i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 21 janvier 2007



Reza Issack lord-maire de Port-Louis: - "2007 sera l'année de la remise en ordre à la municipalité"
Rodrigues - Interview du Commissaire de la Jeunesse et des Sports - Christian Agathe : " Nous sommes ambitieux "


Reza Issack lord-maire de Port-Louis:

"2007 sera l'année de la remise en ordre à la municipalité"

Reza Isaac, lord-maire de la capitale, a répondu à nos questions vendredi après-midi. Il explique dans quelles circonstances il a obtenu un nouveau mandat et passe en revue les problèmes auxquels doit faire face la municipalité. Plus particulièrement, l'ouverture mouvementée de la foire de Cité Martial. Dans le deuxième volet de cette interview, il aborde des questions d'ordre politique.

Pour quelle raison êtes-vous lord-maire pour la deuxième année consécutive ? Parce qu'aucun des autres conseillers élus n'est capable d'assumer cette fonction ?

Je n'ai pas fait de demande et je n'ai pas fait de lobby, comme je vous l'ai déjà déclaré. Avant l'élection mairale, les responsables du gouvernement m'ont fait savoir qu'ils souhaitaient que je fasse un deuxième mandat pour me permettre de concrétiser les projets déjà commencés. J'ai accepté.

Votre deuxième mandat ne se fait-il pas au détriment de vos camarades conseillers ?

Certains camarades aspiraient à occuper le fauteuil de lord-maire, mais ils ont accepté la décision des dirigeants de l'Alliance sociale. Ils savent qu'ils auront leur chance l'année prochaine, d'autant que je n'ai pas l'intention de présenter ma candidature pour un troisième mandat.

L'appétit venant en mangeant, vous pourriez prendre goût à la fonction et souhaiter être lord-maire une troisième année de suite.

Je ne le crois pas.

L'avenir nous dira si vous avez raison aujourd'hui. Vous aviez annoncé l'année dernière l'intention du conseil de mettre de l'ordre dans les affaires de l'administration de la municipalité. Où en êtes-vous dans cette démarche ?

Elle est en cours. Les relations entre les élus et l'administration municipale sont cordiales, mais nous avons fait clairement ressortir que nous n'allons pas accepter que les dossiers soient retardés et que les décisions prises ne soient pas mises en pratique. Je vous annonce que des conseillers ont, dans cette logique, commencé à entreprendre des actions qui peuvent choquer certains.

Citez-moi un exemple concret.

Deux conseillers municipaux ont fait une descente des lieux au garage de la municipalité à Roche Bois. Ils ont découvert qu'il n'y a même pas un livre dans le store de ce garage, et qu'au lieu des deux roues indiquées sur une facture, il en existe sept. Ils ont également découvert que ce garage municipal envoyait les véhicules municipaux se faire réparer dans un garage privé. La raison de cette sous-traitance est, tenez-vous bien: l'incapacité des mécaniciens à réparer un véhicule ! C'est pire que du laisser-aller. Le ministre des Administrations régionales a été mis au courant de la situation et des sanctions seront prises contre ceux qui ont fauté. Je peux vous donner la garantie que le conseil municipal va continuer à mettre de l'ordre dans l'administration et mettre fin aux malpractices. 2007 sera l'année de la remise en ordre à la municipalité.

Beaucoup de Portlouisiens ont le sentiment que la capitale est moins propre en ce début de 2007 qu'elle ne l'était fin 2006 ? Est-ce une bonne perception ?

Pas du tout. Le service de la voirie fait bien son travail. Laissez-moi préciser qu'il existe beaucoup de départements et de secteurs qui fonctionnent bien à la municipalité, et la voirie en fait partie. Il y a certainement deux ou trois places qui ne sont pas bien nettoyées. Mais je crois qu'en général, Port-Louis est une ville beaucoup plus propre qu'on ne veut le faire croire. Même si je dois admettre que certains lieux appartenant à la municipalité ne sont pas bien entretenus, comme les cimetières. Mais nous allons revoir toute cette question.

