s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 2 avril 2006



  Pèlerinage aux Chagos
   Strictes mesures de sécurité sur Diego
  Après quatre décennies d'exil forcé
   "Sa voyaz-la, li enn rev ki mo pou réalizé ar mo madam"
  Rencontre avec Navin Ramgoolam avant le départ
   La communauté chagossienne à Clarisse House
  15 Seychellois sont du voyage
   Retour vers une terre qui leur appartient aussi
  L'affaire des Chagos
   Mgr Piat: "Nou gouvernma ti konploté avek Anglé !"
  Le projet de 152 chalets d'Arcon sur les deux îles d'Agaléga
   De la poudre aux yeux...
  Recommandation du comité technique
   10 sous de plus pour chaque "pain maison" de 100 g
  Professionnalisation du métier de courtier maritime
   De nouveaux règlements souhaités
  Au primaire
   Le kreol pas de sitôt au tableau
  Lutte contre le VIH & SIDA
   Maurice identifie les obstacles et réoriente les stratégies
  En signe de protestation
   Sedley Assonne démissionne de la MASA
  Droits d'auteur et piratage
   Rex Omar invite les artistes locaux à se prendre en main
  "Regards d'enfants" pour les 10 ans de Circus
 
Upgrading the Literacy & Numeracy skills and competencies of pupils at risk
   Lancement du projet à Allée Brillant GS
  Concours Whiteline
   Hansley Sandanon, 7 ans, remporte le ticket pour la Coupe du Monde
  Coopération éducative entre Lille 2 et l'USMLP
   Possibilité de poursuivre la 3e année de médecine en France
  Compétition sur l'environnement
   Research Analysis récompense les jeunes
  Message de remerciements


Pèlerinage aux Chagos


Strictes mesures de sécurité sur Diego

Des 10 jours que durera le voyage aux Chagos, les pèlerins chagossiens n'en passeront que trois sur leur archipel. Un pèlerinage dirigé par les autorités britanniques. Sur chaque île, les pèlerins procéderont à une cérémonie religieuse et au dévoilement d'une stèle qu'ils comptent ériger en mémoire de leurs ancêtres.

Mercredi après-midi, un dernier rassemblement a eu lieu à Cassis, au centre du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), pour donner les dernières explications du voyage aux pèlerins, mauriciens et seychellois originaires des Chagos, qui devaient entreprendre ce voyage historique dans leurs îles natales. Le flambeau allumé depuis mardi soir devant le centre GRC témoignait de l'esprit solennel et de l'envergure de ce voyage après 38 années d'exil forcé pour les Chagossiens. Une ambiance de fête, de grande joie et de bonheur empreignait les routes de Cassis. Écoutant en boucle la chanson Peros Vert, les Chagossiens étaient nombreux à démontrer leur solidarité à ceux qui embarquaient pour ce voyage. L'occasion pour Olivier Bancoult, leader du GRC, de souligner, devant la grande assistance de Chagossiens, que c'est dans l'unité fraternelle qu'ils s'embarquent. "Nou pou al lor nou later. E se dan linité, avek nou bann frer seychellois, e nou bann frer du Comité Social Chagossiens (CSC), ansam ek Fernand Mandarin, ki nou tou pou al rekéyir lor tom nou zanset", a déclaré Olivier Bancoult. Les différends opposant le GRC et le CSC ont été mis de côté. Ce voyage, c'est celui de la communauté chagossienne, a avancé Olivier Bancoult. Il a également souligné que la lutte des Chagossiens continuera afin que ceux qui ne sont pas du voyage puissent avoir une telle occasion prochainement. Olivier Bancoult a ensuite donné les dernières directives pour le bon déroulement du pèlerinage.

Par ailleurs, mercredi matin, la Haute Commission britannique a fait un point de presse en ce sens, pour indiquer comment devait se dérouler ce déplacement, d'une durée de dix jours, sur l'archipel des Chagos. Selon les autorités britanniques, toutes les précautions ont été prises pour que les normes de sécurité soient respectées durant le voyage. Un médecin mauricien accompagne les Chagossiens à bord du Mauritius Trochetia. Suivant le départ du navire autour de 18h30, jeudi dernier, les Chagossiens devraient arriver à l'île Boddam (Salomon), leur première escale, vers les 14 heures, demain, le lundi 4 avril. Toutefois, le débarquement sur l'île ne se fera que le lendemain matin. "Ce sont les natifs de Salomon qui débarqueront en premier, car nous souhaitons leur donner l'occasion d'y rester plus longtemps. Ils embarqueront également en dernier", a indiqué Tony Humphries, représentant des autorités britanniques. Le débarquement des Chagossiens sur l'île Boddam se fera par petits groupes et les pèlerins pourront alors se diriger vers le cimetière pour rendre hommage, comme ils le souhaitent, à leurs ancêtres. Des repas préparés à bord du Mauritius Trochetia seront servis aux Chagossiens durant la journée. Ils devront toutefois quitter l'île avant la tombée de la nuit pour des raisons de sécurité. Ils passeront la nuit à bord du bateau.

Les îles ne sont plus celles que les Chagossiens avaient quittées il y a 30 ans

À la deuxième étape du voyage, la communauté chagossienne débarquera, le 5 avril, sur l'île au Coin (Peros Banhos). Comme sur Salomon, ce seront les natifs qui débarqueront en premier. Tous les Chagossiens disposeront, tel sur Boddam, d'une liberté de mouvement sur l'île et pourront se recueillir au cimetière. L'embarquement sur le Mauritius Trochetia se fera avant 18h le même jour. C'est le mercredi 6 avril que les pèlerins chagossiens atteindront Diego Garcia. 48 Mauriciens travaillant sur l'île (dont trois Chagossiens) les accueilleront. Si sur Salomon et Peros Banhos, les visiteurs peuvent prendre des photos, des instructions ont été données pour l'escale sur Diego Garcia. Suivant les strictes mesures de sécurité indiquées par les autorités britanniques, les Chagossiens auront à déposer leurs appareils photo et autres équipements pouvant être utilisés à photographier les lieux avec un officier de sécurité sur l'île. Ils prendront place dans trois autobus mis à leur disposition pour le trajet jusqu'au cimetière de Pointe-Marianne. Ensuite, ils se rendront à Minni-Minni et finalement à East Point. Les pèlerins pourront également assister à une cérémonie religieuse dans la chapelle de Diego Garcia.

Tony Humphries a expliqué qu'un déjeuner est prévu à la mi-journée, au cours duquel les pèlerins mangeront avec les Mauriciens et Chagossiens en poste sur Diego Garcia. La cérémonie de dévoilement de stèle se fera en fin d'après-midi, à East Point. Une réception d'adieu sera donnée à bord du Mauritius Trochetia ce même après-midi, avec des responsables britanniques et américains invités à bord. Le bateau lèvera l'ancre ce soir-là, pour accoster Maurice le 10 ou 11 avril. Rappelant que ce séjour, organisé conjointement par les gouvernements britannique et mauricien (qui ont signé un contentieux la semaine dernière), comporte principalement un volet "humanitaire", Tony Humphries a fait ressortir que les autorités britanniques espèrent "une visite sobre et digne". Il a également souligné que ce voyage avait été programmé depuis l'année dernière mais a été annulé à deux reprises pour des raisons de sécurité par rapport aux navires choisis.

C'est suivant la décision du gouvernement mauricien de collaborer avec le gouvernement britannique en fournissant le Mauritius Trochetia, que ce déplacement aux Chagos a été rendu possible. Tony Humphries a de même remercié Fernand Mandarin, leader du Comité Social Chagossiens (CSC) et Olivier Bancoult, du GRC, pour leur apport et compréhension. Il a fait ressortir que lors d'une rencontre avec les pèlerins lundi dernier, il a eu l'occasion de leur expliquer, à travers des photos (de constructions en ruines et de cimetières dans un état pittoresque), que les îles de l'archipel ne sont plus celles qu'ils avaient quittées il y a trente ou quarante ans. "Ceci, pour leur épargner un trop grand choc", a avancé Tony Humphries.

À savoir qu'un cameraman de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) et un autre de la télévision britannique seront les seuls représentants des médias qui accompagneront les Chagossiens. Ce triage de la presse pour ce voyage historique est en soit inacceptable alors qu'on nous avait fait croire que les autorités britanniques souhaitaient réserver le maximum de places pour les Chagossiens. Tony Humphries a laissé entendre qu'un DVD retraçant cette visite historique aux Chagos sera remis, probablement dans deux mois, à chaque personne qui aura été du voyage. Le représentant britannique a, par ailleurs, indiqué que jusqu'ici, "aucune décision n'a été prise quant aux prochaines visites dans l'archipel des Chagos. Nous voulons d'abord voir comment se déroulera cette première visite".


Après quatre décennies d'exil forcé


"Sa voyaz-la, li enn rev ki mo pou réalizé ar mo madam"

"Enfin mo pou rési al koz ar mo papa lor so tom. Apré tou sa létan-la, mo pou al fer enn lapriyer ek met inpé fler lor so tom", raconte Maudéa Saminaden, les larmes aux yeux. Cachant ses émotions derrière un sourire, cette Chagossienne, âgée de 56 ans, montre les quatre photographies exposées sous la varangue de sa bicoque, située à Baie-du-Tombeau. "Se bann foto ki rapel nou nou zil. Rapel nou nou listwar. Mo léker désiré kan mo mazinn mo péi", dit-elle, étouffant un sanglot. À ses côtés, son mari, Rozemond, 69 ans. Chez lui aussi, l'émotion est palpable en ce matin du jeudi 30 mars. Ils s'embarquent pour leurs îles. "Sa voyaz-la, li enn rev ki mo pou réalizé ar mo madam", fait ressortir Rozemond Saminaden.

33 ans après être arrivée malgré elle à Maurice, Maudéa Saminaden pourra enfin aller se recueillir sur la tombe de son père. Ce voyage, elle l'a espéré depuis qu'elle a foulé le sol mauricien en 1973, en compagnie de ses quatre enfants (un garçon et trois filles) et de son mari. "Mo rev pe réalizé", dit-elle. Depuis 5h30 en ce jeudi matin, Rozemond et Maudéa sont debout et s'activent pour le grand départ. Leur nuit a été agitée. "Nou pa finn rési gagn somey. Maziné mem. Réflési nou zil mem. Nou pansé, eski vré nou pou lor sa bato ki pe ramenn nou kot nou la", confient les Saminaden. Depuis qu'ils ont appris la date du départ, ils attendent ce jour avec impatience. Sous leur varangue, des drapeaux chagossiens sont disposés dans un coin. Les bagages, déjà cadenassés, dans un autre. "Nou finn amenn linz, tracksuit, semiz long mans à koz moustik", indiquent-ils. Tout est prêt pour le pèlerinage. Ils comptent les heures.

