m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 19 mars 2006



  National Day celebrations 2006
    Sous l'effet du président Kalam !
  Animations
    Pascale Montocchio: plus d'une corde à son arc
  Publication
    Quand Tikouti fait revivre les sirandanes...
  Le 29 mars au Théâtre de Port Louis
    Rex Omar, la voix qui monte de l'Afrique
  Musique indienne
    Unique concert de Kay Kay et Mahalakshmi à Pailles le 8 avril
  De mars à octobre
    Un programme étoffé pour célébrer la francophonie
  Cinéma
    Le festival australien continue jusqu'à jeudi
  Publication
    Ressources végétales méconnues et sous-utilisées
  Philippe Gentil, compositeur du Motherland
    L'homme oublié...


National Day celebrations 2006


Sous l'effet du président Kalam !

Une conclusion quasi unanime: les manifestations organisées dans le cadre des National Day Celebrations 2006 le 12 mars ont été marquées de l'empreinte du Chief Guest, le président indien Abdul Kalam, qui avait débarqué au Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport à la tête d'une délégation de 17 personnes, comprenant entre autres la ministre d'Etat pour l'Emploi Urbain, Ms K. Selja et le secrétaire aux Affaires étrangères, Shyan Saran. Cette visite d'un peu plus de quarante-huit heures a été l'occasion pour New-Delhi, par la voix du président indien, de mettre en exergue les liens étroits entre Maurice et l'Inde et de confirmer l'engagement de l'Inde à soutenir les efforts de Maurice lors de la période critique de la transition économique, notamment avec la baisse radicale de 36% du prix garanti sous le Protocole-Sucre et les répercussions de l'élimination des quotas sur le textile.

Au fil de ses différentes visites de ce programme chargé, le président Abdul Kalam a conquis son public en faisant preuve d'un naturel au-dessus de tout soupçon. Que ce soit en compagnie des représentants des pêcheurs sous une salle verte dressée à côté de la chapelle de Cap-Malheureux ou encore parmi le gratin de la société mauricienne réuni au Swami Vivekananda Convention Centre pour le banquet offert en son honneur par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, en passant par les échanges avec le monde estudiantin au Ranjiv Gandhi Science Centre ou encore sur le campus de l'Université de Maurice, la personnalité du Chief Guest a rayonné. Le président indien a laissé parler ses différentes facettes de scientifique émérite, de fin intellectuel, d'écrivain de renommée ou encore d'homme d'une simplicité déconcertante.

Ses débuts d'interventions improvisées ont constitué un véritable régal pour l'audience dans la mesure où le chef d'État laissait parler son cœur d'homme avec des références aussi vastes que le cosmos. Il n'a nullement oublié ses racines et les étapes qui ont jalonné son parcours. Il se rappelle comme si c'était hier le fait que son premier laboratoire de scientifique de l'espace avait été construit à la place d'une cathédrale en Inde.

Mais le véritable retour aux sources a eu lieu sur fond de décors des plus naturels. À la demande expresse du président indien, une rencontre avec les gens de la mer avait été organisée à Cap-Malheureux en dernière partie du programme lundi dernier. À en juger par le bonheur qui brillait dans ses yeux, force est de constater que ce fut l'une des tranches de son séjour qu'il a plus appréciée.

Rompant avec le protocole établi, Abdul Kalam, qui vient d'un village de pêcheurs dans l'Etat du Tamil Nadu, s'est dirigé vers une barque de pêcheurs installée sur la plage. Comme un gosse, il s'est appuyé sur les rebords de la pirogue pour admirer au loin le Coin de Mire baignant dans un soleil couchant et en écoutant les vagues, " ces mêmes vagues de l'océan Indien qui caressent les côtes de la Grande Péninsule ". Pendant ces quelques minutes, il s'est souvenu de la barque de pêcheurs de son père ou encore de son enfance au bord de la mer avec son frère. Un véritable voyage dans le temps…


Animations


Pascale Montocchio: plus d'une corde à son arc

À 37 ans, on lui en donnerait volontiers 17. Son esprit vif, sa joie de vivre, sa bonne humeur et ses yeux verts, pétillants de bonheur, font de Pascale Montocchio une personne très spéciale. Du reste, elle a mis à bon escient ces qualités, et en a fait son métier. La directrice de Centrale d'Animation a d'abord débuté avec l'animation des fêtes d'anniversaires pour enfants, pour le "fun", comme elle le souligne. Puis, petit à petit, elle a commencé également à animer des spectacles, des soirées à thème et autres campagnes promotionnelles, et à offrir également un service traiteur.

