Faits et effets…—Swinging duck !
Humeur—L'organisateur de pénuries
Interrogations—Ce que disent les lois
Faits et effets...
Swinging duck !
Nous ne savons pas si c'est l'enchaînement récent
de problèmes les uns plus délicats que les autres
qui fait perdre les pédales au Premier ministre mais on
a, ces jours-ci, bien du mal à le suivre et à comprendre
son raisonnement. Et ne parlons pas de cohérence dans la
réflexion et dans les propos. Premier exemple: le projet
Tian Li et les planteurs de Terre Rouge/Riche Terre. À
l'Assemblée nationale, le mardi 10 avril, alors qu'il était
invité à donner les détails du projet chinois
par les députés de l'opposition, Arvin Boolell ne
s'était contenté à répéter
le slogan stéréotypé qui se résume
en une phrase: Rs 17 milliards sur 5 ans, Rs 7 milliards d'exportation
annuelle et 5 000 emplois à la clé.
On sait que les planteurs, à qui il a été
demandé de "lev paké" le 30 avril,
dans quelques jours, ont décidé de saisir la justice
pour repousser cette décision. À Triolet, dimanche
dernier, à l'occasion des jeux de la localité et
devant une assistance très tiède, Navin Ramgoolam
a opéré un virage spectaculaire pour dire que si
les planteurs concernés par l'ordre de déplacement
étaient insatisfaits il demanderait aux investisseurs de
Tian Li de rechercher un site alternatif. Ce fut un premier ouf
de soulagement pour les principaux concernés. Mais il sera
d'une très courte durée. Car, après avoir
reçu les promoteurs de Tian Li mercredi, le Premier ministre
a convoqué la presse à la dernière minute
pour une déclaration. Devant des journalistes, debout autour
de la table des négociations, où était aussi
assis un intermédiaire mauricien, il a été
catégorique: le projet ira de l'avant.
Which is which ? doit-on se demander. Les planteurs de
Terre Rouge/Riche-Terre, qui sont, en plus, les mandants de Navin
Ramgoolam ont sollicité une rencontre avec leur député
depuis mars mais ils n'ont jusqu'ici qu'une promesse de rencontre
faite dimanche dernier et aucun rendez-vous fixé à
ce jour. Une princesse, Stéphanie de Monaco en l'occurrence
a eu plus de chance. Elle est peut-être passée par
les bons canaux. C'est donc sans les avoir rencontrés,
sans savoir s'ils sont satisfaits ou pas, que le Premier ministre,
trois jours seulement après avoir laissé entendre
qu'il pouvait envisager une solution qui éviterait l'évacuation
des planteurs, est revenu à la case départ. On peut
comprendre que, sous la très nette impression d'avoir été
floués et bernés, ces planteurs sont descendus dans
la rue. L'asphalte étant la seule voix qui est écoutée
en ce moment.
En matière de retournement, comment ne pas ouvrir une parenthèse
ici sur Agaléga. Lorsque IBL est venu, en 2004, avec un
projet qui ne comportait que 15 chalets, un centre de pêche,
une boat house et une aire de jeux, l'emploi de 40 personnes
dont 60% de résidents, une unité de dessalement
d'eau de même que de traitement des eaux usées, la
réhabilitation de la cocoteraie, le tout sur 25 des 3 000
arpents que comptent les deux îles d'Agaléga, Navin
Ramgoolam, alors leader de l'opposition était résolument
contre. Dans une Private Notice Question en date du 23
mars 2004, il avait parlé de "bradage d'un patrimoine
stratégique" et avait même demandé
pourquoi le gouvernement "did not consider public
auction in that case since we are talking about an island
quite far from Mauritius ?".
Or, après que le projet d'IBL ait été gelé
le 14 octobre 2005, alors que cette compagnie disposait déjà
d'un beachcraft capable de se poser à Agaléga
en l'état actuel de la piste et sans rénovation
coûteuse, le défunt Fast Track Committee que
présidait le même Navin Ramgoolam étudiait,
à sa toute dernière réunion, le 18 février
2006, un projet d'une firme d'architectes sud-africains Arcon,
gigantesque, celui-là, comparé à celui du
groupe mauricien avec des constructions sur 152 sites et sur les
deux îles, nord et sud, assorti même d'une possibilité
que ces sites "will be sub-leased by the promoters to
third parties for development of residential units" dans
le cadre du IRS de "l'apartheid économique"
honni de l'alliance sociale. Et c'est lorsque le préprojet
fut soumis à l'Outer Island Development Corporation
que le pot aux roses sera découvert.