On peut lire, sur le panneau qui se trouve devant la municipalité, que la foire de Cité Martial est enfin ouverte, avec les heures d'ouvertures. Vous ne faites pas savoir qu'il existe en fait deux foires à Cité Martial: une à l'intérieur et une autre sur le parking, et qu'il y a plus de marchands que d'étaux. Vous avez réussi à créer une véritable situation de foire…

Il y a une explication à cette situation de foire, comme vous dites. Il faut se demander pourquoi ceux qui ont construit ce bazar ne l'ont pas ouvert, comme ils n'ont pas ouvert la piscine de Plaine Verte et le stade Mamade Elahee.

En ce qui concerne le bazar, je vous ai déjà demandé, l'année dernière, pourquoi ce bâtiment terminé en 2005 n'avait pas été ouvert pendant plus d'une année…

Nous avons pris du temps pour le faire parce que nous étions conscients des difficultés qui allaient surgir avec l'ouverture. Nous avons aujourd'hui, pour 400 étaux, plus de 800 marchands. Nous devons trouver une formule pour les caser tous à différents jours de la semaine. Le problème est que tous veulent travailler les mêmes jours et beaucoup se plaignent de ne pas avoir eu de places en dépit du fait qu'ils travaillent dans la cité depuis des années.

Je pense qu'il doit exister à la municipalité une liste ou un registre de tous les marchands de Cité Martial. Il suffit de s'en tenir à cette liste.

Il y a en fait trois listes faites par deux administrations à différentes périodes. Il est vrai que lors du dernier recensement effectué par les inspecteurs, plusieurs marchands étaient absents. Par conséquent, leurs noms n'ont pas été enregistrés. Je reconnais qu'il y a eu certaines failles lors du dernier exercice de recensement, et nous aurons à mettre de l'ordre.

On m'assure que certains marchands qui se trouvent sur une des listes ont obtenu plusieurs étaux et qu'il existe même des familles entières qui sont dans le même cas.

Ce sont surtout les gens qui ne sont pas au courant des faits qui font ce genre de remarques. C'est vrai que lorsque les marchands travaillaient sur la rue, il y a eu des familles entières qui vendaient différents produits séparément et qui ont été recensées. C'est pour cette raison qu'on peut trouver sur la liste plusieurs fois le même nom. Ceci étant, je dis que si quelqu'un peut venir prouver qu'il y a eu passe-droit ou corruption dans l'exercice d'allocation des places au bazar de Cité Martial, je l'invite à référer le cas à la police. La municipalité s'engage à réparer les erreurs dans ces cas si elles existent.

Mais la situation est la suivante à Cité Martial: il y a un bazar dans le bâtiment et une foire sur le parking.

Il y a eu une certaine tolérance dans cette affaire. Nous avons accepté que les marchands aillent sur le parking, mais il faudra bien mettre de l'ordre une fois pour toutes, et dans pas longtemps.

Vous savez mieux que moi qu'à Maurice - et surtout en ce qui concerne les foires - , les marchands ambulants ont tendance à se transformer rapidement en permanents ou fixes !

Il ne faut pas gérer dans la provocation. Je préfère faire certaines concessions par moments au nom de la paix. Si nous n'avions pas reçu les représentants des marchands mécontents la semaine dernière, nous allions tout droit vers une confrontation. Je préfère tolérer un petit désordre pour obtenir de l'ordre plus loin dans le temps au lieu de faire le contraire.

Combien de temps va durer "le petit désordre" que la municipalité tolère actuellement au bazar de Cité Martial ?

Le moins de temps possible. C'est une situation compliquée et la décision d'ouvrir le parking a été prise dans le consensus avec la collaboration de tout un chacun. Cela a permis à nos inspecteurs de faire un relevé des noms de tous les marchands. Nous sommes en train de comparer et de vérifier ces noms et nous allons pouvoir éliminer ceux qui ne méritent pas leurs places. Nous ne pouvions qu'assouplir notre position pour éviter une confrontation afin de pouvoir mieux gérer la situation et mettre de l'ordre. J'aimerais souligner que tout cela s'est passé dans le calme et que d'ici deux semaines, nous pourrons prendre les mesures qui s'imposent.

Espérons-le. Et que se passe-t-il au niveau des marchands ambulants qui ont été transférés de quelques rues en décembre dernier ?

