Reza Isaac, lord-maire de la capitale, a répondu à
nos questions vendredi après-midi. Il explique dans quelles
circonstances il a obtenu un nouveau mandat et passe en revue
les problèmes auxquels doit faire face la municipalité.
Plus particulièrement, l'ouverture mouvementée de
la foire de Cité Martial. Dans le deuxième volet
de cette interview, il aborde des questions d'ordre politique.
Pour quelle raison êtes-vous lord-maire pour la deuxième
année consécutive ? Parce qu'aucun des autres conseillers
élus n'est capable d'assumer cette fonction ?
Je n'ai pas fait de demande et je n'ai pas fait de lobby, comme
je vous l'ai déjà déclaré. Avant l'élection
mairale, les responsables du gouvernement m'ont fait savoir qu'ils
souhaitaient que je fasse un deuxième mandat pour me permettre
de concrétiser les projets déjà commencés.
J'ai accepté.
Votre deuxième mandat ne se fait-il pas au détriment
de vos camarades conseillers ?
Certains camarades aspiraient à occuper le fauteuil de
lord-maire, mais ils ont accepté la décision des
dirigeants de l'Alliance sociale. Ils savent qu'ils auront leur
chance l'année prochaine, d'autant que je n'ai pas l'intention
de présenter ma candidature pour un troisième mandat.
L'appétit venant en mangeant, vous pourriez prendre
goût à la fonction et souhaiter être lord-maire
une troisième année de suite.
Je ne le crois pas.
L'avenir nous dira si vous avez raison aujourd'hui. Vous aviez
annoncé l'année dernière l'intention du conseil
de mettre de l'ordre dans les affaires de l'administration de
la municipalité. Où en êtes-vous dans cette
démarche ?
Elle est en cours. Les relations entre les élus et l'administration
municipale sont cordiales, mais nous avons fait clairement ressortir
que nous n'allons pas accepter que les dossiers soient retardés
et que les décisions prises ne soient pas mises en pratique.
Je vous annonce que des conseillers ont, dans cette logique, commencé
à entreprendre des actions qui peuvent choquer certains.
Citez-moi un exemple concret.
Deux conseillers municipaux ont fait une descente des lieux au
garage de la municipalité à Roche Bois. Ils ont
découvert qu'il n'y a même pas un livre dans le store
de ce garage, et qu'au lieu des deux roues indiquées sur
une facture, il en existe sept. Ils ont également découvert
que ce garage municipal envoyait les véhicules municipaux
se faire réparer dans un garage privé. La raison
de cette sous-traitance est, tenez-vous bien: l'incapacité
des mécaniciens à réparer un véhicule
! C'est pire que du laisser-aller. Le ministre des Administrations
régionales a été mis au courant de la situation
et des sanctions seront prises contre ceux qui ont fauté.
Je peux vous donner la garantie que le conseil municipal va continuer
à mettre de l'ordre dans l'administration et mettre fin
aux malpractices. 2007 sera l'année de la remise
en ordre à la municipalité.
Beaucoup de Portlouisiens ont le sentiment que la capitale
est moins propre en ce début de 2007 qu'elle ne l'était
fin 2006 ? Est-ce une bonne perception ?
Pas du tout. Le service de la voirie fait bien son travail. Laissez-moi
préciser qu'il existe beaucoup de départements et
de secteurs qui fonctionnent bien à la municipalité,
et la voirie en fait partie. Il y a certainement deux ou trois
places qui ne sont pas bien nettoyées. Mais je crois qu'en
général, Port-Louis est une ville beaucoup plus
propre qu'on ne veut le faire croire. Même si je dois admettre
que certains lieux appartenant à la municipalité
ne sont pas bien entretenus, comme les cimetières. Mais
nous allons revoir toute cette question.
On peut lire, sur le panneau qui se trouve devant la municipalité,
que la foire de Cité Martial est enfin ouverte, avec les
heures d'ouvertures. Vous ne faites pas savoir qu'il existe en
fait deux foires à Cité Martial: une à l'intérieur
et une autre sur le parking, et qu'il y a plus de marchands que
d'étaux. Vous avez réussi à créer
une véritable situation de foire
Il y a une explication à cette situation de foire, comme
vous dites. Il faut se demander pourquoi ceux qui ont construit
ce bazar ne l'ont pas ouvert, comme ils n'ont pas ouvert la piscine
de Plaine Verte et le stade Mamade Elahee.
