Faits et effets...
Mauvais spectacle
Humeur
Le "rodeur de boute"
Interrogations
À la recherche du paradis perdu...
Radio-télévision
La phrase la plus prononcée
Opinion
Chagos: au-delà d'un pèlerinage symbolique...
Faits et effets...
Mauvais spectacle
C'est un bien mauvais spectacle auquel se livre l'opposition
ces jours-ci. Il y a le PMSD qui, sous l'impulsion d'Eric Guimbeau,
a été tenter sa chance auprès de l'Alliance
sociale, et qui a dû vite déchanter après
les conditions posées et après avoir réalisé
qu'il n'obtiendrait rien de Navin Ramgoolam. Il y a aussi et surtout
le MMM et le MSM qui, après avoir gouverné cinq
ans durant sans anicroche notable et s'être séparés
à l'amiable après la débâcle des municipales,
a vu voler en éclat son entente cordiale dans la perspective
d'un 1er mai où chacun va de son côté. Chacun
y a été de sa propre version sur les raisons de
la crise qui a agité les deux partis, mais ce que les dirigeants
doivent savoir, c'est que le peuple, lui, ne retient pas les causes
mais les effets. Il craint, en effet, qu'un gouvernement déjà
très autoritaire, qui a mis la télévision
nationale sous tutelle et qui menace la presse, cette institution
vieille de plus de 200 ans, d'une loi scélérate,
ne soit tenté par d'autres dérives en l'absence
d'une opposition forte et unie.
Il a été dit que c'est Pravind Jugnauth qui a
pris la décision que le MSM allait faire cavalier seul,
alors qu'ils étaient nombreux dans son parti à souhaiter
une plate-forme unitaire de l'opposition pour la fête du
travail. Quant aux conditions posées par le MSM et son
leader pour ce meeting commun, elles étaient tout simplement
déraisonnables. Que Pravind Jugnauth parle en dernier et
qu'il soit présenté comme le Premier ministre désigné
de l'alliance MSM/MMM. Non, mais quand même. Comment peut-on
imaginer un seul instant qu'un leader de l'opposition en titre,
celui qui occupe un poste constitutionnel, puisse parler comme
n'importe quel quidam à un rassemblement du 1er mai et
laisser le dernier message à un leader de parti qui est
"dan karo canne" ? C'est insensé et du jamais
vu.
Nous connaissons un peu l'histoire politique de ces dernières
décennies et nous n'avons pas souvenir de telles situations
burlesques. Paul Bérenger, qui avait démissionné
comme leader du MMM pour n'occuper que les fonctions de secrétaire
général de ce parti, au lendemain de sa défaite
aux élections générales de 1987, alors qu'il
avait obtenu trois mandats précédents, était
resté dans son "karo canne" pendant quatre bonnes
années. Sans se plaindre ni s'agiter, même lorsque
ses amis ont rejoint le gouvernement après la conclusion
de l'alliance MSM/MMM en 90. Il était, d'ailleurs, toujours
l'avant-dernier orateur, avant Prem Nababsing et Sir Anerood Jugnauth,
aux grands meetings de cette alliance lors de la campagne pour
les législatives de 1991.
Si Pravind Jugnauth a insisté pour ses conditions du
1er mai, c'est qu'il a besoin d'une caution, d'un levier pour
exister, pour se relever après sa chute inattendue, de
justesse il est vrai, lors du scrutin de juillet dernier. Il aurait
dû s'y prendre autrement. Il avait été annoncé
comme éventuel Premier ministre pour 2008. Il aurait pu
mettre son absence du Parlement au profit d'un travail assidu
sur le terrain dans la perspective d'être désigné
à ce poste dans deux ans. Il a été mal conseillé,
a confondu vitesse et précipitation et, aujourd'hui, il
se trouve en porte à faux avec plusieurs de ses propres
collègues. Certains, avec des agendas bien à eux,
l'encouragent à casser du Bérenger dans l'espoir
de s'affirmer auprès d'un certain électorat. Ce
qui reste à voir.
