"Toujours sourire", "Je t'ai donné
mon cur". Les amateurs locaux d'opérette
peuvent se réjouir: ils pourront très bientôt
apprécier en live ces airs inoubliables du Pays
du Sourire, célèbre opérette romantique
de Franz Lehár. La Fondation Spectacle et Culture menée
par Paul Olsen travaille en effet assidûment, en ce moment,
à la préparation de ce qui est annoncé comme
"un grand rendez-vous lyrique". Avec la participation
d'artistes français et mauriciens, sous la direction d'un
chef d'orchestre belge. Six représentations sont prévues
du 27 avril au 6 mai, au MGI.
Compositeur autrichien d'origine hongroise célèbre
pour ses opérettes comme Le Pays du Sourire ou La
Veuve joyeuse, Franz Lehár est aujourd'hui considéré
comme le créateur de la "grande opérette"
en raison de son talent de musicien et de ses riches inspirations
mélodiques.
Créé à Berlin le 10 octobre 1929, Le Pays
du Sourire remporte un succès immédiat, qui
ne se démentira pas au fil des années. Le public
se laisse en effet aisément séduire par cette histoire
qui se passe entre Vienne et Pékin. Lisa, fille du Comte
de Lichtenfels (militaire de métier) s'éprend du
prince chinois Sou-Chong. Elle l'épouse et le suit en Chine,
mais se heurte très vite aux traditions locales, incarnées
par Tchang, l'oncle de Sou Chong. Alors que son frère,
Gustave, verra lui aussi contrarié son amour pour Mi, la
sur de Sou-Chong.
Joué à Maurice en 1939 au Théâtre de
Port-Louis avec Max Moutia, Le Pays du Sourire a été
repris régulièrement après la guerre. Cette
fois, c'est donc la Fondation Spectacle et Culture qui fait le
pari de faire revivre cette opérette chez nous.
Pour ce faire, la FSC s'est adjoint les services de Nicole Kuster
(soprano grand lyrique) et de son époux Gil Kether, deux
artistes français au riche palmarès, qui se sont
produits et rencontrés chez nous lors de la saison d'opérette
de 1996. Ensemble, ils ont depuis créé l'association
Lyric'Armor qui leur permet de monter de nombreux spectacles et
concerts, tant dans le domaine de l'opéra et de l'opérette
que du chant religieux (oratorios).
Un duo en première mondiale
Outre d'interpréter le rôle phare de Lisa, Nicole
Kether travaille également à l'écriture d'un
duo entre Lisa et Mi qui, nous dit-on, sera présenté
chez nous en première mondiale. De son côté,
Gil Kether, outre le rôle du Prince Tchang, assurera aussi
la mise en scène de cette opérette.
Dans le rôle phare du Prince Sou-Chong, le public local
pourra découvrir Patrick Bladek, ténor français
qui a récemment remporté un grand succès
dans La Tosca de Puccini, ou en interprétant la
partie ténor solo de la 9e Symphonie de Beethoven
lors du Festival Yehudi Menuhin à Boulogne sur Mer. Il
prépare actuellement les rôles d'Alfredo dans La
Traviata et reprendra le rôle du Prince Sou-Chong à
Dijon avant de venir le chanter à Maurice.
À ces trois voix françaises viendront s'associer
celles de deux Mauriciens, à savoir Véronique Zuël-Bungaroo,
qu'on ne présente plus, dans le rôle de Mi, et Benoît
Harter dans le rôle de Gustave. Au terme d'études
à Paris et à Genève, ce jeune compatriote
qui s'est perfectionné aussi bien en chant qu'en régie
générale et en conception lumière scénique
et architecturale, assurera également ici la régie
générale du spectacle.
L'orchestre, composé entre autres de musiciens du Conservatoire
François Mitterrand, sera placé sous la direction
du chef d'orchestre belge Daniel Furtemont, qui présente
un impressionnant palmarès. Directeur du Conservatoire
de Musique de Gosselies (Charleroi) depuis 1975, professeur honoraire
au Conservatoire Royal de Musique de Bruxelles (trompette et musique
de chambre) professeur honoraire au Conservatoire Royal de Musique
de Liège (déchiffrage et transposition), il est
également directeur musical du Centre Bruxellois de l'Opérette
et de la Philharmonie Royale Sainte-Marie d'Oignies à Aiseau.
