m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 22 avril 2007



Les "assommades" au Théâtre de Port-Louis
Scène lyrique—Le Pays du Sourire: ultimes explorations
Panorama de la littérature mauricienne, vol 1—La mémoire du créole 204 ans après
Autres instruments—Une formation de cornemuse au sein de la SMF
Spices & Herbs au Musée de la Photographie—La Macrophoto de Laura Gouvras
Au Domaine des Aubineaux du 27 au 30 avril—Véronique Leclézio: Entrée en matière
Dimanche dernier —Les animaux en fête au National Pet Show


Les "assommades" au Théâtre de Port-Louis

(14 mars 1857)

Alors haut lieu de convivialité et de culture, mais principalement de la capitale, il se passait toujours quelque chose au Théâtre de Port-Louis durant les années 1850. Mais, en ce samedi soir du 14 mars 1857, sur la scène du plus vieux théâtre de l'hémisphère où se jouait la pièce Le Pré Aux Clercs, le véritable spectacle se déroulait en dehors de l'édifice sur l'actuelle Place Nelson Mandela qui, à l'époque, s'appelait Place de la Comédie… Tous les journaux de cette période en parlent. Ce jour-là, des troubles éclatèrent en représailles contre l'envoi, apparemment délibéré, lors d'une séance précédente, d'un ivrogne dans la loge du maire de Port-Louis par des "aristocrates" blancs. Cet épisode, connu comme les "Assommades du 14 mars 1867", est aujourd'hui le thème de notre page d'histoire. Il résume l'antagonisme grandissant qui, en ce temps-là, opposait les gens de couleur (les métis) à une certaine aristocratie de la population blanche à qui il était reproché de faire la pluie et le beau temps audit Théâtre…

Selon le journal Le Mauricien du lundi 16 mars 1857, durant toute la journée du samedi précédent, des bruits avaient circulé que le soir, on devait se ruer sur les six jeunes gens qu'on prétendait être ceux qui avaient incité Mallot, un groom connu pour son penchant pour la bouteille, à aller s'asseoir dans la loge du maire, à ce moment-là inoccupée, et leur faire payer ce fait de leur propre existence…

Personne ne croyait à cette rumeur publique. Toutefois, le soir, en arrivant au théâtre et en voyant le rassemblement inaccoutumé qui en couvrait toute la place, et les gourdins dont chacun s'était armé, on acquit la triste certitude que le complot allait avoir son exécution…

À peine les acteurs avaient-ils commencé à jouer que le capitaine Berthelot, un Français arrivé dans le pays depuis quatre jours, et M. Lavoquer, étaient assaillis. Les agresseurs en voulaient surtout à Lavoquer parce qu'il était, disaient-ils, du complot. Le pauvre capitaine ne dut son mauvais sort qu'au seul fait qu'il accompagnait Lavoquer. Bientôt, ce fut M. Prosper d'Epinay, encore mineur, qui échappa à ses poursuivants en se réfugiant au Cercle du Théâtre… M. Barbé eut, lui, tous ses habits déchirés par la meute.

Deux des amis de M. Herchenroder, soupçonné d'être l'un des instigateurs de l'incident Mallot, allèrent trouver le maire, l'honorable Hippolyte Lemière, qui se trouvait dans sa loge du théâtre, pour lui demander son assistance. Après avoir hésité un instant, Lemière se leva et suivit ses solliciteurs. Des jeunes gens de couleur s'opposèrent à sa sortie. Cédant à ces pressions, le maire s'en retourna s'asseoir…

La police se décida enfin à intervenir. M. Rennards, qui commandait alors les forces, et M. Esnouf, magistrat du district de Port-Louis, composèrent un petit tribunal devant lequel comparurent tous ceux qui avaient été arrêtés dans la soirée et qui furent mis en liberté.