En ce qui concerne le bazar, je vous ai déjà
demandé, l'année dernière, pourquoi ce bâtiment
terminé en 2005 n'avait pas été ouvert pendant
plus d'une année
Nous avons pris du temps pour le faire parce que nous étions
conscients des difficultés qui allaient surgir avec l'ouverture.
Nous avons aujourd'hui, pour 400 étaux, plus de 800 marchands.
Nous devons trouver une formule pour les caser tous à différents
jours de la semaine. Le problème est que tous veulent travailler
les mêmes jours et beaucoup se plaignent de ne pas avoir
eu de places en dépit du fait qu'ils travaillent dans la
cité depuis des années.
Je pense qu'il doit exister à la municipalité
une liste ou un registre de tous les marchands de Cité
Martial. Il suffit de s'en tenir à cette liste.
Il y a en fait trois listes faites par deux administrations à
différentes périodes. Il est vrai que lors du dernier
recensement effectué par les inspecteurs, plusieurs marchands
étaient absents. Par conséquent, leurs noms n'ont
pas été enregistrés. Je reconnais qu'il y
a eu certaines failles lors du dernier exercice de recensement,
et nous aurons à mettre de l'ordre.
On m'assure que certains marchands qui se trouvent sur une
des listes ont obtenu plusieurs étaux et qu'il existe même
des familles entières qui sont dans le même cas.
Ce sont surtout les gens qui ne sont pas au courant des faits
qui font ce genre de remarques. C'est vrai que lorsque les marchands
travaillaient sur la rue, il y a eu des familles entières
qui vendaient différents produits séparément
et qui ont été recensées. C'est pour cette
raison qu'on peut trouver sur la liste plusieurs fois le même
nom. Ceci étant, je dis que si quelqu'un peut venir prouver
qu'il y a eu passe-droit ou corruption dans l'exercice d'allocation
des places au bazar de Cité Martial, je l'invite à
référer le cas à la police. La municipalité
s'engage à réparer les erreurs dans ces cas si elles
existent.
Mais la situation est la suivante à Cité Martial:
il y a un bazar dans le bâtiment et une foire sur le parking.
Il y a eu une certaine tolérance dans cette affaire. Nous
avons accepté que les marchands aillent sur le parking,
mais il faudra bien mettre de l'ordre une fois pour toutes, et
dans pas longtemps.
Vous savez mieux que moi qu'à Maurice - et surtout en
ce qui concerne les foires - , les marchands ambulants ont tendance
à se transformer rapidement en permanents ou fixes !
Il ne faut pas gérer dans la provocation. Je préfère
faire certaines concessions par moments au nom de la paix. Si
nous n'avions pas reçu les représentants des marchands
mécontents la semaine dernière, nous allions tout
droit vers une confrontation. Je préfère tolérer
un petit désordre pour obtenir de l'ordre plus loin dans
le temps au lieu de faire le contraire.
Combien de temps va durer "le petit désordre"
que la municipalité tolère actuellement au bazar
de Cité Martial ?
Le moins de temps possible. C'est une situation compliquée
et la décision d'ouvrir le parking a été
prise dans le consensus avec la collaboration de tout un chacun.
Cela a permis à nos inspecteurs de faire un relevé
des noms de tous les marchands. Nous sommes en train de comparer
et de vérifier ces noms et nous allons pouvoir éliminer
ceux qui ne méritent pas leurs places. Nous ne pouvions
qu'assouplir notre position pour éviter une confrontation
afin de pouvoir mieux gérer la situation et mettre de l'ordre.
J'aimerais souligner que tout cela s'est passé dans le
calme et que d'ici deux semaines, nous pourrons prendre les mesures
qui s'imposent.
Espérons-le. Et que se passe-t-il au niveau des marchands
ambulants qui ont été transférés de
quelques rues en décembre dernier ?