Les promoteurs qui avaient ébloui le Fast Track Committee
avec son projet chiffré à Rs 9 milliards s'étaient
heurtés aux fonctionnaires qui avaient statué que
les règlements sur l'IRS devraient être amendés
pour accommoder les demandes des promoteurs. D'autres réserves
dans les termes suivants avaient aussi été exprimées
"promoters have requested to have long-term lease (99
years) of the two islands of Agaléga form the Government.
As per existing regulations, IRS development should be carried
out exclusively on freehold land" alors que, sur la vente
des "bare lands", ils avaient noté que
"presently sale of bare/unserviced land by promoters is
not allowed under IRS". Voilà pour les illustrations
de brusque changement de position qui dépend, en fait,
non pas d'une conviction mais de la tête du promoteur.
Nous avons omis de répertorier les promesses électorales
jetées par-dessus bord et les décisions prises actuellement
qui ne figurent dans aucune des pages du programme de l'alliance
sociale comme Les planteurs de Terre Rouge/Riche Terre, Agaléga
mais il y a aussi le Prevention of Terrorism Act, si décrié
lorsque Navin Ramgoolam était leader de l'opposition et
qui aujourd'hui sert d'épouvantail pour terroriser les
manifestants d'hier et, surtout, ceux de demain, l'absence de
dialogue avec les autorités poussant les gens à
descendre dans la rue. Mais revenir sur sa parole, changer de
stratégie, selon les interlocuteurs, semble devenir une
méthode de gouvernement.
Certains ont parlé de "lame duck" devant
l'indécision chronique de Navin Ramgoolam par rapport à
des dossiers particuliers, Shakeel Mohamed a, lui, trouvé
plus approprié celui de "sitting duck"
pour qualifier l'absence d'initiative du Premier ministre dans
l'affaire des haut-parleurs alors qu'elle prenait une dimension
qui risquait de devenir incontrôlable. Au vu des derniers
revirements, c'est probablement le "swinging duck"
qui paraît le plus approprié.
Humeur
L'organisateur de pénuries
Comme tous les dossiers pris en main par le ministre du Commerce,
celui des fers de construction se révèle aussi rempli
de rebondissements qu'une saga télévisée
brésilienne. Les derniers épisodes révèlent
que contrairement à ce qui avait été annoncé,
le rachat de Desbro par Murray and Roberts, qui offre à
l'entreprise sud-africaine le marché mauricien du fer de
construction n'est pas encore finalisé. Pis: que la libéralisation
tardive de l'importation et l'augmentation des prix de vente n'a
pas réglé le problème de la pénurie.
Mais il y a eu dans le déroulement de cette saga la révélation
des dessous de l'épisode du rapport du Management Audit
Bureau. Un épisode qui révèle à quel
point la mémoire du ministre Jeetah fonctionne de manière
sélective. Commandité par le ministère du
Commerce l'année dernière, le rapport du Management
Audit Bureau devait être le document qui allait lui permettre
d'accepter ou de refuser l'augmentation de 37% réclamée
par Desbro pour continuer ses opérations. À la surprise
générale, une augmentation intérimaire de
20% fut acceptée par le ministre l'année dernière
bien avant que le rapport ne soit prêt. Et puis se sont
succédé les différents épisodes de
la saga. La fermeture de Desbro et licenciement des 180 employés
fin Mars et l'ouverture des négociations pour le rachat
de l'entreprise par Murray and Robert en Avril. Rachat suivi trois
jours après par l'annonce d'une augmentation des prix de
vente et de libéralisation de l'importation des fers de
construction. Des mesures qui, si elles avaient été
prises quelques semaines avant, auraient permis à Desbro
de continuer ses activités et à ses 180 employés
de conserver leur emploi. Des mesures qui ne peuvent que bénéficier
à la firme sud-africaine qui non seulement contrôle
le marché du fer de construction mauricien, mais reçoit
en cadeau de rachat des conditions qui vont lui permettre de faire
de substantiels "windfall gains" sur ses importations
déjà commandées.