Il a aussi été chef d'orchestre de nombreux spectacles
comme le spectacle Luis Mariano au Cirque d'Hiver à Paris,
Le Bal de l'Empereur à Paris Bercy, le Championnat de France
de Valses viennoises à l'Olympia, le spectacle Hommage
à Francis Lopez à Toulouse, etc.
Daniel Furnemont arrive à Maurice le 17 avril, soit dix
jours avant la première, afin, nous dit-on, de faire travailler
tous les musiciens, qui sont déjà au travail individuellement,
certains depuis plusieurs mois. À noter que le pianiste
Denis Lesage sera aussi de la partie.
Valses viennoises et danses chinoises
Les churs, eux, seront assurés par des chanteurs
locaux appartenant à diverses formations, comme les Choral
Singers, les Compagnons d'un Rêve, la chorale paroissiale
de Rose-Hill, et les Enfants d'un Rêve. Ils seront choristes
et figurants.
Au niveau chorégraphique, la production finalise actuellement
la participation d'un corps de ballet pour les valses viennoises
du premier acte dans les salons du Comte de Lichtenfels. Pour
le deuxième acte, un accord a déjà été
signé avec le Centre Ming Tek, pour la danse dans le palais
impérial. La chorégraphie sera signée par
Annie Wong, directrice artistique de cette école. Une vingtaine
de danseurs y participeront. De son côté, le Golden
Lion Circle, qui assure traditionnellement les défilés
du dragon chinois, fournira les figurants du défilé
qui se tiendra dans le palais impérial au deuxième
acte. Ils seront sous la direction d'Alain Chan.
Murcia Harter, qui s'occupe des costumes, est, elle, déjà
au travail depuis le mois d'octobre dernier.
"Nous travaillons assidûment à la production
d'une pièce de qualité. Avec les talents que nous
nous sommes adjoints, nous sommes confiants de pouvoir présenter
un Pays du Sourire à la hauteur des attentes des
amateurs locaux du genre lyrique, réputés exigeants",
déclare Paul Olsen de la FSC. Rendez-vous est donc pris
à partir du 27 avril prochain.
Le calendrier des représentations
Six représentations du Pays du Sourire seront prévues
dans l'auditorium du Mahatma Gandhi Institute à Moka, selon
le calendrier suivant:
- Vendredi 27 avril à 20h
- Samedi 28 avril à 20h
- Dimanche 29 avril à 15h
- Vendredi 4 mai à 20h
- Samedi 5 mai à 20h
- Dimanche 6 mai à 15h
Des tarifs réduits jusqu'au 26 mars
Dans une volonté déclarée de "démocratiser
l'opérette", la Fondation Spectacle et Culture
a choisi de mettre les billets pour Le Pays du Sourire
en vente à partir de Rs 100. Ce jusqu'au 26 mars. À
partir de cette date, le prix augmentera. Une pratique qui vise
à encourager les réservations early bird.
Les réservations sont déjà ouvertes sur le
Rézo Otayo (tel: 466-9999) ou à travers Internet
(www.otayo.com ou www.otayo.com/paysdusourire.
Les places étant numérotées et réservées,
il est bien entendu recommandé de s'y prendre tôt.
La Fondation dit avoir également enregistré des
commandes d'Australie, les émissions des radios mauriciennes
en Australie ont commencé à en parler et une agence
de voyage s'est manifestée pour la mise en place d'un package.
Les billets seront prochainement en vente également à
l'île de la Réunion via le réseau Otébiyé,
qui est partenaire d'Otayo.
À bâtons rompus avec
Marie-Thérese Humbert:"Écrire est un
combat contre soi-même"
Marie-Thérèse Humbert vient de donner une série
de conférences sur son uvre à l'invitation
de l'ambassade de France à Port-Louis. Nous avons rencontré
la romancière pour une conversation à bâtons
rompus au Centre Culturel Charles Baudelaire, juste avant la première
conférence.
