m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 4 février 2007



Du 27 avril au 6 mai au MGI - Promesse d'un "grand rendez-vous lyrique" avec Le Pays du Sourire
À bâtons rompus avec… - Marie-Thérese Humbert:"Écrire est un combat contre soi-même"
Histoire - Les premières ascensions difficiles du Pieter Both (1790 et 1832)
Le 8 février à Port-Louis - "La liberté est-elle une illusion ?" au centre du Café-Philo
Lors d'un concert vendredi après-midi - De jeunes universitaires disent "stop" au communalisme
Peinture - Clair obscur au Moulin Cassé


Du 27 avril au 6 mai au MGI

Promesse d'un "grand rendez-vous lyrique" avec Le Pays du Sourire

"Toujours sourire", "Je t'ai donné mon cœur". Les amateurs locaux d'opérette peuvent se réjouir: ils pourront très bientôt apprécier en live ces airs inoubliables du Pays du Sourire, célèbre opérette romantique de Franz Lehár. La Fondation Spectacle et Culture menée par Paul Olsen travaille en effet assidûment, en ce moment, à la préparation de ce qui est annoncé comme "un grand rendez-vous lyrique". Avec la participation d'artistes français et mauriciens, sous la direction d'un chef d'orchestre belge. Six représentations sont prévues du 27 avril au 6 mai, au MGI.

Compositeur autrichien d'origine hongroise célèbre pour ses opérettes comme Le Pays du Sourire ou La Veuve joyeuse, Franz Lehár est aujourd'hui considéré comme le créateur de la "grande opérette" en raison de son talent de musicien et de ses riches inspirations mélodiques.

Créé à Berlin le 10 octobre 1929, Le Pays du Sourire remporte un succès immédiat, qui ne se démentira pas au fil des années. Le public se laisse en effet aisément séduire par cette histoire qui se passe entre Vienne et Pékin. Lisa, fille du Comte de Lichtenfels (militaire de métier) s'éprend du prince chinois Sou-Chong. Elle l'épouse et le suit en Chine, mais se heurte très vite aux traditions locales, incarnées par Tchang, l'oncle de Sou Chong. Alors que son frère, Gustave, verra lui aussi contrarié son amour pour Mi, la sœur de Sou-Chong.

Joué à Maurice en 1939 au Théâtre de Port-Louis avec Max Moutia, Le Pays du Sourire a été repris régulièrement après la guerre. Cette fois, c'est donc la Fondation Spectacle et Culture qui fait le pari de faire revivre cette opérette chez nous.

Pour ce faire, la FSC s'est adjoint les services de Nicole Kuster (soprano grand lyrique) et de son époux Gil Kether, deux artistes français au riche palmarès, qui se sont produits et rencontrés chez nous lors de la saison d'opérette de 1996. Ensemble, ils ont depuis créé l'association Lyric'Armor qui leur permet de monter de nombreux spectacles et concerts, tant dans le domaine de l'opéra et de l'opérette que du chant religieux (oratorios).

Un duo en première mondiale

Outre d'interpréter le rôle phare de Lisa, Nicole Kether travaille également à l'écriture d'un duo entre Lisa et Mi qui, nous dit-on, sera présenté chez nous en première mondiale. De son côté, Gil Kether, outre le rôle du Prince Tchang, assurera aussi la mise en scène de cette opérette.

Dans le rôle phare du Prince Sou-Chong, le public local pourra découvrir Patrick Bladek, ténor français qui a récemment remporté un grand succès dans La Tosca de Puccini, ou en interprétant la partie ténor solo de la 9e Symphonie de Beethoven lors du Festival Yehudi Menuhin à Boulogne sur Mer. Il prépare actuellement les rôles d'Alfredo dans La Traviata et reprendra le rôle du Prince Sou-Chong à Dijon avant de venir le chanter à Maurice.

