s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 21 janvier 2007



Fermeture envisagée de trois collèges privés - Le personnel enseignant dans la confusion…
Suite à l'interdiction de vente de boissons gazeuses dans les institutions scolaires - Gare à la surconsommation en dehors de l'école !
Avec l'arrivée de la période des grosses pluies - Ne pas baisser la garde contre le chikungunya
Développements de dernière heure - Le Morne: MPP modifie son plan IRS
Pour marquer le 1er février 2007 - Deux sites liés à l'esclavage inscrits au Patrimoine National
Dans une lettre au ministre du Travail - Fin de non-recevoir des syndicats au National Wages Council
Face of the Year 2006 - Douze candidates pour succéder à Émilie Bonhomme
Dans une lettre au ministre du Travail - Fin de non-recevoir des syndicats au National Wages Council
Réforme de l'industrie sucrière-En marge de la présentation du SIEA Bill - L'UASI et l'OUA dénoncen7t et s'en remettent aux parlementaires
Shelter d'Albion - Réhabilitation: point faible du centre pour enfants en détresse
Abus sexuels en structure de réhabilitation - Rita Venkatasawmy directrice du CEDEM: "Tous les shelters sont à risques !"
Seafood hub - Exploiter les ressources marines de manière durable
Architecte français dépêché par l'AIMF - Norbert Chazaud:"Le Théâtre de Port-Louis est en très mauvais état"
À Grand-Bassin - Dévoilement de la statue géante les 11 et 12 février
Visite ministérielle de sites pollués - Richfield et non World Knits Ltd


Fermeture envisagée de trois collèges privés

Le personnel enseignant dans la confusion…

De nombreux enseignants des collèges Pamplemousses High School, Presidency College et Newton (Rivière des Anguilles) se sont réunis hier au siège de la FPU à Rose-Hill pour connaître les dernières nouvelles sur l'avenir de leur collège respectif et le leur. Le management de leurs établissements leur demande de travailler sans se faire de souci, mais il est question de fermeture. Cette rencontre menée par l'UPSEE fait suite à une réunion entre le syndicat et le ministre de l'Éducation, Dharam Gokhool, jeudi dernier. Le jour même où ce dernier recevait la Fédération des Managers des Collèges Privés. À l'issue de cette rencontre, le ministre ne s'est pas montré explicite sur l'intention du gouvernement concernant l'avenir de ces établissements. Selon l'UPSEE, il aurait donné des indications qui laisseraient supposer qu'il "va vers la fermeture des collèges". Toutefois, le redéploiement du personnel reste un problème épineux et fait planer la confusion. Hier, c'est à l'unanimité que les enseignants des trois collèges ont adopté une unique résolution: adhérer au mode de protestation de l'UPSEE au cas où ils n'obtiennent pas satisfaction dans l'exercice de redéploiement…

Au cas où le gouvernement ne redéploie pas les enseignants des collèges Pamplemousses High School, Newton et Presidency (Rivière des Anguilles) en cas de fermeture, comme le stipule l'accord entre l'Éducation et le secteur privé en 2000, le personnel de ces établissements s'est engagé à suivre une éventuelle manifestation par l'Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE). Depuis la rentrée des classes et l'annonce de l'éventualité de la fermeture des collèges sub-standard ayant une population minime en Form I, le nom de ces trois collèges circulait avec persistance.

Les choses devaient se préciser après la réunion du 13 janvier à la Private Secondary School Authority. La PSSA, qui évaluait la situation dans une dizaine d'établissements privés qualifiés de sub-standard (notamment le nombre d'élèves en Form I après l'admission du 10 janvier et la population globale de ces écoles), devait arriver à la conclusion que les collèges Pamplemousses High School, Newton et Presidency fonctionneront cette année en dehors des critères recommandés par les règlements de la PSSA. Ces trois écoles ne disposent pas d'une population de plus de 150 élèves, tandis que les règlements préconisent un minimum de 150 élèves dans le mainstream, dont 15 élèves en Form I. En cas de redéploiement, 14 enseignants et 6 membres du personnel non-enseignant de la Pamplemousses High School seront concernés. Les chiffres se montent à 21 et 12 respectivement au collège Newton, et 16 et 8 au Presidency College de Rivière des Anguilles.

"Une dizaine de collèges dans le même schéma. Pourquoi n'ont-ils pas été inquiétés ?"

En fin de semaine, ces établissements du secondaire privé ont reçu une lettre officielle de la PSSA les informant que la subvention qu'ils perçoivent jusqu'ici sera supprimée à la fin de janvier. Pour le personnel enseignant comme pour les syndicalistes, le message est clair: "Le ministère va vers la fermeture de ces collèges".

En début de journée d'hier, lors d'une réunion avec les enseignants des trois collèges à Rose-Hill, Yahya Paraouty, président de l'UPSEE, n'a cessé d'émettre ce point de vue. Alors qu'il présentait les retombées d'une récente rencontre entre le syndicat et le ministre Dharam Gokhool, Yahya Paraouty a affirmé que "celui-ci n'a pas dit explicitement que le ministère fermera ces collèges. Mais il a parlé de redéploiement et présenté des options. Et lorsqu'on parle de redéploiement et d'options, il est certain qu'on pense à une fermeture ! Si li pa ti pans fermtir, li pa ti pou apel UPSEE pou diskit ar nou". Entre autres, le ministre aurait "proposé un package aux enseignants ayant plus de 50 ans".

Dharam Gokhool, ses proches collaborateurs, le directeur de la PSSA, le syndicat des managers des collèges privés, les représentants de la fédération des managers du privé, se sont retrouvés à la table de discussion au ministère, jeudi dernier. C'est après cette réunion à l'IVTB House que le ministre avait souhaité rencontrer l'UPSEE. Aux dires des syndicalistes, cette réunion ne les aurait pas éclairés.

Tejnarain Chumroo, président de la fédération, dit être resté sur sa faim. "Nous pensions que le ministère allait nous informer de la situation exacte. Nous apprenons que la PSSA a envoyé une lettre à trois collèges et qu'il y a eu convocation des associations de parents d'élèves. D'autre part, on nous fait comprendre qu'il n'y aura pas de fermeture ! La PSSA tend à donner une autre version et l'on déduit qu'il y a une contradiction concernant la question de fermeture. En fin de compte, nous nous retrouvons dans la confusion et le flou total", déclare Tejnarain Chumroo. "Il y a une dizaine de collèges qui sont dans le même schéma que les trois autres. Pourquoi n'ont-ils pas été inquiétés ?", se demande-t-il.

Yahya Paraouty se pose également des questions sur le choix de la PSSA. Il a affirmé aux enseignants réunis hier "que le ministère et la PSSA ont dû mal à handle ce dossier. Ce qui a pour résultat un cafouillage".

MEDCO over staff

Relatant la réunion de jeudi dernier, Yahya Paraouty a expliqué que les déclarations et arguments de Dharam Gokhool à ses interlocuteurs indiquent que le ministère envisage la fermeture imminente des collèges. "Il nous a demandé d'être flexibles dans nos négociations et sur les modalités concernant le redéploiement du personnel", insiste Yahya Paraouty. Ce dernier s'insurge contre le fait que "le ministre veut en l'espace de dix jours fermer les collèges et faire le redéploiement. Ce qui, dans la pratique, n'est pas possible !"

Le président de l'UPSEE veut que le ministre de l'Éducation respecte l'accord de 2000. "Lorsque Steve Obeegadoo a fermé le collège MacMillan, il a donné un préavis de six mois au manager", rappelle Yahya Paraouty. Il précise que le ministère est tenu de redéployer les enseignants dans le secteur de l'éducation. "Que ce soit au Mauritius Institute of Education, au Mauritius College of the Air, à la PSSA, dans un collège d'État. Mais pas dans des collèges privés. Nous ne voulons pas que vous (les enseignants présents au siège de la FPU) vous retrouviez dans les mêmes conditions que maintenant ! En principe, le ministère devrait vous redéployer dans les quatre collèges MEDCO. Mais, honnêtement, ces collèges sont over staff."

Rassurant la majorité des enseignants des trois collèges réunis hier, l'UPSEE leur a affirmé que ses 3 000 membres ne les laisseront pas tomber. "Avec ou sans l'appui de la Managers of Private Secondary School Union". Le redéploiement des élèves ne pose pas de difficultés et tout a été envisagé à ce niveau. En revanche, le sort des enseignants reste en suspens !

"Les caretakers ont reçu l'ordre de veiller à ce que les profs n'embarquent aucun bien du collège dans leur voiture !"

La réunion d'hier a permis de constater l'inquiétude du personnel enseignant des trois collèges. Parmi ces derniers, des jeunes qui viennent visiblement d'entamer leur carrière professionnelle dans l'éducation. Inquiets, ils voulaient savoir s'ils doivent "travailler normalement en attendant que le gouvernement prenne une décision finale sur la fermeture des collèges. Ki nou pou fer an atandan ki Gokhool pran so desisyon ?"