Pour repondre aux critiques argumentées venant de toutes
parts, le ministre Jeetah a réuni la presse pour s'expliquer
et parle de campagne de désinformation contre lui. Il a
affirmé qu'il n'existe pas de rapport du MAB, mais seulement
un "draft report". Selon la déclaration
du ministre, il semblerait qu'entre le moment où il a été
obligé de déposer le document au Parlement, mardi
dernier, et sa conférence de presse de samedi, le "report"
est devenu, par une mystérieuse opération un simple
"draft". Mardi dernier ,pour justifier sa surprenante
décision de libéraliser l'importation et la hausse
des prix des fers de construction trois jours après le
rachat de Desbro, le ministre du Commerce s'était appuyé
sur le rapport du MAB qui n'était pas encore devenu un
"draft". Il a répété cet
argument hier: les recommandations du MAB lui donnent raison en
soutenant que l'augmentation de 20% de novembre dernier était
correcte. Le ministre Jeetah s'appuie sur la phrase suivante puisée
à la page 4 de l'annexe trois du rapport - ou du draft:
"We are therefore, of the opinion, that the increase allowed
in November 2006 was more or less adequate at the time it was
granted." Ce que le ministre oublie de dire, c'est que
le rapport - ou le draft - du MAB a été déposé
le 23 Mars 2007, alors que Desbro n'avait pas encore fermé
ses portes et licencié ses 180 employés. Ce que
le ministre du Commerce oublie encore de dire, c'est que le fameux
rapport - ou draft - du MAB déposé le 23
Mars dit ceci dans la conclusion qui se trouve à la page
6 de l'annexe 3: "Our analysis demonstrate that for sustainable
prices of iron bars, an increase of 10% in the wholesale prices
based on November 2006 prices is required." Si cette
recommandation avait été mise en pratique le 23
Mars la situation du marché de fer de construction aurait
été totalement différente de ce qu'elle est
aujourd'hui.
Un seul mot peut qualifier la situation dans le secteur du fer
de la construction aujourd'hui: catastrophique. En effet:
-La vente de Desbro à Murray and Roberts n'a pas été
finalisé pour une histoire de terrain à bail.
- Les 180 employés de Desbro réduit au chômage
n'ont pas encore été indemnisés et n'ont
pas trouvé à se recaser.
- La libéralisation et l'augmentation des prix n'ont pas
amélioré la situation: il existe à Maurice
une pénurie de fers de construction qui fait fonctionner
les chantiers au ralenti, retarde tous les projets de construction
et a crée un marché noir.
Mais le pire reste à venir:
- Comme pour le lait et le ciment - et avec les résultats
que l'on sait - la State Trading Corporation envisage de jouer
à l'importateur pour éviter au pays une pénurie
de fers de construction. Une situation catastrophique due au génie
de Rajesh Jeetah, ministre du Commerce dont on commence à
découvrir la principale qualité: organisateur de
pénuries
Interrogations
Ce que disent les lois
Il n'est guère étonnant, mais somme toute fort dommage,
de voir à quel point le Sexual Offences Bill présenté
à l'Assemblée nationale puis retiré pour
être soumis à un Select Committee, semble
avoir focalisé l'attention autour d'un point. Résumé
en un mot, agité comme un épouvantail: sodomie.
Certains ont reproché à ce projet de loi de concerner
la sodomie sans que ce mot n'y soit explicitement mentionné.
Reste que les mots, parfois, sont à la base imprégnés
d'une charge que l'on peut vouloir éviter. Ainsi, le mot
sodomie vient de la ville de Sodome, ancienne cité cananéenne,
qui fut avec Gomorrhe et d'autres cités du sud de la Mer
Morte, détruite au 19ème siècle avant Jésus
Christ par un cataclysme. Un épisode que la Bible raconte
sous le jour d'une punition de Dieu contre les habitants de ces
villes, devenus des symboles de la dépravation, de la luxure
et de l'immoralité. Le mot sodomie est donc, dès
le départ, porteur d'une connotation puissamment négative
et d'une condamnation religieuse très forte.
Hors de la sphère religieuse, certains préfèrent
parler de coït anal. Pour se référer à
une pratique sexuelle qu'ils ne considèrent pas négative
ou déviante. Et c'est aussi le rôle d'une loi que
de prendre en compte les droits de tous, et pas seulement de ceux
qui désirent vivre selon des préceptes et interdits
religieux. Du moment qu'ils se contentent de vivre ces choix sans
les imposer aux autres.