Si ses cheveux sont définitivement plus courts, le visage
n'a pas changé. Marie-Thérèse Humbert a toujours
ce sourire en coin qui lui donne un faux air de Joconde sur les
photos de presse. Un visage et un nom qui a surgi au début
des années 80 dans le paysage littéraire français.
Et s'y est, depuis, solidement installé.
Vingt-cinq ans après A l'autre bout de moi, où
en est la romancière d'origine mauricienne ? "Je
ne suis pas arrivée quelque part, je suis encore en route.
Si j'étais arrivée, ce serait la fin du parcours;
je pourrais mourir. Encore que je ne croie pas en la mort, je
sais que l'esprit ne peut pas mourir et j'ai un désir d'éternité
éperdu. Je crois que c'est pour ça que j'écris
d'ailleurs car je veux durer et faire durer avec moi ceux que
j'aime. La vie est une longue route vers la sagesse qui s'apprend,
comme l'amour à travers la souffrance et l'empathie avec
les autres. Mais j'ai pas encore fini, il me reste encore à
apprendre. Il faut tout une vie pour ça. J'apprends petit
à petit. J'espère que je suis devenue un peu plus
sage."
L'auteur d'A l'autre bout de moi se considérait-elle
comme une révoltée ? "Je l'ai toujours été
et je pense que tous ceux qui réfléchissent ont
le devoir de se révolter, de ne rien accepter d'avance.
Mais avec le temps, je constate que même s'il y a des hauts
et des bas dans l'histoire de l'humanité, il y a surtout,
à mon avis, des avancées. Il y a deux siècles,
on pouvait faire rouer quelqu'un avec qui on n'était pas
d'accord et c'était normal. Aujourd'hui, ce n'est plus
admis, au moins dans les principes. L'esprit humain progresse
même s'il y a des forces malfaisantes qui luttent contre
le progrès."
Pour expliquer sa révolte, elle remonte aux temps de son
enfance et d'A l'autre bout de moi, le livre qui l'a lancé.
"Mon papa disait que je mettais toujours les pieds dans
les plats, que je disais toujours ce qu'il ne faut pas dire. Souvent,
je me dis qu'il faudrait que je fasse attention mais je ne tiens
pas longtemps et les choses finissent toujours par sortir. Je
l'ai fait dans A l'autre bout de moi et ce livre a eu l'impact
que l'on sait."
Dans lequel des personnages de son premier roman se retrouve Marie-Thérèse
Humbert ? "Comme tous les écrivains, je suis dans
tous mes livres et un peu dans tous mes personnages. Mais le plus
autobiographique de mes romans est Le Volkameria. Je pense
que Christophe, un de ses personnages, est mon double. Les livres
sont comme les enfants, on les aime tous, mais différemment.
Avec le recul, je crois pouvoir dire que j'ai mis mon désir
d'éternité dans Une robe d'écume et de
vent.
La romancière revient dans son île natale après
une absence de dix ans, pour parler de littérature. Comment
se passe ce retour ? "Je crois que j'avais bien besoin
d'un retour aux sources. J'avais un peu perdu confiance en moi
après une agression que j'ai subie l'année dernière
et qui m'avait perturbée au point de ne plus pouvoir écrire.
J'avais un peu perdu confiance dans mon prochain. Cette invitation
de l'ambassade de France de venir à Maurice est un grand
service qu'on me rend. D'autant que je me souviens qu'à
l'époque de la sortie d'A l'autre bout de moi, ce
n'est pas le même accueil qui m'avait été
fait à Maurice. Je n'ai jamais eu en France la virulence
des critiques qui ont été publiées à
Maurice sur le livre. Cela m'a touchée car j'étais
et je suis toujours une grande sensible. Je suis toujours une
gamine qui pleure en lisant Guerre et Paix, je pleure quand
j'écris et il faut faire attention et essayer de se tenir
en main. De se reprendre puisque je m'échappe de temps
en temps. Je suis infernale et pas commode pour ceux qui m'entourent."