D'autres enseignants expliquent "que c'est sans motivation que profs et élèves se retrouvent en classe". Tout comme les syndicalistes qui affirment être dans le flou, les enseignants confient qu'ils sont dans une situation confuse. Un enseignant de la Pamplemousses High School explique que lors d'une réunion vendredi dernier, le management du collège a demandé à son personnel de travailler sans se faire de souci. Mais "alors que la PSSA a demandé au collège de maintenir les deux élèves de la Form I au collège, nous avons appris que les caretakers ont reçu l'ordre de veiller à ce que les profs n'embarquent aucun bien du collège dans leur voiture ! Il y a un double langage. Nous ne savons plus très bien ce qui nous attend. De plus, le time-table a considérablement changé au collège. Nous nous retrouvons avec plusieurs périodes libres !"

Des enseignants de ce même collège disent que certains ne sont toujours pas employés par l'établissement. Ils souhaitent savoir s'ils feront partie du redéploiement du personnel au cas où le collège ferme ses portes. Ils se posent des questions "parce qu'il n'y a pas de réelle communication entre le management et le staff". "C'est par la presse que nous apprenons ce qui se passe dans nos collèges et sur notre avenir !"


Suite à l'interdiction de vente de boissons gazeuses dans les institutions scolaires

Gare à la surconsommation en dehors de l'école !

"Une bouteille d'eau, s'il vous plaît", demandait une élève de Form III, vendredi dernier, à la cantinière de son collège. Cette jeune fille avait pourtant l'habitude de consommer deux chopines de coca quotidiennement à l'école. Les boissons gazeuses n'étant plus disponibles au collège, elle se retrouve, comme ses autres camarades, dans l'obligation de choisir d'autres types de boissons dans l'enceinte de l'école.

Depuis la rentrée, les cantines scolaires ont banni les boissons gazeuses de leur échoppe. La cause: la décision gouvernementale d'en interdire la vente dans tous les établissements scolaires. "Il n'y a pas eu de signe de mécontentement des élèves", indique le recteur du St Mary's College, Menon Munien.

Dès le premier jour de la rentrée, à l'assemblée du matin, les maîtres d'école ont fait savoir aux élèves que désormais, aucune boisson gazeuse ne sera mise en vente à l'école. Une mesure à laquelle semblent s'être accommodés les étudiants, même si certains élèves ont demandé à acheter du coca les premiers jours d'école. "Quelques-uns sont venus. Ils voulaient des boissons gazeuses, mais ont opté pour du jus ou une bouteille d'eau aussitôt que je leur ai rappelé la nouvelle mesure", raconte un cantinier.

Ginette Mariole, cantinière depuis huit années au St Mary's College, qui craignait pour son commerce, a choisi la vente des jus de fruits en brique et en bouteille. "J'étais paniquée au départ car 50% du chiffre d'affaires de ma cantine découle de la vente de boissons gazeuses. Mais j'ai réalisé que je pouvais enlever les soft drinks et les remplacer par d'autres boissons beaucoup plus saines pour les enfants", souligne-t-elle. Comme d'autres confrères, elle a également commencé à vendre du jus "fait maison avec de l'eau bouillie. Certains élèves me disent: C'est fade madame ! Je leur réponds: C'est bon pour ta santé".

Mais les effets de vente se font déjà sentir chez certains cantiniers, surtout dans les collèges. "Les enfants n'achètent pas autant de jus ou d'eau que quand ils achetaient des boissons gazeuses. La consommation a diminué", laissent entendre certains responsables de cantines. D'où leur crainte, partagée par les maîtres d'écoles, que cette interdiction de vente ne provoque pas une surconsommation de boissons gazeuses ou fast-food en dehors de l'école. Ils s'interrogent: "Que se passera-t-il si les parents eux-mêmes donnent des boissons gazeuses à leurs enfants ?".

Contrôle parental en dehors de l'école

La communication déficiente autour de cette nouvelle mesure est déplorée. Quelques responsables d'écoles disent avoir reçu une circulaire du ministère de l'Éducation concernant l'interdiction de vente de boissons gazeuses dans les établissements scolaires. D'autres avouent qu'ils ont appris la nouvelle par les médias. "Qu'on veuille interdire, c'est bon signe. Mais à ce jour, personne n'est venu expliquer le pourquoi de cette interdiction. C'est à travers la presse que nous entendons les raisons. Il est nécessaire d'avoir dans chaque école une explication pour que les enseignants puissent expliquer les méfaits des boissons gazeuses sur les enfants, et éviter qu'une fois sortis de l'école, ils réagissent en consommant encore plus de soft drinks", estime Menon Munien.

Pour les responsables d'écoles, une campagne de communication est nécessaire. L'école n'est pas le seul lieu où la consommation de boissons gazeuses est fréquente. "Les enfants aiment ces boissons. Ils peuvent s'en procurer dans toutes les boutiques. Dès la sortie de l'école, ils peuvent se délecter. À quoi ça sert si on interdit la vente à l'école et qu'une fois dehors, les élèves consomment encore plus de soft drinks ?", s'interrogent-ils.

Ils estiment également qu'il est nécessaire d'avoir un contrôle parental en dehors de l'école. "Les parents doivent être au courant de ces mesures et inculquer à leurs enfants une nouvelle façon de s'alimenter sainement". Certains responsables d'écoles soulignent qu'ils n'ont reçu aucune directive concernant les fast-foods. "Il y a des marchands qui viennent, à la sortie de l'école vendre dholl puri ou autres aliments considérés comme néfastes à la santé. Comment savoir quels sont ces aliments ? Ils ajoutent qu'il n'y a pas de contrôle sur ces marchands.

Au ministère de la Santé, on estime que le problème de marchands à la sortie de l'école dépend des conseils de district ou des municipalités, tout en rappelant que des amendements devraient être apportés à la loi. Au sujet de la vente de snacks, un préposé de ce ministère souligne que les inspecteurs de la Santé continueront d'exercer un contrôle sur la qualité de la nourriture, dont les snacks et les fritures dans les écoles, pour constater si les normes d'hygiène sont respectées.

Changer la mentalité des enfants

Cette décision d'interdire la vente des boissons gazeuses dans les établissements scolaires découle des conclusions de l'enquête du ministère de la Santé sur les maladies non transmissibles et sur une étude nutritionnelle entreprise il y a deux ans. Elles font état d'un taux de diabète élevé et de prévalence de maladies cardio-vasculaires au sein de la population, y compris parmi les enfants. Selon les derniers chiffres, 8,1% des enfants âgés de 5 à 11 ans sont diabétiques, et 25% de la population estudiantine est obèse. Les autorités estiment qu'il est plus facile de changer la mentalité des enfants et des jeunes que celle des adultes et que cette décision contribuera à renverser cette tendance. Elles pensent que privés de boissons gazeuses dans les écoles, les enfants adopteront de nouvelles et meilleures habitudes alimentaires.

Au ministère de la Santé, on avance qu'outre les communiqués de presse et les lettres aux institutions scolaires, un calendrier a été préparé pour la sensibilisation des Head of school sur l'importance de cette mesure. Une campagne de sensibilisation des parents à travers les Parents Teachers Associations (PTA) a aussi été prévue. On apprend également que la mise sur pied de cette mesure sera accompagnée d'une très vaste campagne de sensibilisation pour expliquer aux enfants les méfaits de ces boissons.


Abdullah Dustageer, diététicien-nutritionniste:"Voir au-delà de l'interdiction et élaborer une politique de nutrition"

Pour le diététicien-nutritionniste Abdullah Dustageer, cette mesure représente un pas dans la bonne direction mais nécessite un accompagnement pour être efficace et soutenable dans le long terme. "Il va falloir que les autorités voient au-delà d'une simple interdiction de vente. Il est nécessaire d'élaborer une politique de nutrition en définissant les rôles de chaque partenaire, et qui soit orientée à moyen et long termes", estime ce nutritionniste disposant de plus de 30 années d'expérience.

Soutenant que les familles mauriciennes sont assez laxistes par rapport à l'alimentation, Abdullah Dustageer fait ressortir qu'une campagne de sensibilisation auprès des parents est nécessaire. Il estime aussi qu'il faudrait inculquer une culture de pratique d'exercices physiques.

L'alternative proposée par les cantines scolaires - les jus de fruits - est bonne, assure le nutritionniste, si les normes alimentaires sont respectées. Il souligne que si les jus de fruits en brique contiennent, en général, 8 à 13 cuillerées de sucre, soit l'équivalent de ce que contient une chopine de boisson gazeuse, il s'agit de sucre naturel. "Dans les boissons gazeuses, le sucre contient des calories vides, alors que dans les jus de fruits, il contient des vitamines, des fibres alimentaires. De nos jours, les jus de fruits en brique sont fortifiés en vitamines", soutient-il.