Le journal Le Mauricien prit partie contre les assaillants. "Messieurs, vous dites que vous avez été insultés gratuitement, et pour laver cette insulte vous vous livrez à de sauvages représailles. Vous préparez et vous exécutez un lâche guet-apens ! Monter une émeute pour avoir raison de cinq ou six jeunes gens, ce n'est pas seulement lâche, c'est ridicule ! Nous n'avons pas besoin de préciser: nous sommes convaincus que la partie saine de la population de couleur est étrangère à ces actes déplorables… Nous aimons à croire qu'ils exerceront leur influence à calmer les passions excitées et à mettre en garde les classes les moins éclairées contre les funestes conséquences de leurs violences. Quant à l'autorité, elle mérite un blâme sévère pour n'avoir pas montré plus de décision et de fermeté", soutint le journal.

Plus qu'un accès de colère

Mais, les "assommades" du 14 mars 1857 furent loin que n'être qu'un simple accès de colère chez la population de couleur. Dans son livre Port Louis, deux siècles d'Histoire, Auguste Toussaint le fait bien ressortir: "L'incident faillit mettre aux prises les populations blanches et de couleur", écrit l'historien.

En effet, trois jours après ces "assommades", Le Mauricien constata dans son édition de 17 mars que "l'excitation dans certaine partie de la population de couleur semble être portée à son comble". La veille au soir, de nouveaux désordres avaient éclaté, toujours devant le Théâtre de Port-Louis. Une troupe de tapageurs a eu maille à partir avec la police sur la Place de la Comédie. Le matin même du 17 mars, à 11h, des gens ont attaqué M. Herchenroder, l'ont frappé à la tête et au visage. Il a reconnu quelques-uns et des mandats d'arrêts ont été lancés contre ces derniers.

Rendant compte des événements du samedi 14 mars, Le Cernéen fait état d'une "foule considérable qui s'était assemblée aux abords du théâtre, de groupes qui s'y étaient formés, d'hommes armés de bâtons qui y circulaient le visage sombre et l'œil menaçant. On gesticulait, on pérorait et on prononçait avec accompagnement d'insultes les noms des jeunes gens accusés d'avoir envoyé le groom de M. X dans la loge du Maire, et particulièrement du feuilletoniste de la Commercial Gazette". Pour Le Cernéen, il était évident qu'il y avait "un complot monté pour faire passer un mauvais quart d'heure aux aristocrates".

Toujours selon Le Cernéen, dès le premier entracte, les intentions hostiles de la foule se montrèrent. Des personnes qui avaient le malheur d'avoir quelque ressemblance avec les victimes désignées furent entourées; un étranger, un capitaine français qui n'était pas de la colonie, fut insulté et frappé, des jeunes gens furent poursuivis. La police chercha à mettre de l'ordre et distribua sans ménagement des coups de staff. Mais l'excitation de la foule ne fit que s'accroître, des luttes s'engagèrent avec les gardes, les vêtements furent déchirés, des chapeaux enfoncés et, comme on devait s'y attendre, quelques têtes cassées. Des arrestations eurent lieu et il se trouva que c'étaient pour la plupart des innocents qui se demandèrent ce qu'ils étaient allés faire dans cette galère…

Les cautions de Lemière

Selon le reporter du Cernéen, au moment où allait débuter le troisième acte du Pré aux Clercs, M. Herchenroder s'approcha du théâtre pour aller prendre sa place accoutumée quand il fut reconnu. On l'interpella, on l'injuria et on lui assena plusieurs coups de canne. Esseulé, en cet instant, il ne perdit pas son sang-froid. Brandissant un pistolet dont il était armé, M. Herchenroder réussit à atteindre le restaurant La Glacière et se retrancha derrière le comptoir. La foule grossissant le suivit.

Au même instant, le commissaire de police Rennards intervint avec une escouade de gendarmes et réussit à faire évacuer la salle. Herchenroder remit son arme à la police mais, d'après Le Mauricien, non sans avoir eu à s'acquitter d'une caution parce qu'il ne détenait pas de port d'arme légal. Le Mauricien ajoute que ce fut le maire de Port-Louis, Hippolyte Lemière, le conseiller municipal Charon et M. Hewitson qui fournirent eux-mêmes les cautions exigées à des jeunes gens de couleur pour leur relaxe.