À ces trois voix françaises viendront s'associer celles de deux Mauriciens, à savoir Véronique Zuël-Bungaroo, qu'on ne présente plus, dans le rôle de Mi, et Benoît Harter dans le rôle de Gustave. Au terme d'études à Paris et à Genève, ce jeune compatriote qui s'est perfectionné aussi bien en chant qu'en régie générale et en conception lumière scénique et architecturale, assurera également ici la régie générale du spectacle.

L'orchestre, composé entre autres de musiciens du Conservatoire François Mitterrand, sera placé sous la direction du chef d'orchestre belge Daniel Furtemont, qui présente un impressionnant palmarès. Directeur du Conservatoire de Musique de Gosselies (Charleroi) depuis 1975, professeur honoraire au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles (trompette et musique de chambre) professeur honoraire au Conservatoire Royal de Musique de Liège (déchiffrage et transposition), il est également directeur musical du Centre Bruxellois de l'Opérette et de la Philharmonie Royale Sainte-Marie d'Oignies à Aiseau. Il a aussi été chef d'orchestre de nombreux spectacles comme le spectacle Luis Mariano au Cirque d'Hiver à Paris, Le Bal de l'Empereur à Paris Bercy, le Championnat de France de Valses viennoises à l'Olympia, le spectacle Hommage à Francis Lopez à Toulouse, etc.

Daniel Furnemont arrive à Maurice le 17 avril, soit dix jours avant la première, afin, nous dit-on, de faire travailler tous les musiciens, qui sont déjà au travail individuellement, certains depuis plusieurs mois. À noter que le pianiste Denis Lesage sera aussi de la partie.

Valses viennoises et danses chinoises

Les chœurs, eux, seront assurés par des chanteurs locaux appartenant à diverses formations, comme les Choral Singers, les Compagnons d'un Rêve, la chorale paroissiale de Rose-Hill, et les Enfants d'un Rêve. Ils seront choristes et figurants.

Au niveau chorégraphique, la production finalise actuellement la participation d'un corps de ballet pour les valses viennoises du premier acte dans les salons du Comte de Lichtenfels. Pour le deuxième acte, un accord a déjà été signé avec le Centre Ming Tek, pour la danse dans le palais impérial. La chorégraphie sera signée par Annie Wong, directrice artistique de cette école. Une vingtaine de danseurs y participeront. De son côté, le Golden Lion Circle, qui assure traditionnellement les défilés du dragon chinois, fournira les figurants du défilé qui se tiendra dans le palais impérial au deuxième acte. Ils seront sous la direction d'Alain Chan.

Murcia Harter, qui s'occupe des costumes, est, elle, déjà au travail depuis le mois d'octobre dernier.

"Nous travaillons assidûment à la production d'une pièce de qualité. Avec les talents que nous nous sommes adjoints, nous sommes confiants de pouvoir présenter un Pays du Sourire à la hauteur des attentes des amateurs locaux du genre lyrique, réputés exigeants", déclare Paul Olsen de la FSC. Rendez-vous est donc pris à partir du 27 avril prochain.

Le calendrier des représentations

Six représentations du Pays du Sourire seront prévues dans l'auditorium du Mahatma Gandhi Institute à Moka, selon le calendrier suivant:

- Vendredi 27 avril à 20h

- Samedi 28 avril à 20h

- Dimanche 29 avril à 15h

- Vendredi 4 mai à 20h

- Samedi 5 mai à 20h

- Dimanche 6 mai à 15h

Des tarifs réduits jusqu'au 26 mars

Dans une volonté déclarée de "démocratiser l'opérette", la Fondation Spectacle et Culture a choisi de mettre les billets pour Le Pays du Sourire en vente à partir de Rs 100. Ce jusqu'au 26 mars. À partir de cette date, le prix augmentera. Une pratique qui vise à encourager les réservations early bird.

Les réservations sont déjà ouvertes sur le Rézo Otayo (tel: 466-9999) ou à travers Internet (www.otayo.com ou www.otayo.com/paysdusourire.

Les places étant numérotées et réservées, il est bien entendu recommandé de s'y prendre tôt.