"Nou pansé, eski vré nou pou lor sa bato ki pe ramenn nou kot nou la"

Il est 9h à peine lorsque Hervil Nanon, également du voyage, se pointe chez les Saminaden. "Maudéa, fer moi gagn enn pavyon pou met lor nou transpor sil vou plé", demande ce Chagossien. Pendant que Maudéa s'occupe de donner un drapeau à Hervil Nanon, Rozemond s'assure de l'heure du départ. "Tou dimoun koné ki ler nou pé kit isi". Ils sont sept Chagossiens vivant à Baie-du- Tombeau qui s'embarquent pour le voyage. Les Saminaden se sont chargés du transport de ceux qui doivent se rendre à l'église de Cassis pour la cérémonie religieuse et le grand rassemblement de la communauté chagossienne. Trois vans ont été mis en service. "To krwar bizin asté inpé pasti lamenthe ?" demande Hervil Nanon. "Monn fini asté mwa. Lor bato ava fer la bouss dou", lui répond Rozemond Saminaden. "Enfin nou pe alé", soupire Hervil Nanon. Les petits-enfants des Saminaden, installés sous la varangue, guettent, comme pour se souvenir longtemps encore, tous les faits et gestes de leurs grands-parents. Deux des filles de M. et Mme Saminaden, Priscilla et Roselys, également présentes, regardent avec tendresse leurs parents. "Nou fyer zordi zot pé resi al kot zot finn grandi", disent-elles.

L'excitation, le contentement, le bonheur mais aussi l'appréhension sont manifestes ce matin chez les Saminaden. S'ils gardent le sourire, c'est aussi pour ne pas décourager leurs six enfants (dont une fille et un garçon nés à Maurice) et 16 petits-enfants qui ne font pas partie du voyage. La veille, après le rassemblement à Cassis, au centre du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), ils sont tous venus chez Rozemond et Maudéa pour un rassemblement familial. Un au revoir à leurs parents qui n'ont jamais cessé de leur conter la beauté de leurs îles et leur vie dans ces lieux paradisiaques. "Nou bann zanfan anvi koné kouma Chagos été. Kan nou rakont zot, otan nou anvi al get nou later, otan zot anvi alé zot ousi", lance fièrement Rozemond Saminaden. Aujourd'hui encore, les enfants des Saminaden veulent écouter ces histoires des Chagos. Ils veulent encore savoir ce qu'il y avait là-bas. Ils veulent vivre ces instants de bonheur avec Rozemond et Maudéa. Inlassablement, Rozemond et Maudéa Saminaden, mariés depuis 38 ans, racontent leur vie d'antan.

Une nouvelle fois, Rozemond Saminaden montre des mains les photographies accrochées au mur. "Expré mo finn met sa bann foto-la. Mo finn fer agrandi zot pou montré mo zanfan. Parfwa, kan mo asizé dan la zourné, mo mazinn mo zil kouma ti été. Mo get mo bann foto. Mo sagrin", raconte Rozemond Saminaden. Les Saminaden ont été parmi les derniers à quitter les Chagos, en 1973, avec, à l'époque, quatre enfants (un garçon et trois filles). Maudéa Saminaden, enceinte de 7 mois, avait moins de 25 ans et Rozemond, 35 ans quand ils ont débarqué à Maurice. Né à Salomon, Rozemond Saminaden a grandi à Diego et connaît également Peros Banhos, l'île sur laquelle il a rencontré sa femme. Il raconte qu'heureusement, à son arrivée ici, il a eu la chance de rencontrer un certain Ah Koon, qui lui a permis d'avoir un emploi dans le port. Ensuite, vers le mois d'août 1973, il réussit à prendre emploi en tant que forgeron au sein de la State Trading Corporation (STC), jusqu'à sa retraite. Aux Chagos, Maudéa Saminaden travaillait, elle, en tant que bonne pour "Missié administrater". "Kan mo finn vinn isi, pa fasil pou gagn travay. Bokou laport mo finn tapé. Mo finn byin dékourazé. Rezman, apré mo finn rési gagn travay isi dan lakour", raconte Maudéa Saminaden.

"Ti éna enn lanbians dan nou zil"

Totalement dépaysés à leur arrivée à Maurice, les Saminaden sont installés aux Dockers Flats. "Ti bizin bar lafenet ar plywood. Saryé delo lor létaz. Kan ou al lafontenn, Morisyin fer ou pass dernyé, parski nou Chagossiens. Zot dir zilwa sa. Kan zot fini pran zot delo, lerla ou kapav pran inpé", déplorent ces Chagossiens. Rozemond Saminaden indique que des souvenirs de son île, il en a plein la tête. "Pa bizin ferm lizié nanien pou rakont mo zil. Li gravé dan mo mémwar. E kan mo bann zanfan dir mwa rakonté, se leker gro ki mo rakont zot mo lavi", dit-il. Infatigable et plein d'entrain, il raconte combien la vie était agréable aux Chagos. "Gramatin, la kloss lapel soné 6h. 6h30 ou al pran lord travay ek administrater. Li donn ou travay apré ou rétourn lacaz ou bwar ou dité. Kan fini bwar dité, lerla tou dimoun al travay. Bann fam al dan karo Labatie, fer netwayaz, ras lerb, koupé, piosé. Dan lot karo, zot al coup la paille copra pou ranz lao lacaz. Bann zom ti fer plisser coco, konstrikter, forzron… Tou lé zour, ena dé dimoun ki al lapess pou tou lézot lor zil. Tou lé gramatin, administrater ki ti donn lord". Leur vie à Maurice n'est aucunement semblable. La misère existait certes sur l'archipel Chagos, mais l'entraide des Chagossiens était toujours présente. "Ici, kouma levé gramatin, lamin dan poss. La vie pa fasil ditou. Sa fason ki Chagossiens ti viv la pa ena Moris. Tou dimoun ti konn tou dimoun. Kan ou al rod enn kari lor lamer, ou pans pou ou vwazin. Ou ramenn enn kari pou li. Létan nou vinn isi, nou perdi lamitié kamarad. Sakenn res so koté, dan so lamizer, dan so detress. Dan nou zil, ti éna lanbians", déplorent Rozemond et Maudéa Saminaden.

"Létan mo get kat koté, mo get sa transformasyon-la, mo leker saigné"

Ce jeudi 30 mars, le téléphone n'arrête pas de sonner chez les Saminaden. Les connaissances appellent pour souhaiter un bon voyage et pour les féliciter de cette première grande étape. D'autres voisins s'approchent de temps à autre, soit pour souhaiter bon voyage, soit pour s'enquérir de l'heure à laquelle les vans quitteront Baie-du-Tombeau. Ou encore, de l'heure du début de la cérémonie religieuse à Cassis. "Péna enn ti plas pou mwa dan van ?" s'enquiert une voisine. "Trop tar, partou ranpli. Sey get ek Mme Yéyé. Li ti pe rod dimoun pou alé", répond Priscilla, la fille de Mme Saminaden. "Manman, sak finn fini paré tou !" ajoute la voisine. Avec des yeux rêveurs, Maudéa Saminaden regarde ses bagages. "Dépi lontan noun paré pou nou alé", répond-elle. Rozemond Saminaden indique alors qu'il a eu l'occasion, en 2000, de revoir Diego, en compagnie d'Olivier Bancoult, Raphaël Louis, ainsi que leur avocat, suivant une autorisation spéciale des autorités britanniques.

"Nou ti pran avion nou ti al Singapour. Laba, enn avion militaire ti kondir nou Diego", explique Rozemond Saminaden. Ils n'ont fait que très peu de temps sur cette île, mais assez pour avoir le cœur déchiré en voyant la transformation derrière eux. "Létan mo get kat koté, mo get sa transformasyon-la, mo leker saigné. Mo kalkilé ki zot finn obliz nou abandonn nou paradi et zordi, zot finn les li a labandon", raconte ce Chagossien. Il ajoute qu'ils ont été traités comme des étrangers sur leurs terres. "Lor zil, zot fer nou santi kouma étranzé. Nou péi sa, mé zot, Anglé, donn nou lord kot pou pasé, kot pou alé. Zot fer kouma dir li pou zot", dit-il. Aujourd'hui, pour cette visite historique, il dit tempérer ses émotions car les choses doivent être pires là-bas. Pour Rozemond Saminaden, une fois de plus, à travers ce pèlerinage qui sera effectué par une centaine de Chagossiens, les Britanniques traiteront les Chagossiens comme des étrangers dans leurs îles.

Malgré son chagrin de revenir presque comme une étrangère sur sa terre natale, Maudéa Saminaden ne cache pas sa joie de retrouver enfin son île. Elle dit compter chaque minute car, enfin, elle pourra parler à ses défunts proches, dont son père, son frère et sa sœur. Elle pourra leur dire sa joie d'être revenue, ne serait-ce que pour quelques heures, sur son île. À chaque Fête des morts, c'est sur la grande croix du cimetière qu'elle va faire une prière en leur nom. Maudéa Saminaden souhaite également voir sa maison. "Laba, mo lakaz ti enn kantité grander. Nou ti viv à lez ek nou zanfan. Pa ti ena pou pey lwayé. Nou ti éna gran lakour pou planté. Isi, later-la tigit", souligne la Chagossienne. Elle espère aussi "trouv gran lakaz kot mo ti travay. Si zil la pa bwazé, mo pou kapav dir sa ti la, sa ti la. Mo anvi rési trouv tou se ki mo finn kité laba".

"Zot ousi zot pou kapav alé enn zour"

"Pa finn ler pou paré, zot paré la ?" demande, vers 10h45, une des filles des Saminaden. Maudéa laisse couler une larme traduisant à la fois sa joie de revoir son île, mais aussi toute l'appréhension d'entreprendre ce pèlerinage dans ces lieux qui ont certainement changé de visage depuis. "Mo gagn inpé traka osi pou lor bato, kan nou pou bizin débarké. Sa fer mwa rapel dan ki kondisyon nou ti vinn Moris", fait-elle entendre. Elle raconte qu'à leur départ des Chagos pour Maurice en 1973, il n'y avait personne pour leur dire au revoir, sauf les chiens (destinés à être brûlés vifs au calorifère) qui hurlaient leur tristesse. À 11h20, les Saminaden sont prêts pour le départ. Le van qui les conduit à Cassis est déjà devant la porte. Roselys, la fille des Saminaden, ne pourra pas les accompagner au port, car son fils est malade. Solennellement, elle s'approche de ses parents et les serre dans ses bras en disant: "Bon kouraz. Bondyé pou avek zot". Avec un sourire, sa mère lui répond: "Zot ousi zot pou kapav alé enn zour". Côte à côte, comme lorsqu'ils ont embarqué pour venir à Maurice, Maudéa et Rozemond Saminaden entrent dans le van qui les conduira à Cassis, pour le grand rassemblement du peuple chagossien. Le compte à rebours a commencé.


