o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 18 juin 2006

Faits et effets… - Quelle ouverture…
Humeur - Le nouveau censeur
Actualité commentée - Restitution de terres spoliées: Le gouvernement manque toujours de volonté…
Radio télévision - Le budget à la MBC

Faits et effets...

Quelle ouverture…
Josie Lebrasse


"Openness", ouverture. Imbattable lorsqu'il s'agit de trouver des slogans, l'Alliance sociale a déniché un tout nouveau pour résumer la philosophie de son premier budget. L'ouverture, c'est bien. Personne ne peut contester cela à moins d'être d'un autre siècle, de la préhistoire et d'être animé d'instincts dictatoriaux et de dérives obscurantistes. L'ouverture, c'est, avant tout, celle de l'esprit et des frontières ensuite. Mais une question s'impose: le gouvernement pratique-t-il ce qu'il prêche ?

Nous ne nous attarderons pas sur la poussée mystique d'Alan Ganoo et qui l'a amené à poser, avec une maladresse dont il a le secret, deux questions, la première sur la position du gouvernement sur l'homosexualité il y a quelques semaines, et, la seconde, mardi dernier, sur la possibilité que le Premier ministre consulte l'Évêque de Port Louis avant la décision de projeter le film The Da Vinci Code, film controversé qui a été interdit dans certains pays. Il n'a pas explicitement réclamé son interdiction. Mais il s'est visiblement égaré dans deux questions stériles au lieu de s'intéresser à des sujets autrement plus brûlants en ces temps de frustration populaire. Quoi qu'il en soit, nous savons que Paul Bérenger n'a pas du tout apprécié ces positions qui sont en nette contradiction avec ce que le MMM représente et, comme il l'a décidé, il n'y a pas eu, mardi dernier, de questions supplémentaires sur le sujet. Le dossier est clos !

Est-ce l'ouverture que cette opération "lev paké allé" qui a jeté de nombreuses familles modestes, de simples travailleurs manuels, de plusieurs secteurs dans le désespoir et la frustration, qui a frappé des professionnels respectés dans leur domaine respectif et, bien mauriciens, comme Vijay Makhan, Soorya Gayan, Gérard Sanspeur, Iqbal Rajahbalee et le tout dernier, Anil Gujadhur de la Banque de Maurice ? Tous les jours et tous les soirs, nous voyons ce que ce gouvernement comprend par ouverture. Avec ses deux nominés politiques à la tête de la MBC, l'un célèbre pour les talents d'alpiniste qu'il a déployés en grimpant le mirador où était installée une des caméras présentes au rassemblement de l'Alliance sociale, le 1er mai dernier à Vacoas et, l'autre, pour ses apparitions fréquentes dans les bulletins télévisés à signer des documents et à se mettre en évidence, et autant d'agents des partis au pouvoir à affiner la propagande du pouvoir en place, on ne peut que s'interroger sur ce que le gouvernement comprend par ouverture.

Il y a une quinzaine de jours, le 3 juin dernier, pour bien préparer l'opinion à un budget impopulaire par son déficit social, le Premier ministre et son cabinet tout entier tenaient une conférence de presse. Le gadget utilisé par les "spin doctors" était "les squelettes dans le placard". Que Navin Ramgoolam ait une bonne couverture à la télévision, ce n'est pas un problème, toute la presse respecte ce principe que la parole d'un Premier ministre, cela a suffisamment d'importance pour être convenablement relayé. Mais de là à monopoliser les trois chaînes de la MBC un samedi soir, de saison de coupe du monde, de surcroît, pour imposer le Premier ministre à tous les téléspectateurs, cela ne se fait que dans les républiques bananières et est, "by all standards" , inacceptable. Et, contraire à l'ouverture prônée "with pomp and pageantry", comme dit l'autre, par le gouvernement.

