Faits et effets
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Positions suspectes
Humeur
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La méthode navinienne
Interrogations
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Beaucoup de bruit…
Faits et effets...
Positions suspectes
Il y a des provisions du Sexual Offences Bill qui sont devenues
nécessaires parce qu'elles clarifient beaucoup de choses
et qu'elles tiennent compte de l'évolution de la société
et des murs mauriciennes. Mais utiliser un raccourci, un
subterfuge comme brandir jusqu'à 60 ans de prison pour
les violeurs et autres abuseurs d'enfants et de handicapés
pour épater une population en quête de châtiment
exemplaire et pour subrepticement glisser la légalisation
de la sodomie relève d'un procédé malhonnête.
Lorsqu'on fait les choses ainsi, qu'on adopte de telles positions
suspectes, c'est qu'on n'a visiblement pas la conscience claire
et que le but était de tromper l'opinion.
Il est question ici d'un texte qui va décider du sort de
plein de gens, des victimes comme de leurs bourreaux. L'auteur
du texte, qui a eu jusqu'ici des arguments extrêmement légers
pour justifier la sodomie, semble avoir été avant
tout motivé par le fait que le programme de son parti préconise
la légalisation de la sodomie depuis 99, triste année
pour le pays et par son passé d'avocat. Lorsqu'il mettait
en doute les dénonciations de Sandra O'Reilly, il était
aussi l'avocat de ses violeurs. Ceux qui pratiquent au barreau
soutiennent qu'on a rarement vu l'avocat Valayden accompagner
une victime de viol ou de sodomie dans un poste de police ou devant
un tribunal.
Bien qu'il n'en ait pas l'air, il semble être guidé
par des principes machistes. On légalise la sodomie entre
adultes consentants parce que cela relève de la pratique
privée des gens. Mais si tel est le cas et que cela se
passe déjà sans problème entre partenaires
hétérosexuels ou homosexuels, où était
donc l'urgence de la légalisation même pour les adolescents
de 16 ans. L'auteur du texte prétend aussi que certaines
femmes invoquent la sodomie pour réclamer le divorce et
font porter les torts au conjoint. On sait maintenant que de tels
cas ne sont pas légion. Par contre, tous les psy vous diront
que tous les hommes rêvent de sodomie et que cela tient
sans doute à la manière dont ils sont physiquement
constitués. La majorité d'entre eux s'en tient heureusement
à leurs fantasmes. Et ça s'arrête là.
Mais nous sommes à Maurice, où le rapport de force
et la loi, mal connue et - nous avons presque envie de dire mâle
- mal comprise jouent contre les femmes. Il y a déjà
une relation de dépendance et de soumission dans beaucoup
de couples où la femme est assujettie à tous les
caprices de son conjoint. Il y a une montée de l'alcoolisme
dans tous les milieux. Et on sait ce que cela entraîne comme
conséquence dans les relations conjugales. Il y a des femmes
qui accepteront de subir la violence de certains actes et même
le viol, plutôt que d'être martyrisées, battues
et défigurées. Comment ces pauvres victimes vont
pouvoir un jour dire et prouver qu'elles n'étaient pas
consentantes et qu'elles ont été sodomisées
de force? C'est pour toutes ces raisons que la loi est imparfaite
et qu'il faut la modifier. Nous attendons ainsi avec impatience
ce que le Premier ministre, ce que Xavier Duval qui avait critiqué
le programme du MR en 99 de même que Sheila Bappoo et Indira
Seebun et d'autres auront à dire sur ce texte.
Rama Valayden doit, de temps en temps, se souvenir, par ailleurs,
qu'il est au Parlement non pas parce que le peuple l'a voulu mais
à cause d'une disposition de la Constitution qui permet
à n'importe quel avocat de faire office d'Attorney General.
Il y a déjà entorse dans la déclinaison de
ses responsabilités lorsqu'on parle de "ministre"
de ceci ou de cela alors que, pour les besoins de la Constitution,
ses fonctions s'arrêtent à celles de l'Attorney General
poste qui est "une charge ministérielle" et qui
fait du titulaire "le principal conseiller juridique du Gouvernement
de Maurice". Cela s'arrête là !
