Faits et effets…—Un État voyou
Humeur—L'exploit de Rajesh Jeetah
Faits et effets...
Un État voyou
C'est peut-être pour ça que l'on aime mentionner
ici et là qu'il faut trois quarts de sièges à
l'Assemblée nationale. Pour laisser peut-être libre
cours à des fantasmes inavouables et appliquer, en dépit
des oppositions et des critiques, des méthodes mugabiennes.
Dans beaucoup de ce que nous vivons au quotidien, il y a de la
république bananière. Notre démocratie n'est
que de façade et le sens de l'équité dans
la conduite des affaires publiques, une notion abstraite, pour
ne pas dire absente.
Il n'y a qu'à voir la MBC où c'est, tous les jours,
comme un concours entre lèche-bottes. La compétition
portant sur celui qui prononce le plus de fois possible le nom
du "Premier ministre, le Dr Navinchandra Ramgoolam !".
C'est pour cela que Bijaye Madhoo, a ses entrées au Bâtiment
du Trésor et qu'il dégote des participations à
des conférences insignifiantes pour le chef du gouvernement,
qui s'empresse de les inclure dans son calendrier.
Il n'y a aussi qu'à voir l'attitude d'un gouvernement qui
pratique ouvertement une politique discriminatoire en matière
de publicité payée et "ki get figir"
pour donner au lieu d'une politique rationnelle d'allocation équitable
pour les journaux à grand tirage et un type de soutien
au moyen d'annonces pour les publications à petit budget.
Dans le cas d'Ashock Jugnauth, les juges ont parlé de ce
qu'il ne faut pas faire à la veille d'une élection.
Et quid de ce qui est permis de faire ou de qui est interdit avec
les fonds publics entre deux élections ?
C'est à se demander si le temps n'est pas venu pour un
abonné payant de la MBC de saisir la cour suprême
des dérives de plus en plus inacceptables du monopole télévisé.
Et pour un contribuable de faire valoir qu'il a été
victime d'une injustice parce qu'il n'a pu faire un appel de candidatures
à un poste dans le public étant donné que
le journal national dont il est un lecteur fidèle en a
été injustement privé au profit d'un canard
sans rayonnement, mais partisan des puissants du jour. Il est
temps d'agir.
La manifestation d'un État qui sombre dans la voyoucratie
est encore plus évidente avec les différentes sagas
de la gestion des produits sensibles. Il y avait eu le lait Amul,
une extravagance signée Rajesh Jeetah dans laquelle s'est
allégrement engouffrée la STC et son directeur complaisant
. On importe plus de lait Amul mais cela n'a pas été
sans conséquence. Pour les caisses de la STC, pour cette
usine qui a changé de mains, pour cette cinquantaine d'employés
jetés sur le pavé et pour ces marques de lait les
plus prisées des Mauriciens graduellement disparues des
rayons.
Après le lait Red Cow, réduit à Rs 89 en
juillet 2005 mais vendu au même prix de Rs 115 au supermarché
Top Shop de la famille Jeetah à Mont Ida, il y a le ciment
et ce bateau avec son chargement de 20 000 tonnes à Rs
40 millions resté dans la rade jusqu'à ce que le
gouvernement cède et le passe aux cimentiers professionnels
au coût de Rs 100 millions. Et lorsqu'on demande au ministre
si le trésorier de son parti - qui a pratiquement son bureau
au ministère du Commerce et qui a déjà son
parking réservé dans l'aire de stationnement réservé
de ce ministère - a été mêlé
à cette transaction, il renvoie Rajesh Bhagwan à
Jean Mée Desveaux. Qui, lui, était très officiellement
un conseiller d'une des plus importantes personnalités
du gouvernement. Quel est le statut du trésorier du PTr
pour qu'il ait un accès privilégié au Commerce
au point où cela gêne et embarrasse des fonctionnaires
? Ce sont des questions auxquelles le ministre doit répondre
au lieu de chercher systématiquement des faux-fuyants.
