é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 8 avril 2007



Consommation - denrées de base—Le riz et le lait dans la spirale de la hausse
Arrêt de vente de gaz ménager—Les gérants de stations-service menacent à nouveau
Depuis mardi—Le diesel plus cher
« Tailoring Fiscal Policy »—Fer de construction : baisse des tarifs douaniers à 15%
Commerce du fer de construction—Jayen Chellum de l'Acim: "La déstabilisation du marché coûtera cher aux consommateurs"
Fer de construction—Ashok Subron de la Steel Rolling Workers' Union: "Travailleurs et consommateurs victimes de la lutte entre dinosaures et rapaces"
Assemblée générale annuelle MLC—Réalité socio-économique et mobilisation


Consommation - denrées de base

Le riz et le lait dans la spirale de la hausse

Le lait, le riz, les céréales et les grains secs… Ces denrées feront à nouveau l'objet de majoration dans les jours à venir. Le riz Basmati a déjà accusé une nouvelle hausse cette semaine. Soit une moyenne de Rs 4,40 par kilo ou Rs 22 de plus pour un sachet de 5kg. Dans cette spirale de hausse dictée par une situation où la demande dépasse largement l'offre sur le marché international, le lait sera sans doute le plus affecté. Les importateurs annoncent une majoration de 20% pour bientôt. Nestlé a donné le ton cette semaine réajustant certains de ses produits, dont le lait en poudre destiné aux enfants. Dans les grandes surfaces, les rayons "produits laitiers" font déjà grise mine. Une bonne partie annonce qu'elle sera bientôt en rupture de stock après le week-end.

"Pa reste beaucoup !", déclarait, hier matin, un employé d'un supermarché très prisé dans la capitale, s'affairant à installer les boîtes de lait Red Cow sur les étagères. À la sortie de cette même grande surface, un couple poussant un caddie contenant une dizaine de boîtes de lait Twin Cow confirme, en quelque sorte, les craintes d'une éventuelle flambée de prix de lait. Dans les autres hypermarchés, principalement ceux des Plaines Wilhems, la même attitude est notée. "Les nouvelles vont vite à Maurice. Cette semaine, les clients se sont rué vers les rayons des produits laitiers. Certains partent même avec dix boîtes de lait en poudre. Nous disposons d'un stock d'un peu moins d'une semaine. Mais si cette tendance se confirme, il est presque certain que nous serons en rupture de stock après le week-end", déclare le responsable d'un hypermarché.

Les importateurs se retrouvent également en situation difficile. Ils n'arrivent pas à approvisionner les revendeurs qui, pour leur part, n'écartent pas la possibilité d'une pénurie de lait. Ce scénario n'est toutefois pas à l'ordre du jour du côté des importateurs qui, selon les informations recueillies, se sont déjà penchés sur leur nouvelle liste de prix de leur dernière et nouvelle cargaison. Il ressort en effet que la hausse moyenne devrait se situer dans les 20% dans un premier temps. À titre d'exemple, un kg de lait en poudre Red Cow devrait se vendre entre Rs 142 à Rs 148 dans les jours à venir. Une boîte de 1 kg de lait en poudre, globalement, devrait coûter plus de Rs 125.

Les préoccupations des consommateurs portent toutefois sur la disparition de certains produits dans les rayons des supermarchés, dont certaines marques de lait vendues en brique, parmi lesquelles Red Cow. "Depuis quelque temps nous n'en recevons plus", déclare un gérant de supermarché. Il reste que certaines marques sont encore disponibles dans les grandes surfaces, alors que d'autres seront sans doute appelés à disparaître, notamment les produits venant de l'Argentine. "Le problème, c'est que l'Argentine a imposé une export duty 1000 usd par tonnes, occasionnant ainsi une hausse moyenne de 50% sur le prix de vente", indique Mosadeq Sahebdin, coordonnateur à l'institut pour la protection des consommateurs (ICP).

Le fait est qu'une baisse de la croissance de la production de lait au niveau mondial aura un impact direct sur le prix, d'autant plus que la demande a augmenté par 1% cette année sur le marché mondial. À titre d'exemple, la poudre de lait écrémé a connu une majoration de 50% sur le marché mondial. Les stocks s'épuisent rapidement, notamment à cause des conditions climatiques difficiles en Australie, la taxation élevée des exportations décrétée en Argentine et l'arrêt pur et simple des exportations décidé en Inde. À cela s'ajoute l'arrivée de nouveaux grands pays importateurs sur le marché comme la Chine, les pays du Moyen-Orient, le Mexique et le Brésil. La baisse de l'offre s'explique également par la réorientation de la production des pays de l'Union européenne vers des produits à haute valeur ajoutée, tels les fromages, les yaourts et les produits laitiers liquides.