Le plus surprenant, c'est que c'est le bien le ministre qui parle de "rupture" et qui a fait de l'ouverture son credo qui a été à la télévision deux fois durant ses trois dernières semaines, le 17 mai pour parler d'économie en général et, mercredi dernier, le 14 juin, pour défendre son budget. Deux programmes de plus d'une heure. C'est vrai que, pour paraître un peu plus crédible, Rama Sithanen a fait appel à quelques journalistes qui ne sont pas de la MBC. C'est leur liberté entière d'aller cautionner un service que tous les Mauriciens dénoncent, écœurés, mais c'est aussi symptomatique de l'hypocrisie du discours officiel. Il n'y a rien de mal à ouvrir le pays aux étrangers même si l'on a encore en mémoire la campagne menée contre Birt Cunningham, Bill Duff et Philip Cash, mais il faut savoir ce qu'on leur donnera à regarder comme télévision de service public en attendant une hypothétique entité privée après l'appropriation du numérique terrestre par la MBC.

L'ouverture sonne, par ailleurs, faux dans la bouche de ceux qui ont mené une campagne raciste contre l'ancien Premier ministre, accusé de tous les maux alors qu'il n'avait pas fait un quart de ce que ce gouvernement propose. Comme le disait Jean Claude Barbier, hier, imaginons un seul instant les réactions si c'était Paul Bérenger qui avait aboli les tripartites, les subventions sur le riz et la farine, le paiement des frais d'examen pour la SC et la HSC, qui avait fermé la DWC et le garage de la police pour ne citer que quelques-unes des mesures contestées du budget. L'ouverture, c'est autre chose que de s'attaquer à quelqu'un parce que la couleur de sa peau se prête bien à certains amalgames faciles. On en est était loin en juillet de l'année dernière et on l'est toujours. Aussi, l'ouverture, telle que vue par certains, ne paraît qu'un artifice de plus…




Humeur

Le nouveau censeur
Jean-Claude Antoine


En décrétant l'état d'urgence et le renvoi des élections au début des années soixante-dix pour essayer d'endiguer le mécontentement populaire et la montée du MMM et des syndicats, la coalition PTr/PMSD institua également la censure sous toutes ses formes. Au niveau de la presse, les rédacteurs des journaux durent aller faire censurer leurs textes aux Casernes Centrales par des officiers de police désignés pour ce job. Au niveau de la radio télévision, toute information ou toute émission supposées contenir des éléments subversifs ou pouvant porter atteinte à la moralité et l'ordre public étaient interdits. C'est ainsi que certaines chansons de Brassens, de Ferré et de Gainsbourg furent interdites à la MBC, dont une des responsables bigote zélée refusa de diffuser les feuilletons "Les oiseaux se cachent pour mourir". Parce que le personnage principal était un homme d'église abandonnant sa robe pour l'amour d'une femme. Au cinéma, certains des films de Costa Gavras furent tout juste tolérés par un board de censure jouant facilement avec les ciseaux et dont les membres étaient surtout les épouses des hauts fonctionnaires de l'Etat. L'une d'entre elles, épouse d'un chef de police, fit interdire "Le Casse" de Henri Verneuil parce qu'un des personnages du film était un officier de police corrompu. Après le rétablissement des élections, des tentatives eurent lieu pour faire interdire un film, un livre ou une émission de télévision. Au niveau du cinéma, des intégristes jouant aux inquisiteurs essayèrent de faire interdire la diffusion du "Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud et du livre de Salman Rushdie, "Les versets sataniques", sans succès. Les manieurs des ciseaux d'Anastasie eurent plus de chance à la télévision ou pas mal de films, de reportages ou de magazines style "Envoyé spécial" sur des sujets de brûlante actualité furent interdits parce que "pouvant porter atteinte à une communauté" selon la formule consacrée. Avec la transformation du monde en village global, l'explosion de l'internet et l'invasion de la télévision par satellite, je pensais que ces histoires de censures et de censeurs faisaient partie d'un passé révolu. Je me trompais lourdement.