Depuis A l'autre bout de moi, Marie-Thérèse
Humbert a publié une dizaine de romans, tous très
bien accueillis par la critique française. Quelques-uns
d'entre eux ont même fait partie des livres retenus pour
les grands prix littéraires. C'est ainsi que Le chant
du seringat la nuit a été sélectionné
pour le Renaudot et que Le Volkameria a eu une voix pour
le Femina.
Aucun regret de ne pas avoir obtenu un de ces prix ? "J'ai
été nominée, j'ai failli avoir le Femina
et ça ne m'a pas impressionnée. Même si j'ai
été un peu fière d'avoir eu une voix entre
Marguerite Duras et Bernard-Henri Levy. Mais rater le Femina a
fait pleurer mon directeur littéraire de l'époque.
Sans doute plus pour le manque à gagner financier que pour
moi. Les prix littéraires sont, il faut le savoir, surtout
de gros intérêts financiers."
L'expérience sert-elle dans le processus de création
? "À chaque fois que je termine un livre, je me
dis que c'est le dernier, que je ne recommencerai plus cette expérience
douloureuse. Et je recommence à chaque fois. Je reprends
ma plume, car je hais l'ordinateur que je suis obligé d'utiliser
à la fin. Non, c'est toujours la première fois quand
je commence un livre. C'est angoissant: je me jette dans le vide
et je ne sais pas où je vais. L'inspiration n'a rien à
faire avec l'expérience. Elle pourrait se tarir. Il y a
des jours où rien ne vient ou je reprends les pages écrites
et je ne retrouve pas le "la" pour continuer. Et quand
cela survient, il m'arrive de jeter à la poubelle le travail
d'un mois. Écrire est un combat contre soi-même.
L'inspiration ne coule pas comme un robinet que l'on se contente
d'ouvrir. L'écriture est un travail de longue haleine."
Qu'est-ce que Marie-Thérese Humbert écrit, justement,
ces jours-ci ? "Mon prochain livre est un roman complexe
avec une multitude de personnages. Je reviens vers mon île
imaginaire, composée de tous les endroits que j'ai aimés
et qui est mon pays intérieur, finalement. Je n'aime pas
parler des romans en cours d'écriture, mais puisque vous
insistez
Il y a une femme qui court après un homme
qui l'a quitté et qui n'accepte pas ce rejet. Elle est
à la recherche d'un homme insaisissable, inaccessible,
un nomade. Elle le suit, elle le pourchasse de sa passion, ce
qui est pour moi le contraire de l'amour." Le titre est
trouvé, mais il restera secret. Mais pas l'éditeur
car Marie-Thérèse Humbert n'a pas renouvelé
son contrat chez Stock, la maison d'édition qui a publié
la majeure partie de son uvre.
Changeons de sujet pour aborder celui de la politique que Marie-Thérèse
suit aujourd'hui comme spectatrice après avoir été
actrice, sous les couleurs du Parti Socialiste français
dont elle fut une des candidates pour les élections cantonales.
"Je suis aujourd'hui une spectatrice engagée de
la politique, qui dit son opinion. Je ne suis plus membre du PS
depuis que j'ai découvert le revers de la médaille
politique, les ambitions personnelles, les coups bas. J'ai vite
compris que je n'étais pas assez aguerrie pour ce domaine."
Que pense l'ancienne militante du PS de la candidature de Ségolène
Royal ? "C'est bien que les femmes prennent des responsabilités
en politique en France. Encore que ce ne soit pas toujours celles
que je souhaiterais voir prendre ces responsabilités."
Questionnée sur cette déclaration sibylline,
elle va rapidement laisser le franc-parler prendre le pas sur
le politiquement correct. "Je ne soutiens pas la candidature
de Ségolène Royale. J'aurais soutenu la candidature
d'Elisabeth Gigou ou de Martine Aubry du PS. Je ne soutiens pas
cette candidature parce que je refuse le fait que les médias
m'imposent une candidate. En France, actuellement, le pouvoir
est détenu par les médias et il n'y a pas de contre-pouvoir.
