é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 15 avril 2007



Blue Chips à la Bourse - Air Mauritius: gestion sous stricte surveillance !
Réforme économique - Sithanen plaide la flexibilité devant l'impatience du FMI


Blue Chips à la Bourse

Air Mauritius: gestion sous stricte surveillance !

La compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, est sous perfusion depuis quelque temps déjà et suite aux derniers chiffres disponibles, la gestion financière de ce Blue Chip à la Bourse de Maurice a été placée sous stricte surveillance. C'est ce qu'a appris Week-End de sources autorisées après la confirmation de la suppression de dividendes à ses actionnaires pour la première fois.

Devant ces nuages financiers gris qui s'amoncellent à l'horizon, Air Mauritius s'est donnée une année pour quitter la zone de turbulence et retrouver sa stabilité. Mais l'épée de Domclès que constitue le dégraissage du personnel est toujours suspendue. Entre-temps, le cours boursier de la compagnie aérienne nationale continue à chuter, accusant une baisse de 15,6% depuis l'annonce officielle au sujet du non-paiement des dividendes, passant de Rs 19.20 lots de l'annonce de la suppression des dividendes à Rs 16.20 vendredi dernier.

"Vu que le conseil d'administration se réunit à chaque trimestre pour passer en revue l'évolution de la situation et devant l'urgence des problèmes auxquels doit faire face Air Mauritius, une instance du Management se réunira chaque mois pour un Monitoring systématique des Performance Targets et des Performance Indicators établis et pour faire des recommandations sur des mesures correctives à prendre. Attendre la réunion trimestrielle du Full Board pour agir pourrait coûter cher à la compagnie", a fait comprendre à Week-End, un des membres du conseil d'administration.

Après une évaluation des données de la compagnie au cours de ces derniers mois, le Board d'Air Mauritius a entériné la décision de ne pas procéder à une distribution de dividendes à ses 12 677 actionnaires enregistrés, pénalisant principalement les petits porteurs. 51% du capital de la compagnie sont détenus par Air Mauritius Holding, dont les principaux partenaires sont l'État avec 37,46%; la State Investment Corporation avec 15,41%, le groupe Rogers avec 15,41%, British Airways avec 13,24%, Air France avec 9,58% et Air India avec 8,8%. La raison justifiant cette décision est qu'au cours du premier semestre de l'exercice financier se terminant au 30 mars dernier, la compagnie avait essuyé des pertes de 13,8 millions d'euros. Les effets du chikungunya avec une régression du trafic de 40% sur des destinations porteuses ou encore les répercussions de la libéralisation de l'accès aérien sont autant de facteurs pesant lourdement dans les difficultés de la compagnie..

"Air Mauritius a essuyé de plein fouet les effets de l'ouverture de l'espace aérien. Alors que le taux de remplissage des vols tournait en moyenne à 90%, l'on a constaté que depuis le début de l'année, ce taux est tombé à 73%. Les pressions notées en vue de permettre à Qatar Airways de desservir Maurice ou encore l'arrivée vers la fin de l'année de Virgin Atlantic nous exigent la prudence et des mesures d'urgence pour traverser les zones de turbulence avec un minimum de casse", a encore poursuivi cette source, qui rappelle que les recommandations du plan stratégique de trois ans sont mises à exécution.

"Dans un premier temps, l'objectif déclaré est de permettre à la compagnie de retrouver sa stabilité financière sur la base des objectifs définis. Dans la conjoncture, nous n'avons d'autre choix que d'améliorer la qualité des services et de baisser les coûts pour sauvegarder la part du marché d'Air Mauritius. À cet effet, il ne devrait pas y avoir de sujet tabou. Ne nous leurrons pas ! Air Mauritius passe par des moments difficiles que d'autres compagnies aériennes ont traversés. Dans tous les cas, le Downsizing du personnel a fait partie de la panoplie des mesures de redressement mises en pratique. Nous ferons de notre mieux pour que l'exercice de transition soit moins douloureux car la période considérant Air Mauritius comme la vache à lait en terme d'embauche est bel et bien révolu", devait-il s'appesantir.

Du côté de la compagnie aérienne nationale, la nécessité d'agrandir le parc hôtelier en vue d'accueillir un plus grand nombre de touristes et l'extension des infrastructures aéroportuaires au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport constituent deux facteurs majeurs pour permettre à Air Mauritius d'afficher la sérénité financière qui fut la sienne jusqu'à tout récemment.


Réforme économique

Sithanen plaide la flexibilité devant l'impatience du FMI

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, qui se trouve actuellement en mission à Washington en marge de sa participation aux Spring Meetings de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, a eu au cours de ce week-end des discussions avec les représentants du Desk de Maurice au FMI au sujet de la réforme économique. Dans la matinée d'hier, il a participé avec quatre de ses homologues africains, dont les ministres des Finances de la République démocratique du Congo et de la Zambie à un point de presse au QG du FMI. Au cours de la semaine écoulée, il a animé une tournée de prospection d'investissements à New-York où un projet d'école de médecine à Maurice en partenariat avec une université américaine a atteint un stade avancé.

