des Sciences et des Arts de l'île de la Réunion,
deux ans auparavant, et faisait état d'un phénomène
ayant, apparemment, quelque lien avec la "Nauscopie".
Pour expliquer ce qu'est la "Nauscopie", la page d'histoire
de Week-End reproduit également plus loin, une intéressante
et hallucinante chronique publiée à ce sujet par
Maurice Paturau dans le bulletin no. 188 (septembre 1984) du défunt
Bureau des Relations publiques de l'industrie sucrière
(PROSI). Mais, revenons à notre fameux Spectre du Pouce
Selon Edouard Doyen, des membres de la Société des
Arts et des Sciences de Saint Denis étaient en visite à
Maurice de juillet à septembre 1888 lorsqu'ils ont assisté
à un curieux phénomène sur la montagne du
Pouce. M. Doyen donne d'abord une description topographique de
cette montagne de la chaîne de Moka telle qu'elle était
à l'époque, laquelle description, on le notera,
n'a d'ailleurs pas beaucoup changé.
Doyen écrit: "Le Pouce, situé au Nord-Est
de Port-Louis, s'élève derrière le Champ
de Mars. On arrive jusqu'au plateau, au-dessus du Pic, par un
chemin, ou plutôt un chantier abrupt, parfois d'une montée
raide et rocailleuse, plus ou moins entravée par des grosses
pierres, qui rendent la marche très fatigante, souvent
dangereuse. La descente surtout, comme on doit le penser, est
encore, en bien des endroits, plus dangereuse que l'ascension.
Le plateau, où le gouverneur Labourdonnais avait eu l'intention
de construire un fort, dont les abords eussent été
protégés par une ligne de retranchement et d'autres
ouvrages, faisant, du tout, un camp retranché dans une
assiette formidable, offre une surface d'environ deux cents arpents,
couverte d'arbres et d'arbrisseaux, principalement de Bois Noirs,
de Mimosas, de Cassis, de Bois d'oiseaux et de Sureaux. Il y règne
ordinairement un vent violent, soufflant du Nord, et les brouillards
y sont particulièrement en juin et juillet, souvent si
épais, qu'il est impossible de se voir même en plein
jour, à quatre ou cinq pas. Un petit ruisseau prend là
sa source et descend jusqu'à la ville." (NDLR: le
ruisseau du Pouce).
"Le Pic, exactement de la forme d'un pouce humain, semble
s'élever à la hauteur d'environ vingt-cinq à
trente pieds, au-dessus du plateau. Il est d'un accès facile,
sauf pour trois ou quatre pas, au milieu de la montée où,
entre deux précipices d'une profondeur vertigineuse, de
265 pieds, le touriste n'a pour point d'appui que quelques arbres
plantés autour du cône, et pour aider ses mains,
que quelques herbes plus ou moins fortement enracinés.
Le Pic offre tous les caractères d'un volcan éteint.
Partout la pierre est calcinée, ferrugineuse, en un mot
on ne voit que laves et scories."
"Le sommet du Pic, de forme ovale, présente à
son milieu un creux qui semble avoir été l'ouverture
du cratère, il est de terre glaise, et actuellement de
dix pouces de largeur. Le plus souvent, particulièrement
de juin à septembre, ce pic est enveloppé de brouillards,
et le touriste y est alors le spectateur d'un phénomène
à peu près semblable à celui qui a lieu sur
la montagne de Brocken, en Allemagne, et que l'on peut attribuer
à un effet de lumière."
Le "mystère divin"
comme à Brocken
Mountain !
Edouard Doyen dit que le phénomène est "à
peu près semblable à celui de Brocken, attendu qu'il
diffère sur certains points; ainsi, par exemple, les touristes
visitant le sommet de Brocken, voient leurs ombres et celles de
leurs compagnons se refléter sur le sommet d'une autre
montagne, vis-à-vis de Brocken; tandis que sur le sommet
du Pouce, le touriste voit son ombre, mais non celle de ses compagnons
se refléter sur le brouillard, qui l'enveloppe et le représente
penché, à droite au lever, à gauche au coucher
du soleil, et dans tous les deux cas, avec un triple arc-en-ciel
sur la tête".
M. Doyen, ne pouvant s'expliquer le phénomène, eut
vite fait, en ce mai 1888, de le mettre au compte "d'un mystère".