Le même scénario se dessine pour le riz, dont la récolte est sérieusement affectée par les mauvaises conditions climatiques. Cette semaine, le riz Basmati a enregistré une nouvelle majoration de prix, un sachet de 5kg de Rimilda, par exemple, est passé de Rs 148 à Rs 170, alors que le sachet de Rosana coûte Rs181 au lieu de Rs 159.


Arrêt de vente de gaz ménager

Les gérants de stations-service menacent à nouveau

Les gérants des stations-service, réunis au sein de la Petrol Retailers Association (PRA), ont à nouveau menacé de stopper la vente de gaz ménager en raison de l'absence de décision du gouvernement de revoir leur marge de profit. Après avoir obtenu une augmentation de 50 sous sur chaque kilo de gaz ménager vendu en janvier, ils s'attendaient en effet, selon les promesses du ministre du Commerce, Rajesh Jeetah, disent-ils, à avoir 10 sous supplémentaires en avril. "Minis Jeetah pe amenn nou an bato", a déclaré le secrétaire de la PRA, Roopchand Ragooputh.

"Non seulement il est en train de nous mener en bateau, il fait tout pour mener notre bateau à la dérive", ajoute le secrétaire de la PRA, qui relate les événements de lundi: "Le ministère nous a informé à 11h25 que nous étions convoqués à une réunion le même jour à 16h30. Lors de la réunion, le Permanent Secretary nous annonce que les 10 sous promis ne nous seront pas accordés parce que c'est une cabinet decision. Le lendemain matin, mardi, nous avons organisé une réunion d'urgence et à 11h, nous avons reçu un appel du secrétaire du ministre nous faisant part que ce dernier veut nous rencontrer à 15h30. Nous avons accepté de le rencontrer. À 16h25, il se pointe pour nous annoncer la même chose: it's a cabinet decision !"

Pour Roopchand Ragooputh, le ministre concerné n'aurait pas tenu sa parole en prenant l'engagement en décembre 2006 d'accorder les 10 sous additionnels en avril, afin que les gérants des stations-service puissent couvrir les coûts liés à la vente des bonbonnes de gaz ménager. Ils ont ainsi formulé une nouvelle demande dans ce sens, de même que pour leur profit margin sur l'essence et le diesel. "Nous avons demandé à ce que notre marge de profit soit fixée à un taux de 6%. Ailleurs, tous les dealers bénéficient d'un pourcentage. À la Réunion par exemple, ils bénéficient de 8%, ce qui leur permet d'accepter les cartes de crédit. Or à Maurice, qui aspire à accueillir 2 millions de touristes, les cartes de crédit ont été bannies dans les stations-service. Au lieu d'avancer, nous sommes en train de reculer", indique-t-il.

Les principaux points qui seront discutés lors de la réunion du 19 avril sont l'arrêt de la vente du gaz ménager; la marge de profit sur les carburants; les heures d'ouverture, et la sécurité des travailleurs dans les stations-service. Les récents braquages dans les fillings ces derniers temps inquiète la PRA. Elle a eu une réunion de travail avec les hauts gradés de la police en fin de semaine pour voir dans quelle mesure la sécurité pourrait être renforcée dans les stations-service.


Depuis mardi

Le diesel plus cher

Le diesel coûte plus cher depuis mardi, le prix d'un litre à la pompe passant de Rs 26.50 à Rs 28.35. La nouvelle structure de prix pour ce carburant sous l'Automatic Pricing Mechanism (APM) a été avalisée lors de la réunion du certification committee chargé de fixer les prix des carburants pour ce deuxième trimestre de l'année. Par contre, le prix de l'essence est resté inchangé, Rs 32.50 le litre, ainsi que celui de l'huile lourde: Rs 11.15.

L'augmentation du prix du diesel est attribuée par une baisse dans l'importation de ce carburant durant ces trois derniers mois, et ce malgré une stabilisation du brut sur le marché mondial. L'année dernière, c'est l'inverse qui s'était produit lorsque le volume de carburant avait connu une importante hausse. Le prix du diesel avait alors baissé. Si l'on suit cette logique, le prix du diesel devrait baisser lors des deux prochains exercices, avec une hausse attendue dans la consommation avec l'ouverture de la coupe sucrière.


" Tailoring Fiscal Policy "

Fer de construction : baisse des tarifs douaniers à 15%

À peine le rachat de Desbro International Limited par Murray and Roberts d'Afrique du Sud conclu, le gouvernement a accédé à deux demandes qui avaient été jusqu'ici rejetées par le ministère du Commerce.