Notre interlocuteur estime que la mesure gouvernementale devrait s'inscrire dans le cadre d'un programme d'ensemble pour l'amélioration du comportement alimentaire de l'enfant et, par ricochet, de la famille. Il ajoute que si une bonne campagne de communication est faite, cette mesure donnera des résultats dans le temps. Selon lui, cette mesure concerne également les concessionnaires de l'industrie de boissons gazeuses ainsi que les publicitaires. "L'industrie doit voir au-delà de cette décision et répondre au changement en proposant des produits diversifiés et, pourquoi pas, encourager la consommation de l'eau", pense Abdullah Dustageer.


Avec l'arrivée de la période des grosses pluies

Ne pas baisser la garde contre le chikungunya

Depuis août 2006, aucun cas de chikungunya n'a été enregistré à Maurice. Mais avec l'arrivée de la période des grosses pluies, la menace demeure. La vigilance est toujours de mise. L'année dernière, de janvier à août 2006, 10 072 cas de chikungunya ont été rapportés, le nombre le plus élevé (5 146 cas) en février. En ce début d'année, pour parer à une résurgence de la maladie ou une éventuelle épidémie, la population est appelée à ne pas baisser la garde.

Une campagne nationale de prévention avait démarré en juin 2006 dans plusieurs régions de l'île visant à réduire le nombre de personnes atteintes du chikungunya, ainsi que les risques de propagation de la maladie. La collaboration de la population a été sollicitée pour vaincre le chikungunya. À ce jour, les autorités estiment que la situation est "sous contrôle" et ne déplorent aucune victime.

Toutefois, avec l'arrivée des grosses pluies et l'accumulation des poches d'eau dans différents endroits, éléments favorables à la prolifération des moustiques, les risques d'une réapparition de cette épidémie sont grands. Avec la collaboration d'autres organismes, le ministère de la Santé continue sa campagne de sensibilisation sur le terrain: causeries dans plusieurs régions de l'île, distribution de fascicules, slogans sur les autobus, campagne tous azimuts à la radio et à la télévision. L'objectif: toucher le plus grand nombre de personnes - enfants et adultes - pour contrer le chikungunya.

Les autorités affirment que des études entomologiques sont faites couramment pour connaître la densité de la population des moustiques dans l'île, tester l'efficacité des opérations de vector control, ainsi que la résistance des moustiques aux insecticides.

À ce jour, une certaine amélioration au niveau du nettoyage de certaines régions est notée. Mais d'autres endroits demeurent non nettoyés ou à l'abandon, malgré les nombreux messages des autorités. "C'est ce qui favorise la prolifération des moustiques. Les endroits boisés, l'eau sur les maisons ou dans les pneus usés… Le public doit collaborer pour la propreté de son environnement et éviter que les moustiques s'installent et prolifèrent dans les endroits à risques", indique-t-on.

Le Public Health (Amendment) Bill, voté en novembre dernier et qui entrera en vigueur à la fin de janvier 2007, remédiera peut-être à la situation. Cet amendement a été voté en vue de renforcer la vigilance dans le pays. En cas de "water accumulation on premises", les contrevenants risquent une amende de Rs 1 000, et de Rs 5 000 si la somme n'est pas réglée dans une période de vingt jours.

La campagne nationale de sensibilisation a contribué à réduire la propagation du chikungunya depuis août 2006. Mais les autorités lancent un appel à la population pour qu'elle ne baisse pas la garde.


Développements de dernière heure

Le Morne: MPP modifie son plan IRS

Le dossier du Morne a connu des développements importants cette semaine, sur fond de crispations que certains veulent manifestement œuvrer à désamorcer. Alors que la Platform Patriotik pou Sov le Morne, l'OF/Les Verts et le MMKA manifestent avec de plus en plus de virulence leur opposition à toute construction sur la montagne, nous avons appris vendredi que les promoteurs britanniques du Morne Brabant IRS Co Ltd, venus en force à Maurice, ont décidé de repositionner hors de la core zone récemment délimitée les 16 villas qui s'y trouvaient initialement. De son côté, le conseil des ministres a approuvé vendredi le Draft Management Plan et le dossier final d'inscription au Patrimoine de l'Humanité, qui sera envoyé la semaine prochaine à l'Unesco.

"Nous ne sommes pas des politiciens. Nous ne sommes que des promoteurs que le gouvernement mauricien a encouragés à venir investir à Maurice. Et c'est ce que nous voulons faire à travers le projet IRS que nous projetons de réaliser sur les terres privées que nous avons achetées sur la montagne du Morne, le 30 juin 2006. Nous sommes conscients que la montagne du Morne représente diverses choses pour diverses personnes. Mais nous pensons que le développement et la mémoire n'ont pas forcément besoin d'être antagonistes et de s'exclure, et que notre projet peut aussi bien aider au classement du Morne au Patrimoine mondial de l'Unesco et à l'avancement de la population de la région et de l'île tout entière". C'est en ces termes que les dirigeants britanniques de la Mauritian Property Partnerships, représentants de la Morne Brabant IRS Co Ltd, ont parlé vendredi dernier de leur projet contesté sur la montagne du Morne.

C'est visiblement à un recentrage dans le sens de l'apaisement, de la concertation et du dialogue qu'ont voulu opérer Christopher Wilkins et Tom Gosling, Joint Managing Directors de MPP, et Alan Baker, Group Development Director, qui ont débarqué à Maurice la semaine dernière pour prendre la relève de Bertrand Giraud, ex-propriétaire des terres et partenaire minoritaire au sein du Morne Brabant IRS Co Ltd. À travers leurs propos, on sent une volonté de faire valoir qu'il n'y a aucun antagonisme entre eux et le gouvernement sur leur projet, et qu'ils ont jusqu'ici participé aux discussions visant à définir la core zone nécessaire pour tout site visant à une inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco. Ce, en suivant toutes les procédures prescrites pour l'approbation de leur projet IRS, pour lequel le gouvernement leur a accordé une letter of intent en bonne et due forme, le 30 décembre 2005. Et pour lequel ils attendent maintenant le permis EIA indispensable à tout permis définitif, et donc au démarrage de tous travaux.

Des investissements de Rs 16 milliards mis en avant

Ainsi, alors que le ministre des Arts et de la Culture déclarait il y a deux semaines que le gouvernement avait décidé qu'aucune construction ne serait autorisée dans la core zone, selon les impératifs de l'Unesco, et que l'expert François Odendaal mettait en cause 16 villas sur un total de 65 que MPP projetait de construire sur des terres privées certes, mais tombant néanmoins dans la core zone récemment délimitée avec son aide, les responsables de MPP, interrogés à ce sujet, nous ont cette fois déclaré vendredi qu'il n'avait jamais été question qu'ils construisent dans la core zone. "Nous avons participé à des discussions avec le gouvernement en vue de la délimitation de la core zone, sur laquelle nous avions peut-être des avis qui n'étaient pas en tous points pareils. Mais maintenant qu'une nouvelle core zone a été délimitée, et qu'il apparaît effectivement que 16 des villas que nous projetions de construire s'y trouvent, nous avons décidé de les déplacer vers le bas pour qu'elles ne se trouvent plus à l'intérieur de la core zone. Ce qui implique en clair que nous renonçons à construire sur 91 arpents des 337 arpents de terres privées que nous avons achetés le 2 juin 2006 en respectant toutes les procédures", nous déclarent les représentants de MPP. "On peut donc difficilement venir nous dire que nous sommes contre l'inscription du Morne au Patrimoine mondial, alors que notre projet comprend aussi un volet de reboisement de la montagne qui va dans le sens de ce qui est demandé par l'Unesco", insistent les promoteurs.

Ceux-ci n'hésitent pas par ailleurs à faire valoir que MPP a à cœur un "développement éthique qui profite à la communauté régionale et au pays tout entier" et qu'outre le projet du Morne, ils ont aussi un projet IRS aux Salines (qui a déjà obtenu tous les permis nécessaires et qui démarrera cette année) et un projet d'hôtel à Point Jérôme, le tout pour un montant dépassant les Rs 16 milliards, ce qui fait de MPP l'un des plus importants investisseurs à Maurice, à un moment où le pays a fait savoir son besoin d'investisseurs étrangers.

Des arguments qui semblent irrecevables pour certains opposants au projet, comme la Platform Patriotik pou Sov le Morne de Karl Lamarque, le Mouvman Morisyen Kreol Afrikin de Mario Flore ou l'Organisation Fraternelle/Les Verts de Sylvio et Elie Michel. Mardi après-midi, ces derniers ont ainsi fait échec à un projet de rencontre entre les dirigeants de MPP et le conseil de village du Morne. Armés de pancartes dénonçant les velléités "esclavagistes" des promoteurs, ils ont contraint ces derniers à quitter le village hall de la localité sans avoir pu parler aux élus. Et lors d'une conférence de presse tenue à Port-Louis jeudi dernier, les opposants au projet ont réitéré leurs arguments à l'effet que la mémoire de l'esclavage et du marronnage devait être préservée et qu'aucune construction ne saurait être tolérée sur le Morne et dans les alentours, dans la core zone mais aussi dans la buffer zone, conformément à ce que prescrirait l'Unesco.

