Faits et effets
-
Quelle ouverture
Humeur
-
Le nouveau censeur
Actualité commentée
-
Restitution de terres spoliées: Le gouvernement manque
toujours de volonté
Radio télévision
-
Le budget à la MBC
Faits et effets...
Quelle ouverture
"Openness", ouverture. Imbattable lorsqu'il s'agit
de trouver des slogans, l'Alliance sociale a déniché
un tout nouveau pour résumer la philosophie de son premier
budget. L'ouverture, c'est bien. Personne ne peut contester cela
à moins d'être d'un autre siècle, de la préhistoire
et d'être animé d'instincts dictatoriaux et de dérives
obscurantistes. L'ouverture, c'est, avant tout, celle de l'esprit
et des frontières ensuite. Mais une question s'impose:
le gouvernement pratique-t-il ce qu'il prêche ?
Nous ne nous attarderons pas sur la poussée mystique d'Alan
Ganoo et qui l'a amené à poser, avec une maladresse
dont il a le secret, deux questions, la première sur la
position du gouvernement sur l'homosexualité il y a quelques
semaines, et, la seconde, mardi dernier, sur la possibilité
que le Premier ministre consulte l'Évêque de Port
Louis avant la décision de projeter le film The Da Vinci
Code, film controversé qui a été interdit
dans certains pays. Il n'a pas explicitement réclamé
son interdiction. Mais il s'est visiblement égaré
dans deux questions stériles au lieu de s'intéresser
à des sujets autrement plus brûlants en ces temps
de frustration populaire. Quoi qu'il en soit, nous savons que
Paul Bérenger n'a pas du tout apprécié ces
positions qui sont en nette contradiction avec ce que le MMM représente
et, comme il l'a décidé, il n'y a pas eu, mardi
dernier, de questions supplémentaires sur le sujet. Le
dossier est clos !
Est-ce l'ouverture que cette opération "lev paké
allé" qui a jeté de nombreuses familles
modestes, de simples travailleurs manuels, de plusieurs secteurs
dans le désespoir et la frustration, qui a frappé
des professionnels respectés dans leur domaine respectif
et, bien mauriciens, comme Vijay Makhan, Soorya Gayan, Gérard
Sanspeur, Iqbal Rajahbalee et le tout dernier, Anil Gujadhur de
la Banque de Maurice ? Tous les jours et tous les soirs, nous
voyons ce que ce gouvernement comprend par ouverture. Avec ses
deux nominés politiques à la tête de la MBC,
l'un célèbre pour les talents d'alpiniste qu'il
a déployés en grimpant le mirador où était
installée une des caméras présentes au rassemblement
de l'Alliance sociale, le 1er mai dernier à Vacoas et,
l'autre, pour ses apparitions fréquentes dans les bulletins
télévisés à signer des documents et
à se mettre en évidence, et autant d'agents des
partis au pouvoir à affiner la propagande du pouvoir en
place, on ne peut que s'interroger sur ce que le gouvernement
comprend par ouverture.
Il y a une quinzaine de jours, le 3 juin dernier, pour bien préparer
l'opinion à un budget impopulaire par son déficit
social, le Premier ministre et son cabinet tout entier tenaient
une conférence de presse. Le gadget utilisé par
les "spin doctors" était "les squelettes
dans le placard". Que Navin Ramgoolam ait une bonne couverture
à la télévision, ce n'est pas un problème,
toute la presse respecte ce principe que la parole d'un Premier
ministre, cela a suffisamment d'importance pour être convenablement
relayé. Mais de là à monopoliser les trois
chaînes de la MBC un samedi soir, de saison de coupe du
monde, de surcroît, pour imposer le Premier ministre à
tous les téléspectateurs, cela ne se fait que dans
les républiques bananières et est, "by all
standards" , inacceptable. Et, contraire à l'ouverture
prônée "with pomp and pageantry", comme
dit l'autre, par le gouvernement.