À la lecture des différents journaux de l'époque, il est évident que la presse, tout en étant soumise à une certaine censure par les autorités coloniales britanniques, ne fit pas grand effort pour dépassionner les débats. Bien au contraire. On assista à une empoignade entre, d'une part, Le Cernéen, allié au Commercial Gazette (journal anglophone) en la circonstance, qui prirent partie pour la population blanche, tout comme Le Mauricien de l'époque (celui-ci se prétendant un peu plus modéré dans ses positions) et, d'autre part, La Sentinelle, journal de défense lancé par l'homme de couleur Rémy Ollier.

Pour Le Cernéen, La Sentinelle appuyait une accusation faite par un certain M. Denny contre le rédacteur en chef de la Commercial Gazette selon laquelle le groom Mallot avait été délibérément incité par de jeunes aristocrates de la famille du Cernéen de la Commercial Gazette à aller dans la loge du maire de Port-Louis, un homme de couleur, pour l'humilier. Le Cernéen se défendit "d'être intervenu dans un débat aussi puéril" et se déclara complètement étranger à cette "méchante affaire".

Mais le dédouanement du Cernéen ne put apaiser l'antagonisme qui s'était déjà installé entre gens de couleur et population blanche, et qui a, ensuite, longtemps perduré…


Hippolyte Lemière, un excellent administrateur !

Hippolyte Lemière, dit-on, a longtemps souffert de cet épisode des "assommades" au Théâtre de Port-Louis. Auguste Toussaint rapporte qu'il fut un excellent administrateur de la capitale. Négociant et homme politique, Hippolyte Lemière fut d'abord membre nommé du Conseil législatif à partir du 4 mai 1846. Aux élections municipales de 1850, il fut un des dix-huit premiers conseillers municipaux élus.

Choisi comme maire de la capitale en 1856, selon le souhait du gouverneur de la colonie lui-même, à une période où les finances municipales étaient été mises à mal par deux épidémies successives de choléra qui avaient ruiné la colonie, Lemière, grâce à son énergie, parvint à remettre de l'ordre et à relever le crédit de la corporation.

Lemière fut à nouveau appelé aux commandes en 1863 et conserva son poste de maire jusqu'à la fin de l'année suivante. Il signa un contrat avec la maison Hanna, Donald et Wilson pour l'éclairage au gaz de Port-Louis. On lui doit aussi l'érection d'une statue de Sir William Newton et d'un monument au Père Laval.

Vers 1874, des revers de fortune le contraignent à démissionner du Conseil municipal et du Conseil législatif. Il exerça par la suite comme courtier juré et agent de change, et resta éloigné de la chose publique jusqu'à sa mort.


Scène lyrique

Le Pays du Sourire: ultimes explorations

C'est une véritable effervescence qui règne parmi les membres de la troupe du Pays du Sourire, à quelques jours de la première prévue pour vendredi prochain. Dernières répétitions, ultimes mises en place, la pression est à la hauteur du défi: soit une attente déjà haute par rapport à une pièce maintes fois représentée par le passé, dans un pays qui n'a toutefois plus connu de création lyrique depuis plus de dix ans. Un défi que l'équipe se dit confiante de pouvoir relever.

Jouée à Maurice en 1939 au Théâtre de Port-Louis avec Max Moutia, Le Pays du Sourire a été reprise régulièrement après la guerre. Cette opérette romantique en trois actes de Franz Lehár a donc fait les beaux jours de nos saisons lyriques d'antan. Force est toutefois de reconnaître que depuis les derniers rendez-vous avec l'opérette en 1996, la scène locale n'a plus connu de création de cette envergure. "Redynamiser une scène qui est restée aussi longtemps inactive n'est pas évident. Mais toute l'équipe que nous avons trouvée ici est extraordinairement talentueuse et motivée", assure le metteur en scène français Gil Kether.