Quant à Paul Bérenger, il a lui aussi pêché
par empressement. Il n'y avait pas le feu. C'est vrai qu'en Thaïlande,
on va de nouveau aux élections aujourd'hui, une année
seulement après que le Premier ministre Thaksin a obtenu
61% des suffrages, et qu'en Ukraine, la révolution orange
n'a duré qu'un printemps. Mais nous ne sommes pas encore
là. Ici, les élections ne sont pas pour demain et
nous ne sommes même pas comme en France où le CPE
fait descendre des millions de jeunes dans les rues. Ici, notre
dangereuse et injuste réforme du CPE suscite beaucoup de
critiques, effraie beaucoup de parents. Mais, à part quelques
réunions paroissiales, personne ne semble disposé
à battre le pavé pour amener le gouvernement à
fléchir. Il n'y a que les crimes, ce qui constitue des
extrêmes, pour susciter la colère et la réaction
des gens.
Le leader du MMM a également trop insisté sur
le "potentiel" d'Ashok Jugnauth, ce qui a eu pour effet
de braquer le neveu. Son scénario n'était pourtant
pas inintéressant. Se retirer pour céder la place
de leader de l'opposition à Ashok Jugnauth, élu
en tête de liste au No 8 aux dernières élections
générales, laisser ce caractère bien trempé
se mesurer à Navin Ramgoolam au Parlement et aussi sur
le terrain dehors, pouvait paraître une option sérieuse.
Mais c'était sans compter les ambitions des uns et des
autres. Et des décisions prises par le leadership du MSM.
Tout cela constitue un beau gâchis.
Et pourtant, le résultat des dernières élections
générales - avec huit électeurs se prononçant
sur 10, contrairement aux municipales qui avaient enregistré
un faible taux de participation - avait pratiquement coupé
le pays en deux: l'Alliance sociale, composée de six partis,
le PTr, le PMXD, le MMSM, le MR, le MSD et l'OF/Les Verts ayant
recueilli 49% des suffrages, et l'alliance MSM/MMM/PMSD, près
de 44%. Que la population soit remontée contre un gouvernement
qui revient sur tout ce qu'il a dit avant les élections:
pas d'augmentation de prix, amélioration de l'ordre et
de la paix publique, son éducation de qualité qui
foudroie 28 740 des 30 000 enfants qui concourent pour le CPE;
c'est un peu normal après quelques mois de gestion. Mais
qu'elle soit également déçue de l'opposition,
c'est le comble
Humeur
Le "rodeur de boute"
L'autre soir, à la télévision, lors d'un
de ces nombreux reportages consacrés à sa visite
officielle à Paris, le Dr Navin Ramgoolam se félicitait
publiquement de la vitesse avec laquelle fonctionnait son PMO.
Il avait reçu des compliments pour la rapidité avec
laquelle le dossier Esso/Total avait été réglé.
En à peine quelques mois, ce qui faisait de Maurice et
du bureau de son Premier ministre l'un des rapides au monde, soulignait
le Dr Ramgoolam. Par comparaison avec les dossiers empilés
par tas de dix lors de son premier passage au poste de Premier
ministre, la situation avait drastiquement évolué.
Comme l'affirmaient les slogans de la campagne électorale,
Navin Ramgoolam avait donc changé. Tout au moins au point
de vue du traitement des dossiers. Mais après une brève
enquête dans le milieu des affaires, plus particulièrement
dans celui des promoteurs de projets hôteliers, la rapidité
avec laquelle le dossier Esso/Total a été traité
serait l'exception qui confirme une règle solidement établie
depuis 1995. Mes interlocuteurs m'ont cité deux cas pour
soutenir leur argumentation: les voici. Bien avant d'obtenir l'autorisation
de fermer son usine et de mettre fin à ses activités
de planteur de cannes, la propriété de St-Félix
s'était lancée dans un ambitieux plan de reconversion
de ses terres en produits touristiques.