Mardi dernier, une question parlementaire était posée au Premier ministre. En ce début de la première semaine des débats sur les propositions budgétaires, le député du MMM Alan Ganoo voulait savoir si le Premier ministre était au courant du fait que le film "Da Vinci Code" avait été interdit dans plusieurs pays. Ce questionnement cinématographique ne s'arrêtait pas là. Car le député mauve voulait savoir si le Premier ministre envisageait de consulter l'Évêque de Port Louis avant que le film ne soit projeté à Maurice. Autrement dit, M. Ganoo voulait savoir si le Premier ministre envisageait d'obtenir la bénédiction de l'Évêque pour interdire la projection à Maurice du film de Ron Howard, tiré du best seller de Dan Brown. Le sens de la question était clair: son auteur souhaite que le chef de gouvernement joue au censeur en suivant la voie prise par quelques pays. Un député du MMM invitant pratiquement le chef de gouvernement a consulter l'Évêque de Port Louis pour interdire la projection d'un film commercial, on aura tout vu. Et qui plus est, le film est tiré d'un livre qui a été beaucoup lu et commenté à Maurice, comme partout ailleurs dans le monde. Même ceux qui n'ont pas lu le livre de Dan Brown savent quel en est le sujet: en mélangeant faits avérés et hypothèses, l'écrivain avance que Jésus Christ avait connu charnellement Marie Madeleine, qu'une descendance était née de leur union, que le Vatican avait tout fait pour garder secrète l'affaire. De ce best seller avait été tiré un film qui avait été projeté en première mondiale au dernier festival de Cannes et qui, selon la logique de l'exploitation cinématographique locale sera bientôt sur les écrans mauriciens. C'est la projection de ce film que le député MMM Gannoo suggérait au Premier ministre d'interdire après consultation avec l'Évêque de Port Louis.

Le MMM des années de braise livra bataille pendant des années contre la censure sous toutes ses formes. Ses dirigeants, ses militants et son organe de presse durent subir à plusieurs reprises la prison ou le bâillon imposés par un régime politique qui avait confisqué les droits constitutionnels des Mauriciens et leur droit à la liberté d'expression. Il brava l'état d'urgence et organisa des manifestations pour revendiquer justement la liberté d'expression et le bannissement des censures et des interdictions. Ce parti d'avant-garde semble avoir adopté les positions qu'il a passé des années à combattre. Il est aujourd'hui représenté au Parlement par un député - par ailleurs, membre de ses instances dirigeantes - partisan de prises de positions rétrogrades que même le PMSD n'oserait défendre. Triste "évolution" - pour ne pas écrire fin - pour un parti politique dont un des grands slogans était cette magnifique phrase de Mai 68: "il est interdit d'interdire"




Radio-télévision

Le budget à la MBC
Jean-Claude Antoine


La direction de la MBC - divisée en deux camps opposés, ces jours-ci, selon certaines sources - aurait décidé de faire la chasse au gaspillage et prône l'économie tous azimuts. Elle aurait décidé de "serre ceinture", pour reprendre l'expression désormais historique d'un précédent ministre des Finances. Pour donner l'exemple, la direction de la MBC aurait pris une grande mesure symbolique. Non, elle n'a pas décidé d'arrêter d'acheter de grosses cylindrées pour ses très hauts cadres, ni de diminuer le nombre de missions à l'étranger qui coûtent des dizaines de millions aux contribuables. Non, pour lancer sa politique d'économie, la direction de la MBC a décidé d'arrêter… d'acheter les journaux locaux. Par contre, aucune mesure n'a été annoncée pour mettre fin aux allocations et autres heures supplémentaires multipliées que touchent certains protégés. Comme pour bien montrer sa volonté de suivre cette politique d'austérité, la rédaction de la MBC - qui dépense Rs 60 millions par an - vient de changer le décor du JT. Pour la quatrième fois en moins d'un an. C'est ça l'austérité style MBC.

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Beaucoup de téléspectateurs ont été étonnés par l'ouverture du JT suivant la lecture du discours du budget, vendredi de la semaine dernière. Pendant près de deux minutes, le téléspectateur a eu droit à une séance de maquillage du ministre des Finances avec la conversation qui entoure généralement cet exercice. On a même entendu un journaliste expliquer au ministre comment regarder la caméra pendant le discours du budget. Comme si Rama Sithanen qui pratique la télévision depuis des années avait encore besoin de ce genre de conseil ! Le téléspectateur commençait à se demander quel était l'intérêt audiovisuel - ou économique - de cette séance de maquillage du ministre des Finances quand l'explication est tombée. Avec le ton lyrique qui le caractérise, le présentateur du JT a lancé la phrase suivante:

- Comme vous l'avez remarqué, ce n'était pas la bonne cassette mais ce que dans le jargon nous appelons le rush !!