Je vais avoir une réunion de travail avec les ministres David et Valayden, lundi prochain. Nous allons venir de l'avant avec un plan pour "régionaliser" le rayon d'action des marchands en les enregistrant pour pouvoir mieux les contrôler géographiquement.

En les enregistrant, vous transformez les marchands ambulants en permanents recensés.

Si nous ne faisons rien, c'est le désordre qui sera permanent dans les rues de la capitale.

Que se passe-t-il au niveau du bazar du Ruisseau du Pouce ?

Nous avons reçu une proposition intéressante à ce sujet. Une compagnie nous a proposé de prendre la responsabilité totale de la gestion du Ruisseau du Pouce, depuis la Chaussée jusqu'à la rue Labourdonnais. Nous allons étudier toutes les implications de cette proposition, et si elles sont acceptables, nous irons de l'avant. Que nous le voulions ou pas, le secteur privé est beaucoup plus performant que le secteur public. Si nous pouvons trouver des solutions pour mieux gérer la ville avec le concours du secteur privé, pourquoi pas ?

J'entends déjà les syndicats et vos amis politiques parler de privatisation et de collusion avec le secteur privé.

Je vous rappelle que j'ai utilisé le terme collaboration. Si on peut le faire dans l'intérêt de la ville et de ses habitants, pourquoi pas ? Nous allons rechercher la collaboration du secteur privé dans plusieurs secteurs, dont, pourquoi pas, celui de la gestion du Champ de Mars, qui mérite de retrouver un peu de son lustre.

Quels sont les autres grands projets de votre deuxième année comme lord-maire ?

Nous avons beaucoup de projets mais nous nous heurtons à des obstacles financiers. En dépit de cela, chacune de nos dix commissions municipales travaille actuellement sur une liste de projets afin que nous puissions établir un plan de travail planifié et méthodique. Je voudrais profiter de l'occasion pour faire savoir que la municipalité n'est pas un centre de distribution de manzé boire.

Expliquez-vous.

Nous recevons des demandes, souvent dirigées vers nous par des politiciens, pour des dons en manzé boire. On nous demande souvent de contribuer pour des fêtes, des repas, des boissons gazeuses. Je préfère acheter des dictionnaires pour les enfants des écoles plutôt que de subventionner des degs de briani. Il faut en finir avec ce genre de pratique qui dure depuis trop longtemps. Je demande aux politiques de ne pas nous recommander pour ces "dons".

Passons à la politique. Bashir Khodabux, qui écrit dans le Star, votre journal, propose une nouvelle alliance MSM-MMM avec Pravind Jugnauth comme Premier ministre. Que pensez-vous de cette proposition du collaborateur de votre journal ?

J'aimerais rappeler que je crois dans la liberté de la presse et de l'opinion. C'est son opinion, mais je crois que c'est plus facile à dire qu'à faire.

On parle de plus en plus d'alliance entre le MSM et l'Alliance sociale et de réunions, plus ou moins discrètes, entre membres des deux formations, parfois autour d'un briani. Que pensez-vous de tout ce remue-ménage ?

Je ne rentre pas dans ces jeux-là. Mais il ne faut pas essayer d'utiliser la communauté musulmane, qui a été souvent traitée comme un marchepied, dans ces tractations. Elle n'est pas automatiquement acquise à un camp politique, et n'est pas, comme on l'a souvent dit à l'époque, "un dépôt fixe".

Je suis sûr que vous êtes conscient que beaucoup de Mauriciens ont la perception que la communauté musulmane est well off avec le gouvernement de l'Alliance sociale.

Je n'utiliserai pas le terme well off. Je dirai plutôt qu'elle vit de la même manière qu'hier mais qu'elle se sent aujourd'hui plus en paix, moins menacée, pas ostracisée comme dans le passé. À une époque, la communauté musulmane n'était pas prise en considération alors que chaque communauté mauricienne veut se retrouver symboliquement dans les plus hautes instances de décision du pays. Aujourd'hui, nous avons trois membres au conseil des ministres…

C'est suffisant ?

Le plus important n'est pas de nommer un ministre musulman, mais de nommer un musulman compétent ministre. Entre un hindou ou un créole intelligent et un musulman incompétent, je préfère la compétence et l'intelligence. Je regrette que les grandes promesses faites pendant la campagne électorale, comme celle d'appliquer la méritocratie, ne soient pas appliquées.