Le plus surprenant, c'est que c'est le bien le ministre qui parle
de "rupture" et qui a fait de l'ouverture son credo
qui a été à la télévision deux
fois durant ses trois dernières semaines, le 17 mai pour
parler d'économie en général et, mercredi
dernier, le 14 juin, pour défendre son budget. Deux programmes
de plus d'une heure. C'est vrai que, pour paraître un peu
plus crédible, Rama Sithanen a fait appel à quelques
journalistes qui ne sont pas de la MBC. C'est leur liberté
entière d'aller cautionner un service que tous les Mauriciens
dénoncent, écurés, mais c'est aussi
symptomatique de l'hypocrisie du discours officiel. Il n'y a rien
de mal à ouvrir le pays aux étrangers même
si l'on a encore en mémoire la campagne menée contre
Birt Cunningham, Bill Duff et Philip Cash, mais il faut savoir
ce qu'on leur donnera à regarder comme télévision
de service public en attendant une hypothétique entité
privée après l'appropriation du numérique
terrestre par la MBC.
L'ouverture sonne, par ailleurs, faux dans la bouche de ceux qui
ont mené une campagne raciste contre l'ancien Premier ministre,
accusé de tous les maux alors qu'il n'avait pas fait un
quart de ce que ce gouvernement propose. Comme le disait Jean
Claude Barbier, hier, imaginons un seul instant les réactions
si c'était Paul Bérenger qui avait aboli les tripartites,
les subventions sur le riz et la farine, le paiement des frais
d'examen pour la SC et la HSC, qui avait fermé la DWC et
le garage de la police pour ne citer que quelques-unes des mesures
contestées du budget. L'ouverture, c'est autre chose que
de s'attaquer à quelqu'un parce que la couleur de sa peau
se prête bien à certains amalgames faciles. On en
est était loin en juillet de l'année dernière
et on l'est toujours. Aussi, l'ouverture, telle que vue par certains,
ne paraît qu'un artifice de plus
Humeur
Le nouveau censeur
En décrétant l'état d'urgence et le renvoi
des élections au début des années soixante-dix
pour essayer d'endiguer le mécontentement populaire et
la montée du MMM et des syndicats, la coalition PTr/PMSD
institua également la censure sous toutes ses formes. Au
niveau de la presse, les rédacteurs des journaux durent
aller faire censurer leurs textes aux Casernes Centrales par des
officiers de police désignés pour ce job. Au niveau
de la radio télévision, toute information ou toute
émission supposées contenir des éléments
subversifs ou pouvant porter atteinte à la moralité
et l'ordre public étaient interdits. C'est ainsi que certaines
chansons de Brassens, de Ferré et de Gainsbourg furent
interdites à la MBC, dont une des responsables bigote zélée
refusa de diffuser les feuilletons "Les oiseaux se cachent
pour mourir". Parce que le personnage principal était
un homme d'église abandonnant sa robe pour l'amour d'une
femme. Au cinéma, certains des films de Costa Gavras furent
tout juste tolérés par un board de censure jouant
facilement avec les ciseaux et dont les membres étaient
surtout les épouses des hauts fonctionnaires de l'Etat.
L'une d'entre elles, épouse d'un chef de police, fit interdire
"Le Casse" de Henri Verneuil parce qu'un des personnages
du film était un officier de police corrompu. Après
le rétablissement des élections, des tentatives
eurent lieu pour faire interdire un film, un livre ou une émission
de télévision. Au niveau du cinéma, des intégristes
jouant aux inquisiteurs essayèrent de faire interdire la
diffusion du "Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud
et du livre de Salman Rushdie, "Les versets sataniques",
sans succès. Les manieurs des ciseaux d'Anastasie eurent
plus de chance à la télévision ou pas mal
de films, de reportages ou de magazines style "Envoyé
spécial" sur des sujets de brûlante actualité
furent interdits parce que "pouvant porter atteinte à
une communauté" selon la formule consacrée.
Avec la transformation du monde en village global, l'explosion
de l'internet et l'invasion de la télévision par
satellite, je pensais que ces histoires de censures et de censeurs
faisaient partie d'un passé révolu. Je me trompais
lourdement.
Mardi dernier, une question parlementaire était posée
au Premier ministre. En ce début de la première
semaine des débats sur les propositions budgétaires,
le député du MMM Alan Ganoo voulait savoir si le
Premier ministre était au courant du fait que le film "Da
Vinci Code" avait été interdit dans plusieurs
pays. Ce questionnement cinématographique ne s'arrêtait
pas là. Car le député mauve voulait savoir
si le Premier ministre envisageait de consulter l'Évêque
de Port Louis avant que le film ne soit projeté à
Maurice. Autrement dit, M. Ganoo voulait savoir si le Premier
ministre envisageait d'obtenir la bénédiction de
l'Évêque pour interdire la projection à Maurice
du film de Ron Howard, tiré du best seller de Dan Brown.