Au cours de la semaine écoulée, les solistes mauriciens Véronique Zuël-Bungaroo et Benoît Harter ont été rejoints par les solistes français Nicole Kuster (grande soprano lyrique découverte lors de la Saison 1996) et Patrick Bladek. Ce ténor qui s'est distingué aussi bien dans de grands opéras comme La Tosca ou Aïda, et qui se prépare à jouer dans La Traviata, est considéré, nous dit-on, comme un des spécialistes français du rôle du Prince Sou Chong. Rôle qu'il vient d'ailleurs d'incarner le week-end dernier à Dijon.

De leur côté, les chœurs, qui ont commencé à travailler depuis plusieurs mois, peaufinent leur interprétation sous la direction de Cyril Joseph.

Mercredi dernier ont eu lieu les premières prestations dans les somptueux costumes créés et réalisés sous la direction de Murcia Harter. "Le spectacle sera de toute beauté", assure Paul Olsen de la Fondation Spectacle et Culture, mettant également en avant les ballets viennois chorégraphiés par Ingrid Blackburn, les danses chinoises créées et exécutées par le Centre Ming Tek, ou encore les décors en vidéo-projection signés Benoît Harter.

À découvrir sur scène donc à partir du vendredi 26 avril. Pour savoir si le Toujours sourire qui clôture ce classique de la "grande opérette" restera d'actualité…


Le choc des cultures

Opérette romantique en 3 actes de Ludwig Herzer et Fritz Löhner-Beda d'après l'œuvre de Victor Léon, sur une musique de Franz Lehár, Le Pays du Sourire a été créé à Berlin en octobre 1929.

L'histoire se passe à Vienne, puis à Pékin. Lisa (Nicole Kuster), fille du Comte de Lichtenfels (militaire de métier) s'éprend du prince chinois Sou-Chong (Patrick Bladek), appelé à régner sur son pays. Elle le suit en Chine, mais va se heurter notamment à l'opposition de Tchang (Gil Kether), l'oncle de Sou-Chong. Gardien de coutumes millénaires, il veut obliger son neveu à épouser les quatre princesses chinoises qui lui sont depuis toujours destinées. De son côté, Gustave de Pottenstein (Benoît Harter), ami et cousin de Lisa, d'abord éconduit par cette dernière, va tomber amoureux de la princesse Mi (Véronique Zuël-Bungaroo), sœur cadette du prince Sou Chong. Deux histoires qui vont connaître un douloureux dénouement…


Daniel Furnemont: "La qualité musicale sera au rendez-vous"

Chef d'orchestre belge reconnu comme un spécialiste de l'opérette, Daniel Furnemont est arrivé à Maurice mercredi dernier pour prendre la relève de Claudie Ricaud qui a assuré les répétitions depuis février dernier, et conduire les ultimes sessions avant de diriger l'orchestre pour les six représentations du Pays du Sourire.

Du premier contact avec cette formation mercredi soir, il se dit "très agréablement surpris", par ce qu'il a pu entendre. Et s'il se déclare conscient que les appréhensions du public mauricien par rapport aux productions locales d'opérettes ont souvent trait à certaines déficiences au niveau musical, Daniel Furnemont se veut rassurant. "Cette partition n'est pas facile, car c'est une œuvre très lyrique, qui se rapproche parfois de l'opéra. Mais l'orchestre local se tire très bien de cette difficulté. Il y a encore certaines choses que nous allons mettre au point avec l'aide additionnelle de deux musiciens venus de Lyon. Mais je ne suis pas inquiet. Il y a dans cet orchestre pas mal de jeunes qui sont très motivés et tout va se mettre en place normalement. La qualité musicale sera au rendez-vous", assure le chef d'orchestre.


Le calendrier

Six représentations du Pays du Sourire sont prévues au MGI à Moka.