Ce métier assez particulier, elle le fait surtout par amour, dont celui de son fils Yannick, 7 ans. Il y a quelques années, elle s'est lancée, avec sa sœur, dans l'animation des fêtes d'enfants, dans le seul but de s'amuser. Petit à petit, des compagnies ont fait appel à ses services. Ce qui lui a donné l'idée de monter sa propre boîte. "Ce métier m'offre aussi la possibilité d'être plus près de mon fils", explique Pascale. Pour lui, elle est restée enfant, tout en étant maman et épouse. C'est surtout pour son fils qu'elle a arrêté de travailler depuis plus d'une année, histoire de pouvoir lui consacrer plus de temps.

Les enfants, Pascale les aime, tout simplement. La première fête qu'elle a animée se révélant un vif succès, elle a décidé de continuer. Sa réputation s'est ensuite faite de bouche à oreille. À chaque fois, c'est avec le même plaisir qu'elle anime une fête. "Parfois, j'ai l'impression que je m'amuse encore plus que les enfants", souligne la jeune femme.

En la voyant faire, on réalise tout de suite que c'est beaucoup plus un amusement pour elle qu'un moyen de gagner sa vie. Néanmoins, elle s'investit beaucoup dans ce qu'elle fait, tant pour le matériel que de sa personne. Au bout du compte, cela rend énormément service aux parents. Ces derniers ont certes ce jour-là des choses très importantes dont ils doivent s'occuper, et ce n'est pas facile non plus de trouver le moyen d'amuser de jeunes enfants. Qu'à cela ne tienne, pour Pascale, c'est avant tout un jeu d'enfant.

À travers Centrale d'Animation, Pascale assure également la coordination entre l'individu et les professionnels dans tout ce qui touche l'événementiel. Un moyen de gagner du temps, car le client retrouve tout sous un même toit, qu'il s'agit d'artistes, de fleuristes ou du service traiteur.

La plus grande des satisfactions

Qu'est-ce qui rend Pascale Montocchio si capable d'occuper et d'amuser les enfants ? Selon elle, c'est son âme d'enfant. "Je pense que c'est grâce à mon fils que je suis moi-même restée un peu une enfant", souligne-t-elle. Le fait de vivre avec Yannick lui permet de mieux comprendre les enfants, ce qui les fait plaisir, ce qu'ils aiment, et surtout savoir les faire rire.

Pascale Montocchio fait partie de ces personnes qui aiment ce qu'elles font: "Ce qui me rend la plus heureuse, c'est lorsque je les entends rire lors des animations". Elle ressent alors la plus grande des satisfactions, car elle réalise qu'elle a réussi.

Ces animations sont à son image, c'est-à-dire simples. Pascale avoue qu'elle n'essaie pas d'inventer des activités qui sortent de l'ordinaire ou qui sont compliquées, car les enfants n'aiment pas cela. "Ce qu'ils recherchent avant tout, c'est la simplicité, l'attention et l'affection de l'adulte qui se met à leur portée", précise-t-elle. Le plus souvent, elle commence ces animations par des "tatouages", notamment des petits dessins tout simples sur la main. Pour Pascale, c'est un aspect très important, car elle établit ainsi le premier contact. Cette "présentation", qui se déroule toujours sur le ton de la rigolade, est un moment déterminant, car les réactions des enfants diront si le tour est gagné.