Le Masterplan rendu public le 1er février

Des arguments que tente cette fois de nuancer Stéphanie Anquetil, présidente du Morne Heritage Fund. Si elle nous déclarait hier matin qu'elle n'était pas au courant de la décision de MPP de ne pas aller de l'avant avec la construction des 16 villas précitées dans la core zone, décision qu'elle dit accueillir favorablement, elle fait ressortir qu'il ne saurait y avoir de position tranchée au sujet du Morne. "Certains ont pu avoir l'impression récemment que le board du Morne Heritage Fund et moi-même étions contre tout projet IRS sur le Morne. Ce n'est pas ce que nous avons dit. Nous avons simplement dit qu'il faut évaluer chaque projet et voir son impact sur le site. Et il faut savoir aussi que si l'Unesco proscrit tout développement dans la core zone, elle n'interdit pas de développement dans la buffer zone, le tout étant de le faire selon le respect de certaines normes et spécifications", précise Stéphanie Anquetil.

Les discussions, manifestement, sont donc loin d'être closes. Et si le conseil des ministres a approuvé vendredi dernier le Final Nomination Dossier qui va être envoyé la semaine prochaine à l'Unesco, ce n'est que le Draft Management Dossier du site qui a été avalisé dans la même foulée. "À partir de ce draft, qui va être rendu public le 1er février prochain, nous allons engager des consultations nationales. Chacun et tout le monde pourra faire valoir ses vues, critiques et suggestions à cet effet. Et ce n'est qu'à partir de cet exercice que nous allons procéder à la rédaction du Final Management Plan, que nous devons soumettre au plus tard en janvier 2008. Ce pour que l'Unesco examine notre demande d'inscription du Morne au Patrimoine mondial de l'Humanité lors de sa réunion de juin 2008 au Canada", déclare la présidente du Morne Heritage Fund.

Un dossier qui est donc loin d'être clos...


Pour marquer le 1er février 2007

Deux sites liés à l'esclavage inscrits au Patrimoine National

Deux sites liés à l'esclavage, à savoir l'île Plate et Trois Cavernes à Médine, devraient être inscrits au Patrimoine National le 1er février 2007, pour marquer le 172e anniversaire de l'Abolition de l'Esclavage. C'est ce qui a été annoncé par le ministre des Arts et de la Culture, qui rendait public le programme d'une célébration officielle qui se tiendra, comme à l'accoutumée, à Pointe Canon. Et qui devrait avoir pour invité officiel le ministre mozambicain de l'Éducation et de la Culture, Aires Aly.

C'est donc une nouvelle fois à Pointe Canon, à Mahébourg, que se tiendra la célébration officielle du 1er février, marquant le 172e anniversaire de l'abolition de l'esclavage.

Le programme approuvé par le conseil des ministres comprend le traditionnel dépôt de gerbes au Monument aux Esclaves, la tenue d'un spectacle culturel et la présentation de deux expositions qui ont déjà été montrées récemment au Mauritius Institute et à l'Aapravasi Ghat, à savoir "The wreck of Le Coureur - A testimony of the illegal slave trade" et "From captivity to freedom: a history of the Liberated Africans associated with the Aapravasi Ghat during the 19th century".

C'est le ministre mozambicain de l'Éducation et de la Culture, Aires Aly, qui a été choisi pour être l'invité officiel de cette célébration. La confirmation de sa présence est toutefois toujours attendue.

Le gouvernement malgache nous enverra de son côté une troupe culturelle pour participer à ces festivités. Cette troupe se produira lors de la cérémonie officielle du 1er février à Mahébourg, mais aussi le 2 février au Théâtre Serge Constantin et le 3 février au Morne.

Au-delà, le National Heritage Fund finalise en ce moment les procédures en vue de la nomination au Patrimoine National de deux sites étroitement liés à l'histoire de l'esclavage à Maurice, à savoir Trois Cavernes à Médine (où des traces d'occupation ont été trouvées dans le cadre du récent Marroon Heritage Project) et l'île Plate. Un CD consacré à ces sites sera produit par le NHF, en collaboration avec le Mahatma Gandhi Institute.

Fête populaire au Morne le 3 février

D'autres activités sont prévues au niveau régional. Ainsi, le Nelson Mandela Centre for African Culture et Le Morne Heritage Trust Fund, en collaboration avec diverses organisations socioculturelles, procéderont à un dépôt de gerbes à 13h le 1er février en deux lieux "of significant importance in the history of slavery", à savoir Trou Chenille au Morne et au Cimetière des Esclaves à Pamplemousses. Ils organisent par ailleurs conjointement un "popular cultural show" sur la plage publique du Morne le samedi 3 février, de 18h30 à 23h. Y sont annoncés Natir, OSB, Menwar, Cassiya, Jacques Anseline et l'École de Danse de Curepipe, Ras Mayul, Jez Catherine, Fight Again, Gilbert Narainsamy (lauréat du concours Baté Séga),un groupe du Morne et le groupe Ravane sans Frontières, qui vient de lancer un album consacré au Morne.

Autre fait marquant: une carte digitale sur les lieux liés à l'esclavage à Maurice sera lancée le 2 février à 14h à l'Université de Maurice. À cette occasion, une causerie sera donnée par Phakameni Mthembu, en charge du Living Heritage au sein du Department of Arts and Culture d'Afrique du Sud.

Le programme prévoit par ailleurs la tenue de diverses causeries sur l'esclavage: à la municipalité de Curepipe le 2 février à 10h, avec la participation de Raymond Ateba Mbassi (lecturer de l'Université de Yaoundé au Cameroun, qui effectue en ce moment à Maurice un doctorat sur l'œuvre de J.M.G. Le Clézio); le 10 février au Théâtre Serge Constantin à l'intention des usagers des Centres de Lecture et d'Animation Culturelle (CLAC); et dans les établissements scolaires.

Est enfin prévue la tenue, du 5 au 9 février, aux Archives Nationales à Coromandel, d'une exposition de documents, photos et lithographies ayant trait à l'esclavage.


Dans une lettre au ministre du Travail

Fin de non-recevoir des syndicats au National Wages Council

Dans une correspondance adressée en début de semaine au Dr Vasant Bunwaree, ministre du Travail et des Relations industrielles, le mouvement syndical regroupé au sein de la Trade Union Common Platform (TUCP) oppose une catégorique fin de non-recevoir au National Wages Council (NWC), que le gouvernement projette d'instituer dans le cadre de la réforme des lois du Travail.

"Nous nous opposons à tout projet visant à lier les changements tant attendus à l'Industrial Relations Act (IRA) à l'institution d'un National Wages Council (NWC) basé sur le rapport Lim", lit-on dans la lettre. "The government persistence in pursuing such a linkage is synonimous to a mere blackmail of workers of the country who have hard fought for democratic changes to be brought to the repressive IRA", y est-il écrit.

La classe syndicale informe formellement le ministre qu'elle ne participera désormais qu'à des consultations pour le remplacement de l'IRA et non sur l'introduction du NWC. "Cela implique que nous ne participerons dans aucune réunion si ledit NWC est lié au remplacement de l'IRA", préviennent les syndicalistes.

En ce qui concerne le remplacement de l'IRA, le mouvement syndical s'en tient à son mémoire sur le sujet prônant un nouveau cadre légal "démocratique". Il indique qu'il s'attend à ce que le projet de loi soit rendu public un mois avant sa présentation à l'Assemblée nationale.

"Toute insistance du gouvernement d'instituer un NWC (…) en vue de l'élimination de la compensation salariale au moment même où l'inflation a atteint le taux le plus fort de ces dix dernières années conduira, inévitablement, à une instabilité industrielle et à la désobéissance civile", préviennent les syndicats.

Ces derniers estiment que le but de toute réforme des lois du Travail est de "renforcer les droits des travailleurs et rehausser la démocratie industrielle" en vue de permettre aux salariés "d'affronter la jungle de la présente ère de mondialisation capitaliste". Le TUCP réunit en conférence les membres des comités exécutifs de l'ensemble des syndicats du pays, mercredi prochain, à partir de 9h30 au Rabita Hall à Port-Louis.

Outre le remplacement de l'IRA et la question de mise sur pied du NWC, seront aussi abordés la question de rendre plus flexibles les lois du Travail, en vue, selon les syndicats, "de permettre au patronat de hire and fire à sa guise", de même que les projets de privatisation de services d'utilité publique comme la fourniture d'eau.


Face of the Year 2006

Douze candidates pour succéder à Émilie Bonhomme

La lauréate du concours Face of the Year 2006 sera connue samedi prochain, lors de la finale qui se tiendra au Coco Beach Hotel. Après la consécration d'Émilie Bonhomme en 2005, Amélie, Nadia, Christel, Valérie, Béatrice, Carla, Vanesha, Laeticia, Aleezah, Kristy, Runa et Anaïs, les douze finalistes issues des concours Face of the Month 2006, concourent pour ce titre relevant d'une expérience renouvelée du coiffeur visagiste Azize Goburdhun.