Dans la foulée de la création d'une zone balnéaire
dans le Sud avec la construction du Telfair, de Heritage et de
Voile d'Or, les propriétaires de l'établissement
avaient sollicité l'autorisation pour un projet d'hôtel
à l'entrée de Riambel. Il s'agissait de créer,
sur une surface de 35 arpents, un établissement hôtelier
dont l'investissement tournerait autour du milliard et demi et
pourrait créer plus de 500 emplois directs. Les partenaires
sont trouvés, le gestionnaire du futur établissement
choisi en Inde, les mesures sont faites, les plans dessinés,
les autorisations demandées.
Toujours dans le Sud, la propriété sucrière
de Bel-Air se retrouve dans la même situation que St-Félix
avec la fermeture de son usine. Ses terres se trouvant en longueur
sur un terrain accidenté, une bonne partie donnant sur
les falaises du Sud, ses propriétaires décident
de concevoir un produit hôtelier adapté aux caractéristiques
du terrain. Ils proposent deux établissements hôteliers
situés à l'intérieur des terres, dans un
environnement luxuriant. Les partenaires sont trouvés,
les échanges de terrains avec le gouvernement proposés,
les plans sont dessinés, le concept peaufiné. Une
fois les plans en main, les promoteurs parcourent le monde pour
trouver deux compagnies pour gérer les deux établissements.
Les groupes Oberoi et Raffles International Hotels, deux géants
mondiaux de l'industrie hôtelière internationale,
répondent positivement à la proposition de Bel-Air.
Leurs représentants font le déplacement à
Maurice, visitent le site, confirment leur participation. Au niveau
local, et comme à Riambel, les députés et
les présidents de conseils de district et de village sont
d'accord, demandent que les promoteurs créent des infrastructures
sociales et sportives pour les habitants de la région:
jardin d'enfant, terrain de football, centres sociaux. Ils sont
surtout d'accord car, avec la fermeture des usines, le travail
se fait de plus en plus rare dans la région et la création
de ces établissements hôteliers va apporter quelques
centaines d'emplois directs et quelques centaines d'autres indirects.
Et puis les sites choisis - plus particulièrement celui
de Bel-Air - se trouvent dans des endroits déserts où
la construction d'hôtels ne viendra pas mettre en péril
le travail des pêcheurs. Encore que depuis quelques années,
une espèce très particulière de pêcheurs
a vu le jour à Maurice: celle qui se matérialise
devant chaque projet hôtelier, avec leur avocat décidé
à obtenir une compensation pour le manque à gagner
de ses clients.
À part ces pêcheurs, toutes les autorités
concernées - des locales aux gouvernementales en passant
par le BOI - se disent d'accord avec les deux projets. Les ministres
concernés directement et les autres soutiennent les projets
qui vont réduire dans une certaine mesure un des gros problèmes
du pays: la demande pour l'emploi. Logiquement, ces deux projets
auraient dû avoir obtenu le feu vert, les autorisations
et les fameuses letters of intent depuis belle lurette.
Hé bien, non. Cela fait des mois que les promoteurs frappent
à toutes les portes et fenêtres possibles et imaginables,
téléphonent à tous ceux qui, de près
ou de loin, dans ce pays peuvent faire avancer un dossier pour
comprendre ce qui se passe. Chacun de leurs interlocuteurs les
félicite pour leur projet mais leur annonce que, quelque
part, leur dossier est bloqué. Par qui et pourquoi ? Personne
ne semble le savoir. Ou en tout cas ne veut le dire.
Jusqu'à preuve du contraire, la vitesse avec laquelle
le dossier Esso/Total a été traité, comme
le soulignait le Premier ministre à Paris, cette semaine,
est l'exception à la règle. La manière dont
ces deux projets de développement sont bloqués oblige
à se poser la question suivante: est-ce que quelqu'un quelque
part attend so boute - sa commission pour ceux qui ne l'auraient
pas compris - pour faire aboutir les dossiers ? Le Premier ministre,
adepte de la rapidité de ses services, pourrait-il faire
ouvrir une enquête pour découvrir l'identité
de ce rodeur de boute ?