Jargon ou pas, la MBC venait de réussir l'exploit de diffuser en ouverture du JT suivant la présentation du budget national… une mauvaise cassette. Décidément, la rédaction de la MBC - de moins en moins collégiale - persiste et signe dans les ratages. Après le reportage sur la visite en Inde du Premier ministre diffusé avec un jour de retard, après celui de la visite officielle à Paris diffusé sans son, elle vient de réussir à diffuser une mauvaise cassette sur le ministre des Finances juste après la présentation de son plus important discours annuel ! Qui dit mieux ? La MBC radio, qui, le lendemain, diffusait une bande inaudible du Premier ministre commentant le budget alors que l'intervention du leader de l'opposition sur le même sujet était parfaite. Je l'ai déjà écrit: le gouvernement serait mieux couvert télévisuellement si cette tâche était confiée à des professionnels au lieu d'être laissé entre les mains de ceux qui se disent ses partisans. Après ces divers ratages, le gouvernement devrait fait sien ce vieil adage: "Protégez-moi de mes amis, je m'occupe de mes ennemis."

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Comme souligné la semaine dernière, Rama Sithanen n'a pas bénéficié des trois chaînes de la télévision pour expliquer à la nation comment il allait sauver Maurice du marasme économique décrit la semaine précédente par Navin Ramgoolam. Mais, depuis ces temps derniers, les émissions pour annoncer et expliquer sa politique budgétaire se multiplient. En dépit du fait que le leader de l'opposition ait demandé un droit de réponse à une émission datant d'un mois. Les programmes d'explication se multiplient. Au fur et à mesure que montent les cris de protestation encore étouffés par la diversion que constitue la Coupe du Monde de foot. En tout cas, signalons que le ministre des Finances a inauguré, grâce à la MBC, une nouvelle pratique télévisuelle: face à une partie de la presse. Ce n'étaient pas les représentants de toute la presse qui ont questionné le ministre des Finances mais une partie seulement, choisie par la MBC selon des critères inconnus. Est-ce que la MBC avait invité la partie de la presse la plus consensuelle sur le budget ?




Actualité commentée

Restitution de terres spoliées: Le gouvernement manque toujours de volonté…
Henri Marimootoo


Après avoir systématiquement rejeté l'idée de l'ancien régime MSM/MMM d'instituer une commission pour la restitution de terres spoliées à leurs authentiques propriétaires, le ministre du Logement et des Terres, M. Asraf Dulull, a eu, mardi 6 juin dernier à l'Assemblée nationale, une approche qui se voulait plus positive sur la question. Toutefois, la volonté gouvernementale n'y est toujours pas. Les éventuels propriétaires de terrains dont les biens ont été accaparés par des gens malhonnêtes ne pourront s'attendre du gouvernement, tout au plus, qu'à des conseils seulement prodigués par un comité présidé par un Permanent Assistant Secretary de son ministère. On peut, d'ores et déjà en douter de l'efficacité…

Le ministère du Logement et des terres a finalement émis un communiqué le vendredi 9 Juin, pour annoncer qu'un Special Desk pour entendre les doléances de citoyens qui ont des réclamations solides (genuine cases) contre la dépossession de leurs terres.

Les membres du public concernés sont invités à soumettre leurs représentations en écrit et avec force détails au P.A.S ( Lands ), à l'adresse du ministère, 2è étage, Moorgate House, rue Sir William Newton, Port Louis au plus tard le 31 juillet 2006.

Le communiqué précise, toutefois, que le Special Desk ne fera que conseiller et guider ceux qui feront des doléances et cet après avoir étudier leurs dossiers.

L'institution de ce Special Desk été précisée suite à une interpellation parlementaire de la troisième députée de Vacoas/Floréal, Mme Françoise Labelle (MMM). Effectivement, en dépit d'un apparent manque de conviction personnelle qu'avait résumé parfaitement sa réponse faite de seulement trois lettres, en l'occurrence "oui", le ministre a finalement décidé que son cabinet fera émettre un communiqué pour informer les membres du public qui ont des revendications de terrains spoliés à faire que le ministère des Terres s'en occupera. Lors d'une précédente interpellation d'un député de l'opposition, en novembre dernier, le même M. Dulull avait affirmé qu'une commission pour la restitution des terres "pourrait s'avérer un éléphant blanc". La réponse de M. Dulull pouvait être interprétée comme une indication que les autorités dites compétentes ne peuvent, du moins, plus feindre que la spoliation de terres est problème bien réel de la société mauricienne.