Je vais avoir une réunion de travail avec les ministres
David et Valayden, lundi prochain. Nous allons venir de l'avant
avec un plan pour "régionaliser" le rayon d'action
des marchands en les enregistrant pour pouvoir mieux les contrôler
géographiquement.
En les enregistrant, vous transformez les marchands ambulants
en permanents recensés.
Si nous ne faisons rien, c'est le désordre qui sera permanent
dans les rues de la capitale.
Que se passe-t-il au niveau du bazar du Ruisseau du Pouce ?
Nous avons reçu une proposition intéressante à
ce sujet. Une compagnie nous a proposé de prendre la responsabilité
totale de la gestion du Ruisseau du Pouce, depuis la Chaussée
jusqu'à la rue Labourdonnais. Nous allons étudier
toutes les implications de cette proposition, et si elles sont
acceptables, nous irons de l'avant. Que nous le voulions ou pas,
le secteur privé est beaucoup plus performant que le secteur
public. Si nous pouvons trouver des solutions pour mieux gérer
la ville avec le concours du secteur privé, pourquoi pas
?
J'entends déjà les syndicats et vos amis politiques
parler de privatisation et de collusion avec le secteur privé.
Je vous rappelle que j'ai utilisé le terme collaboration.
Si on peut le faire dans l'intérêt de la ville et
de ses habitants, pourquoi pas ? Nous allons rechercher la collaboration
du secteur privé dans plusieurs secteurs, dont, pourquoi
pas, celui de la gestion du Champ de Mars, qui mérite de
retrouver un peu de son lustre.
Quels sont les autres grands projets de votre deuxième
année comme lord-maire ?
Nous avons beaucoup de projets mais nous nous heurtons à
des obstacles financiers. En dépit de cela, chacune de
nos dix commissions municipales travaille actuellement sur une
liste de projets afin que nous puissions établir un plan
de travail planifié et méthodique. Je voudrais profiter
de l'occasion pour faire savoir que la municipalité n'est
pas un centre de distribution de manzé boire.
Expliquez-vous.
Nous recevons des demandes, souvent dirigées vers nous
par des politiciens, pour des dons en manzé boire.
On nous demande souvent de contribuer pour des fêtes, des
repas, des boissons gazeuses. Je préfère acheter
des dictionnaires pour les enfants des écoles plutôt
que de subventionner des degs de briani. Il faut en finir
avec ce genre de pratique qui dure depuis trop longtemps. Je demande
aux politiques de ne pas nous recommander pour ces "dons".
Passons à la politique. Bashir Khodabux, qui écrit
dans le Star, votre journal, propose une nouvelle alliance
MSM-MMM avec Pravind Jugnauth comme Premier ministre. Que pensez-vous
de cette proposition du collaborateur de votre journal ?
J'aimerais rappeler que je crois dans la liberté de la
presse et de l'opinion. C'est son opinion, mais je crois que c'est
plus facile à dire qu'à faire.
On parle de plus en plus d'alliance entre le MSM et l'Alliance
sociale et de réunions, plus ou moins discrètes,
entre membres des deux formations, parfois autour d'un briani.
Que pensez-vous de tout ce remue-ménage ?
Je ne rentre pas dans ces jeux-là. Mais il ne faut pas
essayer d'utiliser la communauté musulmane, qui a été
souvent traitée comme un marchepied, dans ces tractations.
Elle n'est pas automatiquement acquise à un camp politique,
et n'est pas, comme on l'a souvent dit à l'époque,
"un dépôt fixe".
Je suis sûr que vous êtes conscient que beaucoup
de Mauriciens ont la perception que la communauté musulmane
est well off avec le gouvernement de l'Alliance sociale.
Je n'utiliserai pas le terme well off. Je dirai plutôt
qu'elle vit de la même manière qu'hier mais qu'elle
se sent aujourd'hui plus en paix, moins menacée, pas ostracisée
comme dans le passé. À une époque, la communauté
musulmane n'était pas prise en considération alors
que chaque communauté mauricienne veut se retrouver symboliquement
dans les plus hautes instances de décision du pays. Aujourd'hui,
nous avons trois membres au conseil des ministres
C'est suffisant ?