Une bonne animation dépend de plusieurs facteurs importants, notamment le nombre d'enfants, leur âge, le lieu, le temps, mais surtout l'ambiance. À force de côtoyer les enfants, elle parvient à choisir l'animation idéale au premier coup d'œil et s'y lance. Elle fait le clown, elle court et joue avec eux; bref, elle se transforme elle-même en enfant. Mais ils savent qu'ils doivent toujours la respecter, car ils comprennent que l'animatrice, c'est elle.

Certaines personnes estiment que ce qu'elle fait n'est pas un "vrai métier", mais Pascale confie qu'elle va continuer, car elle y trouve son plaisir. Son fils et son époux sont tous les deux très fiers d'elle.


Publication


Quand Tikouti fait revivre les sirandanes…

Peut-on arriver à restituer, à l'écrit, le vécu si particulier du jeu de sirandanes ? Recréer, intact, le caractère ludique et l'excitation qui président à cet échange entre celui qui pose la devinette et celui qui cherche à la résoudre ? C'est le pari que vient de réussir, avec brio, l'association réunionnaise Tikouti. Qui propose de découvrir deux albums de sirandanes dans une présentation qui séduit d'emblée par sa grande originalité et ses qualités esthétiques, mises au service d'un objectif pédagogique visant à contribuer à la promotion de l'enseignement de la langue et cultures réunionnaises. Une réalisation susceptible d'intéresser un public très large de par son caractère multilingue, et que nous vous proposons de découvrir ici en compagnie de celui qui a aidé à réaliser ces albums, l'écrivain Axel Gauvin.

Sirandane ? Sanpek ! Anba mo kolonn vertébral, mo kasiet enn zoli trézor dan mo lézel. Réponse: les deux albums de sirandanes créés par l'association réunionnaise Tikouti. Deux albums qui frappent d'emblée par l'originalité de leur réalisation. Car si plusieurs livres - et non des moindres - ont déjà été consacrés aux sirandanes, ceux-là ont définitivement quelque chose de spécial et d'inédit. Une trouvaille au niveau de la présentation qui leur permet de restituer comme jamais auparavant le plaisir que procure, oralement, le fait de chercher et de trouver la réponse à l'énigme imagée que posent ces devinettes-jeux de mots.

L'idée de ces albums est née au sein de Tikouti. Une association réunionnaise (voir plus loin), qui, selon l'article 2 de ses statuts, a pour objectif de "contribuer à la promotion de l'enseignement de la langue et culture réunionnaises (LCR) par la création, la publication et la diffusion de tout matériel pédagogique adéquat".

"Comme nous manquons de matériel pédagogique pour enseigner le créole et la culture réunionnaise, ces albums ont pour but de combler, très partiellement, ce manque", explique l'écrivain Axel Gauvin. Et fraîchement nommé président de Lofis lalang kréol, récemment créé à la Réunion. "Il faut aussi souligner que l'enseignement du créole n'est pas généralisé à La Réunion. Il débute. Nous souhaitons qu'il s'étende. En réalisant ces albums, nous avons aussi pensé au grand public. Faire tout ce travail pour ne pas en faire profiter le plus grand nombre, c'était pour nous impensable."

Une exploitation pédagogique riche et variée

Mais pourquoi s'être intéressé, en particulier, aux sirandanes ? Les arguments ne manquent pas. "Parce que ce sont de magnifiques petits poèmes. Parce qu'ils font partie intégrante de notre culture. Parce qu'ils imprègnent très profondément l'imaginaire réunionnais. Parce qu'ils recueillent un large consensus: dans les écoles, même ceux qui sont contre le créole vibrent aux sirandanes. Parce que l'exploitation pédagogique que l'on peut en faire est extrêmement riche et variée: cela va de la leçon de langage en maternelle à l'étude de la versification en première ou terminale", fait ressortir Axel Gauvin.

