é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 21 janvier 2007

Histoires d'eau !
Gérard Cateaux


La question problématique liée à l'eau ne date pas d'aujourd'hui. On serait même tenté de dire que cette substance, essentielle à l'humanité, a toujours été présente dans l'évolution de l'humanité, se partageant les espaces où elle évolue: à travers les mers et océans, les rivières et lacs, quand elle n'est pas source de conflits entre nations.

Nous sommes confrontés chez nous à une pénurie d'eau potable parce que nos réservoirs peinent à nous fournir cette précieuse gouttelette d'eau douce pour nos besoins domestiques. Malgré cette pénurie - que la saison pluvieuse a l'habitude de nous compenser - , notre population continue à penser que cette manne tombée du ciel nous est transmise de manière tout à fait "naturelle". Nous nous servons de l'eau pour arroser nos jardins, pour laver nos pavages, nos voitures, en dépit des annonces des autorités pour une meilleure gestion du patrimoine de l'eau.

Cela peut paraître anecdotique mais elle vaut d'être mentionnée. Il y a plus d'une vingtaine d'années, l'ancien ambassadeur de Cuba basé à Antananarivo interrogeait Sir Gaëtan Duval sur notre capacité de stockage de l'eau de pluie. Et Sir Gaëtan lui répondit que la majeure partie de notre eau descend vers la mer. L'ambassadeur de Fidel Castro lui dit: "Quel gâchis !" Effectivement, quel gâchis ! Voilà des années que cette problématique de la gestion de l'eau - qui nous vient, par ailleurs, de l'océan - n'a jamais été résolue. Nous dépendons depuis plusieurs décennies du réservoir de Mare aux Vacoas, des réservoirs de Piton du Milieu, de La Ferme, d'Eau Bleu, La Nicolière et, depuis peu, du Midlands Dam. Malgré cette masse d'eau qui nous tombe du ciel, à chaque sécheresse, nous portons nos regards vers ces cumulus qui restent suspendus sur nos têtes et, lorsqu'elle tombe, elle descend, inévitablement, vers l'océan d'où elle était venue…

Cette chance que nous avons de vivre dans une île porteuse de pluie mérite que nous puissions mieux gérer nos réserves en eau. Il est souhaitable que le projet de Bagatelle Dam soit conduit vers sa réalisation. Les études de faisabilité entreprises par l'ancien gouvernement ont déjà été complétées en août 2006. La deuxième phase du projet est en cours. Le barrage s'étendra sur 2 km sur une superficie de 125 hectares et sa capacité de stockage sera de 8,5 millions de mètres cubes. C'est de bon augure. Mais il faut faire vite !

Nous nous devons de faire de l'expérience acquise ailleurs une condition sine qua non de notre réussite future quant à notre gestion de l'eau. C'est vrai que, par moments, ailleurs, c'est pire. Imaginons un seul instant que des milliards de mètres cubes d'eau fossile dorment sous les déserts. Que, depuis la nuit des temps, les déluges noient régulièrement la planète. Avec leur cortège de drames et de morts, moussons, raz-de-marée et inondations perdurent. Sans que les hommes n'aient trouvé la solution miracle. À l'aube du XXIe siècle, la domestication des crues reste un problème majeur pour tous les gouvernements…

Gamal Abdel Nasser, l'ancien président égyptien, qui avait conçu le barrage d'Assouan avec l'aide des Russes, en 1964, avait lancé à son peuple: "Plus jamais vous ne manquerez d'eau ! Cette eau qui coule le long du Nil et qui fait escale sur le lac Nasser s'étend jusqu'à Ismaëlia. Où le désert est… vert de fruits et légumes !"



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 21 janvier 2007