Le sens de la question était clair: son auteur souhaite
que le chef de gouvernement joue au censeur en suivant la voie
prise par quelques pays. Un député du MMM invitant
pratiquement le chef de gouvernement a consulter l'Évêque
de Port Louis pour interdire la projection d'un film commercial,
on aura tout vu. Et qui plus est, le film est tiré d'un
livre qui a été beaucoup lu et commenté à
Maurice, comme partout ailleurs dans le monde. Même ceux
qui n'ont pas lu le livre de Dan Brown savent quel en est le sujet:
en mélangeant faits avérés et hypothèses,
l'écrivain avance que Jésus Christ avait connu charnellement
Marie Madeleine, qu'une descendance était née de
leur union, que le Vatican avait tout fait pour garder secrète
l'affaire. De ce best seller avait été tiré
un film qui avait été projeté en première
mondiale au dernier festival de Cannes et qui, selon la logique
de l'exploitation cinématographique locale sera bientôt
sur les écrans mauriciens. C'est la projection de ce film
que le député MMM Gannoo suggérait au Premier
ministre d'interdire après consultation avec l'Évêque
de Port Louis.
Le MMM des années de braise livra bataille pendant des
années contre la censure sous toutes ses formes. Ses dirigeants,
ses militants et son organe de presse durent subir à plusieurs
reprises la prison ou le bâillon imposés par un régime
politique qui avait confisqué les droits constitutionnels
des Mauriciens et leur droit à la liberté d'expression.
Il brava l'état d'urgence et organisa des manifestations
pour revendiquer justement la liberté d'expression et le
bannissement des censures et des interdictions. Ce parti d'avant-garde
semble avoir adopté les positions qu'il a passé
des années à combattre. Il est aujourd'hui représenté
au Parlement par un député - par ailleurs, membre
de ses instances dirigeantes - partisan de prises de positions
rétrogrades que même le PMSD n'oserait défendre.
Triste "évolution" - pour ne pas écrire
fin - pour un parti politique dont un des grands slogans était
cette magnifique phrase de Mai 68: "il est interdit d'interdire"
Radio-télévision
Le budget à la MBC
La direction de la MBC - divisée en deux camps opposés,
ces jours-ci, selon certaines sources - aurait décidé
de faire la chasse au gaspillage et prône l'économie
tous azimuts. Elle aurait décidé de "serre
ceinture", pour reprendre l'expression désormais historique
d'un précédent ministre des Finances. Pour donner
l'exemple, la direction de la MBC aurait pris une grande mesure
symbolique. Non, elle n'a pas décidé d'arrêter
d'acheter de grosses cylindrées pour ses très hauts
cadres, ni de diminuer le nombre de missions à l'étranger
qui coûtent des dizaines de millions aux contribuables.
Non, pour lancer sa politique d'économie, la direction
de la MBC a décidé d'arrêter
d'acheter
les journaux locaux. Par contre, aucune mesure n'a été
annoncée pour mettre fin aux allocations et autres heures
supplémentaires multipliées que touchent certains
protégés. Comme pour bien montrer sa volonté
de suivre cette politique d'austérité, la rédaction
de la MBC - qui dépense Rs 60 millions par an - vient de
changer le décor du JT. Pour la quatrième fois en
moins d'un an. C'est ça l'austérité style
MBC.
*
Beaucoup de téléspectateurs ont été
étonnés par l'ouverture du JT suivant la lecture
du discours du budget, vendredi de la semaine dernière.
Pendant près de deux minutes, le téléspectateur
a eu droit à une séance de maquillage du ministre
des Finances avec la conversation qui entoure généralement
cet exercice. On a même entendu un journaliste expliquer
au ministre comment regarder la caméra pendant le discours
du budget. Comme si Rama Sithanen qui pratique la télévision
depuis des années avait encore besoin de ce genre de conseil
! Le téléspectateur commençait à se
demander quel était l'intérêt audiovisuel
- ou économique - de cette séance de maquillage
du ministre des Finances quand l'explication est tombée.
Avec le ton lyrique qui le caractérise, le présentateur
du JT a lancé la phrase suivante:
- Comme vous l'avez remarqué, ce n'était pas
la bonne cassette mais ce que dans le jargon nous appelons le
rush !!