La Fondation dit avoir également enregistré des commandes d'Australie, les émissions des radios mauriciennes en Australie ont commencé à en parler et une agence de voyage s'est manifestée pour la mise en place d'un package.

Les billets seront prochainement en vente également à l'île de la Réunion via le réseau Otébiyé, qui est partenaire d'Otayo.


À bâtons rompus avec…

Marie-Thérese Humbert:"Écrire est un combat contre soi-même"

Marie-Thérèse Humbert vient de donner une série de conférences sur son œuvre à l'invitation de l'ambassade de France à Port-Louis. Nous avons rencontré la romancière pour une conversation à bâtons rompus au Centre Culturel Charles Baudelaire, juste avant la première conférence.

Si ses cheveux sont définitivement plus courts, le visage n'a pas changé. Marie-Thérèse Humbert a toujours ce sourire en coin qui lui donne un faux air de Joconde sur les photos de presse. Un visage et un nom qui a surgi au début des années 80 dans le paysage littéraire français. Et s'y est, depuis, solidement installé.

Vingt-cinq ans après A l'autre bout de moi, où en est la romancière d'origine mauricienne ? "Je ne suis pas arrivée quelque part, je suis encore en route. Si j'étais arrivée, ce serait la fin du parcours; je pourrais mourir. Encore que je ne croie pas en la mort, je sais que l'esprit ne peut pas mourir et j'ai un désir d'éternité éperdu. Je crois que c'est pour ça que j'écris d'ailleurs car je veux durer et faire durer avec moi ceux que j'aime. La vie est une longue route vers la sagesse qui s'apprend, comme l'amour à travers la souffrance et l'empathie avec les autres. Mais j'ai pas encore fini, il me reste encore à apprendre. Il faut tout une vie pour ça. J'apprends petit à petit. J'espère que je suis devenue un peu plus sage."

L'auteur d'A l'autre bout de moi se considérait-elle comme une révoltée ? "Je l'ai toujours été et je pense que tous ceux qui réfléchissent ont le devoir de se révolter, de ne rien accepter d'avance. Mais avec le temps, je constate que même s'il y a des hauts et des bas dans l'histoire de l'humanité, il y a surtout, à mon avis, des avancées. Il y a deux siècles, on pouvait faire rouer quelqu'un avec qui on n'était pas d'accord et c'était normal. Aujourd'hui, ce n'est plus admis, au moins dans les principes. L'esprit humain progresse même s'il y a des forces malfaisantes qui luttent contre le progrès."

Pour expliquer sa révolte, elle remonte aux temps de son enfance et d'A l'autre bout de moi, le livre qui l'a lancé. "Mon papa disait que je mettais toujours les pieds dans les plats, que je disais toujours ce qu'il ne faut pas dire. Souvent, je me dis qu'il faudrait que je fasse attention mais je ne tiens pas longtemps et les choses finissent toujours par sortir. Je l'ai fait dans A l'autre bout de moi et ce livre a eu l'impact que l'on sait."

Dans lequel des personnages de son premier roman se retrouve Marie-Thérèse Humbert ? "Comme tous les écrivains, je suis dans tous mes livres et un peu dans tous mes personnages. Mais le plus autobiographique de mes romans est Le Volkameria. Je pense que Christophe, un de ses personnages, est mon double. Les livres sont comme les enfants, on les aime tous, mais différemment. Avec le recul, je crois pouvoir dire que j'ai mis mon désir d'éternité dans Une robe d'écume et de vent.