Pour l'édification de nos lecteurs, il faut aussi souligner
que la section 69 (4) prévoit qu'un Attorney General, qui
n'est pas membre de l'Assemblée, "n'aura pas de droit
de vote". Imaginons un petit instant qu'il y ait, dans un
concours de circonstances très particulier, une demande
de décompte des voix de l'opposition sur le Sexual Offences
Bill dans sa version très controversée actuelle
et que l'on appelle au vote député après
député. Et arrivé au tour de l'auteur du
texte, point de voix. C'est dire que lorsqu'on est au Parlement
dans ce contexte particulier, on doit faire encore plus attention
à ses méthodes.
Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le titulaire ne s'embarrasse
d'aucune précaution lorsqu'il exerce la fonction qui lui
a été dévolue par la Constitution et non
par un mandat électif. Il prend d'énormes libertés.
Il a été pitoyable dans ses explications sur le
procédé qu'il a utilisé pour légaliser
la sodomie mais il l'a été encore plus dans ses
réponses, mardi dernier, sur l'absence d'évolution
des procédures d'extradition de Teeren Appasamy enclenchées
depuis plus de trois ans. Il a renvoyé Françoise
Labelle à une réponse antérieure qui date
d'une année.
Même lorsqu'il a été confronté par
Jayen Cuttaree au fait qu'il a été l'homme de loi
de celui qui est considéré comme le principal bénéficiaire
du détournement du méga-scandale MCB/NPF et qu'une
affaire d'extradition relève de rapports d'État
à État, il l'a renvoyé à l'ICAC et
a refusé de dire si un homme de loi avait été
retenu pour s'opposer aux démarches initiées par
Teeren Appasamy pour résister à son extradition.
Il est clair que l'on ne veut pas qu'il vienne. Cela risque de
compromettre plein de gens et de donner du sens aux talons du
chéquier de Donald Ha Yeung qui détaillaient l'identité
des heureux bénéficiaires politiques de la générosité
de TA. Chassez l'avocat aux méthodes contestées,
il revient au galop de l'Attorney General
Humeur
La méthode navinienne
Est-ce qu'il existe un style de gouvernement navinien ou ne s'agit-il
que d'une fuite en avant consistant à poser le problème
dans un coin en espérant qu'on finira par l'oublier ou
qu'il se réglera de lui-même ? Autre interprétation
de cette méthode: laisser pourrir une situation pour intervenir
à la toute dernière minute en se présentant
comme le sauveur. L'affaire des haut-parleurs est venue illustrer
les deux facettes de cette " méthode " déjà
utilisée pendant les manifestations contre l'abolition
des fees pour les examens de SC et de HSC. Le jugement
sur l'affaire des haut-parleurs était attendu. Il est prononcé
en fin de semaine et suscite diverses réactions. Au lieu
de prendre les devants en faisant publier un communiqué
pour calmer les esprits et proposer aux parties concernées
d'entamer un dialogue, le gouvernement donne le temps au temps.
Par contre, ceux qui sont contre le jugement utilisent le temps
pour organiser la riposte. Samedi matin, huit cents personnes
assistent à la conférence de presse de lancement
de la plate-forme qui donne au gouvernement jusqu'au 10 avril
pour "régler" le problème en lui indiquant
"sa" solution. Rien de moins que de faire voter un amendement
qui annulera le jugement. Le silence du gouvernement pouvant passer
pour un consentement, l'aile dure des manifestants organise sa
première manifestation. Elle est sonore et nocturne, rassemble
des dizaines de personnes et se déroule devant la maison
de l'avocat qui avait osé porter l'affaire en cour. La
police présente n'intervient pas et se contente de gérer
la circulation. Ou, comme l'avancent certains, la manifestation.
Le silence, de plus en plus assourdissant du gouvernement, va
pousser les manifestants à aller jouer des tambours du
ghoon en pleine nuit devant le Parlement. Sans doute parce qu'ils
pensaient que comme il l'avait déclaré, Navin Ramgoolam
travaillait parfois jusqu'à 4 heures du matin et allait
les entendre. Une fois encore, la police laisse faire. Elle laisse
manifester devant l'un des bâtiments les plus symboliques
de la République où l'on n'a même pas le droit
de stationner en temps normal.