Vous êtes en train d'envoyer des "roches" sur la varangue vitrée de votre bloc politique.

J'envoie également des "roches" sur la varangue vitrée des voisins des autres blocs politiques. Que n'avons-nous pas dit, par exemple, sur la MBC pendant la campagne électorale ? Mais nous avons, pour reprendre le mot du directeur général de la MBC, encouragé le système paillasson. En tant que journaliste, je pense que la MBC doit ouvrir son antenne à tous les courants mauriciens, même à l'opposition, et laisser la population juger des mérites des uns et des autres. Il faut respecter l'intelligence des Mauriciens qui n'aiment pas les flatteurs et ceux qui sont des lécheurs de bottes.

Vous n'avez pas répondu sur les rumeurs d'une alliance entre le MSM et l'Alliance sociale ?

La politique mauricienne est unique. Du jour au lendemain, vous pouvez voir votre meilleur ami devenir votre pire ennemi ou inversement. Depuis que je suis entré en politique, je me suis fixé une règle: ne jamais critiquer mes adversaires d'aujourd'hui, qui peuvent devenir demain mes partenaires. À Maurice, en politique, toute alliance est possible avec tout le monde. Si Anerood Jugnauth et Paul Bérenger ont pu se réconcilier, j'accepte que, demain, l'inimaginable puisse devenir possible. C'est une question de power game. Ce n'est pas la société que les politiciens veulent sauvegarder, mais surtout le pouvoir.

C'est exactement votre cas, Reza Issack. Vous étiez lord-maire l'année dernière et vous avez accepté un autre mairat. Je pourrais dire que, comme les autres, vous vous agrippez au pouvoir.

Je ne suis pas un assoiffé ou un mégalomane du pouvoir. J'utilise le pouvoir comme un outil de travail pour avancer avec les autres pour une cause. Il faut avoir une limite entre soi et ses ambitions.

Si en dépit de la perception, la communauté musulmane n'est pas well off, il semble indéniable que les affaires de Dawood Rawat sont en train de prospérer depuis 2005.

Permettez-moi une question: est-ce que Dawood Rawat n'a pas le droit de réussir, comme d'autres hommes d'affaires appartenant à d'autres communautés l'ont fait avant lui, à d'autres périodes de l'histoire de notre pays ? Pourquoi interdire à Dawood Rawat de faire des affaires qui apportent un plus à la société mauricienne ? Je crois qu'eu égard à son succès dans le business, il faudrait qu'il y ait des centaines de Dawood Rawat, aussi longtemps que le pays en bénéficie.

Est-il vrai que Dawood Rawat a fait l'acquisition de votre journal, le Star ?

Non, Dawood Rawat n'a pas acheté le Star, mais il a des intérêts dans une compagnie qui est en négociations avec le Star. Mais rien n'est encore fait. J'aimerais ajouter que faire un journal, surtout un journal qui garde son indépendance, coûte de l'argent. Pendant des années et aussi longtemps que je l'ai pu, j'ai préservé cette indépendance. Le Star s'est endetté au fil des années et nous devons faire face à cette réalité financière. Si nous devons vendre, ce sera par nécessité.

Terminons avec l'autre grande rumeur politique du début d'année: un éventuel remaniement ministériel. Est-ce qu'un portefeuille de ministre vous intéresse ?

Comme je vous l'ai dit pour le deuxième mandat de lord-maire, je ne suis pas demandeur pour un portefeuille ministériel.

Vous n'êtes pas demandeur, mais accepteriez-vous un poste de ministre ?

Je vous le répète: je ne suis pas demandeur.

Jean-Claude Antoine


Rodrigues - Interview du Commissaire de la Jeunesse et des Sports

Christian Agathe : " Nous sommes ambitieux "

Le Commissaire de la Jeunesse et des Sports, Christian Agathe, était à Maurice, lors de la semaine écoulée, dans le but de rendre une visite au ministre de la Jeunesse et des Sports, Sylvio Tang. Accompagné de ses officiers, il a eu l'occasion d'aborder plusieurs dossiers importants avec le ministre dont le soutien qu'accordera le gouvernement mauricien au sport rodriguais. Hormis l'aide financière nécessaire pour l'avancement du sport dans l'île, Christian Agathe a également appelé au soutien mauricien dans le cadre du projet de remise à niveau du stade Camp du Roi. Ceci en vue de l'éventuelle organisation d'un camp d'entraînement pour les équipes participant à la Coupe du monde de football 2010, en Afrique du Sud. Plusieurs projets sont également envisagés, comme les jeux de Rodrigues, l'année prochaine, 22 ans après la première édition.