Rencontre avec Navin Ramgoolam avant le départ


La communauté chagossienne à Clarisse House

Avant leur grand départ jeudi, les Chagossiens ont eu une rencontre avec le Premier ministre, Navin Ramgoolam, dimanche dernier, à Clarisse House. Ce dernier, en déplacement à Paris cette semaine, ne pouvait être présent le 30 mars pour leur souhaiter un bon voyage. Soulignant l'émotion que suscite en lui ce voyage historique, le Premier ministre a assuré aux Chagossiens qui n'ont pu avoir de place pour ce premier voyage qu'ils auront leur chance la prochaine fois. "Tou dimoun pou bizin resi al Chagos évantyelman", a déclaré Navin Ramgoolam.

Rappelant la longue lutte des Chagossiens avant de réussir, aujourd'hui, à entreprendre ce pèlerinage de dix jours sur leurs îles natales, le chef d'État a maintenu que les autorités britanniques ont commis une grave erreur envers la population chagossienne. Réfutant une version de l'histoire qui dit que Maurice a vendu les Chagos pour obtenir son indépendance, le Premier ministre a assuré que tel n'a jamais été le cas. Il a qualifié ce démembrement de l'archipel des Chagos comme étant "enn inzistis inkroyab dan enn siek kot pé koz lord internasyonal, drwa imin; tousa finn al kont ban régléman Nations Unies". Il devait par ailleurs commenter le drapeau tricolore (bleu, marron et orange) des Chagossiens, estimant qu'il s'agissait d'une erreur de penser à la division. Dans cette optique, Navin Ramgoolam a demandé aux deux groupes de Chagossiens, le Groupe Réfugiés Chagos et le Comité Social Chagossiens, de rester unis. "Fodé pa créé divizyon ant zot. Pa donn lokazyon ki fer zot divizé. Se dan linité ki pou ranport sa konba-la", a avancé le Premier ministre.


15 Seychellois sont du voyage


Retour vers une terre qui leur appartient aussi

Lorsque l'on quitte l'île natale à quatre ans, on n'en a pas énormément de souvenirs. Mais quand les parents racontent, les images reviennent et l'envie de revoir sa terre grandit. "Mo rapel kouma nou ti kouma enn sel fami. Mo rapel bann dimoun ki ti bers mwa. Mo rapel nou lamer", avance Bernard Nourrice, délégué des 15 Chagossiens (huit hommes et sept femmes) vivant aux Seychelles qui entreprennent ce voyage historique avec les Chagossiens de Maurice. Ils ont été choisis parmi plus de 200 Chagossiens qui vivent aujourd'hui aux Seychelles, suite à leur exil forcé il y a de cela 38 ans. La plupart des exilés sont aujourd'hui décédés. C'est avec une profonde émotion que ces Seychellois d'origine chagossienne entreprennent ce voyage. Après 38 années de lutte aux côtés des Mauriciens, l'occasion leur est donnée de fleurir les tombes de leurs ancêtres et d'embrasser le sol de ces îles tant chéries. "Un retour vers une terre qui nous appartient", disent-ils.

Ils sont arrivés à Maurice lundi dernier et étaient présents, mercredi, au centre Groupe Réfugiés Chagos, pour recevoir les dernières informations relatives au voyage. L'occasion pour eux de sympathiser avec la communauté chagossienne vivant à Maurice. Bernard Nourrice rappelle qu'il avait quatre ans quand les Britanniques les avaient expulsés de leurs îles. Même s'il était très petit à cette époque, il se souvient de la vie qu'y menaient les Chagossiens. "Nou zil ti zoli. Mo rapel ki nou ti viv en harmonie tou dimoun. Mo rapel kouma bann dimoun ti bers mwa", dit-il. Les Chagossiens avaient une façon propre à eux de vivre en communauté, dit-il. La vie après l'expulsion n'a pas été facile. L'adaptation aux Seychelles a été difficile et la communauté chagossienne qui y a été exilée a connu des moments très sombres. Aujourd'hui, revoir enfin ces terres où il a commencé à grandir représente une émotion inexplicable, après une longue lutte qui a duré quarante ans. Comme pour ses autres compatriotes, il pense à la tristesse qui l'étreindra quand il verra les tombes de ses grands-parents. "Nou zil bizin inn byin transformé. Féyaz bizin partou. Mé mo sir tou Chagossien pou rekonet so landrwa", pense Bernard Nourrice.

"Se mo drwa rétrouv mo péi kot mo finn né"

Jerry Morel, 38 ans, né à Diego, est le seul de sa famille à se rendre aux Chagos. Ses parents sont décédés. Ils n'ont pas eu cette chance. Pour Jerry Morel, entreprendre ce voyage est significatif, car "se mo drwa rétrouv mo péi kot mo finn né". Il indique qu'il n'avait que deux ans quand ses parents, employés sous contrat aux Seychelles, ont appris qu'ils ne pourraient plus jamais retourner dans leurs îles. Aujourd'hui (NDLR: mercredi dernier, à la veille du grand départ), il souligne qu'il compte encore les jours avant de revoir sa terre. "Mo pa koné kot mo ti resté exacteman dan Diego. Mo ti ena zist dé zan. Mé se enn gran lazwa ki éna dan mo léker pou trouv sa plas kot mo finn pran nésans la. Mo pe ankor kont sa zour ki mo pou arivé débark lor Diego la", explique le Seychellois. Son souhait, c'est de voir son île, telle que ses parents la lui racontaient. Il ajoute que ces derniers lui ont toujours assuré que la vie aux Chagos était paisible et l'archipel paradisiaque. Jerry Morel est conscient que les choses ont changé et que tout sera différent. "Mais il faut profiter de l'opportunité qui nous est donnée d'aller sur nos îles", ajoute-t-il. Même s'il ne sait pas où est enterrée sa tante sur Diego, il dit qu'il cherchera sur toutes les tombes, afin de pouvoir faire une prière et déposer des fleurs pour elle.

C'est âgée de 6 mois que Ginette Charles, 46 ans aujourd'hui, est exilée avec ses parents aux Seychelles. C'est avec une profonde émotion, des sentiments mitigés, le cœur lourd de chagrin qu'elle a entrepris ce pèlerinage. Elle va enfin voir sa terre, la terre de ses ancêtres. Aînée d'une famille de dix enfants, elle est la seule à être née à Diego. "Mo pa konn ditou mo zil. Mé tou létan, mo granmama, mo mama rakonté komié zot ti heuré laba", souligne-t-elle. "Dé fwa, mo pansé Chagos inpé résanblé Seychelles, mé mo mama ti dir mwa li pli zoli encore", avance Ginette Charles. Voir ces îles paradisiaques, telle que le contaient ses parents, est un rêve qu'elle va pouvoir enfin réaliser, même si elle conçoit que l'environnement a connu des transformations.

Anolia Esparon, 60 ans, est de ceux qui, parmi les Chagossiens vivant aux Seychelles, ont vécu aux Chagos. Deux de ses fils sont nés à Diego Garcia. Pour ce voyage, Joliffe Esparon, son fils aîné, aujourd'hui âgé de 40 ans, l'accompagne. Émue, elle raconte que son travail à Diego consistait à enlever l'écorce des cocos. "Nou ti ena travay tou dimoun dan Diego. Lavi ti sinp. Nou tou ti heuré", souligne Anolia Esparon. Pour elle, ce voyage, c'est un réel retour dans le temps. Le temps où elle était heureuse de vivre sur une terre qui lui appartenait.


L'affaire des Chagos


Mgr Piat: "Nou gouvernma ti konploté avek Anglé !"

Le prélude au voyage de la centaine de Chagossiens à bord du Mauritius Trochetia vers leurs îles natales de l'archipel a été marqué par une tonalité politique des plus intenses. Intervenant lors d'une cérémonie en l'église du Saint-Sacrement, Cassis, dans la journée de jeudi, l'évêque de Port-Louis, Mgr Maurice Piat n'a pas mâché ses mots en abordant la tranche de l'histoire de Maurice relative au démembrement du territoire mauricien avec l'excision de l'archipel des Chagos. Il a pointé un doigt accusateur contre le gouvernement de l'époque pour complicité avec la puissance coloniale d'alors, l'Angleterre. Il n'a pas manqué de remercier les Chagossiens, dont la lutte a permis aux Mauriciens de prendre conscience de cette réalité historique. Dans un émouvant témoignage, l'ancien président de la République, Cassam Uteem, a fait état des détails de la déposition de Lisette Talate devant la Haute Cour de Londres, en 2002, où elle avait dressé un parallèle entre le voyage de Diego Garcia à Maurice et celui de l'époque de la traite négrière. Olivier Bancoult est plus que convaincu que le projet Going back to Paradise ne peut que continuer après le premier départ du 30 mars.

La cathédrale des Pauvres était riche en émotions pour cette cérémonie qui, en principe, aurait dû se dérouler au Quai D. À cet effet, les démarches nécessaires avaient été entreprises et le feu vert obtenu. Mais à la dernière minute, "les puissants du jour", comme l'affirme l'ancien président de la République, devaient rejeter l'option du Quai D. Devant le court délai, le comité organisateur n'a eu d'autre choix que de chercher refuge à l'église du Saint-Sacrement, à Cassis.

Ces difficultés de dernière minute n'ont en rien entamé la ferveur des passagers en partance de même que celle de leurs proches. Les couplets de Peros Vert, devenu un véritable cri de ralliement des déracinés des Chagos, étaient repris en chœur et avec détermination en attendant le retour "lor nou tizil dan loséan". Une véritable communion régnait et l'heure était à la réflexion sur ces quarante dernières années avec le début de l'exil des Chagossiens en décembre 1965 et ce "pelrinaz dan zil" du 30 mars 2006 arraché de haute lutte.

L'Évêque de Port-Louis est entré dans le vif du sujet pour étaler la vérité en plein visage. "Bann Sagosyin finn rann gran servis a bann Morisyin. Nou fier parey kouma enn dimounn ki get li dan enn laglas, li dir: Mwa mo indepandan mwa. Me kan nou get byin dan sa laglas-la, nou trouv enn, dé trwa ti tas ladan. Samem ki apel Chagos. Apré enn moma, sa bann tas-la grandi et nou pa kapav réflèt nou la-dan. Mo remersié bann Sagosyin parski zot inn permet nou pran konsyans ki pa kapav aksepte sa enn, dé trwa ti tas-la, ki inn pran enn bout nou teritwar inn donn bann Amérikin", devait-il faire comprendre à l'assistance.