Interrogations
À la recherche du paradis perdu
Lorsque vous aurez lu ces lignes, arrêtez-vous un instant,
fermez les yeux et imaginez
Imaginez que vous vous soyez rendu, disons, à l'île
voisine de la Réunion pour un court séjour, histoire
de vous faire soigner ou de prendre quelques vacances. Au terme
de ce séjour, vous vous présentez comme prévu
à l'aéroport pour rentrer à Maurice. Mais
votre vol n'étant pas annoncé, vous finissez par
aller vous enquérir auprès d'un préposé.
Sa réponse tombe alors, laconique, presque méprisante:
il n'y a pas d'avion pour l'île Maurice. Il n'y en aura
plus. Votre île a fermé. Elle a été
vendue.
Vendue ? Mais comment vend-on une île ? Une parcelle
de terrain d'accord, un peu de sable dans une bouteille, mais
une île tout entière ? Une patrie ? Vendue par qui
? Pourquoi ?
Vous n'obtiendrez pas plus d'éclaircissements. Laissé
en plan dans un lieu où vous ne connaissez pas grand-monde.
Sans le sou. Avec seulement, à vos pieds, un sac ou une
petite valise contenant quelques vêtements. Se faisant graduellement
jour en vous la réalisation que vous ne repartirez pas
chez vous. Que vous ne retrouverez pas votre famille, vos amis,
votre maison, votre chien, votre travail, votre école,
vos petites habitudes. Tout ce qui fait votre vie. Soudain conjuguée
au passé
Essayez d'imaginer cela et vous pourrez peut-être prendre
un peu, un peu seulement, la mesure de ce qu'ont vécu nombre
de Chagossiens il y a une quarantaine d'années. Entre ceux
que l'on a incités à venir passer quelques jours
à Maurice pour ne plus leur fournir de bateau de retour,
et ceux qu'on a par la suite embarqués de force sur un
dernier bateau pour que les Britanniques puissent livrer aux Américains,
comme promis, des îles vierges pour l'établissement
de l'une de leurs plus importantes bases militaires.
Il faut sans doute s'imprégner de tout cela pour mesurer
la puissante portée symbolique et émotionnelle de
ce départ, jeudi dernier, 30 mars 2006, d'une centaine
de Chagossiens à bord du Mauritius Trochetia, pour
un voyage devenu presque une chimère. Espéré,
attendu, mais que les manuvres dilatoires des gouvernements
britannique et américain avaient fini par faire croire
impossible.
Une pensée spéciale, à ce sujet, pour
Charlesia Alexis, celle dont le meneur de cette lutte, Olivier
Bancoult, dit s'être inspiré, pour le combat qu'elle
a courageusement mené dès le départ avec
Aurélie Talate. Charlesia, dont l'absence a plané
sur ce voyage, elle qui tente aujourd'hui, à 70 ans passés,
de se refaire une vie en Grande-Bretagne, dans un faubourg londonien
Au-delà de l'enthousiasme et des larmes mêlés,
une impression un peu surréelle planait jeudi dernier sur
ce quai. De longues heures d'attente sous un soleil de plomb en
étaient presque venues à anesthésier le caractère
exceptionnel de cette occasion. Et la masse blanche du Mauritius
Trochetia donnait davantage le sentiment d'être un immeuble
de quatre ou cinq étages prolongeant le quai, troué
de rangées de fenêtres carrées. Mais quand
la trépidation sourde des moteurs du bateau s'est soudain
fait ressentir vers 18h15, quand celui-ci a lâché
son panache de fumée noire avant de s'écarter lentement
de la plate-forme de béton, découvrant du même
coup la mer, quand le Trochetia a actionné sa sirène
à trois reprises dans le soir descendant, et quand il a
glissé lentement vers l'horizon où subsistait une
dernière trouée orangée, vaisseau constellé
de lumière où se détachaient des silhouettes
agitant des mouchoirs blancs, là, l'émotion est
montée comme une houle.