Vendredi 27 avril à 20h

Samedi 28 avril à 20h

Dimanche 29 avril à 15h

Vendredi 4 mai à 20h

Samedi 5 mai à 20h

Dimanche 6 mai à 15h

Sièges numérotés à des prix allant de Rs 100 à Rs 700

Réservations: Rézo Otayo; Tel: 466-9999


Panorama de la littérature mauricienne, vol 1

La mémoire du créole 204 ans après

L'intérêt porté à la littérature créolophone des premières traces jusqu'à 1968 est à l'origine d'un ouvrage important de Robert Furlong et Vicram Ramharai. Panorama de la littérature mauricienne, la production créolophone, publié dans la collection TIMAM (Textes Inconnus et Méconnus d'Auteurs Mauriciens), groupe les documents de la production créolophone à Maurice pour assurer la sauvegarde et l'accès le plus large à un inestimable héritage culturel.

Les manuscrits et autres documents originaux en créole constituent pour le pays une source de légitime fierté et un patrimoine fragile en raison de divers facteurs. Il est aujourd'hui indéniable que les textes fondateurs (début 19e et 20e siècles) qui constituent ce patrimoine en créole méritent d'être préservés et diffusés. Robert Furlong, chercheur indépendant, et Vicram Ramharai, Senior lecturer au MIE, se sont lancés dans cette aventure depuis fin 2005. Résultat: un volume de plus de 500 pages qui rassemble des textes en créole et sur le créole à valeur documentaire, historique ou scientifique (l'étude de Savinien Mérédac sur le fonctionnement du créole en 1926).

Les auteurs, dans leurs choix, ont voulu donner une juste vue d'ensemble de la production créolophone à Maurice avant 1968, d'en montrer les diverses tendances, fussent-elles parfois les plus opposées. Le tome 1 compte tous les auteurs mauriciens (à l'exception de Gumbo Zhèbes et son dictionnaire de proverbes en créole, 1885, et le Pasteur Samuel Anderson). Des écrivains dignes de figurer dans un tel panorama par leurs travaux abondants et qui témoignent de la richesse du créole ainsi que de son évolution comme langue vivante.

Les textes reproduits sont d'âges différents, livrés avec une présentation globale et un minimum de commentaires. À chacun d'en faire sa propre analyse, avancent les auteurs. Ils précisent aussi, dans l'avant-propos du Panorama, le soin qu'ils ont pris pour reproduire les documents avec la plus grande fidélité. Un souci qu'ils ont poussé jusqu'à respecter les fautes ou les coquilles du texte d'origine. À signaler l'illustration de la couverture: une aquarelle de Paul Commarmond, Canadien d'origine mauricienne, qui a travaillé avec les créolistes canadiens.

Si les auteurs du Panorama de la littérature mauricienne Vol 1 ont limité leurs commentaires, on peut établir le constat suivant dans cette première édition: il semble que ce sont des Blancs qui sont à l'origine de cette mémoire créole, à l'exception de Léoville L'Homme. Autre constat: l'évolution de la production créolophone. On note une première phase au 19e siècle où le créole était digne de représentation littéraire à Maurice. À partir de 1870 apparaît l'ère du soupçon, avec les questionnements sur le patois comme langue dite mineure. Dans un troisième temps, à partir de 1931, le créole est carrément considéré comme une pauvre langue, sauf en 1953 où l'on note un sursaut avec la place accordée au créole dans le combat politique dans le journal L'Epée. Si l'engouement moderne pour le créole date des années 70 avec le militantisme, la quête identitaire et la revalorisation de la langue, on note qu'au moment de l'indépendance, il n'y avait aucune revendication du genre.

Quant à la place qu'il nous est permis de donner au nouvel ouvrage, un marché existe à l'étranger pour ce genre de panorama. Il existe le CAPES en créole mais pas de documentation sur Maurice. L'utilisation de textes en créole au niveau pédagogique est de plus en plus fréquente. La présente édition vient combler une lacune. Par ailleurs, l'accès aux documents originaux en créole n'est pas toujours facile. La plupart sont conservés à la Bibliothèque Nationale à Port-Louis ou à la librairie Carnegie à Curepipe. Les auteurs ont voulu donc démocratiser l'accès à la littérature créolophone.