Le plus important n'est pas de nommer un ministre musulman, mais
de nommer un musulman compétent ministre. Entre un hindou
ou un créole intelligent et un musulman incompétent,
je préfère la compétence et l'intelligence.
Je regrette que les grandes promesses faites pendant la campagne
électorale, comme celle d'appliquer la méritocratie,
ne soient pas appliquées.
Vous êtes en train d'envoyer des "roches" sur
la varangue vitrée de votre bloc politique.
J'envoie également des "roches" sur la varangue
vitrée des voisins des autres blocs politiques. Que n'avons-nous
pas dit, par exemple, sur la MBC pendant la campagne électorale
? Mais nous avons, pour reprendre le mot du directeur général
de la MBC, encouragé le système paillasson. En tant
que journaliste, je pense que la MBC doit ouvrir son antenne à
tous les courants mauriciens, même à l'opposition,
et laisser la population juger des mérites des uns et des
autres. Il faut respecter l'intelligence des Mauriciens qui n'aiment
pas les flatteurs et ceux qui sont des lécheurs de bottes.
Vous n'avez pas répondu sur les rumeurs d'une alliance
entre le MSM et l'Alliance sociale ?
La politique mauricienne est unique. Du jour au lendemain, vous
pouvez voir votre meilleur ami devenir votre pire ennemi ou inversement.
Depuis que je suis entré en politique, je me suis fixé
une règle: ne jamais critiquer mes adversaires d'aujourd'hui,
qui peuvent devenir demain mes partenaires. À Maurice,
en politique, toute alliance est possible avec tout le monde.
Si Anerood Jugnauth et Paul Bérenger ont pu se réconcilier,
j'accepte que, demain, l'inimaginable puisse devenir possible.
C'est une question de power game. Ce n'est pas la société
que les politiciens veulent sauvegarder, mais surtout le pouvoir.
C'est exactement votre cas, Reza Issack. Vous étiez
lord-maire l'année dernière et vous avez accepté
un autre mairat. Je pourrais dire que, comme les autres, vous
vous agrippez au pouvoir.
Je ne suis pas un assoiffé ou un mégalomane du pouvoir.
J'utilise le pouvoir comme un outil de travail pour avancer avec
les autres pour une cause. Il faut avoir une limite entre soi
et ses ambitions.
Si en dépit de la perception, la communauté musulmane
n'est pas well off, il semble indéniable que les
affaires de Dawood Rawat sont en train de prospérer depuis
2005.
Permettez-moi une question: est-ce que Dawood Rawat n'a pas le
droit de réussir, comme d'autres hommes d'affaires appartenant
à d'autres communautés l'ont fait avant lui, à
d'autres périodes de l'histoire de notre pays ? Pourquoi
interdire à Dawood Rawat de faire des affaires qui apportent
un plus à la société mauricienne ? Je crois
qu'eu égard à son succès dans le business,
il faudrait qu'il y ait des centaines de Dawood Rawat, aussi longtemps
que le pays en bénéficie.
Est-il vrai que Dawood Rawat a fait l'acquisition de votre
journal, le Star ?
Non, Dawood Rawat n'a pas acheté le Star, mais il
a des intérêts dans une compagnie qui est en négociations
avec le Star. Mais rien n'est encore fait. J'aimerais ajouter
que faire un journal, surtout un journal qui garde son indépendance,
coûte de l'argent. Pendant des années et aussi longtemps
que je l'ai pu, j'ai préservé cette indépendance.
Le Star s'est endetté au fil des années et
nous devons faire face à cette réalité financière.
Si nous devons vendre, ce sera par nécessité.
Terminons avec l'autre grande rumeur politique du début
d'année: un éventuel remaniement ministériel.
Est-ce qu'un portefeuille de ministre vous intéresse ?
Comme je vous l'ai dit pour le deuxième mandat de lord-maire,
je ne suis pas demandeur pour un portefeuille ministériel.
Vous n'êtes pas demandeur, mais accepteriez-vous un poste
de ministre ?