Et ceux restés sur le quai ne peuvent qu'essayer d'imaginer
cette autre émotion, intense, qui étreindra ces
Chagossiens demain après-midi, quand ils verront, dans
la ligne de mire du bateau, se découper ces îles
qui voyagent dans leurs têtes, dans leurs tripes et dans
leurs curs depuis si longtemps.
On ne peut toutefois s'empêcher de relever que ce voyage
tant attendu se déroule dans des conditions assez étriquées,
pour ne pas dire mesquines. Imposer à une population chagossienne
de quelque 6 000 personnes de choisir en son sein 100 représentants
est déjà une épreuve. Et dans la liesse du
moment, il n'en était pas moins possible de ressentir une
certaine amertume chez ceux qui n'avaient pas été
retenus. Et qui ne semblaient pas tous partager la conviction
qu'il y aurait d'autres voyages
On peut aussi s'interroger sur l'humanité de leur imposer
l'obligation de huit jours de traversée pour ne passer
qu'une journée sur chacune des trois îles principales
de l'archipel.
Les Chagossiens réclamaient un droit de retour. Ils
ont ici obtenu un droit de visite. C'est déjà, symboliquement,
important. Mais c'est aussi dire si la lutte doit continuer pour
s'assurer que Britanniques et Américains ne soient pas
tentés de faire de cette visite une sorte de "solde
de tout compte".
L'imaginaire et la parole chagossienne peignent leurs îles
anciennes sous les couleurs d'un paradis. Il faudrait sans doute
tempérer cette image qui n'est peut-être pas complètement
adaptée à ce qui était au fond une organisation
de plantation, où les habitants étaient régis
par un administrateur assigné par la compagnie qui gérait
la production d'huile de coco dont vivait l'archipel. Reste que
c'était leur vie, une vie simple et proche de la nature,
à laquelle ils ont été brutalement et injustement
arrachés. C'est dire si sont légitimes autant leur
demande d'un droit de retour pour ceux qui le désireraient,
que leur demande de compensation pour toute la misère vécue
depuis et pour tenter de reconstruire une autre vie. Car ce n'est
certes pas le "paradis perdu" qu'ils retrouveront aujourd'hui
sur ces îles qui ont sombré dans le délabrement.
C'est dire si demeure aussi crucial qu'il soit reconnu que
Maurice a été spoliée, au moment de l'indépendance,
de ce qui demeure logiquement une part de son territoire. Dont
on ne peut ignorer la richesse du potentiel dans un monde de plus
en plus infernal, pour les petits États insulaires notamment
Radio-télévision
La phrase la plus prononcée
Jeu concours.
Quel est la phrase la plus souvent entendue sur les ondes de
la MBC, station de radio-télévision nationale de
la République de l'île Maurice ?:
- Ici la MBC, poste de radio-télévision de l'île
Maurice.
- Vous écoutez la MBC.
- Vous êtes branché sur la MBC.
Ou une autre de ces phrases que l'on entend régulièrement
sur les ondes de toutes les radios et télévisions
du monde pour rappeler à l'auditeur/téléspectateur
le nom de la station qu'ils ont capté. Non. La phrase la
plus prononcée sur les ondes de la MBC - vous passez votre
vie à l'entendre dans les différents journaux radiotélévisés
- est:
- Le premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam.
Dépendant du présentateur à l'antenne
- les mauvaises langues disent du courtisan au micro -, cette
simple phrase peut passer de la forme informative au mode admiratif,
pour parfois, quand certains journalistes ne peuvent se retenir,
atteindre la louange lyrique. Dans ces grands moments, le "LE"
devient "NOTRE", et on pourrait croire qu'en prononçant
la phrase, le journaliste atteint carrément le nirvana.
Autrement dit: l'extase journalistique en direct-live.