"Lors de mes discussions avec le FMI axées sur les conclusions sur les Article IV consultations, j'ai plaidé pour une plus grande marge de flexibilité en ce qui concerne la mise en place des mesures de réforme économique. Mais je dois dire que la position du FMI ne rejoint nullement l'impression que nous entretenons à Maurice que nous sommes allés bien loin en matière de réforme. Le FMI ne cache pas son impatience de voir une accélération du rythme de réforme", a fait comprendre à Week-End Rama Sithanen de Washington hier soir.

"Le FMI maintient qu'il y a encore des efforts à faire pour redresser la situation économique car le déficit budgétaire est encore trop élevé de même que le niveau de l'endettement. Les dernières conclusions des Article IV Consultations vont dans cette direction", a déclaré le vice-Premier ministre et ministre des Finances, qui poursuivra ses discussions avec le FMI aujourd'hui.

En début de semaine, Rama Sithanen entamera le volet de la Banque mondiale de sa mission avec des discussions avec les responsables du dossier de Maurice et une éventuelle réunion de travail avec le patron de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, qui se trouve en situation compromettante autour d'une affaire de promotion au piston pour une de ses protégées à la Banque mondiale. Devant la pression exercée par l'Association des Employés de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz a reconnu avoir outrepassé ses droits et responsabilités dans cette affaire alors que le Board de la Banque mondiale se penche sur ce dossier embarrassant.

L'un des dossiers brûlants qui pourrait faire l'objet de discussions avec la Banque mondiale concerne un prêt de 40 millions de dollars de cette institution financière pour le secteur de l'infrastructure avec la mise en place d'un Mass Transit System. Jusqu'ici, ce financement n'a pas été déboursé par la Banque mondiale en l'absence d'une décision relative à l'introduction d'un droit de péage à l'entrée de Port-Louis aux heures de pointe. L'imposition d'un droit de péage de Rs 100 par entrée est considérée dans certains milieux du gouvernement comme une décision politique très impopulaire dans la conjoncture.

Mais le péage est une des conditions exigées dans le cadre de la réforme. Au début de l'année, le vice-Premier ministre et ministre des Finances avait eu pour instructions du Conseil des ministres d'aller réclamer une plus grande souplesse de la Banque mondiale à ce sujet. Néanmoins, force est de constater que les autres bailleurs de fonds, dont entre autres la Banque Européenne d'Investissements (BEI), se sont alignés sur la position de la Banque mondiale au sujet du péage. La récente initiative du vice-Premier ministre et ministre de l'Infrastructure publique, Rashid Beebeejaun, auprès des autorités indiennes au sujet du métro de New Delhi peut être considérée comme la confirmation de la nécessité de chercher d'autres sources de financement.

Avant d'arriver à Washington, le vice-Premier ministre et ministre des Finances a animé une série de rencontres avec des investisseurs potentiels dans quatre principaux domaines, soit la technologie informatique, dans les services financiers, notamment le Fund Management, les Hedge Funds et les assurances, le Property Development et le projet d'école de médecine. "Des investisseurs américains sont intéressés à opérer une école de médecine dans la région africaine. Ce projet sera mis à exécution en partenariat avec une université des États-Unis. Ils ont établi une liste de dix critères pour le choix du pays africain et Maurice a réussi avec succès sur neuf des dix. Une mission de prospection est attendue au mois de juillet prochain en vue de poursuivre les discussions pour donner un coup de pouce aux ambitions de Maurice visant à se transformer en un Health Hub", a fait ressortir Rama Sithanen.

Dans la matinée d'hier, le vice-Premier ministre et ministre des Finances et quatre de ses homologues africains ont animé un point de presse à Washington. Il s'est appesanti sur l'importance de l'Aid For Trade pour les pays en voie de développement qui sont engagés dans des programmes de réforme économique. "J'ai eu l'occasion de parler en faveur de l'Aid For Trade en vue d'accélérer l'intégration régionale des pays africains et de l'avènement des Economic Partnership Agreements. Nous avons besoin de ressources financières additionnelles pour les Trade-Related Infrastructures dans le port, à l'aéroport et pour la technologie informatique, pour des investissements dans les secteurs productifs et pour assurer les coûts sociaux de l'ajustement. Le cas de Maurice a été cité", a-t-il ajouté.

En début de semaine, lors d'une escale à Bruxelles, Rama Sithanen a procédé à la signature d'un accord d'assistance administrative mutuelle en matière douanière avec son homologue belge, Didier Reynders. "Cet accord prévoit une assistance mutuelle et des échanges d'informations afin de lutter efficacement contre les fraudes douanières qui entravent les flux commerciaux entre Maurice et la Belgique et il vise à assurer une meilleure transparence", indique-t-on de sources officielles au ministère des Finances.



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 15 avril 2007