La compagnie aérienne nationale, Air Mauritius, est sous
perfusion depuis quelque temps déjà et suite aux
derniers chiffres disponibles, la gestion financière de
ce Blue Chip à la Bourse de Maurice a été
placée sous stricte surveillance. C'est ce qu'a appris
Week-End de sources autorisées après la confirmation
de la suppression de dividendes à ses actionnaires pour
la première fois.
Devant ces nuages financiers gris qui s'amoncellent à l'horizon,
Air Mauritius s'est donnée une année pour
quitter la zone de turbulence et retrouver sa stabilité.
Mais l'épée de Domclès que constitue le dégraissage
du personnel est toujours suspendue. Entre-temps, le cours boursier
de la compagnie aérienne nationale continue à chuter,
accusant une baisse de 15,6% depuis l'annonce officielle au sujet
du non-paiement des dividendes, passant de Rs 19.20 lots de l'annonce
de la suppression des dividendes à Rs 16.20 vendredi dernier.
"Vu que le conseil d'administration se réunit à
chaque trimestre pour passer en revue l'évolution de la
situation et devant l'urgence des problèmes auxquels doit
faire face Air Mauritius, une instance du Management se réunira
chaque mois pour un Monitoring systématique des Performance
Targets et des Performance Indicators établis et pour faire
des recommandations sur des mesures correctives à prendre.
Attendre la réunion trimestrielle du Full Board pour agir
pourrait coûter cher à la compagnie", a
fait comprendre à Week-End, un des membres du conseil
d'administration.
Après une évaluation des données de la compagnie
au cours de ces derniers mois, le Board d'Air Mauritius
a entériné la décision de ne pas procéder
à une distribution de dividendes à ses 12 677 actionnaires
enregistrés, pénalisant principalement les petits
porteurs. 51% du capital de la compagnie sont détenus par
Air Mauritius Holding, dont les principaux partenaires
sont l'État avec 37,46%; la State Investment Corporation
avec 15,41%, le groupe Rogers avec 15,41%, British Airways avec
13,24%, Air France avec 9,58% et Air India avec 8,8%. La
raison justifiant cette décision est qu'au cours du premier
semestre de l'exercice financier se terminant au 30 mars dernier,
la compagnie avait essuyé des pertes de 13,8 millions d'euros.
Les effets du chikungunya avec une régression du trafic
de 40% sur des destinations porteuses ou encore les répercussions
de la libéralisation de l'accès aérien sont
autant de facteurs pesant lourdement dans les difficultés
de la compagnie..
"Air Mauritius a essuyé de plein fouet les effets
de l'ouverture de l'espace aérien. Alors que le taux de
remplissage des vols tournait en moyenne à 90%, l'on a
constaté que depuis le début de l'année,
ce taux est tombé à 73%. Les pressions notées
en vue de permettre à Qatar Airways de desservir Maurice
ou encore l'arrivée vers la fin de l'année de Virgin
Atlantic nous exigent la prudence et des mesures d'urgence pour
traverser les zones de turbulence avec un minimum de casse",
a encore poursuivi cette source, qui rappelle que les recommandations
du plan stratégique de trois ans sont mises à exécution.
"Dans un premier temps, l'objectif déclaré
est de permettre à la compagnie de retrouver sa
stabilité financière sur la base des objectifs définis.
Dans la conjoncture, nous n'avons d'autre choix que d'améliorer
la qualité des services et de baisser les coûts pour
sauvegarder la part du marché d'Air Mauritius. À
cet effet, il ne devrait pas y avoir de sujet tabou. Ne nous leurrons
pas ! Air Mauritius passe par des moments difficiles que d'autres
compagnies aériennes ont traversés. Dans tous les
cas, le Downsizing du personnel a fait partie de la panoplie des
mesures de redressement mises en pratique. Nous ferons de notre
mieux pour que l'exercice de transition soit moins douloureux
car la période considérant Air Mauritius comme la
vache à lait en terme d'embauche est bel et bien révolu",
devait-il s'appesantir.
Du côté de la compagnie aérienne nationale,
la nécessité d'agrandir le parc hôtelier en
vue d'accueillir un plus grand nombre de touristes et l'extension
des infrastructures aéroportuaires au Sir Seewoosagur Ramgoolam
International Airport constituent deux facteurs majeurs pour permettre
à Air Mauritius d'afficher la sérénité
financière qui fut la sienne jusqu'à tout récemment.
Réforme économique
Sithanen plaide la flexibilité devant l'impatience du
FMI
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen,
qui se trouve actuellement en mission à Washington en marge
de sa participation aux Spring Meetings de la Banque mondiale
et du Fonds monétaire international, a eu au cours de ce
week-end des discussions avec les représentants du Desk
de Maurice au FMI au sujet de la réforme économique.
Dans la matinée d'hier, il a participé avec quatre
de ses homologues africains, dont les ministres des Finances de
la République démocratique du Congo et de la Zambie
à un point de presse au QG du FMI. Au cours de la semaine
écoulée, il a animé une tournée de
prospection d'investissements à New-York où un projet
d'école de médecine à Maurice en partenariat
avec une université américaine a atteint un stade
avancé.