Robert Furlong et Vicram Ramharai, dans une publication qui se veut plutôt exhaustive, lèvent le voile sur les richesses du créole depuis quasiment l'origine de cette communauté insulaire. Les auteurs veulent dans un prochain temps gérer la collection TIMAM et la placer chez des éditeurs intéressés. Les lecteurs peuvent s'attendre à un panorama de la littérature mauricienne en langue hindi ou en anglais, dans le prolongement du présent ouvrage.


Zozeph Zan

Zozeph Zan, n'a pas faire to malin,

Mo fine comprend qui to oulé.

To prend moi pour ène ti fille la vie.

Missié Zozeph, n'a pas faire lé fanor !

N'a pas coire qui to pipengaille

Qui pou file làhaut mo tonnelle.

Toë'ne vagabond, n'espèce milate;

Si to marié, to femme a misère.

To fer vantard parce qui to la peau

Couler gouyave quand li fine mir.

Mo prefer Zamor quand mêm'li noir.

Avlà ène zhomme, li, li travaille !

Quand même so civé pas bien droite,

So lé bras fort, ço lé quer bon,

Si nous gagne pitit, au moins so vente

Va pas va rester sans manzer.

Li a donn'moi rob', quand même zaconat,

N'a rien, mais mo va content li !

Li a content moi. Pou nourri moi,

Li a capav travaille bourloque.

Quand li rentré à soir,

Mo lé quer va manze manze li,

Tellement mo content.

Zozeph Zan, to pipengaille

N'a pas pou fil' là haut mo tonnelle.

Texte en créole de Léoville L'homme

14 juillet 1917

Ein' l'invitation pour dîner

Si to content moi bien, vin' ensemb' moi dîné;

To va manz' ein çat'ni semb' ein' carri brinzelles,

Ein bon cat-cat manioc, et faut to maziné

Qui pour servi nous dé nous va gagn' dé mamzelles.

Pour dessert, to va voir bananes zinzelis

Et bon simiroués encore en bas la cendre:

Au bord di l'eau nous va sisé dans nitçoulis,

En bas ein' pié coco qui son noix encor' tendre.

Mo té blié dir' toi qui mo gagn' bon di vin,

Qui mo tini bien frais au bord la rivière;

To conné ça di vin qui rend' toi si malin,

Et qui Bon Dié donn' nous pour blié la misère.

(in Pierre Lolliot, Poésies Créoles, 1850)


Autres instruments

Une formation de cornemuse au sein de la SMF

"J'ai rencontré ici de bons joueurs de cornemuse. Il faudrait qu'ils aient davantage l'occasion de se produire en public". Ces mots de Chris Gibb, jeune joueur écossais de cornemuse, venu chez nous récemment à l'invitation du British Council, nous ont mis la puce à l'oreille. Et permis de découvrir qu'il existe bel et bien, au sein de la SMF, une formation de cornemuse qui fête cette année son dixième anniversaire. Rencontre.

Avec son faux air de James Blunt, son bermuda et ses savates, Chris Gibb, 25 ans, a donné, dans le cadre du récent programme Scotland Now ! proposé par le British Council, une vision résolument moderne et dynamique de cet instrument très exigeant. Instrument qui, comme il le fait ressortir, ne se limite pas au folklore écossais.

De fait, il existe, chez nous aussi, des cornemuseurs ou cornemuseux, selon l'appellation préférée. Sous la férule du Regimental Sergent Major Ramessur, ils sont en effet trois, au sein de la Special Mobile Force, à jouer, depuis dix ans maintenant, de la cornemuse. Suryadev Bisram, Kersley Toulouse et Gino Jeanne, accompagnés à la grosse caisse et au tambour par Bhiwoosen Gopal et Januksingh Oree, disent avoir un attachement particulier pour cet instrument dont trois exemplaires, du type "Great Highland", ont été offerts à la SMF en 1994 par la haute-commission britannique. En l'absence de formateurs à Maurice, ils ont effectué un stage intensif de cinq mois auprès de l'armée indienne. Et pratiquent, depuis, cet instrument pendant deux heures chaque jour. Avec Chris Gibb, ils disent avoir appris beaucoup de choses, "concernant non seulement la pratique de l'instrument, mais aussi la façon de l'accorder, ce qui n'est pas évident".