La première étape de cette réalisation a consisté en un travail de recherche et de collectage de ces sirandanes. "Cela a été extrêmement facile", explique Axel Gauvin. Mettant en avant l'existence, déjà, de recueils de sirandanes réunionnaises, comme les Devinettes créoles, Zédmo iér èk zordi de Daniel Honoré, ou encore les Devinettes de l'Océan Indien de Claudine Bavoux. Boris Gamaleya en a aussi recueilli beaucoup, dont une partie a été publiée dans diverses revues. "Nous avons été obligés de choisir, et ce choix s'est fait collectivement au sein de Tikouti. De nombreuses sirandanes existent en plusieurs versions, très proches l'une de l'autre. Nous avons pris celles dont le rythme nous semblait le plus beau, nous avons écarté celles dont le registre ne convenait pas pour la classe et le public enfant. Nous avons mis de côté celles qui ne sont faites que pour les adultes. Un jour, elles seront sûrement publiées, mais dans un autre cadre".

En ce qui concerne la classification de ces sirandanes par thèmes, Axel Gauvin souligne que celle-ci s'est imposée, la classification alphabétique leur ayant semblé trop artificielle. "On aurait pu aussi envisager des regroupements plus "transversaux": les sirandanes du bord de mer, par exemple. Un jour, peut-être le ferons-nous".

Une fois le choix et la classification effectués, s'est posée la question de la conception et de la réalisation des albums. Sous quelle forme allaient-ils se présenter ? Et c'est là qu'apparaît toute l'originalité de cette publication. Qui se découvre sous la forme d'une sorte de cahier à spirale, s'ouvrant sur un ensemble de pages à rabats. La devinette s'y livre ainsi en deux volets ou étapes. La première présente, sur la page de droite, le texte de la devinette. Celle-ci s'accompagne, sur la page de gauche, de l'illustration au premier degré de la devinette. Ainsi, "li porte son karosse dessï son do" sur la page de droite, s'accompagne, sur la page de gauche, d'un dessin montrant un être proche de l'humain qui porte un carrosse. Le lecteur peut ensuite ouvrir la page de droite. Qui révèle à son tour, sur deux pages juxtaposées, la réponse écrite à la devinette d'un côté, et son illustration plus explicite. Ce qui donne ici "léskargo", et un dessin montrant deux escargots sous la pluie.

Une ingénieuse réalisation

Un système très ingénieux, qui permet que la réponse ne soit pas visible au moment où la devinette est posée, et qui recrée, d'une certaine façon, l'aspect ludique de la découverte qu'offre l'oralité première de la sirandane. "C'est Florans Féliks, la dessinatrice pour le premier album, qui a proposé qu'une feuille se replie et cache la réponse. Nous avons trouvé cela génial. Techniquement toutefois, cela posait un problème que deux imprimeries réunionnaises n'ont pu régler. C'est un maquettiste de Saint-Denis, Emmanuel Kamboo, qui a trouvé la solution avec des feuillets réunis grâce à une spirale", raconte Axel Gauvin.

Le premier album a donc été illustré par Florans Féliks, avec tout un travail de collage: coton, petite cuiller, filtre à café, spirale à moustique ("avant que le chikungunya n'ait rendu La Réunion célèbre", ironise Axel Gauvin). "Elle a fait de véritables tableaux qu'il est question d'exposer bientôt. Mais l'épaisseur de ces tableaux a posé un problème de plus: comment scanner cette épaisseur ? Ce problème a été résolu par l'imprimerie Graphica à Saint-André. Et l'impression des recueils a finalement été faite à Maurice par un des meilleurs imprimeurs mauriciens", dit Axel Gauvin, en se référant à Precigraph.

Lui-même et Laurence Daleau, cheville ouvrière de Tikouti, qui assure également la réalisation du deuxième album, vont suivre personnellement chaque étape de leur production en essayant à chaque fois de trouver les meilleures options en termes de qualité et de coût. Et le résultat est on ne peut plus séduisant. Le n°1, placé sous l'item Légime, Zépisse, a pour titre Pomedetér mon granpér. Le deuxième, sous le titre générique de Zinsèk, s'intitule Mi amène mon kaz, et est illustré par Patrick Booz.