De plus en plus encouragés par la non réaction du
gouvernement, qu'ils prennent, avec raison, pour une victoire,
les manifestants montent les enchères. Ceux qui prônent
l'apaisement ou la discussion sont hués et menacés.
Les partisans de l'aile dure sont applaudis. Lors d'une conférence
de presse, un ultimatum est donné au gouvernement pour
faire voter l'amendement devant annuler le jugement rejeté.
Des propos inacceptables sur les lois de la République
et ceux chargés de les appliquer sont proférés
par un religieux se prenant pour un général en pleine
guerre. Rendez-vous est donné devant le Parlement pour
la prochaine manifestation le jour de la fin de l'ultimatum. Alors
que quelques jours auparavant les "taxi maléré",
qui manifestaient pacifiquement pour réclamer la mise en
application d'une promesse électorale, avaient été
expulsés manu militari, la police laisse les opposants
au jugement sur les haut-parleurs manifester. La presse de l'après-midi
et du lendemain montre des photographies de manifestants - dont
une partie le visage masqué - évoluant en toute
liberté devant le Parlement en session. Profitant de ce
qui est de plus en plus prise pour une tolérance gouvernementale
- que d'autres qualifient de bienveillance pour les manifestants
-, des réunions sont organisées et d'autres ultimatums
lancés. Si vendredi, le Conseil des ministres ne vote pas
les règlements attendus, c'est une manifestation monstre
avec femmes et enfants qui sera organisée devant le Parlement.
C'est après la manifestation de mardi, alors que celle
de vendredi s'organise que le Premier ministre sort enfin de son
silence. Comme pour les manifestations des étudiants, il
choisit ses interlocuteurs pour une réunion. La toute première
depuis le début de la crise. Il affirme alors qu'il ne
cédera à aucun chantage et que son silence était
en fait - comme pour les émeutes de 1999 pendant lesquelles
il était resté muet pendant 72 heures - une période
d'intense réflexion. Pendant que Navin Ramgoolam réfléchissait,
la police avait laissé faire les manifestants et par conséquent
provoqué une énorme tension dans tout le pays qui
aurait pu facilement dégénérer.
Jusqu'à maintenant, Navin Ramgoolam a eu de la chance que
des solutions soient trouvées aux différents problèmes
auxquels il a été confronté. Jusqu'à
maintenant, la méthode navinienne a fonctionné,
tant bien que mal. Mais il arrivera hélas un jour où
au lieu de se dissoudre ou de se désamorcer d'elle-même,
la bombe que le Premier ministre aura mise de côté
nous explosera à la figure.
Interrogations
Beaucoup de bruit
Arriver à trouver une sortie de crise est toujours, dans
l'absolu, une bonne chose. Tant il est vrai que les situations
de crise imposent des conditions de tension extrême qui
ne permettent pas toujours au sensé et au raisonnable de
prévaloir. On devrait donc, a priori, pouvoir se réjouir
de l'accord qui a finalement été trouvé dans
l'affaire de l'utilisation contestée de hauts-parleurs
pour diffuser l'azaan, l'appel à la prière pour
les musulmans. Sauf que ce prétendu "dénouement"
n'est pas sans appeler des questions fondamentales tant au niveau
de ses conséquences que de sa substance même.
Elle peut sans doute être perçue comme belle, symbolique
et prometteuse, l'image de ces jeunes légistes, de communautés
différentes, qui sont parvenus à la rédaction
d'un accord ayant permis de désamorcer une situation potentiellement
explosive. Entre Shakeel Mohamed et Gavin Glover, Siddharta Hawoldar
a fait le pont, et l'île Maurice pourrait être fière
de la maturité de ses jeunes citoyens. Mais s'agit-il là
d'une affaire qui peut se régler entre copains ?
Revenons sur les faits. Il y a quelques mois, un citoyen, Gavin
Glover, décide de faire appel aux instances judiciaires
de son pays, pour statuer sur un litige l'opposant à la
municipalité de Quatre-Bornes et à la mosquée
se trouvant à 200 mètres de sa maison. À
laquelle il reproche de diffuser l'azaan par hauts-parleurs.