Les candidates en lice ont remporté, chaque mois, le concours Face of the Month 2006, et bénéficié d'un relookage gratuit. L'objectif est de "mettre la vraie personnalité de la candidate en valeur, à travers un relookage ayant trait à la coiffure, le maquillage et l'habillement". Outre la consécration de la Face of the Year 2006, les titres de Princesse et de Miss Éloquence seront également décernés aux candidates qui se démarqueront des autres. Le public peut élire ses candidates favorites en votant sur le 303-60-50 ou à travers le site officiel du concours: www.face-of-the-month.com. Un jury départagera les votes lors de la finale. Un défilé casual, un défilé chic, ainsi que la prestation de Miss Mauritius Fitness 2006, Françoise Lam Tung, et de l'artiste Menwar sont au programme de cette soirée, dont l'invité d'honneur est Terry Jervis, directeur de Trace TV International, de Londres. Ce dernier sera accompagné de son manager, Hervel Singh. La présence de Terry Jervis, qui a côtoyé des stars internationales comme Quincy Jones, Oprah Winter, donnera une autre dimension au concours mauricien Face of the Year, selon Azize Goburdhun.

Ce dernier confie toutefois qu'il rencontre des difficultés pour le paiement des billets d'avion de ces personnalités, suite à un problème au niveau de la MTPA. La lauréate de 2006 accédera peut-être au titre d'ambassadrice de Maurice pour le compte de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA). En effet, les directeurs de cet organisme ont émis le souhait que la gagnante du concours Face of the Year 2006 soit la représentante de Maurice pour faire la promotion touristique du pays. Toutefois, Azize Goburdhun confie qu'il n'y a pas eu de pourparlers à ce stade.


Dans une lettre au ministre du Travail

Fin de non-recevoir des syndicats au National Wages Council

Dans une correspondance adressée en début de semaine au Dr Vasant Bunwaree, ministre du Travail et des Relations industrielles, le mouvement syndical regroupé au sein de la Trade Union Common Platform (TUCP) oppose une catégorique fin de non-recevoir au National Wages Council (NWC), que le gouvernement projette d'instituer dans le cadre de la réforme des lois du Travail.

"Nous nous opposons à tout projet visant à lier les changements tant attendus à l'Industrial Relations Act (IRA) à l'institution d'un National Wages Council (NWC) basé sur le rapport Lim", lit-on dans la lettre. "The government persistence in pursuing such a linkage is synonimous to a mere blackmail of workers of the country who have hard fought for democratic changes to be brought to the repressive IRA", y est-il écrit.

La classe syndicale informe formellement le ministre qu'elle ne participera désormais qu'à des consultations pour le remplacement de l'IRA et non sur l'introduction du NWC. "Cela implique que nous ne participerons dans aucune réunion si ledit NWC est lié au remplacement de l'IRA", préviennent les syndicalistes.

En ce qui concerne le remplacement de l'IRA, le mouvement syndical s'en tient à son mémoire sur le sujet prônant un nouveau cadre légal "démocratique". Il indique qu'il s'attend à ce que le projet de loi soit rendu public un mois avant sa présentation à l'Assemblée nationale.

"Toute insistance du gouvernement d'instituer un NWC (…) en vue de l'élimination de la compensation salariale au moment même où l'inflation a atteint le taux le plus fort de ces dix dernières années conduira, inévitablement, à une instabilité industrielle et à la désobéissance civile", préviennent les syndicats.

Ces derniers estiment que le but de toute réforme des lois du Travail est de "renforcer les droits des travailleurs et rehausser la démocratie industrielle" en vue de permettre aux salariés "d'affronter la jungle de la présente ère de mondialisation capitaliste". Le TUCP réunit en conférence les membres des comités exécutifs de l'ensemble des syndicats du pays, mercredi prochain, à partir de 9h30 au Rabita Hall à Port-Louis.

Outre le remplacement de l'IRA et la question de mise sur pied du NWC, seront aussi abordés la question de rendre plus flexibles les lois du Travail, en vue, selon les syndicats, "de permettre au patronat de hire and fire à sa guise", de même que les projets de privatisation de services d'utilité publique comme la fourniture d'eau.


Réforme de l'industrie sucrière-En marge de la présentation du SIEA Bill

L'UASI et l'OUA dénoncen7t et s'en remettent aux parlementaires

"Vrai massacre de la dignité humaine et de notre Histoire commune", le Multi-annual Adaptation Stategy Sugar Sector Action Plan vise, selon l'Union of Artisans of the Sugar Industry (UASI) et l'Organisation de l'Unité des Artisans (OUA), à "faire que les travailleurs portent le fardeau de la réduction du prix garanti de l'UE". Dans une correspondance à l'ensemble des parlementaires en marge de l'adoption du Sugar Industry Efficiency Amendment Bill, ces deux syndicats d'employés de l'industrie sucrière dénoncent vivement le plan du ministre Arvind Boolell qui, disent-ils, n'est "ni économiquement viable, ni socialement acceptable".

Dans leur lettre aux parlementaires, MM. Serge Jauffret (UASI) et Clency Mars (OUA) insistent, d'abord, sur ce qu'ils estiment être le "procédé antidémocratique" ayant abouti au Sugar Industry Efficiency Amendment Bill (SIEAB) et au Multi-annual Adaptation Strategy Sugar Sector Action Plan (MAASSSAP) 2006/2015. Selon eux, le projet de loi vise à codifier un plan d'actions qui n'a jamais été sujet à un débat démocratique.

Les deux syndicats de l'industrie sucrière en veulent pour preuve que le plan endossé par le ministre le 18 avril 2006 n'a été rendu public via Internet qu'en novembre de la même année et officiellement soumis aux syndicats que le 9 janvier dernier. L'UASI et l'OUA va même jusqu'à dire que le document a été "tenu secret" et "soumis à une puissance étrangère" avant même que les parlementaires élus de l'Assemblée nationale n'en prennent connaissance.

Les deux syndicats rappellent que même la représentante de l'Union européenne (UE) à Maurice fut "choquée" qu'un tel document vital fut soumis aux autorités européennes et non aux syndicats et aux députés. "What a humiliating situation when our elected minister was virtually ordered by foreign powers to render public a document in his own country !"

Pour l'UASI et l'OUA, le MAASSSAP et le SIEAB ne visent qu'à "comepnser les barons sucriers aux dépens de l'emploi et des conditions de service prévalant dans l'industrie sucrière". Selon ces syndicats, le plan n'est ni "économiquement viable" ni "socialement acceptable".

"Absence d'étude sur l'incidence sociale du plan"

L'UASI et l'OUA estiment que le "plus gros scandale" demeure l'octroi de "concessions colossales" aux sucreries en termes de fonds et d'accumulation de capitaux "sans la moindre garantie de génération d'un nombre suffisant d'emplois décents pour compenser ceux qui seront, massivement, détruits".

L'absence d'une étude sur l'incidence sociale du plan est aussi vivement décriée. "Cela est d'autant plus troublant, disent MM. Jauffret et Mars, que le gouvernement a en comparaison commandité une étude coûteuse auprès de Landell Mills Consultants en vue de valider l'agenda des sucreries". Le même Landell Mills Consultants dont les services auraient été sollicités, selon les deux syndicats, par la MSPA pour déposer "en faveur des sucreries devant le Tribunal d'Arbitrage Permanent en 2000 et 2006".

L'UASI et l'OUA dénoncent la disposition la plus "réactionnaire" du plan qui concerne le travail saisonnier dans la futuure industrie de la canne. Pour eux, il s'agit, là, de la toute première fois qu'un projet de loi de l'ère post-coloniale vise à faciliter l'emploi saisonnier. Ce qui, pour les deux syndicats, s'apparente à un "retour à l'époque des travailleurs engagés et à l'esclavage".

Pour l'UASI et l'OUA, couplé à l'application du VRS et du Blue Print qui, depuis 1998, ont occasionné une baisse de 55% des effectifs dans l'industrie sucrière, le nouveau plan ne fera qu'entraîner une diminution additionnelle de 66% des emplois présents dans ce secteur. Ce qui, disent-ils, représente, et pour le Sugar Sector Stratégic Plan de 2001 et le SIEAB présent, un nombre combiné de 20 352 licenciements, soit, une réduction globale de 85% des effectifs permanents.

Les deux syndicats rappellent aux parlementaires que les travailleurs saisonniers et les contractuels ne bénéficient pas des droits minimaux prévus par la loi tels les sick and local leaves garantis par les Remuneration Orders. Ils ne sont non plus pas couverts, rappellent ces syndicats, par le Protocole d'accord de 1994. Selon le calcul de l'UASI et de l'OUA, avec l'adoption éventuelle du projet de loi, les travailleurs saisonniers compteront, finalement, pour les trois quarts des effectifs de l'industrie sucrière.