Je regrette qu'actuellement en France et pratiquement dans tous
les domaines, de la politique à la littérature,
les médias imposent leur point de vue. De nos jours, quelqu'un
qui passe bien dans les médias a beaucoup plus de chance
d'avoir un destin politique."
Revenons à la littérature. La locale. Depuis l'Aveyron,
la romancière suit l'actualité littéraire
mauricienne aussi régulièrement qu'elle le peut.
"J'ai découvert avec un immense plaisir Ananda
Devi qui m'éblouit à tous points de vue. C'est un
écrivain. J'aime aussi beaucoup Barlen Pyamootoo et Alain
Gordon-Gentil. C'est dommage qu'ils n'ont pas la publicité
qu'ils méritent en France. Je suis avec beaucoup d'intérêt
ce qui s'écrit à Maurice et je trouve qu'il y a
ici des voix extraordinaires, pas assez connues en France, malheureusement."
L'heure tourne. Fred Constant, le conseiller culturel de l'ambassade
de France qui supervise la brève tournée de Marie-Thérèse
Humbert, s'impatiente. Le public commence d'arriver pour la première
conférence et réclame la romancière. Dernière
question: à quand la prochaine visite à Maurice
de Marie-Thérèse Humbert ? "Ma vie est désormais
dans l'Aveyron, avec mes enfants, mes petits-enfants. Mais j'espère
pouvoir revenir à Maurice après la parution de mon
prochain livre. Surtout si l'on m'invite."
Avis à qui de droit.
Histoire
Les premières ascensions difficiles du Pieter Both (1790
et 1832)
De l'avis des passionnés d'ascension et de rockclimbing,
la montagne Pieter Both, la deuxième plus haute du pays,
et surtout sa fameuse roche posée à 2 685 pieds
tel un bonnet de révérend, n'est pas la plus difficile
à escalader à l'île Maurice. Cette particularité
lui est contestée par la montagne Rempart, qui culmine
en lame de couteau à 2 532 pieds dans la chaîne de
Rivière Noire. Les premières ascensions du Pieter
Both ne furent pas une fade aventure. La page d'histoire de Week-End
propose à ses lecteurs de revivre cette aventure qui, à
l'époque, en 1790, fut traitée comme un réel
exploit, sans compter qu'elle avait semblé attiser l'interminable
rivalité franco-anglaise dont notre pays a souvent été
le théâtre. En passant, on notera une certaine discordance
entre les historiens britanniques eux-mêmes sur la date
de la première ascension de ladite montagne par des officiels
anglais.
Selon Mac Millan, il faut remonter à aussi loin que la
fin des années 1700 pour retracer un compte rendu crédible
de la toute première ascension du Pieter Both. La première
ascension complète aura été accomplie en
solitaire, le 8 septembre 1790, par un dénommé Claude
Peuthé. Le reportage de cet exploit avait été
certifié par Lisley Geoffroy, un ingénieur mauricien
très connu à l'époque, dont le nom a d'ailleurs
été donné à l'artère reliant
le village de Bambous à la route partant de Palma à
sa jonction avec la route de Rivière Noire. Geoffroy avait
suivi la progression de Claude Peuthé sur la montagne à
partir d'une longue-vue qu'il avait fait placer sur le toit de
l'Hôtel du Génie Militaire. Cet hôtel, aujourd'hui
disparu, était alors situé à la rue du Rempart,
dans les environs immédiats des casernes centrales.
En arrivant au sommet du cône du Pieter Both, soit à
la base de la fameuse roche, Claude Peuthé utilisa un arc.
