é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 25 mars 2007



Finances publiques—Déficit budgétaire: Le target de 4% ne sera pas atteint
La ponction de Rs 140 millions du budget de la MTPA—Xavier Duval: "Je suis attristé…"


Finances publiques

Déficit budgétaire: Le target de 4% ne sera pas atteint

Le compte à rebours pour le budget 2007/08 a été enclenché. En prélude à la première échéance budgétaire avec la soumission des Draft Estimates par les différents ministères au plus tard vendredi prochain, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, a animé, vendredi, un premier briefing prébudgétaire à l'intention de ses collègues ministres. C'était lors des délibérations du Conseil des ministres où les principaux paramètres économiques et budgétaires pour les premiers neuf mois de l'exercice financier en cours ont été passés en revue et analysés. Le principal constat dressé par le vice-Premier ministre et ministre des Finances est que le target de 4% pour le déficit budgétaire au 30 juin prochain ne sera pas atteint. Ce dérapage budgétaire s'explique par un Overshooting des dépenses dans certains secteurs budgétivores et un manque à gagner au niveau des mesures fiscales. En attendant les conclusions du Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre des Articles IV Consultations, l'urgence de maintenir le cap sur la réforme au cours des deux prochains exercices financiers a été réitéré.

Selon les recoupements d'informations effectués par Week-End après la réunion du Conseil des ministres de vendredi, le Grand Argentier a peint " un tableau de la situation économique extrêmement compliquée ". Se basant sur la performance des principaux indicateurs au cours du premier semestre 2006/07, les prévisions pour le premier trimestre de 2007 et les projections pour les trois mois à venir, il a été des plus catégoriques en ce qui concerne le taux de déficit budgétaire au 30 juin prochain.

" Nous n'allons pas être en mesure de respecter l'engagement pris dans le cadre du budget 2006/07 visant à ramener le taux du déficit budgétaire à 4%. Nous devrons faire face à cette réalité vu que les dépenses ont été plus élevées ", a fait comprendre Rama Sithanen lors de sa présentation des faits. Les raisons avancées derrière ce dérapage budgétaire sont que les dépenses n'ont pu être maîtrisées au niveau de certains secteurs comme l'éducation, notamment avec la Private Secondary Schools Authority (PSSA), la Santé, la Mauritius Revenue Authority (MRA) et le transport gratuit pour les étudiants. Le Cabinet Memorandum piloté par le vice-Premier ministre et ministre des Finances comporte des données statistiques sur la performance budgétaire qu'aucune des sources approchées par Week-End n'a voulue en faire état publiquement.

De l'autre côté du tableau budgétaire, les mesures fiscales annoncées n'ont pas donné les résultats escomptés. " Les problèmes rencontrés ont été le retard dans la mise en application de certaines mesures ou encore la révision à hausse des Aeronautical Charges alors que la nouvelle formule de la Campement Site Tax n'a pas encore été Implemented. La situation pourrait être atténuée avec des économies au niveau du budget de développement où des réalocations sont actuellement en cours ", a encore ajouté en substance le vice-Premier ministre et ministre des Finances lors de cet exercice, qui sera appelé à se répéter de manière régulière jusqu'à la présentation du budget en juin prochain.

En guise de " backdrop to the fortchoming budget exercise ", le Conseil des ministres de vendredi a réitéré l'urgence de la réforme au cours des deux prochains exercices financiers en vue de générer l'espace fiscal nécessaire en 2009/10 pour mettre à exécution " un ambitieux programme d'investissement public soutenu par des dépenses consacrées à des projets de développement d'envergure; relever le niveau de protection sociale en faveur des plus démunis et assurer la démocratisation de l'économie ".

Rama Sithanen est revenu sur le fardeau que représentera en 2007/08 le Debt Servicing avec des remboursements additionnels de plus de Rs 3 milliards à l'item des intérêts suite à la décision du précédent gouvernement concernant la dette locale et la hausse des taux d'intérêts sur le marché local. " D'autre part, en 2008/09, il faut tenir en ligne de compte le fait que les recommandations salariales du Pay Research Bureau (PRB) devront être mises à exécution. Néanmoins, nous commençons à sentir les premiers résultats de la réforme économique. Nous ne devrons pas baisser les bras car il est impératif que la croissance économique soit de 6 à 7% annuellement ", a fait ressortir Rama Sithanen.