Autre particularité de ces recueils: leur caractère multilingue. Chaque question et réponse sont en effet inscrites en créole réunionnais, dans la graphie Tangol choisie par l'association, mais également dans deux autres graphies. Puis, en bas de page, en français, anglais, allemand et espagnol.

Disponibles à La Réunion depuis le mois de décembre dernier, ces deux albums devaient trouver leur place chez les libraires mauriciens dès la semaine prochaine.

Préparez-vous à en faire collection: Tikouti a en effet prévu d'en faire une série couvrant au total dix albums, que l'association essaiera de sortir au rythme de 2 à 3 par an. Les deux premiers donnent en tout cas plus qu'envie de découvrir la suite…

Kosa in Shoz…

Selon le Dictionnaire étymologique des créoles de l'Océan Indien (Annegret Bollee), Sirãdan est un mot d'origine makwa: Cirandani. "The riddle-maker begins by saying "cirandani" (L. Harries). Sãpèk vient aussi du makwa "tcampeteke".

Si, à la Réunion, on dit aujourd'hui "sirandane", naguère, on disait: devinay, zédmo, kosa in soz ? D'où le choix de Tikouti de privilégier, pour ses recueils, l'appellation Kosa in Shoz.

À propos de Tikouti

L'association Tikouti est née à La Réunion en juillet 2003. Les membres fondateurs sont pour l'essentiel les reçus de la première promotion de la licence de Langue et Culture Réunionnaises. Tikouti a organisé en 2005 un séminaire sur le thème des mécanismes de l'écriture. L'association prévoit de publier bientôt deux ouvrages: Oui à la langue créole et Réflexion autour d'une classe bilingue.


Le 29 mars au Théâtre de Port Louis


Rex Omar, la voix qui monte de l'Afrique

Nés du Ghana, ses rythmes afro-pop et jazzy ont fait le tour de l'Afrique et commencé à conquérir le reste du monde. Lui, c'est Rex Omar, présenté comme "l'image positive de l'Afrique de demain". Il sera en concert le mercredi 29 mars à 20h au Théâtre de Port-Louis, sous l'égide du CCB.

Rex Owuso Marfo a commencé à chanter au Ghana, son pays natal, il y a dix-huit ans. Celui qui dit "avoir été choisi par la musique à l'âge de 6 ans" a même été remarqué, à 17 ans, par le célèbre groupe Kool and the Gang, qui veut l'emmener enregistrer aux États-Unis. Mais son père l'empêche de quitter le pays. "Il voulait que je devienne avocat. Il ne voyait la musique que comme un hobby. Il pensait que j'allais devenir un drogué", explique Rex Omar. Ce qui n'empêchera pas ce dernier, heureusement, de se laisser guider par sa passion.

Depuis, ses rythmes afro-pop et jazzy ont en effet fait le tour de l'Afrique, avant d'attaquer l'Europe. Présenté comme un artiste engagé, fier de ses racines, Rex Omar est aussi décrit comme "l'image positive de l'Afrique de demain, celle qui redresse la tête et regarde droit devant".

Son treizième et dernier album, Ajala, enregistré avec son groupe Nu-Ashanty, a été nominé aux Kora Awards 2004. À découvrir donc le mercredi 29 mars à 20h au Théâtre de Port-Louis. Les billets, fixés à Rs 200, sont en vente à travers le réseau habituel du CCB.



Conférence sur le piratage

Outre ses talents reconnus d'auteur-compositeur-interprète, Rex Omar est aussi avocat de formation. C'est en cette double capacité qu'il animera, le mardi 28 mars, à 11h, au CCB à Rose-Hill, une table ronde sur le piratage et la protection des droits d'auteur. Il rencontrera, à cette occasion, divers acteurs concernés par cette question à Maurice: artistes, producteurs et représentants institutionnels.