La romancière revient dans son île natale après une absence de dix ans, pour parler de littérature. Comment se passe ce retour ? "Je crois que j'avais bien besoin d'un retour aux sources. J'avais un peu perdu confiance en moi après une agression que j'ai subie l'année dernière et qui m'avait perturbée au point de ne plus pouvoir écrire. J'avais un peu perdu confiance dans mon prochain. Cette invitation de l'ambassade de France de venir à Maurice est un grand service qu'on me rend. D'autant que je me souviens qu'à l'époque de la sortie d'A l'autre bout de moi, ce n'est pas le même accueil qui m'avait été fait à Maurice. Je n'ai jamais eu en France la virulence des critiques qui ont été publiées à Maurice sur le livre. Cela m'a touchée car j'étais et je suis toujours une grande sensible. Je suis toujours une gamine qui pleure en lisant Guerre et Paix, je pleure quand j'écris et il faut faire attention et essayer de se tenir en main. De se reprendre puisque je m'échappe de temps en temps. Je suis infernale et pas commode pour ceux qui m'entourent."

Depuis A l'autre bout de moi, Marie-Thérèse Humbert a publié une dizaine de romans, tous très bien accueillis par la critique française. Quelques-uns d'entre eux ont même fait partie des livres retenus pour les grands prix littéraires. C'est ainsi que Le chant du seringat la nuit a été sélectionné pour le Renaudot et que Le Volkameria a eu une voix pour le Femina.

Aucun regret de ne pas avoir obtenu un de ces prix ? "J'ai été nominée, j'ai failli avoir le Femina et ça ne m'a pas impressionnée. Même si j'ai été un peu fière d'avoir eu une voix entre Marguerite Duras et Bernard-Henri Levy. Mais rater le Femina a fait pleurer mon directeur littéraire de l'époque. Sans doute plus pour le manque à gagner financier que pour moi. Les prix littéraires sont, il faut le savoir, surtout de gros intérêts financiers."

L'expérience sert-elle dans le processus de création ? "À chaque fois que je termine un livre, je me dis que c'est le dernier, que je ne recommencerai plus cette expérience douloureuse. Et je recommence à chaque fois. Je reprends ma plume, car je hais l'ordinateur que je suis obligé d'utiliser à la fin. Non, c'est toujours la première fois quand je commence un livre. C'est angoissant: je me jette dans le vide et je ne sais pas où je vais. L'inspiration n'a rien à faire avec l'expérience. Elle pourrait se tarir. Il y a des jours où rien ne vient ou je reprends les pages écrites et je ne retrouve pas le "la" pour continuer. Et quand cela survient, il m'arrive de jeter à la poubelle le travail d'un mois. Écrire est un combat contre soi-même. L'inspiration ne coule pas comme un robinet que l'on se contente d'ouvrir. L'écriture est un travail de longue haleine."

Qu'est-ce que Marie-Thérese Humbert écrit, justement, ces jours-ci ? "Mon prochain livre est un roman complexe avec une multitude de personnages. Je reviens vers mon île imaginaire, composée de tous les endroits que j'ai aimés et qui est mon pays intérieur, finalement. Je n'aime pas parler des romans en cours d'écriture, mais puisque vous insistez… Il y a une femme qui court après un homme qui l'a quitté et qui n'accepte pas ce rejet. Elle est à la recherche d'un homme insaisissable, inaccessible, un nomade. Elle le suit, elle le pourchasse de sa passion, ce qui est pour moi le contraire de l'amour." Le titre est trouvé, mais il restera secret. Mais pas l'éditeur car Marie-Thérèse Humbert n'a pas renouvelé son contrat chez Stock, la maison d'édition qui a publié la majeure partie de son œuvre.

Changeons de sujet pour aborder celui de la politique que Marie-Thérèse suit aujourd'hui comme spectatrice après avoir été actrice, sous les couleurs du Parti Socialiste français dont elle fut une des candidates pour les élections cantonales. "Je suis aujourd'hui une spectatrice engagée de la politique, qui dit son opinion. Je ne suis plus membre du PS depuis que j'ai découvert le revers de la médaille politique, les ambitions personnelles, les coups bas. J'ai vite compris que je n'étais pas assez aguerrie pour ce domaine."