Entrons dans le vif du sujet, M. Christian Agathe. Qu'est-ce qui ressort de la rencontre que vous avez eue avec le ministre Sylvio Tang, mardi dernier ?

- Cette visite s'est déroulée dans une très bonne ambiance. Nous voulions consolider les liens d'amitié entre Maurice et Rodrigues et je peux dire que c'est chose faite. Les Mauriciens peuvent être rassurés, ils sont les most welcome, à Rodrigues.

Vous parlez de rassurer les Mauriciens. Est-ce à dire que les relations n'étaient pas au beau fixe entre les deux îles ?

- Je parlerais plutôt de 'dead lock'. Car depuis l'autonomie en 2002, il y a eu ce sentiment que Rodrigues pouvait se prendre en charge. Ce qui a ainsi contribué au refroidissement des relations entre Maurice et Rodrigues. Mais depuis août 2005, soit après notre arrivée au pouvoir, l'engouement s'est installé, à nouveau, afin que le travail reprenne dans les meilleures conditions.

Revenons à votre rencontre avec Sylvio Tang. Quels ont été les sujets de conversation ?

- C'était une rencontre positive au cours de laquelle j'ai adressé certaines requêtes au ministre Sylvio Tang. Il a été attentif et c'est de bon augure. Nous avons d'abord parlé du Memorandum of understanding que nous avons très envie de développer. Cela facilite ra les échanges dans la mesure où on saura quoi faire lorsqu'un Mauricien arrive à Rodrigues et vice-versa. Nous avons également parlé de la formation à tous les niveaux, des arbitres, entraîneurs en passant par les officiers attachés au domaine de la jeunesse et du sport. Nous avons bien fait comprendre au ministre que Rodrigues ne doit en aucun cas être oublié. Nous avons demandé que Rodrigues ne soit pas oubliée quand le ministère prend la décision de faire l'acquisition des équipements. Bien évidemment, nous allons payer. Mais au moins, cela évitera l'exercice d'appel d'offres à deux reprises. Nous avons aussi demandé que lorsque l'on parle de sport, on fasse référence à la République de Maurice dans son ensemble et non de Maurice uniquement.

Qu'en a-t-il été au niveau des discussions concernant les infrastructures M. Agathe ?

- Il a été surtout question du Goal Project dont bénéficie la Mauritius Football Association (MFA). Cette question a d'ailleurs été évoquée, hier (Ndlr : mercredi), lors de notre rencontre avec la MFA. Avec le problème d'eau à Rodrigues, nous envisageons d'avoir un terrain synthétique, très probablement, à Grande Montagne. Nous avons également parlé de la mise en place d'un secrétariat pour le comité régional de football, au stade Camp du Roi, et d'une remise à niveau de cette infrastructure. Cela dans le cadre du projet de camp d'entraînement pour les équipes qui participeront à la Coupe du monde de 2010, en Afrique du Sud. Nous avons d'ailleurs fait une demande pour que le consultant de la République de Maurice, l'Anglais David Davies, fasse un saut à Rodrigues, lors de sa prochaine visite. Nous aurions bien aimé faire partie de ce projet, car Rodrigues en tirera le plus grand bénéfice surtout sur le plan touristique.

Vous avez été Commissaire à l'Agriculture en août 2006, et maintenant vous vous retrouvez à la tête de la Commission de la Jeunesse et des Sports. Quel constat faites-vous justement du sport rodriguais ?

- Le constat est simple. Rodrigues a produit des athlètes de haut niveau, issus des premiers et uniques Jeux de Rodrigues de 1985, à l'image d'Eric Milazar, Jean-Marc Ithier, Henri Spéville et autre Barnabé Jolicoeur. Depuis, c'est le grand vide. Où sont leurs remplaçants ? Malheureusement, il n'y en a pas, c'est un fait. À la commission, nous visons le haut niveau. Notre objectif, à long terme, c'est d'être présent en masse aux Jeux des îles de 2011. Nous rassurons d'ailleurs la République de Maurice, s'il n'y a pas de démagogie bien sûr, que les entraîneurs nationaux auront l'embarras du choix pour établir leurs sélections.