La phrase la plus prononcée est utilisée tous
les jours dans les différents journaux de la MBC, dans
les multiples reportages consacrés aux activités
du chef du gouvernement. Si elle est utilisée une bonne
dizaine de fois par jour pour les activités locales, imaginez
ce qui se passe quand le Premier ministre se trouve, comme ce
fut le cas cette semaine, en visite officielle à l'étranger.
L'utilisation de la phrase la plus prononcée connaît
alors une véritable inflation dans les différents
reportages consacrés au déplacement premierministériel
par l'équipe de la télévision qui en fait
partie, et qui filme chaque rencontre au programme.
Le téléspectateur a eu droit à un compte
rendu de toutes les visites effectuées par le PM, selon
le scénario répétitif suivant: Arrivée
des voitures du cortège mauricien. Accueil du visiteur
par son hôte qui lui montre le chemin; pause en cours de
route pour la photographie rituelle. Ensuite, sur un commentaire,
qui explique et surtout souligne - même si les images ne
le montrent pas toujours - à quel point la rencontre a
été "extrêmement cordiale"
et l'ambiance "très chaleureuse". À
ce moment du texte, la caméra s'attarde sur le PM et son
interlocuteur alors qu'en second plan, on voit des ministres mauriciens,
pratiquement subjugués par le spectacle auquel ils assistent,
sourire béatement et hocher de la tête, alors que
les officiels français semblent beaucoup moins emballés
par le moment "historique" - comme le laisse entendre
le ton du commentaire - qui se déroule devant eux. Il est
vrai que du côté des hauts fonctionnaires français,
on a d'autres soucis majeurs en tête ces jours-ci, avec
les millions d'étudiants et de travailleurs qui sont dans
les rues pour protester contre le CPE.
À la fin de chaque rencontre et après la poignée
de mains traditionnelle, le PM mauricien, au lieu d'entrer dans
sa voiture, cherche du regard la caméra de la MBC et se
dirige vers elle pour raconter la visite qu'il vient d'effectuer,
dire à quel point elle était importante, et souligner
l'ambiance - "chaleureuse" - dans laquelle elle
s'est déroulée, et finir par dire que l'exercice
avait été très "encourageant".
C'est ça, le genre de presse que le Premier ministre de
la république de l'île Maurice aime: une presse qui
se contente de diffuser uniquement ce qu'il fait et surtout ce
qu'il dit, sans aller chercher ailleurs, et de préférence
avec un commentaire élogieux - qui, comme souligné
plus haut, peut devenir lyrique - sur la manière, évidemment
chaleureuse, dont il est accueilli, les marques de sympathie dont
il est l'objet par les personnalités qu'il rencontre.
Mais une télévision acquise ne veut pas forcément
dire une télévision parfaite sur le plan professionnel.
Après le couac monumental du reportage de la visite en
Inde, le compte rendu du déplacement du PM en France a
été marqué par au moins deux incidents qui
auraient été qualifiés de faute professionnelle
grave dans n'importe quelle station du monde. La série
de reportages consacrée au déplacement du Dr Navin
Ramgoolam en France - quinze minutes par JT en moyenne chaque
soir - a été marquée par une séquence
plutôt surprenante dans la couverture souvent dithyrambique
et bavarde de la MBC.
Mercredi est diffusé un reportage montrant le PM et
sa suite accueillis par le ministre des Sports français
à l'aéroport Charles de Gaulle. En cours de diffusion
du reportage, le commentaire disparaît et la séquence
continue SANS SON pendant près d'une minute. Puis, le commentaire
revient, mais il est accompagné en fond sonore de la voix
de l'animatrice de l'émission "Juke box", diffusée
sur Cool FM !