"Il m'a été donné, ainsi qu'à
plusieurs témoins, de jouir de ce phénomène,
mais je n'ai pu jamais m'en rendre un compte exact; je pense qu'il
est de ceux qu'il plaît à l'Être Suprême,
créateur de toutes les merveilles, d'offrir à l'homme,
comme les jouets de sa toute-puissance, et de lui en cacher la
solution, pour lui apprendre que dans le domaine de la nature
comme dans celui de la religion, il y a des mystères, et
qu'il ne nous est pas permis de nous en rendre compte",
écrivit-il.
Le phénomène du Pouce, fit ressortir M. Doyen, "n'est
pas le seul du genre; il en existe un semblable, au sommet des
monts d'Ecosse, du nom de Monts Grampians, sur les frontières
du comté d'Aberdeen, mais il n'en est pas moins extraordinaire.
Le docteur Bernard, ancien médecin et savant de premier
mérite et Proviseur du Collège Royal de Port-Louis,
vers 1822, avait décrit ce phénomène version
écossaise dans les annales de la Société
d'histoire naturelle (devenu ensuite la Société
des Sciences et des Arts de l'île Maurice) mais sans en
donner la cause".
Des montagnes réunionnaises se dessinent dans les nuages
sur Beau-Bassin !
En fait, monsieur Doyen était au courant que depuis très
longtemps "on voit continuellement des montagnes lointaines,
de grands bâtiments, se refléter dans les nuages;
ainsi, à Beau-Bassin, canton des Plaines Wilhems, on voit
les montagnes de Ste. Rose de l'île de la Réunion
nettement se dessiner, lorsque le temps est clair; de même
les montagnes les plus distantes de Port-Louis se reflètent
à son horizon au coucher du soleil; ainsi, en 1840, on
a clairement vu, à Marseille et à Toulon (en France),
la flotte de l'amiral Lalande alors que cette flotte se trouvait
dans les eaux du Bosphore (NDLR: en Turquie)".
Edouard Doyen rappela qu'un M. Feillaffé annonça
en 1810 au général De Caën l'arrivée
de la flotte anglaise (du Général Abercrombie) venant
attaquer l'île de France. M. Doyen fit remarquer que "nous
entendons parfois annoncer l'arrivée de certains navires,
vingt-quatre heures à l'avance; ce fait que l'on désigne
sous le nom de faculté de seconde vue, ce qui n'est autre
chose que les conséquences d'effets de lumière qui
s'expliquent à tous". M. Doyen concéda
qu'on avait aussi déjà depuis longtemps "désigné
sous le nom de Nauscopie cette faculté de reconnaître
l'approche de vaisseaux placés à des distances considérables,
au moyen de certains phénomènes atmosphériques".
Toutefois, il se demanda "comment expliquer le phénomène
du Pouce ! Comment se fait-il que sur cette montagne chacun voie
sa propre image, et non celle de la personne placée à
côté de lui !"
D'où le choix du triste, plutôt lugubre, titre que
choisit de donner à son article, Edouard Doyen, destiné
aux Archives Coloniales: "Le spectre du Pouce !
146e anniversaire de la naissance d'un grand poète
Rabindranath Tagore, berger de la paix et de la tolérance
Rabindranath Tagore, poète, éducateur et homme
universel dont on commémore le 146e anniversaire de la
naissance, est surtout associé à Gitanjali, recueil
d'hymnes à l'amour et à la spiritualité.
Il reçut le prix Nobel en 1913 mais rendit cette distinction
en 1919, en signe de protestation contre le massacre d'Amritsar
où les troupes britanniques firent périr 400 manifestants
indiens. Né à Calcutta, dans le Bengale occidental,
le 6 mai 1861, Rabindranath Tagore était le quatorzième
enfant de Debendranath Tagore, l'un des fondateurs du mouvement
Brahmo Samaji. Mort en 1941, Tagore a laissé l'image d'un
homme irradiant, le génie de l'humanité.
Gurudev (nom donné à Tagore par le Mahatma Gandhi)
faisait voler en éclats, dès son jeune âge,
le système d'éducation basé sur le cloisonnement
de l'individu. À contre-courant de la tendance élitiste,
son souci a été de transformer l'Inde en un paisible
jardin où tout le monde pouvait coexister en parfaite communion
spirituelle, intellectuelle et physique.
Cette voix qui s'élevait au-delà de l'immobilisme
qui caractérisait cette époque, venait du cur
et de l'esprit d'un réformateur dont la nourriture première
était les uvres sacrées, les Upanishads
et les Vedas.
Le corps à corps avec l'absurde et la nature débuta
avec l'établissement de Shantiniketan (havre de paix) en
1901. Là, les disciples apprenaient l'unité de la
vérité (Satyam) avec la bonté (Shivam)
et la beauté (Sundaran). Tout en développant
leurs facultés mentales et physiques dans ce haut sanctuaire
de la poésie, les étudiants apprenaient l'unité
de l'âme avec le monde et l'unité du monde avec Dieu.