Dans son dernier rapport sur l'économie intitulé " Mauritius Country Economic Memorandum - Managing Change in a Changing World " la Banque mondiale s'est montrée très critique à l'encontre de la formule de préparatifs budgétaires. " The culture of budgeting has not changed, but rather remains incremental and adversarial, with line ministries fighting to get most resources out of the Ministry of Finance and Economic Development which in turn becomes enmeshed in arguing the fine detail of the budget submissions. The Ministry of Finance so far has done little to reduce the overall fiscal deficit, not has it yet made ministers collectively face the trade-offs between and within sector portfolios in developing new policies. Powerful ministers continue to press for ambitious new programs which collectively cannot be financed ", soutient ce document de la Banque Mondiale.


Rama Sithanen: "Un effort de solidarité des hôteliers et des banquiers "

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Rama Sithanen, qui est parti en Afrique du Sud, hier matin, en vue de participer à une conférence sur les investissements réunissant la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud, a fait un appel au secteur de l'hôtellerie et aux banques commerciales pour compenser la réduction du budget de promotion de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). Cette démarche fait suite à la décision du Coneil des ministres de procéder à une réallocation de l'ordre de Rs 140 à Rs 150 millions pour le paiement de 25% des frais d'examens de School Certificate et de Higher School Certificate.

" Suite à cette décision du Conseil des ministres, nous avions à trouver les fonds nécessaires. Nous ne pouvions procéder à des coupures dans le budget de l'Education, de la Santé ou encore de la Sécurité sociale. Le budget alloué initialement pour les frais d'examens n'allait toucher que 1 800 candidats. Aujourd'hui, nous nous retrouvons avec quelque 22 000 candidats bénéficiant de subventions de 25% des frais d'examens, sans compter que quelque 8 200 bénéficieront d'une subvention de 100%. Nous avons dû trouver les moyens financiers nécessaires pour traduire cette décision du gouvernement dans la réalité ", a fait comprendre Rama Sithanen.

Le vice-Premier ministre et ministre des Finances souligne que cette démarche constitue une One-Off Decision. " Dans un effort de solidarité nationale, nous avons décidé de nous tourner vers les secteurs porteurs de l'économie pour compenser cette réduction du budget de promotion de la MTPA. Dans la conjoncture, le gouvernement a fait appel à deux secteurs, soit l'hôtellerie et les banques, pour une contribution équitable d'un montant global de Rs 140 millions à Rs 150 millions pour les campagnes de promotion touristique ", a-t-il ajouté.

Le choix de ces deux secteurs économiques se justifie par le fait que l'hôtellerie et les banques commerciales sont les deux principaux bénéficiaires du développement de l'industrie touristique. " La politique adoptée par le nouveau gouvernement a débouché sur une relance de l'industrie touristique. Il ne faut pas occulter les décisions courageuses, notamment en ce qui concerne la politique en faveur de l'ouverture de l'accès aérien, avec des retombées sur les hôtels et les banques en matière de devises. Au gouvernement, nous pensons que cet appel à la solidarité sera entendu de manière spontanée par les concernés et qu'aucun préjudice ne sera causé aux efforts de la MTPA pour promouvoir la destination touristique de Maurice ", devait conclure Rama Sithanen.

Les principaux opérateurs dans les deux secteurs économiques doivent se réunir en début de semaine pour analyser l'appel du gouvernement et définir les modalités de cette contribution de solidarité. " Evidemment, nous allons entretenir avec tout le sérieux possible cet appel à la solidarité du gouvernement. Dans l'hôtellerie, seuls les groupes profitables seront mis à contribution. Nous pensons que le gouvernement aurait dû inclure dans cette liste les compagnies engagées dans des projets d'Integrated Resort Scheme (IRS) vu que c'est une One-Off Décision ", indique une source autorisée dans le secteur de l'hôtellerie.

Du côté des banques commerciales, la Mauritius Bankers Association pourrait faire connaître sa réaction et les modalités de sa contribution dès le début de la semaine d'autant plus que la question de profitabilité dans le secteur bancaire ne constitue nullement un problème.