"Chagossians are not beggars"

Poursuivant son intervention, l'Évêque de Port-Louis a soutenu avec fermeté que "nou gouvernma ti konploté avek Anglé. Nou, Morisyin, nou pa ti pe pran konsyans ki ti éna enn tas pou lindepandans e nou bizin efas sa tas-la. Gras a zot konba, zot finn dibout, ki nou pe koumans gayn enn tibout de sa drwa pou lékel zot finn lager. Zot, Sagosyen, zot pas pé dimann sarité. Chagossians are not beggars. They are people with dignity. They are people with their rights. They are people who know how to fight for their dignity". Il a trouvé qu'au fil de longs combats, "sa voyaz lor zot lil natal, se enn debi de reparasyon de tor ki Anglé finn fer. Bizin rékonet ki nou gouvernma éna so par dan sa tor-la".

En faisant référence à l'image de Moïse et du Pharaon, Mgr Maurice Pïat a exhorté les Chagossiens à persévérer dans la lutte pour la justice et pour la reconnaissance et le respect de leurs droits. "Péna okenn pwisans politik ou militer ki kapav al kont lafors la zistis ek la vérité", devait-il réaffirmer en comparant ce premier voyage vers les Chagos à un pas symbolique. "Simin inn koumansé. Bizin kontinyé", devait-il ajouter.

Auparavant, l'ancien président de la République, Cassam Uteem, a tenu à rappeler les grandes lignes du témoignage de Lisette Talate à la haute Cour de Londres, en novembre 2002. "Face à l'insistance de l'avocat britannique au sujet de la renonciation des Chagossiens de retourner dans l'archipel avec la compensation des années 80, Lisette Talate devait faire état de la mort de ses enfants, Toto et Angel, à une semaine d'intervalle, après le passage d'un cyclone. Elle avait pu bénéficier du soutien des voisins pour le premier enterrement. Mais pour le second, Lisette Talate a préféré ne pas retourner à l'hôpital pour reprendre le cadavre de son enfant. Zot inn dir mwa l'Etat inn enterre zanfan-la, devait-elle faire ressortir avec des larmes dans ses yeux à la Haute Cour de Londres", se rappelle Cassam Uteem, comme si ce témoignage s'était déroulé la veille.

L'ancien président de la République, qui a rappelé que pendant dix ans en tant que chef d'État il n'a pas été en mesure de mettre les pieds sur ce bout du territoire mauricien, s'est également attardé sur l'annonce de l'exil aux Chagossiens vers la fin des années 60. "L'administrateur des Chagos avait réuni les habitants. Il leur avait dit: zot bizin alé ! Pays inn vandé. Bizin lev paké alé ! Lisette Talate dir: kot pu alé ! Zamé mo inn kit zil ! Zamé mo inn voyazé ! Kot pou alé ! Gagn traka ! Bolom décourazé ! Zil inn vandé. Gouvernma inn gagn pitay", ajoute Cassam Uteem, toujours en puisant de la scène de la Haute Cour de Londres, où il agissait en tant qu'interprète des Chagossiens auprès des juges britanniques.

Ensuite, l'ancien président Uteem a décrit en termes des plus crus les conditions exécrables du voyage entre les Chagos et Maurice. "Madam-la dir ki voyaz-la dépi Chagos ti mank zis lasenn kouma bann esklav lontan", ajoute-t-il, en rappelant la mort atroce de Ton Gaston, qui s'était jeté par-dessus bord ne pouvant plus soutenir les difficultés à son âge avancé. Et en conclusion, il lance à l'assistance que "madam ankor pe ploré zordi. Mo espéré ki ou pou souy so larm kan ou pe ale lor zil a partir zordi".

Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés, est convaincu que le projet de "Going back to Paradise pou bizin kontinyé". "We will return back to our paradise", a-t-il lancé avec force. Il devait rendre un vibrant hommage aux femmes chagossiennes, qui par leur détermination, leur courage et leur volonté ont permis à la lutte d'aboutir à des résultats probants. "Mama ! Mersi pou sa lédikasyon to inn donn mwa ! Se lalit bann fam ki finn pran lé dévan pou dir pa kapav aksepte linzistis, lindiferans ek dominer. Zordi, mo la kouma enn sinbol; mo sorti dépi kouraz sa bann fam-la. Si mwa, Olivier Bancoult, avec sa lédikasyon, mo pa lager pou mo pep. Ki senn-la pou fer li", devait-il faire ressortir.

Le leader des Chagossiens n'a pas manqué de lancer une flèche à ceux qui ont affiché le mépris face aux déracinés des Chagos. "Boukou ti pe dir ki nou pe rod gayn kas pou fer tam-tam, aste stereo, alor ki nou ti pe rod nou aki, drwa ki enn dimoun ena pou viv dan lil kot li finn ne. Dan Chagos, personn pa ti mank travay. Sakenn ti éna bo ti bato blanc. Sakenn ti éna so lakaz. Ti éna lespri de partaz. Isi, sakenn get zis pou li", a-t-il regretté.

Le départ de ce premier voyage vers les Chagos a également été marqué par la confirmation de la réconciliation entre Olivier Bancoult et Fernand Mandarin. Olivier Bancoult a aussi rendu hommage à une des Chagossiennes qui devait faire partie du voyage, mais qui n'a pu le faire en raison de la mortalité d'un proche parent mercredi dernier. Réginald Besage avait été enterré le jour même du départ de ce pèlerinage. "Réginald Besage so mama ti parmi sa 15 madam ki ti dir ki bizin pourswiv gouvernma anglé ek ki bizin met case lakour", a-t-il ajouté.

Sur un plan plus personnel, Olivier Bancoult a révélé que sa plus grande fierté pour le 30 mars 2006 sera d'accompagner sa mère, Rita, sur la passerelle du Mauritius Trochetia pour l'embarquement à destination des Chagos. "Le 30 mars 1968, mo ti éna kat an et mi ti pe trap zip mo mama pou désann dépi bato dan Moris. Zordi 30 mars 2006, mo trap lame mo mama, mo fer li mont lor bato, amenn li ver la ter promise. Mo mama, so pli gran rev, sé reget so later natal", avouera-t-il. Il aura une pensée spéciale pour l'un de ses instituteurs du primaire, Fred Payet, pour des personnalités comme Jack Bizlall, Jérôme Boulle, Matthieu Laclé, Rajen Dyalah, les animateurs et animatrices de Muvman Libérasyon Fam et de l'Organisation Fraternelle, de Lalit pour leur contribution à faire avancer la cause des Chagossiens contre vents et marées…



Un officiel britannique et deux prêtres avec les Chagossiens

Tony Humphries a été dépêché par le gouvernement britannique pour faire le voyage aux Chagos à bord du Mauritius Trochetia. L'une de ses attributions est de veiller que le voyage se déroule dans "des conditions sobres et dignes". Par la même occasion, il a apporté dans ses affaires des dernières photos prises des îles Salomon et Peros Banhos en vue de préparer psychologiquement les Chagossiens sur ce qui les attend. Le paysage est complètement différent de l'idée qu'ils ont pu se faire jusqu'ici vu que ces deux îles ont été complètement abandonnées au cours de ces quarante dernières années.

Deux hommes religieux, l'abbé Gérard Mongelard et le révérend Mario Li Hing, s'occuperont de l'accompagnement de ces participants à un pèlerinage des plus particuliers.

Fernand Mandarin retourne dans les îles avec sa sirène

Fernand Mandarin, leader du Comité Social Chagossien, se préoccupe davantage de ce qui sortira de ce premier voyage dans l'archipel. "Bizin koné ki pou sorti de sa silence de plus de 40 an lor sa bann zil-la", déclarait-il avec philosophie au Quai D, jeudi après-midi, avant de sceller la réconciliation de la lutte chagossienne.

Mais entre-temps, Fernand Mandarin révélait que dans ses bagages se trouve une sirène de bateau ramené des Chagos lors de l'exil. "Nou servi sa la siren-la kan nou dan tristesse", avouait-il avec un sourire énigmatique, qui fait partie de sa personnalité. Mais il ne dira pas s'il compte faire usage de sa sirène lors de son passage sur les îles au cours de la semaine.


Le projet de 152 chalets d'Arcon sur les deux îles d'Agaléga


De la poudre aux yeux…

Ce qui avait été présenté à l'issue de la dernière réunion du Fast Track Committee présidé par le Premier ministre, le 18 février dernier, comme un grand projet hôtelier à Agaléga au coût de Rs 9 milliards, ne serait que de la poudre aux yeux visant à faire croire que les investisseurs se bousculent pour venir mettre leurs capitaux à Maurice. Week-End a, en effet, découvert, après recherches, que la compagnie sud-africaine Arcon, qui est supposée se spécialiser "in wild life and gain related projects throughout South Africa" n'est qu'un cabinet d'architectes, et que les propres documents du Board of Investment précisent qu'il s'agit de "only an expression of interest from Arcon, no detailed project has been submitted".

Une visite du site d'Arcon comporte un bref descriptif de la compagnie. Pas de nom d'un quelconque responsable, à part un enquiry form. C'est à travers ce formulaire que Week-End a sollicité des détails sur le projet d'Agaléga en fin de semaine. La réponse est venue d'une certaine Désirée Kruger, qui ne décline pas ses responsabilités au sein de la compagnie, en ces termes: "The Agalega project has been formulated and we would be delighted to furnish you with any information you require about this exciting project once our studies are complete". Le Fast Track Committee avait fait croire qu'il s'agissait d'un projet ferme, mais la compagnie elle-même parle d'études qui ne sont pas complétées.

Il ne nous a pas été possible d'établir les contacts locaux d'Arcon. Mais ce qui est clair, c'est que ce sont probablement des promoteurs d'ici qui ont soumis une "expression of interest" au BOI en copiant le projet, gelé, d'Ireland Blyth. Sauf que si celui d'IBL comportait 15 chalets, un centre de pêche, une boat house et une aire de jeux, l'emploi de 40 personnes dont 60% de résidents, une unité de dessalement d'eau de même que de traitement des eaux usées, la réhabilitation de la cocoteraie, le tout sur 25 arpents, superficie généralement accordée à Maurice à ce type de développement, le préprojet d'Arcon est d'un gigantisme scandaleux et visiblement irrespectueux de la spécificité locale et ignorant des réalités locales à Agaléga.