La saga des barres de fer est encore plus caractéristique
de l'État voyou, mafieux même, auquel nous sommes
confrontés. La préférence pour Murray and
Roberts est, depuis le début, trop évidente pour
ne pas avoir des allures suspectes. Il a été demandé
au ministre Jeetah de déposer sur la table de l'Assemblée
nationale un relevé de ses appels téléphoniques
avant qu'il ne se rende pour une mission inutile en Afrique du
Sud. Cela remonte à novembre. On a rien vu depuis. Ce dont
on a par contre été témoin, c'est cette formidable
séquence des événements, écrit comme
un scénario de série B, qui a crucifié Desbro
et consacré Murray and Roberts.
Les scénarios, c'est joli quand cela ne prête pas
à conséquence. Il y a 180 pères de famille
qui ont été jetés sur le pavé. Rajesh
Jeetah n'en a cure. Pourquoi s'occuperait-il des travailleurs
de Desbro alors que ceux d'une compagnie qui lui est proche, Capital
Securities, doivent aller à Radio One chercher leur dû,
leurs malheureux salaires de février et de mars ? C'est
apparemment ça qu'on appelle "putting people first
!".
Pour l'industrie sucrière, c'est pareil. Même méthodes
de racaille. Il fallait peut-être demander une contrepartie
aux sucriers pour l'aide apportée à la restructuration,
mais cela aurait dû avoir été fait à
l'ouverture des négociations et non pas après la
conclusion des pourparlers et après que des backbenchers
sont venus mettre à mal des ministres à un groupe
parlementaire houleux.
L'Alliance sociale risque, il est vrai, de se retrouver dans une
posture délicate devant l'histoire, elle qui n'avait rien
demandé et donc rien obtenu - même pas un pot de
terre, comme aimait le souligner Veda Baloomoody lorsqu'il siégeait
au Parlement avant 2005 - lors de la vente, en 1998, de Lonrho
à Illovo, alors même qu'il y avait eu une concession
fiscale de Rs 198 millions, elle qui avait critiqué le
deal Illovo sur une base strictement raciste, alors même
que plus de 3 000 arpents dont près de 1 000 arpents gratis
étaient passés des mains des sucriers à celles
de l'État et du Sugar Investment Trust des "vieilles
ferrailles". Elle s'apprêtait à donner, comme
dit l'autre, un jackpot sans contrepartie valable. Il y
a de ces retournements historiques
Humeur
L'exploit de Rajesh Jeetah
Rajesh Jeetah vient de réussir un véritable exploit.
Le ministre du Commerce a permis la fermeture d'une entreprise
locale qui a été rachetée par le représentant
d'une firme étrangère. Sous prétexte de mener
la guerre aux cartels locaux, il a créé les conditions
nécessaires pour obliger Desbro à fermer ses portes
et à accepter la proposition de rachat de Murray and Roberts,
ce qui offrait à la firme sud-africaine le monopole du
marché de fer de construction à Maurice. Non content
d'avoir offert à la firme sud-africaine le marché
local sur un plateau, le ministre du Commerce lui a offert un
autre cadeau: une baisse des tarifs douaniers de 30 à 15%
sur l'importation des fers de construction.
Pour Murray and Roberts, l'île Maurice est plus qu'un paradis,
c'est un véritable eldorado. En effet, ce n'est pas la
première fois que la firme sud-africaine bénéficie
de mesures prises par le ministre du Commerce. Les mauvaises langues
disent: des mesures taillées sur mesure pour ses besoins.
En octobre de l'année dernière, Murray and Roberts,
qui attend une cargaison de 4 000 tonnes de fer, réclame
une augmentation du prix de vente de 17%. À première
vue, cette démarche n'a aucune chance d'aboutir. En effet,
quelques mois plus tôt, le ministère du Commerce
avait refusé une augmentation de 37% demandée par
Desbro, qui disait travailler à perte en raison des augmentations
du prix des matières premières sur le marché
mondial.