Vous semblez être très confiant M. Agathe. Peut-on connaître la raison de cette confiance ?

- Nous avons des structures comme le sport-études, les centre de formation et les écoles de sport qui seront consolidées. De plus, des sélections permanentes seront mises en place dans différentes disciplines. Nous aurions bien aimé organiser les Jeux de Rodrigues, cette année, mais il y a les Jeux des îles. Donc, cela se fera l'année prochaine. Une ébauche du projet a d'ailleurs déjà été enclenchée. Ensuite, soit en 2009, chaque comité régional organisera ses intervilles. Ces manifestations culmineront ensuite, comme je vous l'ai dit, avec les Jeux des îles de 2011. Car en ce faisant, une motivation, un dynamisme s'installera automatiquement au sein de la communauté sportive de l'île. D'ailleurs, nous commençons prochainement, très probablement dès le mois d'avril, avec les Jeux intervillages, suivis des Jeux interrégions.

Vous conviendrez toutefois que sans moyens financiers, il est pratiquement impossible de faire avancer des projets, d'autant que l'on sait que le dernier budget attribué à Rodrigues est réduit. Vos commentaires ?

- Vous avez raison. De plus, on ne sait pas ce qui nous attend dans le prochain budget. On sait aussi que le main objective du Chef commissaire ne sera peut-être pas le même que le mien. Nous aurons définitivement besoin d'argent et c'est la raison pour laquelle nous avons demandé au ministère de la Jeunesse et des Sports s'il pouvait nous aider, notamment en termes d'équipements et aussi avec le soutien des bailleurs de fonds, comme les pays donateurs. Cela fera énormément de bien au sport rodriguais.

Après quatre ans d'autonomie, peut-on dire que le rôle de la Commission de la Jeunesse et des Sports est compris et bien établi ?

- C'est le cas. Depuis que je suis arrivé à la commission, j'ai rencontré tous les sports coaches, aussi bien que les responsables de comité régionaux. Je leur ai expliqué ma façon de voir les choses, ma politique sportive. Ils ont bien compris et savent dans quelle direction nous nous dirigeons.

Vous parlez de politique sportive. Peut-on savoir quelle est votre politique justement ?

- Ma politique demeure le sport de masse. Car ce n'est qu'en ratissant large que nous aurons une plus grande quantité d'athlètes de haut niveau. Si nous investissons sur 10 athlètes, nous n'aurons qu'un athlète de haut niveau. En revanche, si nous investissons sur 1 000, c'est sûr que nous en aurons beaucoup plus. Rodrigues est gorgée de talents et la République de Maurice devra se poser la question suivante : Après Eric Milazar et Stephan Buckland, what next ? Au niveau des comités régionaux également, nous allons ratisser large et donner la chance à plus de monde de faire valoir leur potentiel. Dans le passé, des conflits de personnalité ont rongé les comités régionaux dans la mesure où c'était un cercle fermé.

Pour faire avancer les projets, vous conviendrez qu'il faudra également avoir les ressources humaines nécessaires. Vos commentaires ?

- Les entraîneurs ne peuvent faire seuls le gros travail sur le terrain. Nous avons six sports coaches et pour être honnête, ce n'est pas suffisant. C'est la raison pour laquelle nous pensons sérieusement à recruter des animateurs pour nous aider à atteindre nos objectifs. Nous avons d'ailleurs fait état de cela avec le ministre Sylvio Tang, car un de nos objectifs est de permettre à chacun des 13 comités régionaux d'avoir un sport coach. En ce faisant, nous allons créer des emplois.

Parlons maintenant du Brevet d'État pour Cadres Sportifs (BECS). Qu'en est-il à ce jour ?