À partir de la fin de la semaine écoulée, les prix de vente au détail des barres de fer de construction ont été libéralisés avec un ajustelent vers la hausse et les tarifs douaniers sur les importations de ces matériaux de construction ont été réduits de 30% à 15%.

Ces décisions ont été entérinées par le conseil des ministres de vendredi alors que les 181 employés licenciés de Desbro International Limited sont toujours dans le flou quant à leur avenir avec la fermeture de l'unité de production de Plaine-Lauzun.

Les raisons avancées par le gouvernement pour justifier ces décisions et pour essayer de rejeter la thèse de tailoring fiscal policy en faveur du nouveau venu sur le marché, Murray and Roberts, sont que l'objectif est d'atténuer la pénurie des barres de fer sur le marché local avec des risques de paralysie de l'industrie du bâtiment. Murray and Roberts, qui a racheté Desbro, ne sera pas en mesure de redémarrer la production avant trois mois.

Les mesures annoncées sont la réduction de la taxe de 30% à 15% sur l'importation des barres en provenance des pays ne faisant pas partie de la COMESA ; la libéralisation du prix des barres de fer, importées ou produites localement. D'autre part, le ministère du Commerce devra s'assurer que les producteurs, les importateurs et les revendeurs ne s'engagent pas dans des pratiques abusives au détriment des consommateurs. Au cas contraire, la menace de la réintroduction du contrôle des prix est brandie par le gouvernement.

Par ailleurs, la Commission pour la démocratisation de l'économie, sous la présidence du député Cader Sayed-Hossen, étudie les moyens d'encourager davantage de compétition dans ce secteur. Cette instance compte dans les jours à venir rencontrer les acteurs potentiels à cet effet.

Du côté de Desbro International Limited, l'on dénonce avec véhémence la politique adoptée par le gouvernement depuis l'année dernière visant à "étrangler" financièrement cette compagnie en refusant une révision des prix de vente des barres de fer sur le marché local pour permettre à l'usine de fonctionner. Or, aujourd'hui, the first casualties ne sont autres que 181 pères de familles, dont certains avec plus de 30 ans de service, se retrouvent sur le pavé du jour au lendemain.


Commerce du fer de construction

Jayen Chellum de l'Acim: "La déstabilisation du marché coûtera cher aux consommateurs"

Les "tergiversations" et l'"utilisation" du contrôle des prix pour "déstabiliser le marché" coûteront cher aux consommateurs, a estimé, hier, le secrétaire-général de l'Association des Consommateurs de l'île Maurice (Acim), Jayen Chellum.

En l'absence d'une législation pour régir la compétition et les risques de constitution de monopoles, de duopoles et de cartels, l'Acim doute fort que la libéralisation décidée des prix de vente du fer de construction ne joue en faveur des consommateurs. L'association cite, à cet effet, l'exemple flagrant du poulet.

L'Acim condamne, d'abord, ce qu'elle estime être l'utilisation du contrôle des prix pour, dans un premier temps, éliminer un opérateur du marché du fer de construction. Maintenant que, déclare-t-elle, une "compagnie étrangère" contrôle 80% de ce marché, la libéralisation des prix ne se fera, en rien, à l'avantage des consommateurs.

Même si l'association convient que la baisse à 15% des droits de douane à l'importation des pays du Comesa peut, dans un premier temps, entraîner une baisse des prix de vente, l'absence d'un Competition Act en vue d'assurer un "level praying field" dans le commerce n'est pas, à terme, dans l'intérêt des consommateurs.

Sur le même dossier du fer de construction, Jayen Chellum a allégué, hier, lors d'une conférence de presse, que du fer de construction qui ne répondrait pas aux normes initiales du Mauritius Standards Bureau (MSB) aurait été écoulé sur le marché il y a quelques mois. Selon lui, ces normes de fiabilité auraient été, par la suite, révisées à la baisse "à l'insu des autres compétiteurs et des ingénieurs".

M. Chellum condamne aussi ce qu'il estime être l'importation récente, "dans un manque de transparence", de 20 000 tonnes de ciment par la State Trading Corporation (STC). L'Acim salue, sous ce rapport, les fonctionnaires "qui ont refusé de s'y associer" et dit son intention de soutenir toute demande de commission d'enquête en vue de faire la lumière sur cette transaction "qui a occasionné plus de Rs 100 millions de pertes des caisses de l'État".


Fer de construction

Ashok Subron de la Steel Rolling Workers' Union: "Travailleurs et consommateurs victimes de la lutte entre dinosaures et rapaces"

Pour Ashok Subron, conseiller technique de la Steel Rolling Workers Union, syndicat affilié à la General Workers' Federation (GWF), les derniers développements intervenus, vendredi, dans le dossier du fer démontrent que le pays, les travailleurs et les consommateurs "paient les conséquences de la lutte féroce entre dinosaures et rapaces".