Quelques mois plus tard - et malgré un avis favorable du
ministère des Finances - , une autre demande pour une diminution
des droits de douanes sur les barres de fer avait été
également rejetée par le ministère du Commerce.
Mais, à la surprise générale, non seulement
le ministère du Commerce accepte la demande d'augmentation
de Murray and Roberts, mais au lieu des 17% demandés, il
donne 20% sur le prix de vente des fers. Une véritable
aubaine pour la firme sud-africaine dont la dernière cargaison
commandée sur les anciens prix est vendue 20% plus cher.
Si les 20% d'augmentations permettent à la firme sud-africaine
de bénéficier de juteux windfall gains, elles
ne parviennent pas à tirer d'affaire les entreprises mauriciennes.
Steel Consolidated ferme avant la fin de l'année, tandis
que Desbro annonce qu'il fonctionne à perte et ne pourra
pas le faire indéfiniment. La fermeture d'une entreprise
locale et l'annonce qu'une deuxième risque de lui emboîter
le pas n'a pas semblé gêner le ministre du Commerce.
Il est vrai qu'il avait été très occupé
pendant les deux premiers mois de l'année à organiser
l'opération Asian Queen. Toujours dans le cadre de son
combat anti-cartel et convaincu de l'éventualité
d'une pénurie de ciment, il pousse le directeur général
de la STC à jouer à l'importateur de cette denrée.
Un cargo, l'Asian Queen, est affrété pour transporter
une cargaison de 20 000 tonnes de ciment à Port-Louis pour
parer à tout risque de pénurie. Mais la pompe du
cimentier casse en arrivant au port et quand elle est réparée,
la proximité du cyclone Gamede retarde le débarquement
de plusieurs jours, le temps pour la cargaison des fournisseurs
habituels d'arriver et d'être mis en vente. La hantise anti-cartel
et anti-pénurie du ministre Jeetah coûtera quelques
dizaines de millions de roupies au contribuable mauricien via
la STC.
Le refus du ministre du Commerce d'accorder une augmentation des
prix de vente des barres de fer sur le marché local ou
une diminution des droits de douane à l'importation conduira
Desbro à fermer ses portes. L'entreprise, qui comptait
40 ans d'existence, met la clé sous le paillasson, licencie
ses 180 employés, dont son directeur général,
et commence des négociations pour vendre ses actifs à
Murray and Roberts, devenue incontournable dans le business du
fer de construction à Maurice. Desbro annonce sa fermeture
et les licenciements à la fin de mars. Les négociations
pour le rachat commencent en même temps et il est annoncé
mardi dernier que Murray and Roberts est le nouveau propriétaire
de Desbro et que la firme sud-africaine contrôle pratiquement
90% du marché du fer de construction à Maurice.
Trois jours plus tard, le ministre du Commerce annonce une baisse
de 30 à 15% des tarifs douaniers sur l'importation des
fers de construction et la libéralisation du prix de vente
de cette marchandise. Un autre exploit pour ce champion déclaré
du contrôle des prix. Encore un cadeau pour Murray and Roberts.
Si cette même décision avait été prise
il y a deux semaines, Desbro n'aurait pas fermé ses portes
et ses 180 employés n'auraient pas été licenciés.
Dans n'importe quel pays qui se respecte, l'opération consistant
à laisser fermer une entreprise locale pour qu'elle soit
rachetée par une société étrangère
aurait été qualifiée de comportement anti-national.
À Maurice, aucun de ces ministres qui se disent patriotes
n'a émis un soupir de protestation face à "l'exploit"
de Rajesh Jeetah. Au contraire, nous apprend Le Mauricien
de samedi, "le conseil des ministres a confié au
ministre du Commerce la responsabilité de procéder
à une surveillance systématique de la situation
du marché du fer pour lutter contre d'éventuelles
pratiques abusives des fabricants, des importateurs et des commerçants."
Autrement dit, "mette lichien veille saucisse".
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 8 avril 2007
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