Dans le but d'atténuer, disent l'UASI et l'OUA, les effets du SIEAB, les parlementaires sont invités à soutenir et à faire voter six amendements que proposent les deux syndicats. Parmi lesquels, un pour l'établissement d'un système de pension pour tous les travailleurs licenciés de l'industrie sucrière sous le VRS, l'ERS et les fermetures d'usines; ne permettre qu'un pourcentage maximal de 20% de travailleurs saisonniers dans le secteur, l'établissement d'un Agro-industry and Diversification Fund à partir des fonds associés aux mesures d'accompagnement de l'UE et garantir prioritairement des emplois aux licenciés dans les projets transfrontaliers de l'industrie sucrière ou des activités économiques locales découlant des bénéfices des conversions de terres sous la section 11 du SIEA de 2001.


Shelter d'Albion

Réhabilitation: point faible du centre pour enfants en détresse

Récemment, des adolescents en réhabilitation au shelter d'Albion ont porté plainte contre d'autres pensionnaires, dont une adulte, pour abus sexuels. Ces allégations viennent rappeler que les conditions dans lesquelles des enfants en détresse et victimes d'abus divers sont réhabilités ne conviennent pas pour leur prise en charge ! De plus, Shalom, l'ONG qui gère le centre depuis deux ans, connaît elle-même des turbulences. La directrice de Shalom qui assurait la gestion du shelter a été suspendue par le comité de l'organisme et est interdite d'accès au centre d'Albion.

Les récentes allégations d'attouchements sexuels dont auraient été victimes des enfants du shelter d'Albion, à l'intérieur même du centre pendant leur réhabilitation, viennent rappeler un fait. L'unique structure d'État pour enfants abusés est en profonde… détresse ! Pour reprendre les termes même d'une source proche de cet abri, "il y a une tempête dans ce shelter". Un constat qui n'est pas uniquement lié aux récents cas rapportés à la police. Car, comme le rappelle la directrice du Centre d'Éducation et de Développement pour les Enfants mauriciens (CEDEM), Rita Venkatasawmy, aucun pensionnaire en structure de réhabilitation n'est à l'abri de risques d'abus physique, moral ou sexuel.

Aussi, aucune structure n'échappe au risque de développement de comportement sexualisé chez certains de ses pensionnaires, filles ou garçons. Et ce, pour différentes raisons. "Des filles qui étaient en couple disaient qu'elles le faisaient parce qu'elles n'étaient plus sexuellement actives comme elles l'étaient à l'extérieur", confie Nathalie, après un passage au Rehabilitation Youth Centre. Mais ceux qui connaissent le dossier du shelter d'Albion savent aussi que celui-ci peine, depuis trop longtemps, à réhabiliter les nombreux enfants qui s'y trouvent. Il y a, d'une part, la cohabitation d'adultes, précisément des femmes en détresse et victimes de violence domestique. D'autre part, la cohabitation d'une quarantaine d'enfants - dont des handicapés, victimes d'abus physiques, sexuels, de maltraitance, abandonnés… - ne facilite pas la tâche du personnel. Centre censé être temporaire, le shelter d'Albion abrite des pensionnaires qui, faute de pouvoir réintégrer leur famille, sont contraints d'y rester pendant de longues années.

Gestion chaotique

Cette affaire laisse planer un certain malaise à Albion. D'autant qu'il y a eu turbulence au sein de Shalom. En effet, la directrice de l'organisation, Sonia Poonoosamy, qui assurait la responsabilité du shelter, aurait été "renversée" par le comité de Shalom durant une longue absence au pays.

Lorsqu'elle n'était pas là, c'est une nouvelle recrue de Shalom qui a assuré la suppléance. Cette dernière, qui agissait auparavant comme volontaire, est toujours en poste. Depuis, Sonia Poonoosamy n'a plus accès au shelter. C'est par l'intermédiaire de la presse qu'elle aurait appris ce qui se serait passé dans le centre. Suivant son éviction du comité de Shalom, elle aurait entrepris des démarches légales. Selon une source proche du shelter, cela fait quelque temps déjà que le départ de Sonia Poonoosamy était souhaité par certains membres de Shalom.

Le principal catalyseur de la situation au shelter relèverait d'une gestion chaotique. Dans ce schéma où tous les cas se retrouvent, la ministre du Développement de l'Enfant, Indira Seebun, dans une de ses déclarations, a fini par conclure que l'attouchement sur un enfant ne relève pas de l'abus ! Pour remettre de l'ordre dans son centre, l'État décide en 2004 de céder la gestion à l'organisation non gouvernementale Shalom après un appel d'offres. Peu d'ONG montrent un intérêt à cet exercice. Shalom est en course avec Terre de Paix. Cette dernière, malgré ses années d'expérience dans l'encadrement de victimes abusées, est écartée.

Dans le milieu de la protection de l'enfance, l'entrée de Shalom et ses méthodes ne font pas l'unanimité. Actuellement, le ministère des Droits de la Femme est en quête de nouveaux candidats à la gestion. Si certaines associations ayant fait leurs preuves dans la prise en charge préfèrent refuser l'appel du gouvernement "pour ne pas avoir les mains liées" au cas ou elles seraient sélectionnées, d'autres veulent donner une autre chance aux enfants qui se trouvent à Albion et ont fait acte de candidature.

Le shelter d'Albion sera transféré dans un nouveau bâtiment à Pointe aux Sables. Ce bâtiment qui, à l'origine, devait abriter un centre de créativité, a changé de vocation à la dernière heure. Aussitôt le contrat de gestion alloué à une nouvelle ONG, les résidents d'Albion changeront de décor. Une nouvelle stratégie de réhabilitation est attendue. La mixité de cas et de résidents à Albion a été longtemps décriée. En réhabilitation, le concept de prise en charge n'est pas calqué sur un modèle unique. Elle varie selon l'approche des prestataires de service.

Dans un cadre où le modèle familial est prôné, l'accompagnement d'une mère victime de violence dans la même structure que son enfant, lui aussi en réhabilitation, est normal. Mais,si les adultes n'ont aucun lien biologique avec les enfants, la situation s'avère différente, fait ressortir Alain Muneean de Terre de Paix. "Je ne suis pas particulièrement pour ce cas de figure", concède-t-il.

Évaluation des shelters, une nécessité

À ce jour, très peu d'ONG disposant d'un centre résidentiel pour enfants en détresse jouent la transparence sur leur fonctionnement. Pour des raisons qui leur reviennent, certaines évitent d'exprimer les contraintes auxquelles elles sont confrontées. D'autres, qui ne demandent qu'à travailler en réseau pour faire des requêtes d'une seule voix, se retrouvent alors en minorité et ne peuvent constituer une force auprès des autorités. Aussi, les tentatives d'un travail en cohésion entre ONG et autorités, entreprises dans le passé, ne sont plus d'actualité.

Une évaluation des shelters est impérative. Jusqu'ici, il n'y a aucune visite surprise des autorités compétentes dans les abris. Un organisme constitué par l'État serait apte à le faire, pense Rita Venkatasawmy. "L'État doit assurer un mécanisme pour faire le suivi des placements d'enfants. Lorsque les autorités retirent un enfant de la société pour l'envoyer au shelter, elles doivent s'assurer qu'il est provided with adequate care and treatment ! Puisque l'État subventionne les centres de réhabilitation, il est habilité à faire leur monitoring", relève Alain Muneean, directeur de Terre de Paix.

Dans son dernier rapport, l'Ombudsperson pour les enfants, Shirin Aumeeruddy-Cziffra, souligne qu'elle a en vain proposé un monitoring du shelter d'Albion et des institutions résidentielles, mais en vain. Rappelons que la page qu'elle consacre au centre d'Albion dans son document met en lumière les principales failles de cette structure. Notamment, la surpopulation, la cohabitation des cas divers…

Par ailleurs, dans un contexte où la prise en charge des enfants victimes d'abus sexuels et de prostitution se fait dans l'urgence et sans une politique nationale, il convient à l'État d'être un partenaire fiable auprès des ONG qui remplissent cette fonction. Car, qu'adviendrait-il des victimes si les institutions privées n'arrivaient plus à gérer les cas relevant de la prostitution qui leur sont référés ? Et décident de ne plus les encadrer ?


Abus sexuels en structure de réhabilitation

Rita Venkatasawmy directrice du CEDEM: "Tous les shelters sont à risques !"

Directrice du Centre d'Éducation et de Développement pour les Enfants Mauriciens (CEDEM) et spécialiste de la réhabilitation des enfants abusés sexuellement, Rita Venkatasawmy plaide pour une prise en charge individualisée et professionnalisée de ces enfants. La cohabitation des victimes d'abus divers dans un cadre non structuré les expose à des risques, relève-t-elle. En l'absence d'une politique nationale pour les victimes d'abus sexuel, la spécialiste de l'enfance rappelle que c'est à l'État d'en définir une. Actuellement, 28 filles et garçons, dont des victimes de prostitution, sont en réhabilitation au CEDEM.