Prenant le plus d'élan possible sans toutefois perdre son
équilibre, il lança une flèche à laquelle
il avait attaché une corde de façon à ce
que cette corde retombât de l'autre côté de
la pierre, tout en s'agrippant à son sommet. Peuthé
ne réussit pas cette manuvre dès le premier
coup et dut même se remettre à l'ouvrage à
plusieurs reprises. Lorsque, finalement, il y parvint, il utilisa
un long bambou pour tirer vers lui l'autre extrémité
de la corde. Ayant pu joindre ainsi les deux bouts, il y attacha
une autre corde encore plus longue de sorte que la roche fut complètement
ceinturée. Il grimpa alors le long de la corde et là
encore, la chose ne fut pas des plus faciles à réaliser.
À un moment donné, il balançait littéralement
dans le vide lorsqu'il se retrouva sur la partie la plus large
de la roche. On n'en sait cependant pas plus de l'exploit de Claude
Peuthé, nos manuels d'histoire en faisant très peu
la narration.
Les dates contradictoires de Mac Millan et d'Hollingworth
Toujours selon Mac Millan, après Claude Peuthé,
on dut attendre exactement quarante années pour que d'autres
personnes s'aventurassent au sommet de la mythique montagne qui
domine la Vallée des Prêtres de toute sa splendeur.
La deuxième ascension du Pieter Both allait effectivement
être réussie, le 7 septembre 1830, par le capitaine
John Augustus Lloyd, ingénieur civil et inspecteur général,
mais au sein d'une équipe composée également
des lieutenants Phillpotts, Keppel et Taylor, de vingt-cinq noirs
et de cipayes. Lloyd et son équipe s'étaient, eux,
munis d'échelles pour éviter les mêmes difficultés
que son prédécesseur. À la place d'arcs et
de flèches, il apporta aussi une arbalète !
L'historien britannique Derek Hollingworth, auteur de They came
to Mauritius, un petit livre que l'on étudiait dans le
cycle secondaire à la fin des années 60, raconte,
lui, plus en détail cette ascension par Lloyd et son équipe.
Hollingworth parle en fait de deux expéditions de Lloyd
sur le Pieter Both. La première tentative, selon lui, échoue
en 1831 ! Selon Hollingworth, John Augustus Lloyd, né à
Londres en 1800, fut nommé ingénieur civil et surveyor
à Maurice en 1831 et fut le premier Anglais à vaincre
le Pieter Both. Passionné de montagnes, peu de temps après
son arrivée dans l'île, il atteignit "l'épaule
de la montagne". Il parvint à attacher une échelle
en fer à la face perpendiculaire de la roche. Toutefois,
cette échelle ne dépassant pas douze pieds, Lloyd
n'arriva même pas à mi-chemin de la roche. En dépit
de son échec, il fut convaincu qu'avec un groupe adéquatement
équipé, il atteindrait le sommet.
D'où son retour sur les lieux, le 7 septembre 1832, avec
Phillpotts, Taylor, l'officier naval Thomas Keppel, ses noirs
et ses cipayes, soit une équipe encore plus nombreuse que
celle que Sir Edmund Hillary devait mobiliser deux siècles
plus tard pour sa conquête de l'Everest
Les vingt
cipayes et les nombreux porteurs noirs transportèrent pour
lui une échelle en fer, des cordes, des crampes, des flèches,
un fusil, des ancres de navires, du linge pour se réchauffer,
des provisions, dont du saumon fumé, des soupes, du vin,
du Brandy et l'Union Jack (le drapeau anglais). Mais, selon Hollingworth,
ce fut loin d'être une partie de pique-nique
Union Jack et vin d'honneur au sommet
L'équipe de Lloyd se mit en marche à l'aube du 7
septembre 1832 en empruntant d'abord un étroit chantier
passant en bordure d'un ravin boisé. Le terrain était
humide et glissant et à mesure qu'elle grimpait, des pierres
et des cailloux se décalaient sous les pieds. Constatant
que l'échelle laissée sur place par Lloyd l'année
précédente était encore utilisable, les grimpeurs
en testèrent la fiabilité et un des membres de l'équipe,
une corde autour de la hanche, l'escalada jusqu'au bout et entreprit
de s'accrocher à une falaise. Ce grimpeur parvint ainsi
jusque sous le cou de la roche. Puis, attachant sa corde à
une pierre, il s'y agrippa d'une main tout en tendant l'autre,
libre, à Llyod. Tour à tour, il permit à
celui-ci ainsi qu'à Phillpotts, Taylor et Keppel, de monter.