"Lors de mes discussions avec le FMI axées sur
les conclusions sur les Article IV consultations, j'ai
plaidé pour une plus grande marge de flexibilité
en ce qui concerne la mise en place des mesures de réforme
économique. Mais je dois dire que la position du FMI ne
rejoint nullement l'impression que nous entretenons à Maurice
que nous sommes allés bien loin en matière de réforme.
Le FMI ne cache pas son impatience de voir une accélération
du rythme de réforme", a fait comprendre à
Week-End Rama Sithanen de Washington hier soir.
"Le FMI maintient qu'il y a encore des efforts à
faire pour redresser la situation économique car le déficit
budgétaire est encore trop élevé de même
que le niveau de l'endettement. Les dernières conclusions
des Article IV Consultations vont dans cette direction",
a déclaré le vice-Premier ministre et ministre des
Finances, qui poursuivra ses discussions avec le FMI aujourd'hui.
En début de semaine, Rama Sithanen entamera le volet de
la Banque mondiale de sa mission avec des discussions avec les
responsables du dossier de Maurice et une éventuelle réunion
de travail avec le patron de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz,
qui se trouve en situation compromettante autour d'une affaire
de promotion au piston pour une de ses protégées
à la Banque mondiale. Devant la pression exercée
par l'Association des Employés de la Banque mondiale, Paul
Wolfowitz a reconnu avoir outrepassé ses droits et responsabilités
dans cette affaire alors que le Board de la Banque mondiale
se penche sur ce dossier embarrassant.
L'un des dossiers brûlants qui pourrait faire l'objet de
discussions avec la Banque mondiale concerne un prêt de
40 millions de dollars de cette institution financière
pour le secteur de l'infrastructure avec la mise en place d'un
Mass Transit System. Jusqu'ici, ce financement n'a pas
été déboursé par la Banque mondiale
en l'absence d'une décision relative à l'introduction
d'un droit de péage à l'entrée de Port-Louis
aux heures de pointe. L'imposition d'un droit de péage
de Rs 100 par entrée est considérée dans
certains milieux du gouvernement comme une décision politique
très impopulaire dans la conjoncture.
Mais le péage est une des conditions exigées dans
le cadre de la réforme. Au début de l'année,
le vice-Premier ministre et ministre des Finances avait eu pour
instructions du Conseil des ministres d'aller réclamer
une plus grande souplesse de la Banque mondiale à ce sujet.
Néanmoins, force est de constater que les autres bailleurs
de fonds, dont entre autres la Banque Européenne d'Investissements
(BEI), se sont alignés sur la position de la Banque mondiale
au sujet du péage. La récente initiative du vice-Premier
ministre et ministre de l'Infrastructure publique, Rashid Beebeejaun,
auprès des autorités indiennes au sujet du métro
de New Delhi peut être considérée comme la
confirmation de la nécessité de chercher d'autres
sources de financement.
Avant d'arriver à Washington, le vice-Premier ministre
et ministre des Finances a animé une série de rencontres
avec des investisseurs potentiels dans quatre principaux domaines,
soit la technologie informatique, dans les services financiers,
notamment le Fund Management, les Hedge Funds et
les assurances, le Property Development et le projet d'école
de médecine. "Des investisseurs américains
sont intéressés à opérer une école
de médecine dans la région africaine. Ce projet
sera mis à exécution en partenariat avec une université
des États-Unis. Ils ont établi une liste de dix
critères pour le choix du pays africain et Maurice a réussi
avec succès sur neuf des dix. Une mission de prospection
est attendue au mois de juillet prochain en vue de poursuivre
les discussions pour donner un coup de pouce aux ambitions de
Maurice visant à se transformer en un Health Hub",
a fait ressortir Rama Sithanen.
Dans la matinée d'hier, le vice-Premier ministre et ministre
des Finances et quatre de ses homologues africains ont animé
un point de presse à Washington. Il s'est appesanti sur
l'importance de l'Aid For Trade pour les pays en voie de
développement qui sont engagés dans des programmes
de réforme économique. "J'ai eu l'occasion
de parler en faveur de l'Aid For Trade en vue d'accélérer
l'intégration régionale des pays africains et de
l'avènement des Economic Partnership Agreements. Nous avons
besoin de ressources financières additionnelles pour les
Trade-Related Infrastructures dans le port, à l'aéroport
et pour la technologie informatique, pour des investissements
dans les secteurs productifs et pour assurer les coûts sociaux
de l'ajustement. Le cas de Maurice a été cité",
a-t-il ajouté.
En début de semaine, lors d'une escale à Bruxelles,
Rama Sithanen a procédé à la signature d'un
accord d'assistance administrative mutuelle en matière
douanière avec son homologue belge, Didier Reynders. "Cet
accord prévoit une assistance mutuelle et des échanges
d'informations afin de lutter efficacement contre les fraudes
douanières qui entravent les flux commerciaux entre Maurice
et la Belgique et il vise à assurer une meilleure transparence",
indique-t-on de sources officielles au ministère des
Finances.