Pour combattre la décriminalisation des relations sexuelles
par voie anale, (actuellement passible d'emprisonnement, même
si elle est pratiquée entre adultes consentants), deux
choses ont été évoquées: l'une concerne
l'homosexualité, et l'autre les risques accrus que cela
ferait courir aux femmes.
Décréter que l'homosexualité est une "perversion"
relève de la morale individuelle. Derrière ce mot,
il y a la réalité de vie de centaines de personnes,
que certains se croient autorisés à ostraciser,
insulter, voire maltraiter, parce qu'ils ont fait un choix sexuel
différent du courant dominant et généralement
autorisé. Ceux qui comptent parmi leurs amis des homosexuels
peuvent attester qu'il y a souvent beaucoup plus de "perversité"
et de "débauche" dans le comportement de certains
hétérosexuels qu'il n'y en aura jamais dans le leur.
Et l'on peut se demander de quel côté est véritablement
l'obsession sexuelle, lorsque l'on réduit systématiquement
à son seul aspect sexuel l'attirance, l'attachement, voire
l'amour qui peut exister entre deux êtres, fussent-ils du
même sexe. Peut-être parce que cela insécurise
et révulse certains par rapport à la conception
qu'ils se font de la virilité masculine.
On peut considérer que les lois ont en commun avec les
religions un rôle fondamental: celui de nous imposer, d'une
façon ou d'une autre, la nécessité d'être
justes les uns envers les autres, de ne pas se porter atteinte.
En agitant le spectre de la punition immédiate d'un côté
et, de l'autre, celui de la sanction divine ultime.
On ne peut toutefois manquer de relever notre tendance à
trop nous en remettre aux lois pour décider de ce que nous
devons faire ou pas. Décriminaliser la sodomie ne revient
pas à donner une licence à tous pour pratiquer la
sodomie. Tout comme décriminaliser l'avortement ne revient
pas à encourager toutes les femmes à le pratiquer.
Cela veut seulement dire que ceux qui décident, en leur
âme, conscience et corps, de faire ce choix, pourront le
faire sans risquer d'être poursuivis. À partir de
là, c'est à tous ceux qui croient qu'il s'agit d'un
acte inacceptable, de continuer à uvrer pour convaincre
les uns et les autres de ne pas le commettre.
Mais en venant affirmer que décriminaliser la sodomie la
généralisera, faisant plus de victimes chez les
femmes mariées et encourageant l'homosexualité,
nous ne faisons que mettre en lumière une chose: notre
faillite, personnelle, familiale, religieuse, institutionnelle,
à transmettre et faire régner les valeurs morales
que nous considérons, à tort ou à raison,
importantes. Une façon de dire qu'il faut disposer et user
de la coercition légale pour instaurer le respect à
l'intérieur d'un couple; pour interdire à nos hommes
de vouloir s'aimer jusque dans leur corps.
Les lois sont importantes, mais elles ne suffisent pas. Ainsi,
il existe bel et bien des lois qui condamnent la violence conjugale.
Cela ne l'empêche pas de continuer à exister, voire
de donner le sentiment de décupler. L'adultère a
beau être illégal, cela n'empêche pas de nombreuses
personnes (par ailleurs confites en dévotion religieuse),
de le pratiquer allégrement. Au-delà des lois, qui
garantissent un minimum, il y a une question de morale, personnelle
ou collective, qu'aucune loi ne suffira à assurer.
Focaliser ainsi sur la sodomie se révèle, dans ce
cadre, dérisoire. Ce qui est capital, c'est d'assurer qu'aucun
être humain ne puisse être soumis, contre son gré,
à des actes qui lui porteraient atteinte physiquement ou/et
moralement. Ce qui inclut aussi bien la violence physique, la
violence sexuelle (qu'elle concerne le viol ou la sodomie), que
la violence mentale. Avec un accent particulier sur la protection
des êtres plus exposés que sont les femmes, les enfants
et les mineurs. C'est cela qui est urgent. Et c'est sur ces points
fondamentaux qu'il convient de revoir les lacunes évidentes
du Sexual Offences Bill. En sachant être assez adulte pour
reconnaître que le reste relève de choix qui ont
le droit de rester personnels
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 22 avril 2007
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