Musique indienne


Unique concert de Kay Kay et Mahalakshmi à Pailles le 8 avril

Le public mauricien sera gâté le samedi 8 avril puisqu'il aura l'occasion d'apprécier deux stars de Bollywood qui font un tabac en Inde ces derniers temps. Il s'agit de Kay Kay (de son vrai nom Krishna Kumar Kunnath) et de Mahalakshmi. Ces deux chanteurs ne sont peut-être pas assez connus chez nous car ils sont les nouvelles révélations de Bollywood. L'unique concert de ces deux artistes débutera à 16h au Centre Swami Vivekananda, à Pailles. Ils arrivent à Maurice, accompagnés de leurs musiciens, le jeudi 6 avril et rencontreront la presse le même jour à l'hôtel Maritim où ils seront logés.

Kay Kay et Mahalakshmi ont un répertoire varié avec des hits à succès. Kay Kay prête sa voix à l'acteur Hrithik Roshan dans le film Main Prem Ki Diwani Hoon. Mais il a chanté aussi pour la télévision à New Delhi et a réalisé des clips pour de nombreuses agences de publicité. C'est une télévision privée à Mumbai, UTV, qui lui donna sa chance en 1994. En l'espace de quatre ans, il a réalisé plus 3 500 clips en 11 langues indiennes. Dans le septième art, c'est Vishal Bhardwaj qui l'a remarqué. Il chante dans le film Maachis réalisé par Gulzar. Sa chanson la plus connue est "Dola Re dola" du film Devdas, réalisé par Sanjay Leela Bhansali.

De la télévision au cinéma, Mahalakshmi a travaillé avec de nombreux directeurs de musique, dont A.R. Rehman, Shankar-Ehsaan-Loy, Anu Malik, Himesh Reshammiya, Sanjeev-Darshan. Elle vient de lancer un nouvel album qui porte le label Sony Music. Mahalakshmi a fait le tour du monde avec Shankar Mahadevan, Hariharan et A.R. Rehman. Elle a aussi donné des représentations avec Kay Kay en Inde, Dubai et Muscat.

Ce concert, organisé par l'agence Immedia, que dirige Rama Poonoosamy, bénéficie, entre autres, du sponsorship de l'hôtel Maritim, Balaclava, de la compagnie Emtel et d'une dizaine d'autres. Le prix du billet a été fixé comme suit: Rs 350 pour les sièges réservés et Rs 250 pour les sièges non réservés et debout.


De mars à octobre


Un programme étoffé pour célébrer la francophonie

Pour faire écho au festival "Francoffonies 2006 !" qui se tient en France de mars à octobre, un programme d'activités très étoffé a également été élaboré pour célébrer localement la francophonie. Concerts, tables rondes, rencontres littéraires, pièces de théâtre, soirées zistoir, autant de rendez-vous qui devraient marquer cette année.

C'est mercredi dernier qu'a été présenté ce programme spécial francophonie, lors d'une conférence de presse animée conjointement par Fred Constant, responsable du Service de Coopération et d'Action Culturelle (SCAC) de l'Ambassade de France, Aimée Chasles, responsable du réseau des Centres de Lecture et d'Animation Culturelle (CLAC), Arnaud Carpooran, représentant du Groupe de Recherche en Francophonie de l'Université de Maurice, Jean-Philippe Gabilloux, directeur du Centre Charles Baudelaire (CCB), Bruno Dumazel, président de l'Alliance Française et Jeff Auckle, attaché de presse du ministère des Arts et de la Culture.

D'emblée, Fred Constant devait faire ressortir que contrairement à ce qui est souvent dit, la francophonie n'est pas "une invention de la France" mais une démarche initiée, il y a près de 40 ans, par divers pays du Sud comme le Sénégal, la Tunisie et le Niger. Aujourd'hui, l'Année de la Francophonie a pour ambition "de rendre compte de la vitalité et de la modernité de la francophonie, en donnant à voir, lire et entendre la créativité des artistes, écrivains, intellectuels et scientifiques des cinq continents qui feront ainsi partager leurs visions du monde à un vaste public".