Je vous le répète: je ne suis pas demandeur.
Jean-Claude Antoine
Rodrigues - Interview du Commissaire de la Jeunesse et des
Sports
Christian Agathe : " Nous sommes ambitieux "
Le Commissaire de la Jeunesse et des Sports, Christian Agathe,
était à Maurice, lors de la semaine écoulée,
dans le but de rendre une visite au ministre de la Jeunesse et
des Sports, Sylvio Tang. Accompagné de ses officiers, il
a eu l'occasion d'aborder plusieurs dossiers importants avec le
ministre dont le soutien qu'accordera le gouvernement mauricien
au sport rodriguais. Hormis l'aide financière nécessaire
pour l'avancement du sport dans l'île, Christian Agathe
a également appelé au soutien mauricien dans le
cadre du projet de remise à niveau du stade Camp du Roi.
Ceci en vue de l'éventuelle organisation d'un camp d'entraînement
pour les équipes participant à la Coupe du monde
de football 2010, en Afrique du Sud. Plusieurs projets sont également
envisagés, comme les jeux de Rodrigues, l'année
prochaine, 22 ans après la première édition.
Entrons dans le vif du sujet, M. Christian Agathe. Qu'est-ce
qui ressort de la rencontre que vous avez eue avec le ministre
Sylvio Tang, mardi dernier ?
- Cette visite s'est déroulée dans une très
bonne ambiance. Nous voulions consolider les liens d'amitié
entre Maurice et Rodrigues et je peux dire que c'est chose faite.
Les Mauriciens peuvent être rassurés, ils sont les
most welcome, à Rodrigues.
Vous parlez de rassurer les Mauriciens. Est-ce à dire
que les relations n'étaient pas au beau fixe entre les
deux îles ?
- Je parlerais plutôt de 'dead lock'. Car depuis l'autonomie
en 2002, il y a eu ce sentiment que Rodrigues pouvait se prendre
en charge. Ce qui a ainsi contribué au refroidissement
des relations entre Maurice et Rodrigues. Mais depuis août
2005, soit après notre arrivée au pouvoir, l'engouement
s'est installé, à nouveau, afin que le travail reprenne
dans les meilleures conditions.
Revenons à votre rencontre avec Sylvio Tang. Quels ont
été les sujets de conversation ?
- C'était une rencontre positive au cours de laquelle j'ai
adressé certaines requêtes au ministre Sylvio Tang.
Il a été attentif et c'est de bon augure. Nous avons
d'abord parlé du Memorandum of understanding que nous avons
très envie de développer. Cela facilite ra les échanges
dans la mesure où on saura quoi faire lorsqu'un Mauricien
arrive à Rodrigues et vice-versa. Nous avons également
parlé de la formation à tous les niveaux, des arbitres,
entraîneurs en passant par les officiers attachés
au domaine de la jeunesse et du sport. Nous avons bien fait comprendre
au ministre que Rodrigues ne doit en aucun cas être oublié.
Nous avons demandé que Rodrigues ne soit pas oubliée
quand le ministère prend la décision de faire l'acquisition
des équipements. Bien évidemment, nous allons payer.
Mais au moins, cela évitera l'exercice d'appel d'offres
à deux reprises. Nous avons aussi demandé que lorsque
l'on parle de sport, on fasse référence à
la République de Maurice dans son ensemble et non de Maurice
uniquement.
Qu'en a-t-il été au niveau des discussions concernant
les infrastructures M. Agathe ?
- Il a été surtout question du Goal Project dont
bénéficie la Mauritius Football Association (MFA).
Cette question a d'ailleurs été évoquée,
hier (Ndlr : mercredi), lors de notre rencontre avec la MFA. Avec
le problème d'eau à Rodrigues, nous envisageons
d'avoir un terrain synthétique, très probablement,
à Grande Montagne. Nous avons également parlé
de la mise en place d'un secrétariat pour le comité
régional de football, au stade Camp du Roi, et d'une remise
à niveau de cette infrastructure. Cela dans le cadre du
projet de camp d'entraînement pour les équipes qui
participeront à la Coupe du monde de 2010, en Afrique du
Sud. Nous avons d'ailleurs fait une demande pour que le consultant
de la République de Maurice, l'Anglais David Davies, fasse
un saut à Rodrigues, lors de sa prochaine visite. Nous
aurions bien aimé faire partie de ce projet, car Rodrigues
en tirera le plus grand bénéfice surtout sur le
plan touristique.