Le 22 mars dernier, le juge Paul Lam Shang Leen émet un
jugement qui ne fait, au fond, que réaffirmer l'application
de lois existantes. Lois en vertu desquelles il est illégal
d'utiliser hauts-parleurs et amplificateurs pour émettre
à l'extérieur des lieux de culte. Suivront des manifestations
extrêmement virulentes devant le domicile de Gavin Glover,
et devant l'Assemblée nationale, à l'appel de maulanas
outrés par ce jugement.
On peut se demander ce qui a, réellement, conduit l'homme
de loi qu'est aussi Gavin Glover à signer l'accord de vendredi
dernier. Par lequel il s'engage à ne pas demander la mise
en application du jugement de la Cour suprême et se déclare
prêt à se satisfaire de la diffusion de l'azaan au
volume réduit de 65 décibels. S'il recherchait sa
tranquillité dans un premier temps, on peut comprendre
que l'homme ait choisi, pour son bien et celui de sa famille,
de mettre un terme à une situation qui ne faisait au final
que perturber davantage cette tranquillité, voire menacer
sa sécurité. Mais on est en droit de s'interroger
sur l'implication de la municipalité de Quatre Bornes dans
cette affaire. La loi, comme l'a réaffirmé le juge
Lam Shang Leen, dit qu'une diffusion sonore en dehors d'un lieu
de culte est illégale. Comment la mairie peut-elle signer,
avec des particuliers, un accord qui autorise la mosquée
concernée par le jugement à cette diffusion à
condition qu'elle ne dépasse pas 65 décibels ? La
loi n'ayant pas été amendée, cela ne revient-il
pas à négocier l'illégalité ? Par
un accord qui n'est de surcroît pas rendu public, alors
qu'il s'agit d'une collectivité ?
Pour schématiser, on pourrait dire que nous nous retrouvons
en quelque sorte aujourd'hui dans la situation où un particulier
décide de poursuivre un groupe qui construit un restaurant
au beau milieu de la plage publique où il a l'habitude
de passer ses dimanches. Sollicitée, la Cour émet
un jugement qui, en vertu des lois existantes, fait ressortir
que cette construction privée effectuée sans autorisation
sur un lieu public est illégale. Mais soumis à des
pressions, le particulier concerné décide de signer
un accord avec le restaurant l'autorisant à opérer
à condition qu'il ne fasse pas de grillades à l'extérieur.
Ce à quoi acquiesce le conseil de district concerné.
Comment des particuliers peuvent-ils signer entre eux un accord
qui concerne la substance et l'application de la loi ? C'est la
question que pose cette affaire. Et cela ne concerne pas que l'Islam
et les musulmans, cela concerne beaucoup plus largement et fondamentalement,
l'application et le respect de la loi dans ce pays par rapport
à tout groupe, fût-il religieux ou non.
C'est une chose honorable, en soi, qu'un accord ait pu être
trouvé au sujet de l'azaan. Et cette affaire a somme
toute le bénéfice de nous montrer à quel
point il est préférable de privilégier le
dialogue et la compréhension mutuelle avant d'en arriver
à des extrémités que l'on ne contrôle
plus. La solution trouvée aujourd'hui aurait dû avoir
été négociée honorablement dès
que le problème a été soulevé, sans
nécessiter d'aller jusqu'en Cour. Mais puisque recours
à la Cour il y a eu, et jugement subséquent, l'accord
négocié aujourd'hui n'est plus si honorable. Il
sent le recul imposé par la pression. Le maulana Chooramun
disait ne pas reconnaître la Cour suprême mais la
loi islamique, la charia. L'accord paraphé vendredi a été
au préalable soumis à l'aval non de la Cour mais
de la Jummah Mosque
La suite pourrait se révéler
préoccupante
L'affaire de l'azaan, une fois soulevée, aurait
pu, aurait dû, être l'occasion pour nous d'engager
un débat national sur ce qui est souhaitable et permissible
en termes de bruit dans ce pays, qu'il soit religieux ou pas.
Suffit-il de démonstrations de force pour faire capoter
d'emblée toute tentative de débat national ? Suffit-il
de faire un maximum de bruit pour réduire à néant
tout espoir de discussion saine au sujet de l'espace public que
nous sommes appelés à partager ? Le précédent
ici créé n'est pas pour nous rassurer
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 15 avril 2007
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