Des allégations d'attouchements sexuels perpétrés par des pensionnaires du shelter d'Albion sur des enfants en réhabilitation ont été récemment rapportées à la police. Est-ce qu'il arrive à votre structure d'être confrontée à ce genre de situation ?

Tous les shelters sont à risques ! C'est une vérité qui ne peut être niée. D'ailleurs, pour rappel, le rapport de l'Ombudsperson pour les Enfants, tout comme celui du Secrétaire Général de l'ONU, parle d'enfants abuseurs. Au CEDEM, nous devons faire très attention, parce que nous avons des comportements à hauts risques où les grands peuvent abuser des petits et même inversement ! Je cite ici le cas d'un petit qui n'a même pas huit ans et qui, si on ne fait pas preuve de vigilance, fait des attouchements sur des filles et n'hésite pas à faire des gestes obscènes envers des animatrices. C'est pour dire qu'aucun shelter n'est à l'abri et qu'au CEDEM, nous avons effectivement ce genre de problème où des enfants abusés deviennent à leur tour abuseurs. Nous avons eu des cas d'attouchements. Et dans un de ces cas, il a fallu trois ans avant que l'enfant ne change de comportement.

Les attouchements en abri d'accueil ne sont pas une nouvelle problématique.

En effet, même que cela s'aggrave ! Légalement, nous sommes tenus de rapporter les cas à la police. Cependant, cela dépend de leur gravité. S'il s'agit d'un problème relevant du comportement d'un enfant, nous n'irons pas forcément trouver la police. Car c'est justement pour un problème de comportement que cet enfant se retrouve en abri. Mais lorsqu'un enfant met en danger les autres pensionnaires, nous ne pouvons prendre le risque de le garder ! Lorsqu'il y a des crises de violence au CEDEM, nous sollicitons l'intervention de la brigade des mineurs ou la Child Development Unit.

Un shelter a pour prérogative d'assurer la protection de l'enfant victime d'abus. Paradoxalement, il peut, dans le shelter même, être exposé à des risques d'abus !

C'est vrai. Ce sont des risques qui surgissent lorsque les shelters ne sont pas gérés professionnellement ! J'insiste à dire que ce n'est pas une problématique qui concerne uniquement Maurice. Lorsque la gestion d'un shelter relève du professionnalisme, en matière de formation et d'un strong management, la probabilité qu'il soit confronté à ce type de problème est moindre. N'empêche, je ne peux assurer que les risques sont nuls. Je concède qu'il y a eu des situations où cela nous a pris du temps pour réaliser qu'un enfant abusait d'un autre. Qui plus est, les enfants ont évolué et appliquent la ruse.

Comment un enfant victime d'abus sexuel arrive-t-il à reproduire cette forme de violence envers un autre ?

D'abord, c'est la première conséquence de l'abus sexuel. Les études le démontrent et cela a été noté. C'est un point essentiel qu'il faut savoir lorsqu'on travaille avec des enfants à risques. Aussi, la durée de l'abus a un impact sur le comportement des victimes. Les cas d'abus à long terme démontrent que l'enfant adopte une attitude qu'on pourrait qualifier d'anormale. Cela dépend aussi de l'intensité du vécu de l'enfant. Et il est parfois plus facile de réhabiliter un enfant lorsque l'abus n'a pas été systématique. Le danger survient quand des enfants sexuellement abusés se retrouvent avec ceux qui ne l'ont pas été. Ces derniers risquent alors de connaître ce genre de vécu pendant leur réhabilitation dans un shelter où ils sont censés être protégés. À son arrivée dans un centre, l'enfant doit être prévenu. Il doit être averti des choses qui ne sont pas normales, par exemple qu'il soit forcé par un autre enfant à l'embrasser sur la bouche. Je parle toujours aux enfants qui arrivent au CEDEM. Ils doivent savoir ce qui peut être considéré comme étant des risques et qu'un shelter n'est pas un hôtel cinq étoiles ! C'est évident que nous sommes tenus à tout faire pour que leur passage se fasse dans de meilleures conditions. Mais ils doivent aussi savoir qui sont ceux qui ont des problèmes de comportement. Et lorsqu'ils sont informés, ils sont aptes à nous rapporter le comportement des autres envers eux. Cela nous permet ainsi d'agir vite.

Dans ce cas, quelle est la stratégie que vous appliquez pour gérer la cohabitation d'enfants ayant différents vécus, victimes d'abus divers et sexuels respectivement ?

Quand nous avons démarré, nous pensions que la réhabilitation pouvait reposer sur des activités de groupe. Mais nous nous sommes trompés. Celles-ci sont certes nécessaires, surtout quand elles sont sportives, récréatives… Un programme individualisé est de rigueur et c'est ainsi qu'on s'en sort. Mais un tel projet est coûteux, en termes de temps et d'argent. Il y a des cas où l'enfant requiert l'assistance d'une personne seulement ! À l'exemple de cette adolescente, victime de prostitution, somnambule. Nous avons remarqué qu'elle ne dormait d'une traite qu'après une journée d'activités. Nous avons dû lui trouver des occupations pour qu'elle ne reste pas inactive afin de l'aider à surmonter son trouble. C'est pourtant une chose simple que nous avons mise en place, mais cela a demandé toute une planification avec des volontaires pour accompagner cette fille. Lorsqu'il s'agit du comportement, nous avons étudié des stratégies pédagogiques. Et behaviour has to be corrected. On met alors de côté le pourquoi du comportement de l'enfant pour le reprendre quand il agit négativement. Le suivi psychologique fait partie de l'encadrement. D'ailleurs, on en parle beaucoup ces derniers temps. C'est important, mais le psychologue ne voit l'enfant que pendant une heure. Ce qui est, pour moi, plus important, c'est que le psychologue travaille avec l'entourage de l'enfant, c'est-à-dire les encadreurs. Car nous avons besoin de ressources capables d'assurer l'éducation de l'enfant. Et il est honnêtement difficile d'être constant dans notre accompagnement. Et ce par faute de moyens. Nous sommes pris par d'autres soucis pratiques. Cependant, il appartient à l'adulte d'être constant, sinon l'enfant chute.

À Maurice, la réhabilitation d'enfants victimes de violence est assurée de facto par des ONG. Est-ce que selon vous, l'État n'est pas en mesure d'assumer cette responsabilité ?

L'État ne peut pas tout faire et cette responsabilité ne lui incombe pas uniquement ! Mais l'État a la responsabilité de donner une orientation. Maurice a les moyens de résoudre ses problèmes, même si la situation économique est difficile. Parallèlement aux investissements dans certains secteurs, il y a du gaspillage dans d'autres. Ce qu'il faut, c'est de la volonté politique. Quand il y a une bonne gouvernance, les ressources ne sont pas mal utilisées

Ce n'est pas d'un drop-in centre dont nous avons besoin. Nous ne sommes pas aux Philippines où des enfants de rue vont dans de tels centres la nuit pour prendre une douche. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un centre de réhabilitation spécialisé et résidentiel pour les enfants victimes de prostitution. Actuellement, ces enfants ont besoin d'une… Intensive Care Unit. Dans une autre perspective, de par l'historique de l'action sociale à Maurice, l'État n'a jamais été proactive sur ce plan. L'État a toujours eu un rôle de soutien, surtout financièrement, mais n'a jamais été un gestionnaire direct de projets sociaux.

N'empêche, c'est à l'État, voire au gouvernement, de définir une politique nationale en matière de protection de l'enfance. Et non aux ONG ! Sont-elles en présence d'une politique d'action définie ?

Non, parce qu'il n'y a pas de politique définie ! Même si l'État n'est pas le seul à être responsable de la protection de l'enfance, il a néanmoins la responsabilité de définir la politique d'actions en matière de réhabilitation des enfants abusés. Avec les problèmes graves auxquels l'enfant est confronté, il nous faut une politique beaucoup plus pointue.


Seafood hub

Exploiter les ressources marines de manière durable

La dérive des espèces marines, c'est ce qu'a révélé le magazine Science en novembre dernier. Le secteur du seafood hub pourrait s'effondrer d'ici 2048 avec la surpêche. Selon Vassen Kauppaymuthoo, océanographe, Maurice peut donner l'exemple d'un modèle de gestion pour garantir le développement durable du milieu marin et l'équilibre du secteur des produits de la mer. Recommandations et stratégies de politiques nécessaires.

Le constat est sans ambiguïté: 29% des espèces marines sont perdues. Les stocks de ressources ont diminué de 90% à cause des problèmes liés à l'environnement - déversement d'effluents et de fertilisants dans les océans, pollution de l'air et surpêche. Les chercheurs appellent au contrôle de la pollution et de la surpêche. À Maurice, la plupart des pêcheurs ont vu leur prise diminuer compte tenu des problèmes environnementaux. Les stocks de poissons comestibles ont disparu. À Rodrigues, ces stocks diminuent de manière considérable.