Leur répertoire: des airs militaires écossais mais aussi indiens, et pourquoi pas quelques airs folkloriques. La cornemuse étant un instrument "assez limité" qui ne possède qu'une seule octave, les explorations pour varier les styles doivent donc se faire en lien avec d'autres instruments, comme l'a montré Chris Gibb, qui s'est notamment produit avec des rappeurs.

Mais le bagpipe band de la SMF reste pour l'heure plutôt confiné dans ses quartiers, les apparitions publiques étant rares. "Nous aimerions bien sortir davantage, mais cela va dépendre de la demande", dit le RSM Ramessur. Le dixième anniversaire que célèbre cette formation cette année pourrait bien être l'occasion de faire plus largement découvrir son talent et son originalité…


Des origines orientales

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la cornemuse ne serait pas originaire d'Écosse mais du Moyen-Orient, où elle serait apparue quatre siècles avant Jésus Christ. D'abord utilisée pour des marches et fonctions militaires, elle se retrouve aussi à l'occasion de célébrations nationales, de mariages et de cérémonies funéraires (comme pour la princesse Diana).


Spices & Herbs au Musée de la Photographie

La Macrophoto de Laura Gouvras

Les épices et les herbes qu'on trouve à Maurice sous le prisme novateur de Laura Gouvras, jeune photographe d'origine ukrainienne installée à Maurice depuis 2006. 37 pièces sont visibles au Musée de la Photographie jusqu'au 27 avril. Autant d'évidences que la macro-photographie fait totalement partie de ce qui se fait de mieux dans l'art actuel.

Pari réussi pour Laura Gouvras avec ses "revisitations" du format, du cadrage et de la couleur dans sa première exposition, Spices & Herbs. La nouveauté chez la jeune artiste: enregistrer et montrer la réalité et les détails infimes des herbes et épices à Maurice de façon quasi encyclopédique.

Safran, poivre blanc, gingembre, feuille de citronnelle, feuille quatre épices: l'idée de les exposer a surgi en cuisinant. Laura Gouvras a été aidée dans ses recherches par Ameenah Gurib-Fakim pour les aspects relatifs à la botanique. Exemple: Illicium verum, Anis étoilé, Star anise, lani etwale.

Avec L. Gouvras, il est question de la représentation photographique de ces épices et herbes. Elle utilise un cadre serré, un arrière-plan neutre (réduisant les objets à l'essentiel) et un éclairage artificiel presque théâtral. Dans sa série de format 30x45 cm en tirage numérique, au posé de l'objet répondent la fulgurance et la puissance des couleurs produite par l'amplification.

L'artiste a le goût du détail et voudrait montrer les possibilités de la macrophotographie (domaine de la photographie qui permet de reproduire de petits objets avec un objectif macro ou appareil numérique performant). Avec cette technique, les herbes et épices, thème d'une exposition de photos artistiques, font découvrir un univers nouveau. L'occasion de voir ce que peut ressembler un objet à une distance d'environ 20 cm. Des révélations que l'œil nu n'aurait pas pu saisir.

La première exposition de Laura Gouvras est un cadeau au Musée de la Photographie. Cette première manifestation du genre a été réalisée grâce au soutien et conseils de Marie-Noëlle et Tristan Bréville. Un geste symbolique de la part de la jeune photographe pour aider dans la préservation et exposition des biens culturels du pays.