M. Subron trouve que c'est la débandade face à la libéralisation du commerce international, conséquence de la "mondialisation capitaliste". "Nous constatons une guerre larvée entre différentes sections du capital en vue de tirer le maximum de bénéfices de la situation au détriment des consommateurs et des travailleurs".

Face à cela, l'État, d'après lui, avait le choix de "protéger les travailleurs et les consommateurs" en demandant à son bras économique, la State Investment Corporation (SIC), d'acquérir 50% des intérêts de la défunte Desbro. "Au lieu de cela, le gouvernement, déclare Ashok Subron, a préféré la loi de la jungle".

Pour le conseiller du syndicat des travailleurs de Desbro, après la décision du Cabinet des ministres de libéraliser les prix du fer de construction, il est encore plus important pour Rogers et le gouvernement "d'assumer leurs responsabilités" envers ces derniers, "victimes innocentes de la guerre entre dinosaures et rapaces".

Aussi, la Steel Rolling Workers' Union maintient-elle toutes ses demandes initiales, notamment le redéploiement des licenciés dans les autres filiales de Rogers ou la réembauche de l'ensemble des ex-travailleurs de Desbro par le repreneur "selon les mêmes conditions d'emploi et de service".

Pour M. Subron, le sort de l'ex-Desbro n'est qu'un "avant-goût de ce que réserve la mondialisation capitaliste à l'ensemble des industries de substitution".


Assemblée générale annuelle MLC

Réalité socio-économique et mobilisation

"Zot bizin faire zot la voix tendé en corcordance ek la réalité économique", a déclaré Arvind Boolell, ministre de l'Agro-industrie à l'ouverture de l'Assemblée générale annuelle de la Mauritius Labour Congress à l'Hôtel Gold Crest à Quatre Bornes. Déclaration dans un contexte de réformes dans différents secteurs et de la crainte des travailleurs exprimée par le Président de la fédération syndicale Cassam Kurreeman. Arvind Boolell s'est voulu rassurant en parlant de la formation et de l'encadrement des travailleurs dans les secteurs en difficultés. Les travailleurs de l'industrie sucrière bénéficieraient d'une grande part de la somme de Rs 12, 5 milliards destinées aux mesures d'accompagnement.

Inflation, changement dans le tripartisme, fermeture prochaine de trois usines sucrières et surtout le Employees Relation Bill. Telles sont les préoccupations majeures du MLC dans un contexte de globalisation. Son président, Cassam Kurreeman, a déclaré que la fédération syndicale a atteint ses objectifs mais que son travail est entravé par la situation économique et sociale prévalant dans le pays. Il a parlé des négociations salariales difficiles, de la crainte des travailleurs face à la centralisation, le flou qui existe autour de la SIE Act et le manque d'information par rapport au "new industrial law". Le ministre de l'Agro-industrie a répondu au nom du gouvernement que le Employees Relation Bill sera bientôt circulé et que cette loi est nettement en faveur de la classe des travailleurs. Il a cité en exemple une allocation chômage dont bénéficieraient les sans-emplois en attendant de trouver un autre travail. Le ministre Boolell a aussi parlé du droit de grève, de l'encadrement des travailleurs et des cotisations sociales. Il est important de réconcilier l'économie et le social dans un contexte où les réformes sont inévitables, a-t-il déclaré. Le vice-Président de la République, Raouf Bundhun, qui procédait à l'ouverture de l'assemblée souhaitait que le ministre de l'Agro-industrie soit interpellé sur la fermeture prochaine de trois sucreries et le redéploiement des travailleurs dans ce secteur. Arvind Boolell a évoqué le marché libre qui se profile à l'horizon. Le pays n'a pas d'autres choix que de baisser les coûts de production et d'adopter la politique de clustering. D'ici 2013, le pays bénéficiera d'une somme de Rs 12, 5 milliards en termes de mesures d'accompagnement. 51% de cette somme ira dans divers secteurs de l'économie (seafood, textile…), une partie dans le Empowerment Fund et une autre dans l'industrie sucrière au bénéfice des travailleurs. "Nou la pou proteze bane travailler… donne bane mesures d'accompagnement pou empower zot", a déclaré Arvind Boolell. Il a aussi parlé du Competition Bill et de la nécessité d'élargir nos marchés d'exportation. Il a évoqué le lien organique entre le travaillisme et le syndicalisme. Il ne faut toutefois pas se dissocier de la réalité économique et sociale, a-t-il ajouté.



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 8 avril 2007