é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 22 avril 2007

La troisième mort de LIFE !
Gérard Cateaux


Pour la jeune génération, ce titre de presse américaine, LIFE, liée au prestigieux Time, ne représente rien de signifiant. Mais, pour la génération d'avant-guerre et d'après-guerre, celle qui a produit la génération des baby-boomers, LIFE a irrigué nos événements de l'époque.

Aujourd'hui, on parle de la presse "people", mais, LIFE magazine, incarnait cette presse qui évoquait les grands moments de l'histoire du vingtième siècle avec force photographies des "people" de l'époque, lorsqu'il mettait en scène les grandes personnalités qui "commandaient" le monde, ou les grands événements qui faisaient la Une de nos journaux.

LIFE, pendant son cheminement, pouvait entrer dans l'intimité d'un général Eisenhower visitant les troupes alliées, le béret penchant, ou encore les deux frères Kennedy, John et Robert, en conciliabule à la Maison-Blanche, sombres silhouettes sur un fond éclairé par le vitrail. Ou, même, ce cliché de Marilyn Monroe sautillant, les cheveux en bataille. Je revois la fameuse marche de Martin Luther King, à Washington, lorsqu'il militait pour les droits des Noirs. Et le Russe Krouschev qui martèle sa chaussure sur son pupitre lors d'une session des Nations Unies, à New York. Et j'en passe !

L'une des dernières copies qui m'avaient été prêtées, représentait un homme famélique, victime de la terrible maladie du Sida. Ou encore le fameux "Sermon sur la Montagne" du candidat Démocrate à une élection présidentielle américaine, Gary Hart, que l'opinion publique américaine soupçonnait d'avoir une relation extra-conjugale. Hart avait accusé la presse américaine d'avoir "inventé" cette histoire. Et LIFE est venu avec une photo montrant Hart et sa copine, enlacés sur un yatch… Ce qui a coûté l'investiture de Hart à la convention démocratique !

La presse américaine, il faut le reconnaître, avec les titres de Washington Post, qui avait levé le lièvre sur le scandale du Watergate - forçant le président Nixon à la démission - ou le travail de sape du New York Times - qui vient, par exemple, de dénoncer l'affaire Wolfowitz sur une question de népotisme - demeure le fer de lance par excellence pour faire avancer la démocratie et la bonne gouvernance.

LIFE, donc, pour la troisième fois de son histoire, a décidé de mettre la clé sous le paillasson. Il annonce sa présence sur le Net. Mais ce n'est plus pareil. Avoir un journal entre les mains offre une sensation physique, où l'odeur de l'encre annonce le "bouquet" comme le bon vin, où l'artisan aura offert le fruit de son travail, selon la formule annoncée par Paul Vesrchave qui, déjà, en 1930, annonçait que "le journalisme s'apprend. Donc, il enseigne. Art ? Science ? Métier ? Le journalisme est les trois: comme les artistes, les journalistes doivent posséder la science de leur art, du métier…"

LIFE nous a appris tout cela. Le titre, rouge sur fond blanc, nous a quittés. Consolons-nous ! Paru en 1936, avant de s'arrêter en 1972, puis relancé en 1978 et 2000, LIFE continuera, néanmoins à occuper nos mémoires. Mais, sur le Net !



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 22 avril 2007