Repères

Laura Gouvras est née en Ukraine mais son pays d'adoption est la Grèce. Elle qualifie sa passion de la photographie comme un "life time hobby". À l'âge de neuf ans, elle fait ses premiers pas dans l'univers de la photographie et acquiert les rudiments du métier. Au cours de ses études en fashion design et web design, elle a capturé les blue prints à l'aide de son appareil photo. Ses cours à la Ukrainian Association of Art Photographers lui ont permis de se familiariser avec les techniques de la photographie traditionnelle et digitale.


Au Domaine des Aubineaux du 27 au 30 avril

Véronique Leclézio: Entrée en matière

Véronique Leclézio travaille la couleur avec acharnement après une longue absence et réinvente sa palette. Multipliant les séries, rajoutant de la couleur et du relief, elle fait entrer dans ses œuvres des subtilités et des forces nouvelles. Chronique d'une réapparition annoncée.

De retour après neuf ans d'absence, Véronique Leclézio se lance à corps perdu dans la peinture avec une quarantaine d'huiles. Déssillée par la lumière, dans son pays ou au Maroc, l'artiste confère à ses travaux récents des couleurs éclatantes, nouvelles dans sa palette.

Véronique Leclézio dit qu'elle revient toujours à la peinture par la nature. De fait, certains tableaux qu'elle nous a montrés sont une sorte de synthèse des paysages traversés, ici et ailleurs, à une époque où elle semble prête à percevoir la nature de manière différente et à la restituer dans toute sa flamboyance. Elle se l'approprie et en fait son filtre. Le carton dressé par l'artiste accorde déjà à ces paysages rêvés en atelier des localisation: Maurice et le Maroc avec ses tons ocre.

Dans la série des Reflets du Caudan ou des Banians, il n'y a qu'à regarder les stridences des rouge, jaune, ocre, pour se rendre compte des variations, un des secrets de l'épaisseur de la matière du peintre. Dans les œuvres exposées à forte épaisseur matérielle, l'œil est retenu par la sensualité produite par le travail à l'huile. L'inventaire des toiles met au jour une obsession de répéter certains motifs (fleurs, banians, reflets). Mais ce traitement répétitif de certains sujets tend parfois à leur désincarnation. Dans les Banians, les branchages se transforment en une série de lignes et d'autres motifs (Foule sentimentale) en taches d'huile. Souvent ces toiles, échappées à leur concentration de mosaïque, finissent par prendre toute leur liberté.

À voir du 2 au 30 mai

Véronique Leclézio présentera une trentaine d'icônes en l'église de l'Immaculée Conception à Port-Louis. La Vierge à l'enfant sera à l'honneur pendant tout le mois de Marie.


Dimanche dernier

Les animaux en fête au National Pet Show

Grosse affluence au National Pet Show (NPS) organisé par la Mauritius Society for the Prevention of Cruelty to Animals (MSPCA), dimanche dernier, au complexe sportif de Rose-Hill. Le public s'est déplacé en famille pour assister aux concours de cette 29e édition qui a enregistré 78 participants, toutes catégories confondues. L'occasion pour les amoureux des animaux de présenter leur compagnon, de découvrir et admirer ceux des autres.

Outre les différentes races de chiens présentées, le public a pu admirer des tortues (dont Oscar, âgé de 25 ans, qui a valu à son propriétaire le 1er prix), des iguanes, entre autres…

Les chiens de la force policière ont donné une démonstration de leurs prouesses et le public a eu assisté à un concours à l'intention des élèves de l'école de dressage de la MSPCA.

Le NPS est aussi l'occasion pour les maîtres d'animaux d'échanger entre eux des idées et d'avoir accès à des conseils sur les soins de base à donner à leurs animaux.

Plusieurs prix ont récompensé les gagnants des différentes catégories. Tonnerre, le rottweiller de la famille Poottaren, âgé de 2 ans et demi, a raflé trois prix. Il a été élu Chien de la journée, Best Rottweiller et a obtenu le prix Molosse. Pour ses maîtres, Vijendra et Aruna Poottaren, "Tonnerre est un chien hors pair. Il est très affectueux mais peut aussi se montrer féroce. Notre chien fait partie de la famille. Il est comme notre enfant".



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 22 avril 2007