Voyons ce qui a été proposé au BOI: 152 sites sur les deux îles, nord et sud d'Agaléga, avec cette précision qui devrait faire sourire ceux qui n'arrêtent pas de dénoncer le revirement de l'Alliance sociale sur les projets Integrated Resort Scheme. Arcon, ou du moins son satellite à Maurice, dit que ces 152 sites "will be sub-leased by the promoters to third parties for development of residential units". Pour 15 chalets qui devaient être loués aux touristes, c'était du "bradage d'un patrimoine géostratégique", selon Navin Ramgoolam avant les élections de juillet 2005. Mais ici, ce sont 152 sites sur l'ensemble des deux îles qui seront sous-loués à des étrangers par les promoteurs.

Autres aspects du préprojet: 120 sites sur la plage de 1 hectare chacun et deux réservés à des espaces commerciaux sur l'île du nord et 30 autres sur la plage de l'île du sud. Les promoteurs ont aussi évoqué la construction d'une marina, le rehaussement de la piste d'atterrissage, alors que dans son état actuel, elle peut accueillir des avions type Beachcraft que possède déjà IBL, qui l'avait d'ailleurs acheté pour son projet de chalets à Agaléga, lequel a été gelé le 14 octobre 2005. Les promoteurs ont aussi annoncé la rénovation de la "clinique" et de l'école d'Agaléga, l'aménagement de "tented camps", d'un bureau des douanes, de boutiques, et la réfection de routes et autres infrastructures.

Il est à noter que de hauts fonctionnaires ont exprimé des réserves sur l'application du programme IRS à Agaléga et ont soutenu qu'ils ne sont pas conformes à ce qui est pratiqué jusqu'ici. Pour satisfaire les besoins d'Arcon, "this would require either amendment to the IRS Regulations or the setting up of a separate scheme catering only for Agaléga".

Ce n'est pas tout. Les mêmes familiers du dossier ont également souligné que "promoters have requested to have long-term lease (99 years) of the two islands of Agaléga form the Government. As per existing regulations, IRS development should be carried out exclusively on freehold land". Sur la vente des "bare lands", ils notent que "presently sale of bare/unserviced land by promoters is not allowed under IRS".

Autres réserves exprimées, celles portant sur la superficie. "Arcon proposes to develop beach sites of 1 hectare each. However, a single plot cannot exceed 0,52 hectares or 1 arpent 25". Même critiques sur l'impact environnemental de la "marina". Il est également à noter que c'est le bureau du Premier ministre qui aura à trancher une autre demande scandaleuse qui figure dans le préprojet d'Arcon, celui de vols directs privés à Agaléga de n'importe quelle destination.

Il est intéressant de prendre connaissance des conditions d'Arcon lorsqu'on sait ce que l'opposition avait débité au Parlement sur le projet du groupe mauricien IBL à Agaléga l'année dernière. Cela prend des allures de vraie supercherie avec un nom comme Arcon…


Recommandation du comité technique


10 sous de plus pour chaque "pain maison" de 100 g

Dans son rapport soumis en début de semaine, le comité technique notamment constitué d'officiels du Management Audit Bureau (MAB), qui avait été appelé à la mi-janvier par le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, à considérer l'opportunité d'un nouvel ajustement à la hausse des prix du pain, a recommandé que le prix du "pain maison" (100 g) passe de Rs 1.65 à Rs 1.75, soit une hausse de 10 sous.

C'est sur la base de cette recommandation que le conseil des ministres aura à décider - vraisemblablement, vendredi prochain - des nouveaux prix du pain. La majoration par 10 sous du prix du "pain maison", recommandée par le comité, devrait servir d'indicatif pour établir le quantum d'augmentation des autres types de pain ("flûte" de 100 g et baguettes de 200 g et 400 g, notamment).

La dernière augmentation des prix du pain ne remonte qu'au 6 janvier dernier, et avait été d'une moyenne de 20%. À cette date, le "pain maison" (100 g) est passé de Rs 1.35 à Rs 1.65, la baguette de 200 g de Rs 3.00 à Rs 3.60 et la baguette de 400 g de Rs 6.00 à Rs 7.20, entre autres. Cette hausse moyenne de 20% des prix du pain intervenait dans le sillage d'une hausse de 29% du prix de la farine.

Insatisfaits de ces hausses, les boulangers qui, un mois plus tôt, avaient réclamé une augmentation moyenne de plus de 60% des prix du pain, avaient menacé d'éteindre leurs fourneaux pour quelques jours et priver la population de cette denrée de base. Les autorités avaient ouvert les négociations et étaient arrivées à éviter le pire.

C'est ainsi que lors d'une rencontre avec le chef du gouvernement, l'Association des Propriétaires de Boulangeries devait obtenir la promesse d'une étude en profondeur quant à l'opportunité d'un nouvel ajustement des prix du pain. C'est ce à quoi s'est attelé le comité technique, qui a recommandé qu'une hausse de 10 sous sur le prix du "pain maison" serve d'indicatif pour le calcul des prix des autres types de pain.

Pour l'information des consommateurs, il est à noter qu'en attendant la ratification officielle par le Cabinet des nouveaux prix du pain, ceux qui sont jusqu'ici en cours demeurent inchangés.


Professionnalisation du métier de courtier maritime


De nouveaux règlements souhaités

Tout en assurant soutenir pleinement la réforme et la modernisation en cours dans le service des douanes, l'Association professionnelle des Transitaires souhaite que celles-ci, notamment le projet de professionnalisation du métier de courtier maritime, ne mettent pas en péril la sécurité d'emploi dans ce secteur.

Maillon indispensable de l'activité d'import/export, les transitaires qui opèrent à Maurice depuis une cinquantaine d'années se sont regroupés en association depuis trente ans. Selon son président, M. Gupta Gopaul, la soixantaine de compagnies de transitaires qui existent à ce jour et dont les plus importantes sont Cargo Express, DHL, Maersk, Samatrans, Mauritius Freeport Development, s'inquiètent que de nouveaux règlements trop contraignants pour régir le métier de courtier maritime ne viennent mettre en péril l'emploi dans ce secteur où travaillent quelque 2 000 salariés.

Dans le cadre de son plan de réforme et de modernisation, le service des douanes, en lien avec les amendements apportés au Customs Act de 1988, entend, en effet, mieux professionnaliser l'activité des courtiers maritimes. Le département des douanes propose, dans ce contexte, de démarrer bientôt un Customs Broker Licensing Course à temps partiel, qui s'étendra sur une période de 8 à 10 semaines.

Ce cours de perfectionnement, qui sera sanctionné par un diplôme délivré sous l'égide du Mauritius Examinations Syndicate (MES), promet d'être "très compétitif". Pour y participer, les postulants devront nécessairement détenir un Higher School Certificate (HSC) ou, à défaut, un General Certificate of Education avec deux A Levels, dont la Comptabilité ou les Business Studies.

C'est surtout ce préalable que souhaite voir modifier l'Association des Transitaires dans la mesure où nombre de courtiers maritimes déjà en service ne disposent pas de telles qualifications de base. Les autres conditions à remplir pour suivre le cours de perfectionnement proposé par le service des douanes sont, entre autres, que le postulant soumette un certificat de moralité et qu'il ait un minimum de cinq années d'expérience comme Customs Clerk. De plus, pour être reçu à l'examen écrit final, le candidat aura à atteindre un grade minimal de 80%.

Le département des douanes explique ces exigences par le fait que le métier de courtier maritime est "de nature hautement technique". C'est dans cette même perspective qu'à l'avenir, le nombre de brokers autorisés à exercer sera limité. Au moment d'être employés sous les nouveaux règlements, il leur sera, en outre, demandé de déclarer leurs avoirs.

Le programme d'études suggéré par le département des douanes pour la conduite de ce cours de perfectionnement comprend, entre autres modules, une initiation au Customs Act, à la documentation commerciale, à la préparation des déclarations par voie électronique, au transbordement, aux Règles d'origine, à la classification des produits, à l'accord d'évaluation de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) ainsi qu'une composante sur l'éthique et l'intégrité.


Au primaire


Le kreol pas de sitôt au tableau

Depuis qu'il a émergé en 2004, le rapport Grafi-Larmoni, document présentant une graphie standard du kreol mauricien, prend de la poussière… Réalisé dans l'optique de préparer l'entrée officielle de la langue maternelle comme médium d'enseignement en classe, le document a, jusqu'ici, servi d'appui à des initiatives privées. Le kreol devra attendre encore avant de trouver sa place au tableau !

A priori, toutes les données sont réunies pour que le kreol trouve officiellement sa place au tableau dans les salles de classe. Après consensus entre linguistes et pédagogues, l'on a vu éclore une graphie (Grafi-larmoni) en 2004, laquelle fait l'unanimité dans le camp de tous ceux qui militent pour l'utilisation de la langue maternelle de façon officielle. Aussi, le recours au kreol dans le processus de l'enseignement est une pratique ancrée dans le système éducatif qui ne dérange personne. Les syndicalistes du primaire disent attendre avec impatience l'implémention officielle du kreol comme support pédagogique. Convaincus que la langue maternelle est un catalyseur significatif dans l'apprentissage des langues et la maîtrise des mathématiques, ils voient en celle-ci un moyen de rehausser le niveau des élèves. "L'utilisation du kreol facilite la compréhension et nous permet de travailler un peu plus vite", soutient une enseignante. Toutefois, le kreol, qui devait faire ses premiers pas à l'école en 2005 - par le biais d'un projet pilote dans le prévocationnel d'État et une école primaire gouvernementale également - a raté son entrée. Le projet initié par le précédent régime avec le soutien de l'Unesco n'a pu être concrétisé. Depuis, le dossier a été rangé dans un des tiroirs de l'IVTB House ! Entre-temps, contrairement à Maurice, des pays anglophones et francophones d'Afrique, regroupés en réseau, s'activent à inscrire l'utilisation de la langue maternelle dans le programme scolaire. Des différentes expériences ayant démontré qu'en juxtaposant la langue maternelle avec des langues étrangères, l'enseignement, l'apprentissage et la maîtrise de celles-ci se font avec plus de facilité.