Et, comme pour démontrer que l'affaire n'intéressait pas seulement l'opposition parlementaire (MMM et MSM confondus), le journal La Voix Kréol, les Verts-Fraternels de M. Sylvio Michel et Week-End, le député Suren Dayal (back-bencher du gouvernement) avait, lui, par une question supplémentaire, réussi à faire dire au ministre Dulull que le gouvernement "considérera également la possibilité d'instituer un comité permanent d'experts légaux". La tâche de ce comité, comme suggérée par le député Dayal, devrait être "de recevoir les réclamations des membres du public concernés et de conseiller ces derniers en se basant sur les dispositions de lois existantes, en particulier sur la Constitution de Maurice et les lois régissant les acquisitions par prescription de biens fonciers".

En fin de compte, tout en abandonnant une attitude rigide qui n'était jusqu'ici qu'indifférence vis-à-vis de l'injustice réelle que ressentent des centaines de familles victimes de gens malhonnêtes rompus à des "truc-mardayes" légaux, le présent gouvernement ne se contentera que de canaliser les éventuels réclamants vers le judiciaire sans, toutefois, les soutenir légalement et financièrement contre ces mêmes gens malhonnêtes qui eux peuvent mobiliser des bataillons de légistes pour résister aux réclamations… C'est peu pour un gouvernement qui prétend corriger les injustices de l'Histoire !

Pour ceux-là qui se battent pour que justice soit enfin faite aux vrais propriétaires dépouillés de leurs terres, il leur faudra encore se battre pour que ledit comité de conseil ne soit pas qu'une sinécure qui ne se contenterait que de décourager les éventuels réclamants en leur répétant ce que tout notaire ou avoué traditionnel et paresseux leur raconte déjà. C'est-à-dire que la dépossession de leurs biens remonte à trop loin dans le temps pour que ces biens leur soient retournés. Pour être véritablement efficace, un véritable comité constitué aurait dû d'abord être présidé par un légiste indépendant qui n'aurait pas froid aux yeux, qui serait nanti du pouvoir d'enquêter sur les vols allégués qu'importe l'année où ces vols ont été commis, qui serait capable d'en retracer les auteurs et de passer à la loupe la technicité des acquisitions de terres douteuses afin de s'assurer si les lois en vigueur à l'époque furent totalement respectées. C'est généralement en tablant sur l'inoccupation prolongée alléguée et ou la non-jouissance de ces biens par leurs authentiques propriétaires, surtout quand ceux-ci sont pauvres en ressources ou sont intellectuellement limités, que nombre de malhonnêtes se sont enrichis en détournant les biens d'autrui.

Il faudra aussi que les législateurs aient eux-mêmes la détermination d'amender les lois régissant les prescriptions acquisitives et ce, avec effet rétroactif si nécessaire tout en résistant à d'éventuels lobbies qui se manifesteraient à l'intérieur comme à l'extérieur du gouvernement et de l'Opposition parlementaire. Il faudra s'assurer que les amendements aux lois concernées sont parfaitement inattaquables en cours de justice et conformes à la Constitution du pays. Les législateurs devront d'abord se convaincre eux-mêmes qu'ils ont le devoir d'être de redresseurs de tort et que rendre justice à des citoyens dépossédés de leurs biens est une chose parfaitement acceptable dans une démocratie et un État de droit. De toute façon, s'il est possible aux législateurs d'adopter des lois avec effets rétroactifs quand celles - là servent leurs desseins, il est autorisé de penser qu'ils peuvent tout aussi bien y recourir contre les accapareurs de terrains sans scrupule. Avoir ce courage politique requiert toujours de la volonté. Le gouvernement en manque toujours sur les dossiers où on l'attend vraiment…






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 18 juin 2006