En dehors de cet inadmissible incident technique, le reportage
sur la visite officielle du PM en France a été marqué
par une incroyable confusion dans les horaires des visites. Mercredi,
on annonce au début du JT que le PM mauricien rencontre
le Président français "dans deux heures",
alors que la réunion est fixée à 18h30, heure
de Maurice. Le journaliste du JT avait repris, sans l'actualiser,
une information donnée par l'envoyé spécial
de la MBC à Paris et diffusée à 16h30, heure
de Maurice. À la fin du JT, le journaliste annonce que
la rencontre - qui devait avoir lieu "dans deux heures"
- a déjà pris fin et avait duré
une
heure ! La rédaction de la MBC avait ce soir-là
- ce soir-là, seulement ? - un sérieux problème
de décalage horaire.
Le plus amusant réside dans le fait que le principal
conseiller en communication du PM ait demandé à
la presse mauricienne de reprendre les informations de la MBC
pour la couverture de la visite à Paris du Dr Navin Ramgoolam,
le Premier ministre !
Opinion
Chagos: au-delà d'un pèlerinage symbolique
Après quarante années passées à
vivre dans la douleur des souvenirs, une centaine de natifs, déracinés
des Chagos par la faute des gouvernements britannique et américain,
voguent enfin ces jours-ci vers leurs terres natales pour un bref
pèlerinage sur les tombes de leurs ancêtres. Pour
avoir aussi contribué à cet aboutissement en remettant
systématiquement le problème des Chagossiens dans
l'actualité à travers d'innombrables articles à
partir de 1997 - quand leur martyre semblait prendre le chemin
des oubliettes - nous sommes extrêmement content pour ces
pèlerins. C'est une preuve de plus, s'il en fallait, qu'aucune
cause n'est à jamais perdue, le peu qu'on puisse s'indigner
de l'irrespect des droits de l'humain. Que nos vux sincères
de bon voyage les accompagnent sur leur piste des larmes.
Cela dit, au-delà de l'immense émotion que suscite
l'événement, il y a la nécessité de
faire ressortir certains aspects politiques et, surtout, à
appréhender d'éventuelles conséquences de
ce pèlerinage sur le contentieux entre la République
de Maurice et la Grande-Bretagne autour de la question de souveraineté
sur l'archipel.
On constate qu'il y a eu, cette fois, un engagement volontariste
de l'État mauricien auprès des Chagossiens. Le gouvernement
aurait engagé jusqu'à 10 millions de roupies dans
l'entreprise. Selon le Dr Ramgoolam, si aujourd'hui les Chagossiens
peuvent aller visiter leurs îles natales, "c'est
bien grâce à mon contact personnel avec mon homologue
britannique, M. Tony Blair, et c'est un grand pas qui a été
fait à travers une quiet diplomacy à l'opposé
de celle qui allait jusqu'à menacer que l'île Maurice
ne quitte le Commonwealth". Nous n'avons absolument aucun
embarras à reconnaître que c'est, effectivement,
tout le poids jeté dans l'affaire par Navin Ramgoolam qui
permet l'actuel pèlerinage aux Chagos. Dès 1997,
lorsque nous débutons la série Diego Files,
avec la cascade de retombées que ces articles ont eue depuis,
nous avons toujours exprimé l'opinion que Navin Ramgoolam,
qui assumait alors son premier mandat de Premier ministre, était,
de tous les dirigeants mauriciens, le mieux placé pour
régler avec les autorités britanniques le contentieux
des Chagos, d'autant que cette année-là, c'était
un gouvernement travailliste qui s'installait également
en Angleterre, avec Tony Blair à sa tête. Le lien
idéologique Ramgoolam-Blair était trop organique
pour ne pas faciliter les choses. De plus, l'excision des Chagos
dans les circonstances illégales qu'on connaît fut,
d'abord et avant tout, un fait tant de travaillistes britanniques
que mauriciens. Vu sous cet angle, il n'y aurait pas tellement
lieu de tresser, outre mesure, des lauriers à Navin Ramgoolam,
mais il est très bon pour le pays qu'à travers son
engagement personnel, il corrige aussi vis-à-vis de nos
concitoyens chagossiens l'erreur commise envers eux par son père.