Ceux-ci posèrent pied sur une crête qui, en plusieurs
parties, ne mesurait pas plus d'un pied de large.
Arrivés tout entiers à la base de la roche (à
l'endroit appelé le cou), les aventuriers restaient encore
tout à entreprendre. Ils mirent encore du temps pour trouver
le passage le plus approprié pour en atteindre le sommet.
Une fois ce passage découvert, la saillie fut vite nattée
de cordes, de crampes, de crochets et d'ancres de bateau. Les
grimpeurs fixèrent d'abord les trois parties de l'échelle
portable. Lloyd attacha une corde autour de ses hanches. Son arbalète
en main, se faisant retenir par son équipe, il se balança
dans le vide en prenant appui sur le bord du précipice,
et tira plusieurs coups de flèches au-dessus du sommet
de la roche.
Mais les hommes se trouvant à l'autre extrémité
de celle-ci ne pouvant attraper les cordes rattachées à
ces flèches, Lloyd essaya une autre méthode. Il
enroula un caillou au bout d'une corde et s'en servit comme une
fronde qu'il essaya plusieurs fois de faire passer sur le sommet
de la roche dans l'espoir que, cette fois, les hommes placés
à l'autre extrémité s'en saisiraient. Mais
à chaque fois, la fronde ira s'écraser au fond du
précipice
Lloyd avait presque perdu tout espoir de réussir quand,
soudain, une rafale de vent entraîna la fronde de l'autre
côté de la roche. Les hommes s'en emparèrent
rapidement. Une échelle fut déployée le long
de cette corde et, progressivement, on fila une deuxième.
Tout le système ayant été ainsi sécurisé,
Lloyd et ses trois assistants britanniques atteignirent finalement
le sommet tant convoité. À la différence
de Claude Peuthé, plus de quarante ans plus tôt,
Lloyd prit, lui, la précaution de faire flotter l'Union
Jack au haut du Pieter Both et, avec son équipe, ne s'en
priva pas d'acclamer le drapeau de son pays jusqu'à en
perdre la voix.
Du cran et des nerfs
Selon Hollingworth, bien que l'expédition de Llyod eût
été gardée secrète, la nouvelle de
son succès se répandit immédiatement. Et
pour cause ! À bord de la frégate l'Indomptable,
ancré dans la rade de Port Louis, on scrutait minutieusement
le sommet du Pieter Both depuis la mi-journée, ce 7 septembre
1832. Aussitôt que l'équipage vit flotter l'Union
Jack, les canons se mirent à tonner. Au même moment,
sur le sommet de la montagne, les quatre conquérants britanniques
sabrèrent une bouteille de vin en l'honneur de leur roi,
Guillaume IV. Ils descendirent au cou de la montagne et dînèrent.
Après ce repas, Lloyd et les autres grimpèrent à
nouveau le cou pour y allumer un feu de camp et pour y passer
la nuit. Le lendemain, ils se réveillèrent affamés,
transis de froid et après un rapide petit-déjeuner,
au moyen d'une ancre, ils fouillèrent un grand trou dans
la crête pour y fixer une échelle. Ils grimpèrent
à nouveau la roche afin de consolider le mât de l'Union
Jack. Ils descendirent ensuite à Port Louis en véritables
héros.
Quelque trente ans après l'expédition de Lloyd,
la roche du Pieter Both attirant de plus en plus de grimpeurs,
les autorités coloniales se résolurent à
y faire fixer des crampes et des échelles métalliques
pour plus de sécurité. Toutefois, selon Mac Millan,
si à partir de ces mesures, l'aventure devint plus aisée,
n'empêche que pour l'entreprendre, elle exigeait encore
toujours une bonne dose de cran et de nerfs.
Le 8 février à Port-Louis
"La liberté est-elle une illusion ?" au centre
du Café-Philo
"La liberté est-elle une illusion ?" C'est la
question dont propose de débattre le Café-Philo,
qui se réunira le jeudi 7 février à 17h45
au bar Lotus on the Square, situé à côté
du Théâtre de Port-Louis.