Que pense l'ancienne militante du PS de la candidature de Ségolène Royal ? "C'est bien que les femmes prennent des responsabilités en politique en France. Encore que ce ne soit pas toujours celles que je souhaiterais voir prendre ces responsabilités." Questionnée sur cette déclaration sibylline, elle va rapidement laisser le franc-parler prendre le pas sur le politiquement correct. "Je ne soutiens pas la candidature de Ségolène Royale. J'aurais soutenu la candidature d'Elisabeth Gigou ou de Martine Aubry du PS. Je ne soutiens pas cette candidature parce que je refuse le fait que les médias m'imposent une candidate. En France, actuellement, le pouvoir est détenu par les médias et il n'y a pas de contre-pouvoir. Je regrette qu'actuellement en France et pratiquement dans tous les domaines, de la politique à la littérature, les médias imposent leur point de vue. De nos jours, quelqu'un qui passe bien dans les médias a beaucoup plus de chance d'avoir un destin politique."

Revenons à la littérature. La locale. Depuis l'Aveyron, la romancière suit l'actualité littéraire mauricienne aussi régulièrement qu'elle le peut. "J'ai découvert avec un immense plaisir Ananda Devi qui m'éblouit à tous points de vue. C'est un écrivain. J'aime aussi beaucoup Barlen Pyamootoo et Alain Gordon-Gentil. C'est dommage qu'ils n'ont pas la publicité qu'ils méritent en France. Je suis avec beaucoup d'intérêt ce qui s'écrit à Maurice et je trouve qu'il y a ici des voix extraordinaires, pas assez connues en France, malheureusement."

L'heure tourne. Fred Constant, le conseiller culturel de l'ambassade de France qui supervise la brève tournée de Marie-Thérèse Humbert, s'impatiente. Le public commence d'arriver pour la première conférence et réclame la romancière. Dernière question: à quand la prochaine visite à Maurice de Marie-Thérèse Humbert ? "Ma vie est désormais dans l'Aveyron, avec mes enfants, mes petits-enfants. Mais j'espère pouvoir revenir à Maurice après la parution de mon prochain livre. Surtout si l'on m'invite."

Avis à qui de droit.


Histoire

Les premières ascensions difficiles du Pieter Both (1790 et 1832)

De l'avis des passionnés d'ascension et de rockclimbing, la montagne Pieter Both, la deuxième plus haute du pays, et surtout sa fameuse roche posée à 2 685 pieds tel un bonnet de révérend, n'est pas la plus difficile à escalader à l'île Maurice. Cette particularité lui est contestée par la montagne Rempart, qui culmine en lame de couteau à 2 532 pieds dans la chaîne de Rivière Noire. Les premières ascensions du Pieter Both ne furent pas une fade aventure. La page d'histoire de Week-End propose à ses lecteurs de revivre cette aventure qui, à l'époque, en 1790, fut traitée comme un réel exploit, sans compter qu'elle avait semblé attiser l'interminable rivalité franco-anglaise dont notre pays a souvent été le théâtre. En passant, on notera une certaine discordance entre les historiens britanniques eux-mêmes sur la date de la première ascension de ladite montagne par des officiels anglais.

Selon Mac Millan, il faut remonter à aussi loin que la fin des années 1700 pour retracer un compte rendu crédible de la toute première ascension du Pieter Both. La première ascension complète aura été accomplie en solitaire, le 8 septembre 1790, par un dénommé Claude Peuthé. Le reportage de cet exploit avait été certifié par Lisley Geoffroy, un ingénieur mauricien très connu à l'époque, dont le nom a d'ailleurs été donné à l'artère reliant le village de Bambous à la route partant de Palma à sa jonction avec la route de Rivière Noire. Geoffroy avait suivi la progression de Claude Peuthé sur la montagne à partir d'une longue-vue qu'il avait fait placer sur le toit de l'Hôtel du Génie Militaire. Cet hôtel, aujourd'hui disparu, était alors situé à la rue du Rempart, dans les environs immédiats des casernes centrales.