Démarrage demain avec Senghor et table ronde

À Maurice, ce programme débutera donc demain, lundi 20 mars, Journée officielle de la Francophonie, avec l'inauguration de l'exposition Senghor, proposée par l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et présentée par le ministère mauricien des Arts et de la Culture. Cette année de la Francophonie coïncide en effet avec l'Année Senghor décrétée par l'OIF pour marquer le centième anniversaire de la naissance du grand poète, homme d'État et chantre de la négritude. Cette exposition circulera par la suite, pendant toute l'année, à travers l'île et jusqu'à Rodrigues, via le réseau des CLAC, du CCB et de l'AF. Diverses autres activités suivront au cours de l'année, avec notamment un concours de textes sur la vie et l'oeuvre de Senghor, la création d'un timbre-poste à son effigie, la présentation de films documentaires qui lui sont consacrés, et l'attribution d'un prix spécial Léopold Sedar Senghor dans le cadre du Festival d'Art Dramatique.

Toujours le lundi 20 mars, une table ronde se tiendra au CCB à 17h, sur le thème "Ecrire dans l'océan Indien à l'heure de la mondialisation". Y participeront trois écrivains mauriciens, Carl de Souza, Alain Gordon-Gentil et Sedley Assonne, et l'écrivain réunionnais Axel Gauvin. Robert Furlong agira comme modérateur de cette table ronde. Au niveau littéraire, les autres rendez-vous prévus au cours de cette année incluent des conférences des écrivains J.M.G Le Clézio en avril, de Daniel Picouly en mai, puis, en juin, d'Ananda Devi et du cinéaste Harrikrisna Anenden pour l'adaptation au cinéma de sa nouvelle La Cathédrale.

À noter par ailleurs, toujours dans le domaine littéraire, que le SCAC assure, dans le cadre du Salon du Livre qui se tient actuellement à Paris, la présence d'ouvrages d'éditeurs mauriciens au stand d'honneur du Salon. Ce, grâce à la collaboration de la librairie parisienne Gilbert Joseph. En parallèle, des auteurs mauriciens comme Barlen Pyamootoo, Umar Timol et Issa Asgarally y sont également présents avec le soutien de l'Ambassade de France. Ce dernier animera d'ailleurs une édition de son magazine télévisé Passerelles en direct du Salon.

Soirée zistoir et sirandanes

Le prochain rendez-vous local aura lieu le vendredi 24 mars avec la tenue, à l'Université de Maurice, à partir de 9h30, d'une table ronde sur le thème "Tradition orale et pratiques populaires en espace francophone". Celle-ci est organisée par le Groupe de Recherche en Francophonie. Cette journée se poursuivra avec, à 18h, à l'Alliance Française de Bell Village, une Soirée Zistoir, avec Fanfan, Michel Legris, Cyril Ramdoo et le conteur rodriguais Rosange André. Une exposition consacrée aux sirandanes sera aussi présentée dans la salle polyvalente de l'AF, et une présentation du site web "Sirandanes" sera assurée par Emmanuel Richon.

Au niveau musical, l'année s'annonce également faste avec les concerts du pianiste jazz Mario Canonge le mardi 21 mars au Conservatoire François Mitterrand, mais aussi du chanteur français Mathieu Boogaerts le 5 avril au Conservatoire (avec Damien Elisa en première partie), puis d'Ousmane Touré également en avril et le retour de la grande Maurane en juin.

Le chapitre théâtral ne sera pas en reste, avec la présentation, en mai, du Petit Prince par l'inoubliable Pierrette Dupoyet, puis de Une femme seule de Dario Fo en octobre. Le Théâtre Talipot de la Réunion sera également au rendez-vous pour faire découvrir sa dernière réalisation, Kor maison du vent, ainsi qu'une nouvelle création actuellement travaillée avec des artistes mauriciens.

Parmi les autres activités prévues, relevons : la Nuit de la Pub Francophone le 31 mars à 19 h au CCB ; la venue d'un conteur de la Réunion pour une animation et une formation destinées aux animateurs des différentes bibliothèques de l'île ; le lancement d'un ouvrage de BD de Laval Ng ; la présentation du film Bénarès de Barlen Pyamootoo à Rodrigues ; une dotation de 1 200 livres environ par l'Ambassade de France aux cinq bibliothèques municipales ; la publication d'un ouvrage de référence sur "L'état de la francophonie à Maurice".