Vous avez été Commissaire à l'Agriculture
en août 2006, et maintenant vous vous retrouvez à
la tête de la Commission de la Jeunesse et des Sports. Quel
constat faites-vous justement du sport rodriguais ?
- Le constat est simple. Rodrigues a produit des athlètes
de haut niveau, issus des premiers et uniques Jeux de Rodrigues
de 1985, à l'image d'Eric Milazar, Jean-Marc Ithier, Henri
Spéville et autre Barnabé Jolicoeur. Depuis, c'est
le grand vide. Où sont leurs remplaçants ? Malheureusement,
il n'y en a pas, c'est un fait. À la commission, nous visons
le haut niveau. Notre objectif, à long terme, c'est d'être
présent en masse aux Jeux des îles de 2011. Nous
rassurons d'ailleurs la République de Maurice, s'il n'y
a pas de démagogie bien sûr, que les entraîneurs
nationaux auront l'embarras du choix pour établir leurs
sélections.
Vous semblez être très confiant M. Agathe. Peut-on
connaître la raison de cette confiance ?
- Nous avons des structures comme le sport-études, les
centre de formation et les écoles de sport qui seront consolidées.
De plus, des sélections permanentes seront mises en place
dans différentes disciplines. Nous aurions bien aimé
organiser les Jeux de Rodrigues, cette année, mais il y
a les Jeux des îles. Donc, cela se fera l'année prochaine.
Une ébauche du projet a d'ailleurs déjà été
enclenchée. Ensuite, soit en 2009, chaque comité
régional organisera ses intervilles. Ces manifestations
culmineront ensuite, comme je vous l'ai dit, avec les Jeux des
îles de 2011. Car en ce faisant, une motivation, un dynamisme
s'installera automatiquement au sein de la communauté sportive
de l'île. D'ailleurs, nous commençons prochainement,
très probablement dès le mois d'avril, avec les
Jeux intervillages, suivis des Jeux interrégions.
Vous conviendrez toutefois que sans moyens financiers, il est
pratiquement impossible de faire avancer des projets, d'autant
que l'on sait que le dernier budget attribué à Rodrigues
est réduit. Vos commentaires ?
- Vous avez raison. De plus, on ne sait pas ce qui nous attend
dans le prochain budget. On sait aussi que le main objective du
Chef commissaire ne sera peut-être pas le même que
le mien. Nous aurons définitivement besoin d'argent et
c'est la raison pour laquelle nous avons demandé au ministère
de la Jeunesse et des Sports s'il pouvait nous aider, notamment
en termes d'équipements et aussi avec le soutien des bailleurs
de fonds, comme les pays donateurs. Cela fera énormément
de bien au sport rodriguais.
Après quatre ans d'autonomie, peut-on dire que le rôle
de la Commission de la Jeunesse et des Sports est compris et bien
établi ?
- C'est le cas. Depuis que je suis arrivé à la commission,
j'ai rencontré tous les sports coaches, aussi bien que
les responsables de comité régionaux. Je leur ai
expliqué ma façon de voir les choses, ma politique
sportive. Ils ont bien compris et savent dans quelle direction
nous nous dirigeons.
Vous parlez de politique sportive. Peut-on savoir quelle est
votre politique justement ?
- Ma politique demeure le sport de masse. Car ce n'est qu'en ratissant
large que nous aurons une plus grande quantité d'athlètes
de haut niveau. Si nous investissons sur 10 athlètes, nous
n'aurons qu'un athlète de haut niveau. En revanche, si
nous investissons sur 1 000, c'est sûr que nous en aurons
beaucoup plus. Rodrigues est gorgée de talents et la République
de Maurice devra se poser la question suivante : Après
Eric Milazar et Stephan Buckland, what next ? Au niveau des comités
régionaux également, nous allons ratisser large
et donner la chance à plus de monde de faire valoir leur
potentiel. Dans le passé, des conflits de personnalité
ont rongé les comités régionaux dans la mesure
où c'était un cercle fermé.