Dans ce village idéal de toutes les nations, les enfants
mus par une paix intérieure récitaient des prières
et chantaient avec l'accompagnement d'une musique marquée
par la douceur pour l'harmonie entre l'esprit et l'homme et l'esprit
de l'univers. Ces "fleurs de l'humanité" apprenaient
aussi la science et la conscience divine.
La Vishwa Bharati University créée en 1921, était
le relais entre l'Est et l'Ouest pour l'élévation
de la pensée intellectuelle et religieuse ainsi que la
compréhension de l'âme humaine.
Au même titre que Rousseau, Gandhi, Platon et Spencer, Tagore
était un idéaliste pragmatique qui a uvré
pour le bien-être de l'humanité dans sa diversité
et a dominé la pensée créatrice de l'Inde.
Il y a trois choses importantes dans sa philosophie: (i) la culture
de l'esprit (intellectuel); (ii) la culture du corps (physique)
et (iii) la culture du cur (spirituel).
Tagore était connu pour sa grandeur d'âme et son
universalité, véritable trait d'union entre l'Est
et l'Ouest. Le poète penseur a toujours dominé les
pulsions négatives. Gurudev était l'apôtre
de l'unité et combinait avec Mahatma Gandhi toutes les
qualités intrinsèques de la création.
Ses peintures furent un véritable travail révolutionnaire
qui voulait rendre compte de tous les aspects d'un univers qui
débordait les limites politiques, linguistiques ou religieuses.
La philosophie de Tagore se fonde sur la liberté du monde
qui consiste à s'appliquer à une pensée noble
et créatrice. Tagore a commencé à peindre
lorsqu'il a eu 70 ans.
Une pensée qui voyage plus loin
La nature était pour Tagore une obsession profonde, un
mode de vie même. Le poète mythique et pur avait
confiance en l'humanité et l'amour de l'absolu. Il prêchait
la religion des hommes et croyait de façon absolue que
l'être humain fait partie de la conscience divine. Dans
ses poèmes, il y a une sensibilité et un optimisme
frappants. Engagé, il l'était à l'époque
de la partition du Bengale en 1905. Tagore faisait montre d'un
esprit d'universalité et a contribué à la
renaissance intellectuelle des Indiens.
Gitanjali apporta, en 1913, une bouffée d'air frais.
À cette époque, l'Europe se préparait pour
la Première Guerre mondiale. Mais la pensée de Tagore
voyageait plus loin, vers l'infini et l'accomplissement des devoirs
fondamentaux.
La maîtrise du caractère, la communion avec la nature,
conjuguée à la puissance des profondeurs cosmiques
et intellectuelles, réveillent la conscience humaine. Tagore
est un génie en poésie et a laissé à
l'humanité un héritage immortel. Tagore était
le messager de paix qui obtint le prix Nobel avec Gitanjali.
Cette quête constante pour la liberté se reflète
dans l'hymne national de l'Inde où Tagore a fait valoir
ses concepts de l'amitié, de liberté et de l'unité.
Il est le père de Jana Gana Mana, l'hymne national
de l'Inde.
M.K. Hazareesingh, un de nos écrivains réputés,
a eu le bonheur de visiter Shantiniketan. Frappé par son
intelligence, Tagore lui dédia Krishnakali, un de
ses plus beaux poèmes. Ce poème fut publié
dans le Radical de Loïs Lagesse, en novembre 1934.
L'écrivain mauricien était aussi membre honoraire
de l'Université de Tagore, la Vishwa Bhawan.
Robert Edward Hart et Léoville L'Homme, frappés
par la poésie de Tagore, analysèrent le génie
de ce grand homme. R.E. Hart écrivit une série d'articles
dans Advance sur Tagore, Gandhi et Aurobindo sous la rubrique
"Mémorial de Moka".
En 1931, à l'occasion du 70e anniversaire du poète,
The Golden Book of Tagore fut publié à Calcutta.
Mahatma Gandhi, Romain Rolland, Albert Einstein, sir J.C. Bose
et Costis Palamas y contribuèrent pour honorer le premier
Indien récipiendaire du prix Nobel.
Pratik Ghosh, originaire du Bengale, lancera à la fin de
mai un recueil de traductions de chansons de Tagore, intitulé
Flowing down the stream. Les morceaux seront en bengali
et en anglais et seront classés en plusieurs thèmes.