Après les "Image(s) de femme" évoquées
en janvier dernier au CCEF à Curepipe, c'est donc le thème
fondamental de la liberté que choisit de soulever Joseph
Cardella, prof de philosophie au Lycée des Mascareignes,
pour ce deuxième rendez-vous de l'année du Café-Philo,
qu'il anime depuis octobre 2006. Ce dans la volonté déclarée
d'amener diverses personnes à se retrouver autour d'un
thème ou d'une question philosophiques pour échanger
des idées, tous les participants étant conviés
à prendre la parole pour poser des questions, donner leur
avis ou proposer des réflexions. Le tout dans une ambiance
décontractée autour d'une boisson (thé, café,
jus) et des amuse-gueules, pour lesquels une participation de
Rs 100 est demandée.
Ceux qui désirent en savoir plus peuvent aussi consulter
le site Internet suivant: http://kafefilo.wordpress.com
"Nous espérons qu'à travers ce site et les
café-philo mensuels, la philosophie fera son petit bonhomme
de chemin à Maurice, que la pratique des échanges
philosophiques prenne place dans les habitudes mauriciennes",
fait ressortir Joseph Cardella.
Lors d'un concert vendredi après-midi
De jeunes universitaires disent "stop" au communalisme
Quelque 400 jeunes, étudiant à l'Université
de Maurice, se sont réunis à l'auditorium Octave
Wiehé vendredi après-midi, dans le but de signifier
leur rejet du communalisme. Ce dans le cadre d'un concert intitulé
"Stop Communalism" organisé par le groupe Rev
Lib.
Créé il y a deux ans, cette formation, qui regroupe
des étudiants du campus de Réduit, a pour maxime
"Soyons réalistes, exigeons l'impossible" et
milite dans le sens de divers principes comme la liberté,
l'égalité, l'écologie, les droits des femmes,
l'humanisme et les droits séculiers. Selon Roody Muneean,
un des principaux animateurs du groupe, le concert organisé
vendredi après-midi avait pour but d'exprimer la voix des
jeunes face à la réalité montante de ce qu'ils
considèrent comme un fléau pour notre société:
le communalisme. "Cela nous a semblé prioritaire.
Car on peut voir, ici comme ailleurs, qu'une crise économique
s'accompagne en général d'une crise sociale, qui
prend souvent une tendance communale. Et nous ressentons très
fortement cette tendance chez nous en ce moment. Il nous a donc
semblé important de dire haut et fort que nous, jeunes,
nous sommes contre cela, et que nous sommes en faveur d'une république
citoyenne où tous les Mauriciens auront leur place",
explique Roody Muneean.
Ce concert, qui a démarré aux alentours de 13h30,
a vu se succéder sur scène divers groupes et artistes
tels Abaim, Lataniers, Nitin Chinien, Tcheky, Unmind, Gavin Soodeen
et le Music Club de l'Université de Maurice, chacun apportant
sa musique et ses messages en faveur d'une société
décommunalisée. Le pro-chancellor de l'Université,
le Pr. Jagessur, ainsi que le président de l'Union des
Etudiants ont également pris la parole à cette occasion.
Peinture
Clair obscur au Moulin Cassé
Marie de Commarmond reprend l'organisation de ses expositions
artistiques dans le cadre exceptionnel du Moulin Cassé
de Pereybère. Elle débute son catalogue 2007 par
une exposition qui réunit les peintures de deux femmes
dont les styles s'accordent. La première est Alix le Juge,
artiste mauricienne reconnue. La deuxième, Virginia Lamielle,
une Française qui expose pour la première fois à
Maurice où elle réside depuis quelques années.
Le titre de cette exposition est "Clair obscur", un
terme qui est parfaitement illustré par les deux tableaux
qui figurent sur le carton d'invitation.
Cette exposition sera ouverte de 10h à 18h du 9 au 12 février,
sauf le dimanche.