Mayotte remet la langue maternelle sur le tapis

Les 21 et 22 mars derniers, le vice-Rectorat de Mayotte pour l'Éducation nationale a organisé un colloque axé sur la langue maternelle, dont le thème était : Les problématiques du plurilinguisme et du pluriculturalisme. Ce colloque qui avait réuni une quarantaine de participants venus des États francophones - Nouvelle Calédonie, Guyane, Madagascar, Tunisie, Guadeloupe, Comores et Maurice - avait pour objectif de dessiner une meilleure compréhension des problématiques soulevées durant l'implémentation de la langue maternelle dans le système éducatif. "Nous retrouvons les mêmes difficultés dans tous les pays où la langue maternelle a été introduite. Notamment, les fausses perceptions autour de la langue et la réticence des parents et des éducateurs", explique Jimmy Harmon, coordonnateur du projet Prevokbek au Bureau de l'Éducation Catholique (BEC). Le programme Prevokbek, qui a été présenté à Mayotte, est, rappelons-le, le seul projet éducatif en kreol introduit dans le secteur scolaire à Maurice. Pour Jimmy Harmon, chargé de présenter le projet lors du colloque, "ce séminaire, qui est venu relancer la pertinence de l'utilisation de la langue maternelle, a aussi démontré que Maurice a tout à gagner en intégrant un des réseaux déjà en place." L'intérêt de certains pays pour l'intégration de la langue maternelle dans le cursus, explique encore Jimmy Harmon, relève aussi des enjeux économiques. Maurice, qui compte la France parmi ses partenaires économiques clés, doit garder en tête que l'hexagone encourage l'alphabétisation à travers la langue maternelle de la population de ses départements outre-mer. Et ce, pour favoriser le positionnement des DOM dans la mouvance de la mondialisation. Ce qui, rappelle Jimmy Harmon, rejoint le concept de Universal Literacy prôné par l'UNESCO. Le BEC, qui a déjà un pied dans le réseau mis en place, à l'issue du colloque, tirera avantage de l'expertise des pays francophones qui utilisent la langue maternelle dans leur système éducatif, en vue de l'introduction du kreol dans le primaire. À ce stade, ce projet n'est pas envisagé pour de sitôt. L'idéal, explique Jimmy Harmon, serait d'introduire le kreol dès le préprimaire…

Grafi-Larmoni : appui pour les initiatives privées

Officialiser l'utilisation du kreol comme médium d'enseignement "est une question de volonté politique" dit-on. Mais, selon Alain Ah-Vee, de la commission de l'éducation de Ledikasyon Pu Travayer, "mem si met kreol dan ledikasyon, Leta bizin donn li so full rekonesans. Kreol bizin rant dan parlman." Aussi, souligne ce dernier, le document Grafi-larmoni de même que le projet pilote dans les écoles "pa repoz lor mobilizasyon paran etc… li byin fasil pou nouvo gouvernman balye proze-la." De plus, fait-il ressortir, "les recommandations du document n'ont pas eu le temps d'être appliquées, ce qui explique l'absence de suivi après la publication de Grafi-larmoni". Arnaud Carpooran, linguiste ayant fait partie du comité Hookoomsing - chargé de standardiser la graphie du kreol mauricien - rappelle que les initiatives privées ont relevé la pertinence du rapport Grafi-Larmoni. Si, au départ, le document avait était commandité pour la vulgarisation d'une graphie standard dans le circuit scolaire, aujourd'hui, dit-il, celui-ci a servi d'appui pour la réalisation du dictionnaire mauricien. Même si le kreol tarde à faire son entrée officielle en classe, Arnaud Carpooran est d'avis que, comparé à certains États créolophones, Maurice se distingue, toutefois, par une meilleure acceptation de la langue. Imposée dans certains pays, la langue maternelle, dit-il n'a pas toujours fait l'unanimité par la société locale. Aujourd'hui encore, explique-t-il, le créole réunionnais se fait discret sur le campus, à la radio ou à la télévision. Néanmoins, le linguiste est d'avis que le kreol se frayera une place à l'école lorsqu'il sera débarrassé de tout préjugé. "Ce sera lorsqu'on comprendra qu'il ne fait aucun obstacle à l'apprentissage d'une langue étrangère", insiste Arnaud Carpooran.

GHTU : "Langaz kreol, se enn patrimwann morisyin"

Du côté des représentants des enseignants du primaire, Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers Union (GHTU), fait remarquer que "les années 2004-05 ont été historiques pour la langue créole. Maintenant, il est temps de réclamer une reconnaissance officielle de la langue. Tou dimoun rezonab bizin rekonet ki ena 99.9% Morisyin ki koz kreol. Langaz kreol, se enn patrimwann morisyin." Il rappelle que depuis 1978, année où le rapport de la commission Richard recommandait l'utilisation officielle de la langue maternelle, "le kreol est plus que jamais présent dans le primaire". La GHTU, indique son président, n'hésitera pas à soutenir tout projet pour l'implémentation du kreol en classe. Il demande au ministère de l'Éducation de "relancer le projet de l'utilisation de la langue maternelle à l'école. Car, dans un esprit démocratique, la continuité doit prévaloir."

"Nous ne demandons pas que le kreol devienne une matière. Le cahier de charge des enseignants est suffisamment lourd ! Mais, si en tant que médium d'enseignement, le kreol est un moyen de rehausser la capacité de lire et d'écrire des écoliers, nous estimons que le kreol doit être officialisé. Le kreol est un outil qui facilite la pédagogie et nous fait gagner du temps", déclare d'emblée Vinod Seegum, président de la Government Teachers Union. Dans cette optique, son syndicat, dit-il, ne fera aucune résistance face à l'implémentation de la langue maternelle dans le primaire. Si le débat est relancé sur le plan national, la GTU, indique-t-il, compte réclamer une rencontre avec le ministère pour discuter des implications telles que la formation des enseignants.



Financement du projet pilote-Dharam Gokhool: "Une enquête est actuellement en cours"

Le projet pilote sur le kreol dans le département prévocationnel des collèges d'État ferait actuellement l'objet d'une enquête. C'est ce que nous a indiqué le ministre de l'Éducation, Dharam Gokhool. Le projet qui n'a pas été lancé, dit-il, a nécessité un investissement conséquent. Rappelons que le document le présentant indiquait que les principaux sponsors, l'UNESCO et le Japanese Funds in Trust for Capacity Building of Human Ressources, avaient avancé 100 000 dollars pour l'implémentation du projet entre mars 2004 et juillet 2005. "Une enquête est actuellement en cours pour déterminer où est passé tout cet argent", déclare Dharam Gokhool. Et d'ajouter, "l'introduction officielle de cette langue comme médium d'enseignement demande plus d'études. Même les experts ne souhaitent - voire n'envisagent - pas d'introduire, pour l'instant, quelque chose qui n'est pas prêt. Il faudra attendre les analyses de leurs études."


Lutte contre le Chikungunya


Roger Fayd'herbe fait venir deux experts

La compagnie Roger Fayd'herbe a fait venir deux experts, l'un de Bayer (qui fabrique l'insecticide utilisé dans la lutte contre le Chikungunya), et l'autre de la compagnie qui fabrique l'appareil utilisé pour la démoustication. C'est cette compagnie qui travaille avec le gouvernement depuis le début de la campagne de démoustication.

Clifford Dove, de Roger Fayd'herbe, a souligné que le Chikungunya est un problème national qui a des retombées négatives sur le secteur économique et touristique en général. C'est pour cette raison que la compagnie a fait venir ces deux experts, dans le but d'offrir le meilleur service qui soit pour que la maladie soit au plus vite éradiquée.

M. Charpié, qui représente la société Bayer, compagnie qui investit beaucoup dans le domaine de la recherche, a élaboré sur l'action du produit utilisé dans le traitement pour le contrôle des insectes. Ce produit, qui, selon lui, nécessite un investissement économique non négligeable, agit selon les besoins, qu'il s'agit d'une petite ou d'une grande surface. Le traitement contre les larves (larvicide), de même que l'adulticide, et les techniques d'utilisations, avec les avantages qu'elles comportent, ont aussi été expliqués. La thermonébulisation, plus connue comme le fogging, de même que le "Très bas volume", ont été explicités. M. Charpié a aussi fait ressortir que pour venir à bout du problème, plusieurs traitements sont nécessaires, et qu'ils ne doivent pas se faire en pleine journée, car le soleil participe alors largement à son évaporation.

M. Joerg Heckel, Sales Manager de IGEBA, qui fabrique, entre autres, les équipements utilisés dans la démoustication, a lui aussi expliqué les fonctionnements de l'appareil. Il a indiqué que les produits utilisés ne sont pas nocifs à l'environnement.


Lutte contre le VIH & SIDA


Maurice identifie les obstacles et réoriente les stratégies

La faible contribution du secteur éducatif, des retards dans l'implémentation de certains projets touchant aux usagers de drogue, la stigmatisation, le peu de coordination dans les actions, le manque d'intérêt du secteur privé sont quelques-uns des obstacles auxquels est confrontée Maurice dans la lutte contre le VIH. Au début de l'année, réunis par la Aids Unit du ministère de la Santé et l'ONUSIDA, des experts ont passé en revue la situation et défini les actions à prendre pour une lutte plus efficace afin d'atteindre les objectifs fixés. Ce même exercice a été conduit à travers le monde afin de permettre à tout un chacun d'atteindre les Millenium Development Goals pour lesquels ils bénéficieront du soutien du G8.

Réduire la propagation du virus, disséminer l'information, vaincre les préjugés et permettre aux malades d'avoir accès aux soins font partie des ambitions qu'espère réaliser le pays d'ici 2015. Plusieurs pays se sont aussi livrés au même exercice dans le cadre du Scaling up Universal Access for HIV & AIDS Prevention and Care. À Maurice aussi, en dépit des efforts déployés, le virus continue à se propager à un rythme rapide tandis que la stigmatisation et la discrimination à l'égard des personnes vivant avec le VIH persistent. Si nous ne sommes pas pour autant en situation d'échec, l'occasion était de faire un bilan des stratégies en place et d'identifier les obstacles afin de mieux répondre à l'urgence.

Dans leurs constats, les experts locaux restent d'avis que le secteur éducatif aurait pu jouer un rôle plus important au niveau de la dissémination des informations. Réunis en janvier, ces derniers ont déploré le peu d'intérêt manifesté par les responsables des établissements scolaires et les enseignants en général. Le rapport rédigé par Maurice suite à cet exercice souligne aussi que le VIH & SIDA n'a toujours pas été intégré dans le cursus, tandis que les programmes de Family Life Education n'abordent pas le sujet correctement. Par ailleurs, si le National Strategic Plan for HIV and Aids 2001-2005 prévoit une approche multi-sectorielle, il est précisé qu'aucune évaluation n'a été faite à ce niveau. Le fait que le National Aids Committee ne se soit toujours pas réuni depuis le changement de régime serait aussi lié au manque de coordination dans les efforts déployés par les différentes instances engagées dans la lutte. Les experts reprochent au secteur privé de ne pas s'investir suffisamment contre le VIH. Entre 40% à 45% des entreprises seulement se sont intéressées au sujet jusqu'ici.