Nous vous invitons à méditer sur ces quelques vers
de Tagore, extraits de Kavi: "Enfin, ma vie ne
fait plus qu'un avec la terre, la mer, le soleil, c'est ainsi
que la vie a fait la conquête de mon âme".
Du 15 au 19 mai au CCB
Les détenus s'expriment
La réhabilitation par la pratique de l'art: peintures,
dessins de détenus de la prison ouverte de Richelieu, de
la prison des femmes à Beau Bassin et de la prison de Petit
Verger, seront exposés à partir du mardi 15 mai
au Centre Charles Baudelaire. La manifestation est à l'initiative
de la Fondation Espoir Développement (FED) avec la collaboration
de Marie Rogers, Angèle Angoh et la collaboration du CCB.
L'exposition est le fruit de diverses actions de réhabilitation:
celle de Marie Rogers à la prison de Richelieu, Geneviève
Leclézio au Correctional Youth Centre et Angèle
Angoh à la prison des femmes de Beau Bassin. Marie Rogers
résume ainsi ces ateliers: "Pratiquer l'art, sans
que ce soit du grand art, c'est traverser un pont. Parce que je
crois que cela va se répercuter dans les autres secteurs
de la vie: familiale, sociale, professionnelle, civique des détenus
après leur sortie."
Du 16 au 22 mai au Ruisseau Créole-Plantes endémiques
des Mascareignes
Louis Goupille, peintre-graveur d'origine mauricienne, revient
au pays pour présenter une vingtaine de gravures sur les
plantes endémiques des Mascareignes. L'artiste étudie
les techniques traditionnelles de la gravure au Manhattan Graphics
Center à New York. Ses lithographies, eaux-fortes, sérigraphies
et autres estampes japonaises seront visibles à partir
du mercredi 16 mai au Ruisseau Créole. L'exposition se
tiendra jusqu'au 22 mai. En tant que membre de l'OIA (Organization
of Independant Artists) à New York, le travail de l'artiste
a aussi été retenu pour une exposition fin mai au
Mercantile Exchange of New York.
Finale de Aqueedat ke phool, vendredi à Pailles
Mohamad Faezal Mohun et Mohamadally Asrar Soobratty consacrés
La finale de Aqueedat ke phool, compétition de naats
(poèmes de louanges au Prophète) en ourdou organisée
conjointement par la MBC, la Jummah Mosque et la Urdu Speaking
Union, a eu lieu vendredi soir au Centre Swami Vivekananda à
Pailles. Elle a vu la consécration de Mohamad Faezal Mohun
dans la catégorie des plus de 15 ans. Il a obtenu un cash
prize de Rs 50 000 de la MBC, un billet d'avion pour Madina
de la part de la Jummah Mosque et un gift voucher de Diwan
Saheb. Des prix de Rs 30 000 et de Rs 20 000 respectivement ont
été décernés à Mohamad Feroz
Kanawa, sorti deuxième et à Mohamad Yassheen Sawdagar,
classé troisième. Le deuxième a reçu
un billet d'avion pour Ajmer de la part de la Urdu Speaking Union
et un gift voucher du magasin Diwan Sahab.
La catégorie des moins de 15 ans a eu comme vainqueur Mohamadally
Asrar Soobratty. Mohamed Fawaz Hossen est arrivé en deuxième
position tandis que Raid Sandhoo s'est classé troisième.
Les autres candidats ont reçu un prix de consolation de
Rs 3 000 de la MBC et un gift voucher de Rs 500 de Diwan Saheb.
Le programme a été rehaussé par la présence
de deux illustres naatkhwaans du Pakistan. Alhaaj Muhammad Owais
Raza Qadri et le Dr Hafiz Nisar Ahmad Marfani ont charmé
l'assistance dans la récitation des naats.
Shehzad Abdullah Ahmed, le directeur de la Urdu Speaking Union,
a annoncé l'institution d'une Naat Academy à
Maurice. Bijaye Madhou, directeur de la MBC, a pour sa part confirmé
une prochaine édition de Aqueedat ke phool pour
2008.
Un vibrant hommage a été rendu à feu Hakim
Peeroo, producteur à la MBC et au regretté maulana
Noorani Siddiqui. Le programme s'est déroulé en
présence du vice-président de la République,
Raouf Bundhun, et des ministres Abu Kasenally, Asraf Dulull et
Mahen Gowressoo. La présentation était assurée
par Naeem-Ul-Haq Attari. Cette émission télévisée
marathon qui s'est terminée aux petites heures du matin
samedi a été marquée par une panne technique.
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