La ponction de Rs 140 millions du budget de la MTPA

Xavier Duval: "Je suis attristé…"

Les victimes collatérales de la décision du gouvernement de subventionner jusqu'à 25% les frais d'examen pour les parents touchant plus de Rs 10 000 par mois sont la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), le ministère du Tourisme ,et, par extension, Xavier-Luc Duval, qui n'a pas caché son irritation depuis vendredi après cette initiative de son collègue des Finances, Rama Sithanen.

Interrogé par Week-End hier, le ministre du Tourisme a fait la déclaration suivante: "Je suis très heureux qu'on ait pu trouver une solution au financement des frais d'examen du SC et du HSC. J'ai été un des premiers à demander qu'une solution soit trouvée pour les plus pauvres et ceux qui sont au bas de l'échelle. Je suis très fier que grâce à l'efficacité de l'action de mon ministère, c'est à travers le budget du Tourisme qu'on financera cette solution. Cela dit, je suis attristé que l'on n'ait pas discuté plus en profondeur de toute cette question et je crains que le tourisme n'ait pas le même élan qui a été le sien ces dernières années, soit un secteur qui crée des richesses, des emplois et des opportunités pour le plus grand nombre".

Selon nos recoupements, c'est de Rodrigues où il se trouvait que le Premier ministre est informé par Rama Sithanen des grandes lignes concernant les assouplissements possibles quant au régime des subventions sur les frais d'examen. C'est ce qui explique qu'à la réunion de jeudi avec la plate-forme citoyenne - qui se tient plus pour l'exercice de communication et pour la forme qu'autre chose - que Navin Ramgoolam ait parlé de "macadam" pour ce qui est du moratoire demandé.

Au conseil des ministres, vendredi, Rama Sithanen vient avec le financement des nouvelles propositions et dit qu'il va ponctionner les Rs 140 millions requises du budget de la MTPA. Xavier Duval est pris de court, résiste, mais n'y peut rien dans la mesure où le ministre des Finances avait exposé au Premier ministre ses contraintes budgétaires. On tente de consoler le ministre du Tourisme en annonçant qu'il sera demandé aux banques et aux hôtels de contribuer à la promotion touristique.

Xavier Duval est toujours très déçu dans l'après-midi de vendredi qu'on lui ait pris son budget de la MTPA sans lui avoir préalablement demandé son avis. Il exprime sa déception, fait des premières déclarations radiophoniques, mais ce sont certains de ses collaborateurs qui parlent et qui ne cachent pas eux qu'ils sont consternés par les méthodes de Rama Sithanen, qui n'a pas jugé bon de consulter son collègue avant de pratiquer une aussi grosse coupe dans son budget.

Irritation à peine dissimulée

Au ministère du Tourisme, on va plus loin et on avance que d'autres sources de financement autres que le budget dévolu à la promotion touristique, auraient pu être trouvées et la somme réunie pour couvrir le coût des subventions des frais d'examen. D'où l'irritation à peine dissimulée des acteurs du tourisme.

Quant aux propos tenus par le Premier ministre hier matin selon lesquels le tourisme marche bien et qu'il n'y a pas lieu de continuer à faire de la promotion sur les mêmes lignes, dans le secteur, on impute cela à une méconnaissance du dossier. On soutient que si la diversification des marchés est une réussite, il y a encore de gros efforts à faire en direction de l'Europe et de la France en particulier pour revenir aux chiffres des arrivées d'avant la crise du chikungunya de 2006, d'autant que les résultats sont jusqu'ici encourageants et qu'il faut maintenir le tempo.

La déclaration du ministre du Travail et de l'Emploi, Vasant Bunwaree, sur les ondes de Radio Plus hier matin, suggérant que les délégations de 20 personnes qui se rendent en mission de promotion à l'étranger soient réduites à leur juste proportion, a fait carrément rire les professionnels du secteur. Ces derniers rappellent que ces délégations sont presque toujours composées de trois ou quatre officiels du ministère et de la MTPA, et que le gros du bataillon vient du privé qui, comme on le sait, paie pour ces déplacements.

Dans les milieux du PMXD, on se demande si après certaines magouilles dans le port et à l'aéroport, certains ne se sont pas jurés d'avoir la tête de leur leader. C'est ce qui reste à voir…



é c o n o m i e WEEK-END --- dimanche 25 mars 2007