Ainsi pourrait, peut-être, à la longue s'apaiser
la rancur qu'entretient l'ensemble des Chagossiens, tous
bords confondus, envers Sir Seewoosagur qu'ils rendent coupable
de les avoir laissé tomber pour obtenir l'Indépendance
de Maurice. Ceci dit il ne faut pas diminuer les mérites
du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) qui, lui, s'est
battu, depuis 1997, à coups de procès intentés
à la Grande-Bretagne et de lettres de pression pour obtenir
l'organisation de ce voyage. Mais, toutefois, il serait aussi
injuste d'attribuer entièrement les mérites des
pressions au GRC dans la mesure où, dès septembre
1996, dix ans de cela, l'autre groupe de Chagossiens, le Comité
Social Chagossien (CSC), exerça également des pressions.
Cependant, ce pèlerinage que devaient entreprendre huit
Chagossiens à bord d'un yatch (L'Aurora) sous la
conduite de M. Fernand Mandarin ne put avoir lieu parce que, d'abord,
le gouvernement britannique voulut leur imposer des conditions
extrêmement humiliantes et, ensuite, le CSC avait commis
l'impair d'adresser leur demande à la British Indian Ocean
Territory, une entité fictive que ne reconnaît pas
la République de Maurice. Avec raison et pour le principe,
le Parquet a déconseillé au gouvernement mauricien
d'accorder son soutien. L'intransigeance britannique arrangea
bien les choses. La volonté des Chagossiens bancoultistes
ou mandarinistes a été, en tous points, égale
dans ce combat.
Reste maintenant à prévoir les conséquences
que pourrait avoir l'événement à l'avenir
sur la revendication de souveraineté de Maurice sur l'archipel.
Si l'on en croit le ministre des Affaires étrangères,
M. Madan Dulloo, il ne devrait y avoir "aucune incidence"
puisque la Grande-Bretagne et l'île Maurice s'entendent
pour camper sur leurs positions respectives à ce sujet.
Le Memorandum of Understanding (M.O.U) entre les deux pays
ne fait mention que d'un voyage organisé pour "des
raisons humanitaires". En principe donc, même si
le Mauritius Trochetia devra ramasser son drapeau mauricien
lorsqu'il naviguera dans les eaux chagossiennes et même
s'il est fait mention d'un voyage organisé "under
the sovereignty umbrella of Mauritius and United Kingdom",
il ne devrait avoir aucune crainte qu'un jour, l'Angleterre n'utilise
ce M.O.U comme une reconnaissance tacite du British Indian Ocean
Territory fictif par la République de Maurice selon la
règle dite de l'estoppel.
Souhaitons également que ce Sovereignty Umbrella
d'exception n'encourage aucune intention de la part du gouvernement
mauricien d'entretenir quelque velléité de partage
de souveraineté sur les immenses potentiels économiques
des Chagos. Certains milieux mauriciens tendent à le pousser
dans cette direction. La solution de co-souveraineté est
celle que la Grande-Bretagne veut actuellement dégager
avec l'Espagne sur Gibraltar et Navin Ramgoolam s'est déjà
laissé gagner à cette cause sur la gestion des eaux
de Tromelin à l'appel de Jacques Chirac. La question qui
se poserait dans le cas des Chagos serait si une telle solution
ne serait pas un singulier recul par rapport à la détermination
affichée par le gouvernement mauricien d'inclure l'archipel
des Chagos dans la définition constitutionnelle de son
territoire nationale depuis 1982 ?
Mais, en attendant d'en arriver là, une autre question
plus urgente doit être abordée par le gouvernement
mauricien. Il faut qu'au retour de M. Olivier Bancoult au pays,
après le 10 avril prochain, il tire au clair cette affaire
de drapeau que les membres de son groupe ont fait flotter à
Clarisse House, dimanche dernier. Ce drapeau que M. Bancoult prétend
être celui de son groupe, serait-il, en réalité,
celui de la sécession chagossienne ?
|
o p i n i o n
|
WEEK-END --- dimanche 2 avril 2006
|