En arrivant au sommet du cône du Pieter Both, soit à la base de la fameuse roche, Claude Peuthé utilisa un arc. Prenant le plus d'élan possible sans toutefois perdre son équilibre, il lança une flèche à laquelle il avait attaché une corde de façon à ce que cette corde retombât de l'autre côté de la pierre, tout en s'agrippant à son sommet. Peuthé ne réussit pas cette manœuvre dès le premier coup et dut même se remettre à l'ouvrage à plusieurs reprises. Lorsque, finalement, il y parvint, il utilisa un long bambou pour tirer vers lui l'autre extrémité de la corde. Ayant pu joindre ainsi les deux bouts, il y attacha une autre corde encore plus longue de sorte que la roche fut complètement ceinturée. Il grimpa alors le long de la corde et là encore, la chose ne fut pas des plus faciles à réaliser. À un moment donné, il balançait littéralement dans le vide lorsqu'il se retrouva sur la partie la plus large de la roche. On n'en sait cependant pas plus de l'exploit de Claude Peuthé, nos manuels d'histoire en faisant très peu la narration.

Les dates contradictoires de Mac Millan et d'Hollingworth

Toujours selon Mac Millan, après Claude Peuthé, on dut attendre exactement quarante années pour que d'autres personnes s'aventurassent au sommet de la mythique montagne qui domine la Vallée des Prêtres de toute sa splendeur. La deuxième ascension du Pieter Both allait effectivement être réussie, le 7 septembre 1830, par le capitaine John Augustus Lloyd, ingénieur civil et inspecteur général, mais au sein d'une équipe composée également des lieutenants Phillpotts, Keppel et Taylor, de vingt-cinq noirs et de cipayes. Lloyd et son équipe s'étaient, eux, munis d'échelles pour éviter les mêmes difficultés que son prédécesseur. À la place d'arcs et de flèches, il apporta aussi une arbalète !

L'historien britannique Derek Hollingworth, auteur de They came to Mauritius, un petit livre que l'on étudiait dans le cycle secondaire à la fin des années 60, raconte, lui, plus en détail cette ascension par Lloyd et son équipe. Hollingworth parle en fait de deux expéditions de Lloyd sur le Pieter Both. La première tentative, selon lui, échoue en 1831 ! Selon Hollingworth, John Augustus Lloyd, né à Londres en 1800, fut nommé ingénieur civil et surveyor à Maurice en 1831 et fut le premier Anglais à vaincre le Pieter Both. Passionné de montagnes, peu de temps après son arrivée dans l'île, il atteignit "l'épaule de la montagne". Il parvint à attacher une échelle en fer à la face perpendiculaire de la roche. Toutefois, cette échelle ne dépassant pas douze pieds, Lloyd n'arriva même pas à mi-chemin de la roche. En dépit de son échec, il fut convaincu qu'avec un groupe adéquatement équipé, il atteindrait le sommet.

D'où son retour sur les lieux, le 7 septembre 1832, avec Phillpotts, Taylor, l'officier naval Thomas Keppel, ses noirs et ses cipayes, soit une équipe encore plus nombreuse que celle que Sir Edmund Hillary devait mobiliser deux siècles plus tard pour sa conquête de l'Everest… Les vingt cipayes et les nombreux porteurs noirs transportèrent pour lui une échelle en fer, des cordes, des crampes, des flèches, un fusil, des ancres de navires, du linge pour se réchauffer, des provisions, dont du saumon fumé, des soupes, du vin, du Brandy et l'Union Jack (le drapeau anglais). Mais, selon Hollingworth, ce fut loin d'être une partie de pique-nique…

Union Jack et vin d'honneur au sommet

L'équipe de Lloyd se mit en marche à l'aube du 7 septembre 1832 en empruntant d'abord un étroit chantier passant en bordure d'un ravin boisé. Le terrain était humide et glissant et à mesure qu'elle grimpait, des pierres et des cailloux se décalaient sous les pieds. Constatant que l'échelle laissée sur place par Lloyd l'année précédente était encore utilisable, les grimpeurs en testèrent la fiabilité et un des membres de l'équipe, une corde autour de la hanche, l'escalada jusqu'au bout et entreprit de s'accrocher à une falaise. Ce grimpeur parvint ainsi jusque sous le cou de la roche. Puis, attachant sa corde à une pierre, il s'y agrippa d'une main tout en tendant l'autre, libre, à Llyod. Tour à tour, il permit à celui-ci ainsi qu'à Phillpotts, Taylor et Keppel, de monter. Ceux-ci posèrent pied sur une crête qui, en plusieurs parties, ne mesurait pas plus d'un pied de large.