- Le BECS a joué son rôle avec l'organisation des stages de Niveau 1 et 2. Il n'empêche que depuis assez longtemps, nous n'avons plus obtenu de stages de formation. Nous ne savons pas où se trouve le problème. Est-ce lié au départ de Christian Marty ? Nous avons donc demandé à Sylvio Tang que la formation reprenne son cours à Rodrigues, et ce, de façon régulière, car nous visons haut. Nous voulons, non seulement avoir des sportifs de haut niveau, mais également des entraîneurs capables de prendre en charge une sélection nationale.

À vous entendre, on constate que vous êtes très ambitieux M. Agathe ?

- Nous avons effectivement beaucoup d'ambition pour le sport rodriguais. Plusieurs facteurs jouent en notre faveur. Nous sommes ambitieux et je ne pense pas qu'elle soit démesurée. D'ailleurs, un plan d'action à moyen et long termes sera présenté à l'Assemblée régionale, d'ici la semaine prochaine.

Que pensez-vous du Trust Fund for Excellence in Sports (TFES) ?

- C'est une bonne chose. Tous ceux qui veulent nous aider financièrement sont les bienvenus. Nous manquons de moyens et qui plus est, les Rodriguais sont pauvres. À titre d'exemple, si un Rodriguais participait à une compétition de tennis, à Maurice, il arriverait en bus avec des savates aux pieds, contrairement au Mauricien qui débarquera, lui, dans une voiture de luxe ! Sinon, le TFES nous aide et nous aurions souhaité que ce soutien s'étende également aux autres disciplines, hormis l'athlétisme, le judo et le football.

Et le Sports Act, convient-il au sport rodriguais ?

- J'ai parcouru ce texte de loi et en partie, je dois dire qu'il nous convient. Il n'empêche qu'il y a certaines petites lacunes. S'il y a des retouches qui sont apportées, nous ferons des propositions au MJS. Mais dans l'ensemble, le Sports Act nous convient.

On a souvent vu des dirigeants sportifs activement engagés en politique. Qu'avez-vous à dire à ce sujet ?

- C'est effectivement le cas. Dans le passé, certains dirigeants ont été mis de côté en raison de leur appartenance politique. Notre objectif est que les présidents des comités régionaux ne fassent pas de politique.

En dernier lieu M. Agathe, peut-on connaître la différence entre l'Organisation du Peuple de Rodrigues (OPR) et votre parti, le Mouvement Rodriguais (MR), en terme de gestion du sport ?

- Nous sommes plus friendly et nous fonctionnons comme un bloc solide. Nous sommes plus proches du peuple. Nous pensons à la jeunesse et au sport parallèlement. Tel n'a pas été le cas sous l'ancien régime où la section jeunesse avait été négligée. Au sein du MR, nous prônons une politique d'ouverture. Il se peut que nous ayons été des adversaires directs, mais si, à titre d'exemple, l'ancien Chef commissaire Serge Clair voulais faire du sport, il serait le bienvenu.


Agathe le combattant

Christian Agathe, né le 11 novembre 1967, se décrit d'emblée comme un combattant. " De tous les combats, je n'en ai perdu aucun. " Ancien footballeur du club de Barbados au sein duquel il a remporté plusieurs compétitions de coupes - sans toutefois gagner le championnat - Christian Agathe s'est également illustré au sein du Mangues Handball Club. " Le fait d'avoir été sportif est un avantage. On connaît bien les gens du milieu. C'est également un désavantage, car avec le temps, une amitié se développe. Il n'empêche qu'il y a des limites et cela, les gens l'ont compris, surtout lorsqu'il s'agit de travail. Le plus important d'ailleurs, c'est que le travail soit bien fait ", a-t-il déclaré. Marié et père de deux enfants (un fils de 6 ans et une fille de 6 mois), Christian Agathe a été enseignant du primaire à l'école RCA St Esprit de La Ferme et à Don Bosco RCA de Petit Gabriel. Il dira avoir été toujours été impliqué en politique. Il a fait du social et a été président du village de Mangues. En août dernier, il a été commissaire à l'Agriculture avant d'obtenir, en décembre dernier, le portefeuille de la Jeunesse et des Sports, aussi bien que celui du Travail et des relations industrielles. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, le père de Christian Agathe était président de l'OPR. " L'OPR a dévié depuis longtemps de ses objectifs et c'est la raison pour laquelle j'ai choisi le MR pour mon entrée en politique. "



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