Jargon ou pas, la MBC venait de réussir l'exploit de diffuser
en ouverture du JT suivant la présentation du budget national
une mauvaise cassette. Décidément, la rédaction
de la MBC - de moins en moins collégiale - persiste et
signe dans les ratages. Après le reportage sur la visite
en Inde du Premier ministre diffusé avec un jour de retard,
après celui de la visite officielle à Paris diffusé
sans son, elle vient de réussir à diffuser une mauvaise
cassette sur le ministre des Finances juste après la présentation
de son plus important discours annuel ! Qui dit mieux ? La MBC
radio, qui, le lendemain, diffusait une bande inaudible du Premier
ministre commentant le budget alors que l'intervention du leader
de l'opposition sur le même sujet était parfaite.
Je l'ai déjà écrit: le gouvernement serait
mieux couvert télévisuellement si cette tâche
était confiée à des professionnels au lieu
d'être laissé entre les mains de ceux qui se disent
ses partisans. Après ces divers ratages, le gouvernement
devrait fait sien ce vieil adage: "Protégez-moi
de mes amis, je m'occupe de mes ennemis."
*
Comme souligné la semaine dernière, Rama Sithanen
n'a pas bénéficié des trois chaînes
de la télévision pour expliquer à la nation
comment il allait sauver Maurice du marasme économique
décrit la semaine précédente par Navin Ramgoolam.
Mais, depuis ces temps derniers, les émissions pour annoncer
et expliquer sa politique budgétaire se multiplient. En
dépit du fait que le leader de l'opposition ait demandé
un droit de réponse à une émission datant
d'un mois. Les programmes d'explication se multiplient. Au fur
et à mesure que montent les cris de protestation encore
étouffés par la diversion que constitue la Coupe
du Monde de foot. En tout cas, signalons que le ministre des Finances
a inauguré, grâce à la MBC, une nouvelle pratique
télévisuelle: face à une partie de la presse.
Ce n'étaient pas les représentants de toute la presse
qui ont questionné le ministre des Finances mais une partie
seulement, choisie par la MBC selon des critères inconnus.
Est-ce que la MBC avait invité la partie de la presse la
plus consensuelle sur le budget ?
Actualité commentée
Restitution de terres spoliées: Le gouvernement manque
toujours de volonté
Après avoir systématiquement rejeté l'idée
de l'ancien régime MSM/MMM d'instituer une commission pour
la restitution de terres spoliées à leurs authentiques
propriétaires, le ministre du Logement et des Terres, M.
Asraf Dulull, a eu, mardi 6 juin dernier à l'Assemblée
nationale, une approche qui se voulait plus positive sur la question.
Toutefois, la volonté gouvernementale n'y est toujours
pas. Les éventuels propriétaires de terrains dont
les biens ont été accaparés par des gens
malhonnêtes ne pourront s'attendre du gouvernement, tout
au plus, qu'à des conseils seulement prodigués par
un comité présidé par un Permanent Assistant
Secretary de son ministère. On peut, d'ores et déjà
en douter de l'efficacité
Le ministère du Logement et des terres a finalement émis
un communiqué le vendredi 9 Juin, pour annoncer qu'un Special
Desk pour entendre les doléances de citoyens qui ont des
réclamations solides (genuine cases) contre la dépossession
de leurs terres.
Les membres du public concernés sont invités à
soumettre leurs représentations en écrit et avec
force détails au P.A.S ( Lands ), à l'adresse du
ministère, 2è étage, Moorgate House, rue
Sir William Newton, Port Louis au plus tard le 31 juillet 2006.
Le communiqué précise, toutefois, que le Special
Desk ne fera que conseiller et guider ceux qui feront des doléances
et cet après avoir étudier leurs dossiers.
L'institution de ce Special Desk été précisée
suite à une interpellation parlementaire de la troisième
députée de Vacoas/Floréal, Mme Françoise
Labelle (MMM). Effectivement, en dépit d'un apparent manque
de conviction personnelle qu'avait résumé parfaitement
sa réponse faite de seulement trois lettres, en l'occurrence
"oui", le ministre a finalement décidé
que son cabinet fera émettre un communiqué pour
informer les membres du public qui ont des revendications de terrains
spoliés à faire que le ministère des Terres
s'en occupera. Lors d'une précédente interpellation
d'un député de l'opposition, en novembre dernier,
le même M. Dulull avait affirmé qu'une commission
pour la restitution des terres "pourrait s'avérer
un éléphant blanc". La réponse
de M. Dulull pouvait être interprétée comme
une indication que les autorités dites compétentes
ne peuvent, du moins, plus feindre que la spoliation de terres
est problème bien réel de la société
mauricienne.
