é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 8 avril 2007

1947, LA GRANDE PLAIE MALGACHE !
Gérard Cateaux


En 1946, Madagascar devint, par décret issu de Paris, un territoire d'outre-mer de la France métropolitaine. Nous sommes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale lorsque le nationalisme malgache s'organise. Ainsi, voit le jour le Mouvement Démocratique de la Rénovation Malgache (MDRM) qui avait pour objectif d'œuvrer pour l'indépendance de Madagascar de la France métropolitaine. Il faut souligner que Madagascar, en tant que royaume, entretenait, au dix-huitième siècle, des relations diplomatiques avec les grands de l'époque. Qu'il y eut des échanges de diplomates, par exemple, entre la Grande-Bretagne et la Grande Île. Que des pasteurs anglicans ont contribué à l'émancipation scolaire de l'Île rouge. Témoin de cette influence, des mots qui sont entrés dans le vocabulaire malgache, tels le "booky" (livre), le "slaeity" (l'ardoise), ou encore le "pensil" (le crayon).

Ce mouvement de libération à vocation nationaliste - les Malgaches n'ont jamais évoqué une quelconque connotation "révolutionnaire" à leur démarche - n'était pas vu d'un bon œil par les colons français qui exploitaient les richesses de leurs pays. Le riz, nourriture de base des Malgaches, servait aussi les intérêts des colons. Plus précisément dans la région d'Ambatondrazaka. De même pour les fruits, les pierres précieuses et semi-précieuses. Sans compter les produits issus de l'exploitation maritime : langoustes, poissons, crevettes ou autres poulpes qui foisonnent tout au long des côtes malgaches, du nord au sud et de l'est à l'ouest. Toute cette manne était "l'affaire" des colons français. Et toute tentative de la leur enlever signifiait, à court et à long termes, leur disparition du paysage économique et politique régional.

D'où, cette "invention" d'insurrection malgache à l'égard de l'État français. Qui a eu pour conséquence que la France a agi de manière surdimentionnelle en impliquant ses militaires à "écraser" la révolte malgache. Qu'avaient-ils nos propres frères malgaches face à la machine de guerre française, pour se défendre ? Des lances, des sagaies ou autres armes artisanales ! Mais face à l'armée française, forte de la campagne mensongère des colons, plus de 100 000 malgaches furent massacrés. Un jeune chercheur malgache, Juvence F. Ramasy, dans son mémoire de doctorat, nous rappelle que lors d'une visite à Madagascar en avril 2005, le président français, Jacques Chirac, a présenté "les excuses au nom du peuple français par rapport aux événements de 1947 qu'il a qualifié d'inacceptables".

Est-ce que la boucle est bouclée, pour autant ? Le premier président malgache, après l'indépendance, SE Philibert Tsiranana, était toujours la risée des colons restés à Madagascar après la décolonisation. Ses ministres, à l'instar de Jacques Bemanjara, député de Tamatave, militant et poète, ministre de l'Éducation, n'avait pas droit au chapitre par ses pairs européens.

Il eut fallu attendre l'arrivée du progressiste Richard Ratsimandrava (considéré comme le Sankara malgache) - victime d'un attentat une semaine après son arrivée au pouvoir - et de l'Amiral Didier Ratisaka, côtier à l'est de l'île, pour voir Madagascar retrouver sa dignité et sa fierté malgache. Que dis-je, retrouver son âme...



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 8 avril 2007