Arrivés tout entiers à la base de la roche (à l'endroit appelé le cou), les aventuriers restaient encore tout à entreprendre. Ils mirent encore du temps pour trouver le passage le plus approprié pour en atteindre le sommet. Une fois ce passage découvert, la saillie fut vite nattée de cordes, de crampes, de crochets et d'ancres de bateau. Les grimpeurs fixèrent d'abord les trois parties de l'échelle portable. Lloyd attacha une corde autour de ses hanches. Son arbalète en main, se faisant retenir par son équipe, il se balança dans le vide en prenant appui sur le bord du précipice, et tira plusieurs coups de flèches au-dessus du sommet de la roche.

Mais les hommes se trouvant à l'autre extrémité de celle-ci ne pouvant attraper les cordes rattachées à ces flèches, Lloyd essaya une autre méthode. Il enroula un caillou au bout d'une corde et s'en servit comme une fronde qu'il essaya plusieurs fois de faire passer sur le sommet de la roche dans l'espoir que, cette fois, les hommes placés à l'autre extrémité s'en saisiraient. Mais à chaque fois, la fronde ira s'écraser au fond du précipice…

Lloyd avait presque perdu tout espoir de réussir quand, soudain, une rafale de vent entraîna la fronde de l'autre côté de la roche. Les hommes s'en emparèrent rapidement. Une échelle fut déployée le long de cette corde et, progressivement, on fila une deuxième. Tout le système ayant été ainsi sécurisé, Lloyd et ses trois assistants britanniques atteignirent finalement le sommet tant convoité. À la différence de Claude Peuthé, plus de quarante ans plus tôt, Lloyd prit, lui, la précaution de faire flotter l'Union Jack au haut du Pieter Both et, avec son équipe, ne s'en priva pas d'acclamer le drapeau de son pays jusqu'à en perdre la voix.

Du cran et des nerfs

Selon Hollingworth, bien que l'expédition de Llyod eût été gardée secrète, la nouvelle de son succès se répandit immédiatement. Et pour cause ! À bord de la frégate l'Indomptable, ancré dans la rade de Port Louis, on scrutait minutieusement le sommet du Pieter Both depuis la mi-journée, ce 7 septembre 1832. Aussitôt que l'équipage vit flotter l'Union Jack, les canons se mirent à tonner. Au même moment, sur le sommet de la montagne, les quatre conquérants britanniques sabrèrent une bouteille de vin en l'honneur de leur roi, Guillaume IV. Ils descendirent au cou de la montagne et dînèrent.

Après ce repas, Lloyd et les autres grimpèrent à nouveau le cou pour y allumer un feu de camp et pour y passer la nuit. Le lendemain, ils se réveillèrent affamés, transis de froid et après un rapide petit-déjeuner, au moyen d'une ancre, ils fouillèrent un grand trou dans la crête pour y fixer une échelle. Ils grimpèrent à nouveau la roche afin de consolider le mât de l'Union Jack. Ils descendirent ensuite à Port Louis en véritables héros.

Quelque trente ans après l'expédition de Lloyd, la roche du Pieter Both attirant de plus en plus de grimpeurs, les autorités coloniales se résolurent à y faire fixer des crampes et des échelles métalliques pour plus de sécurité. Toutefois, selon Mac Millan, si à partir de ces mesures, l'aventure devint plus aisée, n'empêche que pour l'entreprendre, elle exigeait encore toujours une bonne dose de cran et de nerfs.