Pour faire avancer les projets, vous conviendrez qu'il faudra
également avoir les ressources humaines nécessaires.
Vos commentaires ?
- Les entraîneurs ne peuvent faire seuls le gros travail
sur le terrain. Nous avons six sports coaches et pour être
honnête, ce n'est pas suffisant. C'est la raison pour laquelle
nous pensons sérieusement à recruter des animateurs
pour nous aider à atteindre nos objectifs. Nous avons d'ailleurs
fait état de cela avec le ministre Sylvio Tang, car un
de nos objectifs est de permettre à chacun des 13 comités
régionaux d'avoir un sport coach. En ce faisant, nous allons
créer des emplois.
Parlons maintenant du Brevet d'État pour Cadres Sportifs
(BECS). Qu'en est-il à ce jour ?
- Le BECS a joué son rôle avec l'organisation des
stages de Niveau 1 et 2. Il n'empêche que depuis assez longtemps,
nous n'avons plus obtenu de stages de formation. Nous ne savons
pas où se trouve le problème. Est-ce lié
au départ de Christian Marty ? Nous avons donc demandé
à Sylvio Tang que la formation reprenne son cours à
Rodrigues, et ce, de façon régulière, car
nous visons haut. Nous voulons, non seulement avoir des sportifs
de haut niveau, mais également des entraîneurs capables
de prendre en charge une sélection nationale.
À vous entendre, on constate que vous êtes très
ambitieux M. Agathe ?
- Nous avons effectivement beaucoup d'ambition pour le sport rodriguais.
Plusieurs facteurs jouent en notre faveur. Nous sommes ambitieux
et je ne pense pas qu'elle soit démesurée. D'ailleurs,
un plan d'action à moyen et long termes sera présenté
à l'Assemblée régionale, d'ici la semaine
prochaine.
Que pensez-vous du Trust Fund for Excellence in Sports (TFES)
?
- C'est une bonne chose. Tous ceux qui veulent nous aider financièrement
sont les bienvenus. Nous manquons de moyens et qui plus est, les
Rodriguais sont pauvres. À titre d'exemple, si un Rodriguais
participait à une compétition de tennis, à
Maurice, il arriverait en bus avec des savates aux pieds, contrairement
au Mauricien qui débarquera, lui, dans une voiture de luxe
! Sinon, le TFES nous aide et nous aurions souhaité que
ce soutien s'étende également aux autres disciplines,
hormis l'athlétisme, le judo et le football.
Et le Sports Act, convient-il au sport rodriguais ?
- J'ai parcouru ce texte de loi et en partie, je dois dire qu'il
nous convient. Il n'empêche qu'il y a certaines petites
lacunes. S'il y a des retouches qui sont apportées, nous
ferons des propositions au MJS. Mais dans l'ensemble, le Sports
Act nous convient.
On a souvent vu des dirigeants sportifs activement engagés
en politique. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?
- C'est effectivement le cas. Dans le passé, certains dirigeants
ont été mis de côté en raison de leur
appartenance politique. Notre objectif est que les présidents
des comités régionaux ne fassent pas de politique.
En dernier lieu M. Agathe, peut-on connaître la différence
entre l'Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) et votre parti,
le Mouvement Rodriguais (MR), en terme de gestion du sport ?
- Nous sommes plus friendly et nous fonctionnons comme un bloc
solide. Nous sommes plus proches du peuple. Nous pensons à
la jeunesse et au sport parallèlement. Tel n'a pas été
le cas sous l'ancien régime où la section jeunesse
avait été négligée. Au sein du MR,
nous prônons une politique d'ouverture. Il se peut que nous
ayons été des adversaires directs, mais si, à
titre d'exemple, l'ancien Chef commissaire Serge Clair voulais
faire du sport, il serait le bienvenu.
Agathe le combattant