La stigmatisation et la discrimination à l'égard de personnes vivant avec le VIH, y compris au sein des services, restent des obstacles majeurs. Surtout quand elles empêchent les concernés à rechercher une aide professionnelle. À ce niveau, les experts déplorent le rôle des médias qui, selon eux, à travers des reportages mal orientés, contribuent parfois à envenimer la situation. D'où la nécessité, avancent-ils, d'une formation plus poussée pour les membres des médias et le public en général. À Maurice, le partage du matériel d'injection entre usagers de drogues reste le principal mode de contamination. Face à cette situation qui prévaut depuis 2003, l'éducation du public est toujours à faire. Le retard dans l'implémentation de nouveaux services et moyens pour le traitement des personnes souffrant de dépendance aux opiacés est déploré. Surtout que plusieurs recommandations ont été faites par des spécialistes locaux et internationaux pour un meilleur système de traitement.

Au chapitre des recommandations, des efforts supplémentaires et mieux adaptés sont réclamés au niveau de la prévention, du traitement, de l'encadrement. Un nouveau plan stratégique est souhaité pour juin. De là, d'autres actions sont attendues du gouvernement et de tout un chacun pour rendre la lutte plus efficace.

Tout comme Maurice, plusieurs pays du monde se sont livrés à cet exercice de réflexion. Cette initiative suit les derniers constats réalisés. La situation reste alarmante, selon les estimations, le virus a touché quelque 60 millions de personnes et le nombre de décès est d'approximativement 26 millions. En 2005, les pays du G8 ont pris l'engagement d'aider les différents pays à atteindre les objectifs fixés dans le cadre des Millenium Development Goals (MDG). Entre-temps, le monde a été appelé à identifier les obstacles afin de revoir les stratégies et les priorités. Le rapport rédigé par les experts locaux a été présenté par Dhiren Moher, président de PILS, lors d'une rencontre régionale au Botswana il y a quelque temps. Le document local, intégré dans le rapport régional, sera présenté au niveau international prochainement. De là, il est attendu qu'une aide supplémentaire soit apportée aux différentes nations concernées.


En signe de protestation


Sedley Assonne démissionne de la MASA

Les propos du nouveau président de la Mauritius Society of Authors (MASA), Zul Ramiah, ne font pas que des heureux. Sedley Assonne, membre du board de cet organisme, a ainsi fait savoir, cette semaine, sa décision de démissionner de cette instance. Pour des raisons qui relèvent également de la nature même de la MASA, de l'inertie des autorités et des artistes, et du manque de coopération du public. Un véritable réquisitoire sur la situation culturelle actuelle…

Dans sa lettre de démission envoyée au directeur de la MASA, Gérard Louise, en date du 28 mars dernier, Sedley Assonne dit démissionner de ce board pour plusieurs raisons.

"Quand j'ai été élu, il y a trois ans, pour siéger au sein du board de la MASA, je l'avais été sur la base d'une équipe, comprenant Meera Mohun, Bruno Raya, Eric de Chateauneuf, Jocelyn Louise, Patrick Antoine, Tony Farla et moi-même. Une des principales raisons pour expliquer notre décision de nous présenter ensemble était la volonté de faire changer le fait que les fonctionnaires étaient en surnombre, huit à l'époque, au board de la MASA. Or, j'ai constaté que "l'équipe" n'a jamais fonctionné comme telle. Il n'y a jamais eu de concertation entre moi et les autres, sur quelque dossier que ce soit. Dans ces conditions, j'ai senti qu'il était malaisé de ma part de continuer à représenter ceux qui m'avaient fait confiance."

Mainmise des fonctionnaires et de l'État

L'artiste dit démissionner également parce qu'il estime que la mainmise des fonctionnaires (et donc de l'État) sur le board est toujours là. "Les artistes doivent savoir qu'avant la nomination de Zul Ramiah comme président, le board a fonctionné avec un Secrétaire Permanent comme président de la MASA ! Le gouvernement a, semble-t-il, trouvé l'oiseau rare, en la personne de M. Ramiah, pour venir présider cet organisme. Mais le problème reste le même: quid de la présence des fonctionnaires sur le board ?"

L'autre raison qui pousse Sedley Assonne à démissionner de la MASA a trait aux propos jugés "confus" tenus dans la presse par le nouveau président, Zul Ramiah. "Dans une première déclaration, il dit qu'après avoir écouté les artistes (qui ?), il pense que l'autonomie de la MASA est nécessaire. Mais dans une autre déclaration, il dit exactement le contraire. Qu'est-ce qui s'est donc passé pour que M. Ramiah change d'avis sur l'autonomie de la MASA ?", interroge Sedley Assonne. Il reproche également à Zul Ramiah d'avoir dit que "de par ma proximité avec le Premier ministre et le gouvernement, je peux faire avancer les dossiers, etc.". "Si le gouvernement a fait partir (Opération Lev Pake Ale) M. Marcel Poinen, de par sa "proximité" (vérifiée ou pas) avec l'ancien pouvoir, en quoi la "proximité" de M. Ramiah peut-elle aider la MASA ? Veut-il dire que si quelqu'un d'autre avait été nommé président, la MASA n'aurait pu fonctionner ? Si cela s'avère, ce serait encore plus grave ! Car cela voudrait dire que l'État saboterait un organisme qu'il aurait lui-même créé", fustige Sedley Assonne.

Pour bien montrer que la proximité n'est en aucun cas un facteur "d'avancement" de dossiers ou d'autre chose, il cite en exemple l'équipe de l'inspecteur Hector Tuyau qui a travaillé dur et avec succès pour traquer les pirates. "Et ce beau travail a été fait sur le terrain, sans qu'il y ait eu besoin de quelque "proximité" avec des politiciens, qu'ils soient du gouvernement ou de l'opposition. Parce que ces policiers (qui méritent décoration de la république) ont compris que le piratage est une menace directe, et un gros manque à gagner, pour l'économie de notre pays. Nous espérons d'ailleurs que les équipes de la Financial Unit, de l'Income Tax, de la douane et autres départements fiscaux du gouvernement emboîteront le pas à l'ADSU et traqueront eux aussi ces pirates qui avouent faire un chiffre d'affaires de Rs 500 000 par mois ! Cet argent est-il déclaré au fisc ? Si non, c'est une raison de plus pour le gouvernement de ne pas tolérer le piratage."

Sedley Assonne déplore toutefois que malgré le formidable travail de l'ADSU, les "bases" pirates habituelles fonctionnement normalement. "Il suffit d'aller à Port-Louis, à la gare Victoria par exemple, pour constater que les CDs, DVDs et VCDs piratés, sans estampille et hologramme de la MASA, se vendent toujours. Ce business criminel continue parce que le public, le premier complice des pirates, a toujours, il faut le dire, l'esprit "krever". Un grand nombre de Mauriciens aime acheter à "bon marché" un CD copié à Rs 100, plutôt que de soutenir les artistes en achetant original", dénonce Sedley Assonne.

Réveillez-vous, messieurs et mesdames les artistes !

Loin de ne faire que critiquer, l'artiste propose également. Notamment que le ministre de la Culture apporte des amendements au Copyright Act, afin que la MASA devienne un corps autonome. "Je propose que la MASA fonctionne un peu à la manière de la Mauritius Football Association, un corps indépendant et autonome, qui ne reçoit d'ordre d'aucun gouvernement. Seulement de la FIFA, l'organisme régissant tout ce qui a trait au football dans le monde."

Il propose également que le président de la MASA soit élu par les artistes, et plus par le gouvernement.

En dernier lieu, Sedley Assonne dit démissionner de la MASA "pour secouer le cocotier sous lequel se prélassent les artistes". Car, dit-il, à part Ismet et Firoz Ghanty, quel artiste se sent concerné aujourd'hui par ce qui se passe autour de lui (ici et ailleurs), et pas seulement dans la seule sphère culturelle ?

"J'estime que celui qui se réclame de l'art ne peut tout accepter. L'artiste doit sans cesse contester l'ordre établi et le conformisme des choses. La société mauricienne se sclérose de plus en plus au niveau des idées, et de plus en plus d'artistes deviennent complices de cette inertie. Plus personne ne veut débattre et contredire. Chacun crée dans son coin et tourne le monde ! Cette démission invite donc au sursaut. Réveillez-vous, messieurs et mesdames les artistes, et défendez vos droits ! Et le premier de ces droits est d'avoir une MASA vraiment autonome, avec un président élu par les artistes eux-mêmes, et non par l'État."

Selon les renseignements obtenus, il ressort que le remplaçant de Sedley Assonne sur le board de la MASA pourrait être choisi dès mardi prochain, date prévue pour la prochaine réunion de cet organisme. Dont les règlements prévoient que ce soit celui qui était arrivé juste après Sedley Assonne aux dernières élections qui prennent sa place.

Invité à commenter cette démission et ces propos, le président de la MASA, Zul Ramiah, nous a déclaré ne pas vouloir entrer en polémique à ce sujet.

Comme quoi le cocotier demeure difficile à faire bouger…


Droits d'auteur et piratage


Rex Omar invite les artistes locaux à se prendre en main

Il ne faut pas attendre que l'État ou le gouvernement vienne de l'avant avec des mesures pour protéger les artistes. C'est à ces derniers de prendre résolument les choses en main pour faire valoir aux pouvoirs publics, et à la population, la nécessité de respecter leurs droits. C'est en substance ce qu'a fait valoir l'artiste ghanéen Rex Omar, également avocat, lors d'une réunion tenue mardi dernier au CCB avec des artistes locaux. Une rencontre à laquelle participaient un certain nombre de visages et noms connus de la scène locale, comme Zanzak, Michel Legris, Jean Claude Gaspard, Selven Naidu, Gérard Louise (directeur de la MASA), Marclaine Antoine, Miselaine Soobraydoo, Jean-Noël Bridiane, Kishore Buckory, Lindsey Mootien, Jean-Alain Résidu ou Sanedhip Bhimjee.

Retraçant son parcours, Rex Omar dit avoir débuté dans le business de la musique il y a dix-huit ans, à une époque où il n'y avait pas de loi sur les droits d'auteur dans son pays. Une situation difficile, qui rendait impossible toute plainte pour piratage. Lui et d'autres artistes ont donc commencé à militer et à faire pression sur le gouvernement pour la promulgation d'une Copyright Law. Ce qui fut finalement obtenu au terme de longues années de lutte, et qui impliqua notamment des recours, gagnants, à la cour. Aujourd'hui encore, Rex Omar n'a pas baissé les bras: il y a quelques jours, il vient d'assigner le gouvernement ghanéen devant la Cour Suprême. Car l'ancien ministère des Arts et de la Culture ayant été aboli au profit d'une Commission de la Culture, il fait ressortir que la Constitution du pays prévoit des Commissions pour d'autres choses, comme les droits de l'homme par exemple, mais pas pour la culture. Cette décision serait donc, pour lui, anticonstitutionnelle.