Et, comme pour démontrer que l'affaire n'intéressait
pas seulement l'opposition parlementaire (MMM et MSM confondus),
le journal La Voix Kréol, les Verts-Fraternels de
M. Sylvio Michel et Week-End, le député Suren
Dayal (back-bencher du gouvernement) avait, lui, par une
question supplémentaire, réussi à faire dire
au ministre Dulull que le gouvernement "considérera
également la possibilité d'instituer un comité
permanent d'experts légaux". La tâche de
ce comité, comme suggérée par le député
Dayal, devrait être "de recevoir les réclamations
des membres du public concernés et de conseiller ces derniers
en se basant sur les dispositions de lois existantes, en particulier
sur la Constitution de Maurice et les lois régissant les
acquisitions par prescription de biens fonciers".
En fin de compte, tout en abandonnant une attitude rigide qui
n'était jusqu'ici qu'indifférence vis-à-vis
de l'injustice réelle que ressentent des centaines de familles
victimes de gens malhonnêtes rompus à des "truc-mardayes"
légaux, le présent gouvernement ne se contentera
que de canaliser les éventuels réclamants vers le
judiciaire sans, toutefois, les soutenir légalement et
financièrement contre ces mêmes gens malhonnêtes
qui eux peuvent mobiliser des bataillons de légistes pour
résister aux réclamations
C'est peu pour un
gouvernement qui prétend corriger les injustices de l'Histoire
!
Pour ceux-là qui se battent pour que justice soit enfin
faite aux vrais propriétaires dépouillés
de leurs terres, il leur faudra encore se battre pour que ledit
comité de conseil ne soit pas qu'une sinécure qui
ne se contenterait que de décourager les éventuels
réclamants en leur répétant ce que tout notaire
ou avoué traditionnel et paresseux leur raconte déjà.
C'est-à-dire que la dépossession de leurs biens
remonte à trop loin dans le temps pour que ces biens leur
soient retournés. Pour être véritablement
efficace, un véritable comité constitué aurait
dû d'abord être présidé par un légiste
indépendant qui n'aurait pas froid aux yeux, qui serait
nanti du pouvoir d'enquêter sur les vols allégués
qu'importe l'année où ces vols ont été
commis, qui serait capable d'en retracer les auteurs et de passer
à la loupe la technicité des acquisitions de terres
douteuses afin de s'assurer si les lois en vigueur à l'époque
furent totalement respectées. C'est généralement
en tablant sur l'inoccupation prolongée alléguée
et ou la non-jouissance de ces biens par leurs authentiques propriétaires,
surtout quand ceux-ci sont pauvres en ressources ou sont intellectuellement
limités, que nombre de malhonnêtes se sont enrichis
en détournant les biens d'autrui.
Il faudra aussi que les législateurs aient eux-mêmes
la détermination d'amender les lois régissant les
prescriptions acquisitives et ce, avec effet rétroactif
si nécessaire tout en résistant à d'éventuels
lobbies qui se manifesteraient à l'intérieur comme
à l'extérieur du gouvernement et de l'Opposition
parlementaire. Il faudra s'assurer que les amendements aux lois
concernées sont parfaitement inattaquables en cours de
justice et conformes à la Constitution du pays. Les législateurs
devront d'abord se convaincre eux-mêmes qu'ils ont le devoir
d'être de redresseurs de tort et que rendre justice à
des citoyens dépossédés de leurs biens est
une chose parfaitement acceptable dans une démocratie et
un État de droit. De toute façon, s'il est possible
aux législateurs d'adopter des lois avec effets rétroactifs
quand celles - là servent leurs desseins, il est autorisé
de penser qu'ils peuvent tout aussi bien y recourir contre les
accapareurs de terrains sans scrupule. Avoir ce courage politique
requiert toujours de la volonté. Le gouvernement en manque
toujours sur les dossiers où on l'attend vraiment
|
o p i n i o n
|
WEEK-END --- dimanche 18 juin 2006
|