Le 8 février à Port-Louis

"La liberté est-elle une illusion ?" au centre du Café-Philo

"La liberté est-elle une illusion ?" C'est la question dont propose de débattre le Café-Philo, qui se réunira le jeudi 7 février à 17h45 au bar Lotus on the Square, situé à côté du Théâtre de Port-Louis.

Après les "Image(s) de femme" évoquées en janvier dernier au CCEF à Curepipe, c'est donc le thème fondamental de la liberté que choisit de soulever Joseph Cardella, prof de philosophie au Lycée des Mascareignes, pour ce deuxième rendez-vous de l'année du Café-Philo, qu'il anime depuis octobre 2006. Ce dans la volonté déclarée d'amener diverses personnes à se retrouver autour d'un thème ou d'une question philosophiques pour échanger des idées, tous les participants étant conviés à prendre la parole pour poser des questions, donner leur avis ou proposer des réflexions. Le tout dans une ambiance décontractée autour d'une boisson (thé, café, jus) et des amuse-gueules, pour lesquels une participation de Rs 100 est demandée.

Ceux qui désirent en savoir plus peuvent aussi consulter le site Internet suivant: http://kafefilo.wordpress.com

"Nous espérons qu'à travers ce site et les café-philo mensuels, la philosophie fera son petit bonhomme de chemin à Maurice, que la pratique des échanges philosophiques prenne place dans les habitudes mauriciennes", fait ressortir Joseph Cardella.


Lors d'un concert vendredi après-midi

De jeunes universitaires disent "stop" au communalisme

Quelque 400 jeunes, étudiant à l'Université de Maurice, se sont réunis à l'auditorium Octave Wiehé vendredi après-midi, dans le but de signifier leur rejet du communalisme. Ce dans le cadre d'un concert intitulé "Stop Communalism" organisé par le groupe Rev Lib.

Créé il y a deux ans, cette formation, qui regroupe des étudiants du campus de Réduit, a pour maxime "Soyons réalistes, exigeons l'impossible" et milite dans le sens de divers principes comme la liberté, l'égalité, l'écologie, les droits des femmes, l'humanisme et les droits séculiers. Selon Roody Muneean, un des principaux animateurs du groupe, le concert organisé vendredi après-midi avait pour but d'exprimer la voix des jeunes face à la réalité montante de ce qu'ils considèrent comme un fléau pour notre société: le communalisme. "Cela nous a semblé prioritaire. Car on peut voir, ici comme ailleurs, qu'une crise économique s'accompagne en général d'une crise sociale, qui prend souvent une tendance communale. Et nous ressentons très fortement cette tendance chez nous en ce moment. Il nous a donc semblé important de dire haut et fort que nous, jeunes, nous sommes contre cela, et que nous sommes en faveur d'une république citoyenne où tous les Mauriciens auront leur place", explique Roody Muneean.

Ce concert, qui a démarré aux alentours de 13h30, a vu se succéder sur scène divers groupes et artistes tels Abaim, Lataniers, Nitin Chinien, Tcheky, Unmind, Gavin Soodeen et le Music Club de l'Université de Maurice, chacun apportant sa musique et ses messages en faveur d'une société décommunalisée. Le pro-chancellor de l'Université, le Pr. Jagessur, ainsi que le président de l'Union des Etudiants ont également pris la parole à cette occasion.


Peinture

Clair obscur au Moulin Cassé

Marie de Commarmond reprend l'organisation de ses expositions artistiques dans le cadre exceptionnel du Moulin Cassé de Pereybère. Elle débute son catalogue 2007 par une exposition qui réunit les peintures de deux femmes dont les styles s'accordent. La première est Alix le Juge, artiste mauricienne reconnue. La deuxième, Virginia Lamielle, une Française qui expose pour la première fois à Maurice où elle réside depuis quelques années. Le titre de cette exposition est "Clair obscur", un terme qui est parfaitement illustré par les deux tableaux qui figurent sur le carton d'invitation.

Cette exposition sera ouverte de 10h à 18h du 9 au 12 février, sauf le dimanche.



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 4 février 2007