Aux artistes mauriciens, qui se plaignent des divers maux attachés au non-respect des droits des artistes à Maurice, il fait donc valoir, plus que jamais, la nécessité de se battre, collectivement, pour assurer une mise en place des outils nécessaires à une amélioration de la situation. "We should go in depth and try to really understand the way the music industry works. It's the only way to be efficient in our fight", insiste Rex Omar. Ce qui pourrait passer par l'institution d'un Copyright Tribunal et d'un Music Council, et implique également d'assurer que la société des auteurs, ici la MASA, devienne complètement privée et non régie par le gouvernement. Sans oublier la nécessité d'éduquer le public.

Des propos on ne peut plus d'actualité…



"Regards d'enfants" pour les 10 ans de Circus

Pour ses dix ans, Circus organise un concours de photos sur le thème "Regards d'enfants". Dix enfants mauriciens représentant la diversité culturelle de l'île Maurice et de Rodrigues seront sélectionnés dans dix différentes régions. Circus leur fournira un appareil photo numérique pendant dix jours afin qu'ils photographient leur vie quotidienne. Dix photos par enfant seront sélectionnées et exposées dans dix villes et villages de l'île.

Selon Thierry Montocchio, les objectifs de Circus visent à contribuer à démocratiser l'amour de la photo, recueillir et partager avec l'ensemble de la population le regard spontané et authentique de l'enfant mauricien sur sa vie, découvrir et encourager des talents cachés, et récompenser les 10 meilleures photos.


Upgrading the Literacy & Numeracy skills and competencies of pupils at risk


Lancement du projet à Allée Brillant GS

Le Rotary Club de Curepipe (RCC) a procédé au lancement du projet Upgrading the Literacy & Numeracy skills and competencies of pupils at risk, à l'Allée Brillant Government School. Ce projet, qui débutera à la fin de mars, vise à améliorer les compétences de 18 élèves de Std 4 de cet établissement primaire. Une cérémonie a eu lieu en présence du ministre de l'Éducation, Dharam Gokhool, du ministre de la Technologie informatique et des Télécommunications, Etienne Sinatambou, du président du RCC, Prem Saddul, ainsi que d'autres invités, la semaine dernière. Le RCC a également remis des lunettes à sept élèves de cette école, ainsi qu'un ordinateur.

Brossant un tableau des différentes activités du RCC, le président de ce club curepipien a indiqué qu'à travers le projet Upgrading the Literacy & Numeracy skills and competencies of pupils at risk, le RCC souhaite apporter sa contribution dans le domaine éducatif à Maurice. Sur une période de trois ans, à partir de la fin du mois de mars, une fois par semaine de 16h à 17h, les membres du RCC assureront des sessions de formations additionnelles pour 18 élèves, actuellement en Std 4 à l'Allée Brillant Government School. L'objectif est de permettre à ces enfants de savoir lire et compter, et réussir aux examens du CPE. "Le but de ce projet est de donner un soutien pédagogique additionnel à ces élèves afin de leur permettre de réussir leur CPE", a indiqué Prem Saddul.

La rectrice de l'école, Mme A. Bissessur, a remercié le RCC pour son geste généreux envers l'école et a souhaité que le taux de réussite de l'Allée Brillant Government School (considérée comme une ZEP School), s'améliore et dépasse les 41,4% de 2005.

Le ministre de l'Education a parlé de la vision gouvernementale d'offrir une World Class Quality Education à tous les enfants. Il a soutenu que le gouvernement travaillera avec les ONG et les entreprises du secteur privé qui prennent des initiatives allant dans la philosophie du gouvernement. Dharam Gokhool a également souligné l'importance de la responsabilité parentale en ce qui concerne la scolarité des enfants et a remercié les parents d'élèves qui ont donné leur aval pour l'implémentation du projet.

Pour sa part, Etienne Sinatambou a félicité l'initiative du RCC d'offrir un ordinateur à l'Allée Brillant Government School. Il a indiqué que provision sera faite dans le prochain budget afin de doter toutes les 275 écoles primaires de l'île de 5 ordinateurs chacune.


Concours Whiteline


Hansley Sandanon, 7 ans, remporte le ticket pour la Coupe du Monde

Whiteline a organisé une soirée, la semaine dernière, à l'hôtel Le Labourdonnais, en l'honneur de ses revendeurs. Le directeur de la compagnie a remercié tous ceux qui ont apporté leurs efforts personnels pendant les nombreuses campagnes organisées et aussi leur loyauté au courant de l'année dernière. Les gagnants des différents concours et jeux ont également été récompensés. Le concours Mette to goal, qui permet au gagnant d'assister à la finale de la Coupe du Monde de football, a souri au petit Hansley Sandanon, 7 ans.

L'accent a aussi été mis sur le travail dur effectué par l'équipe afin de relever le défi du slogan, qui est "Exceeding Expectations". La marque Whiteline, qui existe depuis 2000, occupe, à ce jour, 30% du marché de l'électroménager. Selon les promoteurs, avec la qualité des produits offerts à un prix raisonnable, la marque a su s'imposer chez les Mauriciens. Elle compte maintenant se tourner aussi vers l'export, pour toucher notamment les pays d'Afrique. Outre les produits déjà sur le marché, au nombre de 120, Whiteline compte également se diversifier en offrant à ses clients une gamme plus élargie. Ainsi, appareil photo numérique ou encore téléviseur plasma viendront très bientôt s'ajouter aux produits déjà sur le marché. Des programmes de formation sont aussi prévus pour le personnel de vente afin d'assurer un bon service clientèle.

M. Hamza Ghoorun, Sales and Marketing Manager de Whiteline, a été nommé directeur de la compagnie.

Des trophées ont aussi été remis à plusieurs compagnies pour les ventes effectuées - Courts, le magasin Kader, Jumbo de Phoenix et Cash & Carry.


Coopération éducative entre Lille 2 et l'USMLP


Possibilité de poursuivre la 3e année de médecine en France

Suite à un accord signé entre l'Université Scientifique et Médicale Louis Pasteur (USMLP) et l'Université Lille 2, les étudiants mauriciens pourront prochainement accéder aux études de médecine et pharmacie au sein de cette université française, après 2 ans d'études à Maurice. La signature de cet accord a été effectuée la semaine dernière au siège de l'USMLP à Port-Louis par le Professeur Baligadoo, président de l'USMLP, et le Doyen J.P. Francke de l'Université Lille 2.

L'USMLP, qui vise à favoriser l'accès des Mauriciens à une éducation d'un niveau européen et qui propose depuis 5 ans ses formations à Maurice, en accord avec l'Université Paris 6, compte, à partir de cette année, offrir l'opportunité aux étudiants mauriciens de poursuivre leur 3e année d'études médicales à Lille 2. La signature de cet accord avec Lille 2 permettra ainsi, dès l'an prochain, aux Mauriciens étudiant à l'USMLP d'effectuer une année supplémentaire d'études à Maurice (leur deuxième année) et accéder directement en France à la troisième année de médecine.

Selon le Pr Baligadoo, "la décision de Lille 2 de permettre aux étudiants mauriciens d'avoir des places au sein de leur prestigieuse université est très généreuse, car nous savons combien c'est difficile d'avoir des places en médecine en France". Mentionnant la vision du gouvernement de faire du pays un knowledge hub, il a également souligné que dans le but de permettre aux étudiants d'accéder à la troisième année d'études à Lille 2, l'USMLP a consolidé sa formation de première année à Maurice, et détient maintenant un pourcentage de reçus "qui est très favorable, de l'ordre de 59%". Le président de l'USMLP a mis l'accent sur les frais peu coûteux - environ Rs 8 000 par an - des études en France. Selon le Pr Baligadoo, avec la contribution de Lille 2, Maurice comptera, dans 10 ans, 50 médecins mauriciens de haut niveau.

De son côté, le Doyen J.P. Francke de l'Université Lille 2, a souligné que "c'est un honneur pour l'Université Lille 2 de partager la culture médicale française avec l'île Maurice et de participer au développement de la culture médicale mauricienne". Brossant un tableau des cours dans les différentes facultés modernes de l'Université Lille 2, J.P. Francke a signalé qu'il existe une forte symbiose entre l'hôpital de Lille et l'université de médecine, qui détient une glorieuse réputation en la matière.


Compétition sur l'environnement


Research Analysis récompense les jeunes

Conscientiser les jeunes par rapport à leur environnement et promouvoir chez eux le sens de la citoyenneté. Tels sont les objectifs d'Analysis Research International. Une cérémonie de remise de prix avait été organisée cette semaine pour récompenser les meilleurs projets. Les institutions scolaires ont reçu des prix en matériel informatique et également de l'argent. Le premier prix est revenu au Port-Louis State College, alors que le deuxième et le troisième ont été attribués respectivement au QEC et au Couvent de Lorette de Mahébourg.

"Le but premier de cette compétition est de développer le sens de la citoyenneté chez les jeunes", a expliqué Mohamed Mouratsing, directeur d'Analysis Research International. Le thème choisi était "Youth and their environment", et les trois meilleurs projets ont été retenus. Ce thème visait surtout à amener les jeunes à découvrir les nombreuses facettes de l'environnement. Il était aussi question, selon les organisateurs, de permettre aux élèves d'apporter leur point de vue sur la vie économique à Maurice, un chapitre sur lequel ils n'ont pas l'occasion de donner leur avis.

Le jury était composé de membres internes de la compagnie, aidés d'enseignants. Les différents projets ont mis l'accent sur les divers problèmes rencontrés par les jeunes, et leurs façons d'y réagir. Des solutions ont aussi été proposées.



Message de remerciements

Chers compatriotes,

C'est avec beaucoup d'humilité et de reconnaissance que je vous remercie pour l'hommage rendu à Sir Satcam Boolell suite à sa disparition.

Au nom de ma famille, je tiens à remercier le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, pour son soutien indéfectible et pour avoir offert à mon père des funérailles d'État. Je remercie également le Président et le vice-Président de la République, ainsi que le leader de l'Opposition, les membres du gouvernement, les parlementaires, le Chef de la fonction publique, la police, la Special Mobile Force (SMF), les dignitaires des organisations socioculturelles, l'Evêque de Port-Louis, et les habitants de l'ancienne circonscription de mon père (Montagne Blanche/GRSE).

Mes remerciements vont aussi aux médecins qui étaient au chevet de mon père, au personnel de la Clinique de Lorette et de la Clinique Darné, aux rédacteurs en chef des journaux, aux journalistes, aux photographes, à la MBC, aux radios privées, au personnel du ministère de l'Agro-Industrie et de la Pêche, aux fonctionnaires, aux cadres du secteur privé, et à tous ces milliers de gens que mon père a eu l'occasion de côtoyer à un moment de sa vie et ces milliers d'autres qui nous ont témoigné leurs sympathies.

Merci encore une fois.

Dr Arvin BOOLELL



s o c i é t é WEEK-END --- dimanche 2 avril 2006