L'océanographe Vassen Kauppaymuthoo, qui a mené plusieurs études sur la biodiversité marine, pense qu'on peut innover sur le plan local et formuler des stratégies pour un seafood hub durable tout en préservant notre patrimoine en termes d'espèces marines. À l'heure où le secteur des produits dérivés de la mer est devenu un des nouveaux piliers de l'économie du pays selon une politique gouvernementale bien définie, avec des structures en place à Port-Louis (usines de stockage, par exemple), une meilleure gestion de nos ressources marines vivantes et leur développement durable sont impératifs.

Il faut rappeler que le pays possède 2 millions de km2 de Zone Économique Exclusive (ZEE) pour la gestion de ses ressources. Maurice, Tromelin, les Chagos, St Brandon, Agaléga, notre seafood dépend de cette zone traversée par des flottes de pêche asiatique et autres pétroliers. Diverses menaces pèsent sur les espèces marines dans cette ZEE. Dans le lagon, certaines formes de pêche pratiquées illégalement surexploitent les stocks de poissons comestibles. Hors du lagon, le même problème menace les populations de requins, par exemple.

Comment rendre le seafood hub viable et réorganiser l'industrie de la pêche pour réduire l'antagonisme exploitation/préservation ? La question de contrôle est devenue prioritaire. Les chercheurs vont dans le sens d'une incitation à exploiter les océans de manière durable par le biais des accords internationaux et par des initiatives privées. Parmi les recommandations de notre océanographe: le contrôle de l'accès à notre ZEE par Le Vigilant, la surveillance aérienne de cette Zone à travers des accords avec des pays comme la France ou la Grande-Bretagne. Il est aussi question de contrôle du fishing catch, qui a diminué dans la zone côtière du pays.

L'intégration des pêcheurs traditionnels dans le seafood hub est une autre nécessité. Ce sont des gens qui connaissent les produits de la mer. Le concept du seafood hub doit s'infiltrer dans la population locale. Il faudrait aussi faire des études des stocks dans la ZEE pour se rendre compte des espèces existantes (thons, requins à exploiter) et s'assurer que les permis accordés aux flottes de pêche ne vont pas au-delà du renouvellement du stock de ressources. La création de Marine Protected Areas, des zones protégées de toute activité commerciale, pourrait assurer le développement durable du milieu marin.

Pour ce qui est de la vision du futur, il est temps de songer à la préservation de ces oasis qui nourrissent notre ZEE. Garder Tromelin, Agaléga, l'archipel des Chagos vierges de toute activité de pêche (le lagon d'Agaléga regorge de requins et de langoustes) est une façon de préserver notre patrimoine naturel. L'état de nos ressources marines, la gestion des stocks, le contrôle de l'accès à la zone où se trouvent les espèces marines, la préservation des petites îles, telles sont les stratégies pour développer un seafood hub durable. Dans ce secteur, Maurice a le potentiel nécessaire pour s'imposer comme un modèle de gestion.


Architecte français dépêché par l'AIMF

Norbert Chazaud:"Le Théâtre de Port-Louis est en très mauvais état"

Il est venu, il a vu, et il a fait connaître ses premières impressions, en attendant un rapport complet qu'il rédigera à Paris dès la semaine prochaine. Lui, c'est Norbert Chazaud, architecte de la Ville de Paris dépêché à Maurice par l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF), qui a effectué au cours de la semaine écoulée un audit détaillé de la situation du Théâtre de Port-Louis. Et si son constat indique que le Théâtre "est en très mauvais état", il n'en ouvre pas moins un espoir pour une future remise en état.

Depuis le début de son mandat en 2006, le lord-maire, Reza Issack, avait clairement déclaré son intention de faire appel à l'Association Internationale des Maires Francophones (AIMF), au sujet du Théâtre de Port-Louis. En dépit d'une rénovation dite "complète" menée en 1994, avec le soutien financier et logistique de la Mission de Coopération Française, le Théâtre n'avait en effet cessé, au cours de ces dernières années, de connaître une dégradation accélérée, que nous avons maintes fois mise en exergue dans ces colonnes.

Si la visite d'un expert, annoncée l'an dernier, n'avait finalement pas eu lieu, la personne choisie ayant été retenue par un problème urgent au niveau de la Ville de Paris, l'AIMF a cette fois tenu la promesse faite au lord-maire en dépêchant l'architecte Norbert Chazaud pour une mission d'évaluation qui s'est tenue du 16 au 19 janvier.

Mercredi dernier, l'architecte a ainsi passé une journée entière à inspecter le Théâtre de Port-Louis de fond en comble, du sous-sol au "poulailler", inspection qu'il a complétée vendredi. Au terme de ce travail en profondeur, son constat est venu confirmer l'impression générale: "Le Théâtre de Port-Louis est un très joli théâtre, qui est aujourd'hui en très mauvais état", a fait savoir Norbert Chazaud au lord-maire. Dès cette semaine, il s'attellera à la rédaction d'un rapport détaillé à ce sujet, qui sera soumis à l'AIMF et à la mairie de Port-Louis.

"Négligence absolue" au niveau de la maintenance

"Un certain nombre de faits ont pu déjà être relevés, concernant par exemple une négligence absolue au niveau de la maintenance", nous déclare Reza Issack. "Cela ne tient pas seulement à un manque de moyens financiers. Il y a une équipe au Théâtre qui est chargée de cela, et qui n'a manifestement pas assuré le travail nécessaire à cet effet", affirme le lord-maire.

Au-delà, concernant les problèmes structurels qui se posent au niveau du Théâtre de Port-Louis, le rapport de Norbert Chazaud est maintenant attendu, avec un certain optimisme, semble-t-il. "Le fait que l'AIMF nous l'ait délégué pour cette mission d'évaluation montre qu'elle est disposée à porter une attention particulière à ce dossier. Nous espérons donc pouvoir, à la lumière du rapport soumis, arriver à discuter avec cette instance des modalités d'une rénovation", laisse entendre Reza Issack.

Au cours de sa visite chez nous, l'architecte de la Ville de Paris a également effectué, jeudi dernier, une visite du Plaza, l'ex-maire des villes sœurs, Varen Andee, s'étant l'an dernier associé à Reza Issack pour solliciter l'apport de l'AIMF au sujet du dossier de rénovation du Plaza également. Là aussi, un rapport est attendu de Norbert Chazaud dans les semaines à venir. "Il a fait ressortir que tout en étant très différents, le Plaza et le Théâtre de Port-Louis sont aussi importants l'un que l'autre, et qu'il convient que nous mettions tout en œuvre pour préserver ce patrimoine", fait ressortir une source municipale. Comment ? C'est ce que l'on attend maintenant de savoir…


À Grand-Bassin

Dévoilement de la statue géante les 11 et 12 février

Le dévoilement de la statue géante de Shiva, haute de 108 pieds et se trouvant à l'entrée sud de Grand-Bassin, aura lieu les 11 et 12 février. Cette annonce a été faite jeudi par le ministre de l'Environnement, Anil Baichoo, lors de la troisième réunion de la Task force mise sur pied dans le cadre du Cavadee et de Maha Shivaratree. La Task force s'est déclarée satisfaite des dispositions prises dans le cadre de ces deux célébrations religieuses. Pour le Cavadee, les berges des rivières ont été nettoyées et les kovils repeints. La CWA assurera une fourniture d'eau adéquate la veille et le jour de la fête. Concernant Maha Shivaratree, l'asphaltage des voies d'accès à Grand Bassin sera complété avant la fête prévue pour le 16 février. On procède actuellement au déboisement des bordures des routes et à l'installation de lampadaires. Des dispositions ont également été prises pour l'aménagement des salles vertes à Grand Bassin.

La statue de Shiva est la deuxième plus grande statue de la divinité hindoue construite dans le monde. L'autre se trouve en Inde et cette statue de grandeur nature est déjà une attraction pour les Mauriciens et les touristes. La statue a été érigée en vingt et un mois et quarante ouvriers indiens de Maturam Associates ont travaillé sans relâche pour compléter les travaux.

Les travaux de finition, qui consistent à recouvrir la statue d'une fine couche de cuivre et d'installer un paratonnerre et une balise au sommet de la statue, sont en voie d'être complétés. Des projecteurs ont été placés autour du socle ainsi que des jeux de lumière. Le bassin se trouvant au bas de la plate-forme sera embelli avec des plantes dont le lotus.


Visite ministérielle de sites pollués

Richfield et non World Knits Ltd

Une confusion nous a fait écrire la semaine dernière que dans le cadre de sa tournée des sites où des habitants se plaignent de pollution industrielle, le ministre de l'Environnement, Anil Baichoo, avait visité l'usine de World Knits de Terre Rouge. Or, comme l'a si justement fait ressortir le directeur de production de cette entreprise, M. Akhilesh Ayrga, il n'y a pas d'unité de World Knits à Terre Rouge. En fait, c'est Richfield qui est concerné par un problème de pollution dans cette localité.

Nos excuses donc à la direction de World Knits pour cette regrettable méprise.



s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 21 janvier 2007