Cinéma


Le festival australien continue jusqu'à jeudi

Commencé vendredi, le festival de films australiens se poursuit tous les jours au théâtre Serge Constantin à Vacoas. Rappelons que le programme de ce festival comprend huit longs métrages australiens récents qui ont connu un bon accueil public et critique en Australie et dans certains festivals internationaux. Chaque projection comprend également, en première partie, un court métrage ou un documentaire australien. Les séances sont gratuites et nous invitons vivement les cinéphiles mauriciens à profiter de cette véritable aubaine.

Programme

Dimanche 19 mars à 14h

- Mozzie

- Looking for Alibrandi

Film de Kate Woods

Avec Greta Schaaci, Tony La Paglia et Elana Cota

Les relations plutôt compliquées d'une mère et de sa fille que tout oppose. Le film est interprété par une habituée du cinéma australien: Greta Schacci.

Dimanche 19 mars à 20h

- Above the Dust Level

- The hard word

Film de Scott Roberts

Avec Guy Pearce

Des pilleurs de banque emprisonnés découvrent un moyen original de passer le temps qui va entraîner les "bon" voleurs et les "mauvais" policiers dans une drôle d'aventure. Avec une autre vedette du cinéma aussie, Guy Pearce.

Lundi 20 mars à 20h

- Harvey Crumpet

- Love serenade

Film de Shirley Barett

Avec Miranda Otto, Rebecca Frith et Kenneth Ken Sherry

L'arrivée d'un DJ de radio dans une petite ville où il ne se passe jamais rien va déchaîner les passions. Surtout celles de deux sœurs qui tombent amoureuses de l'homme de radio.

Mardi 21 mars à 20h

- Confessions of a Head Hunter

- The rage in Placid Lak

Film de Tony Mc Namara

Avec Ben Lee, Miranda Richardson et Gary Mc Donald

Un jeune garçon brillant provoque le désespoir de ses parents, anti conformistes, en décidant de mener une vie normale sans histoire.

Mercredi 22 mars à 20h

- Local Dive

- Garage Days

Comédie musicale d'Alex Proyas

Avec Kick Gurry, Maya Stange

L'histoire d'une bande de jeunes australiens passionnés par la musique qui rêve de devenir un groupe musical à succès.

Jeudi 23 mars à 20h

- Pilbarra Pearl

- Ned Kelly

Film de Gregor Jordan

Avec Heath Ledger, Orlando Bloom et Geoffrey Rush

Ce film raconte les aventures de Ned Kelly, fameux bandit australien qui, avec son gang, pilla les banques et les trains et prit en otage toute une ville. On retrouve au casting Geoffrey Rush, l'un des plus célèbres acteurs australiens et Orlando Bloom.


Publication


Ressources végétales méconnues et sous-utilisées

Dr Ameenah Gurib-Fakim

Le Dr Ameenah Gurib-Fakim, doyenne de la Faculté des Sciences à l'Université de Maurice, a publié récemment Ressources Végétales méconnues et sous-utilisées, ouvrage fournissant un maximum d'informations sur la diversité des espèces végétales dans les pays des tropiques. Le livre comprend quelque 233 photos en couleurs illustrant 158 plantes provenant de 69 familles. Selon l'auteur, chaque monographie présente des informations vitales comme le potentiel nutritionnel, industriel, médicinal et aussi le potentiel commercial des plantes. Cette publication s'adresse aux chercheurs, étudiants, agriculteurs et aussi au public en général.

En guise d'introduction, Ameenah Gurib-Fakim écrit que "les ressources végétales représentent une partie importante de la biodiversité d'où l'Humanité tout entière puise nourritures, médicaments et produits industriels. Ces ressources végétales, à état sauvage ou domestiquées, ont été et seront toujours utilisées par l'Homme. Les aliments de base qui nourrissent le Monde comprennent entre autres les légumes, salades et féculent émanant des racines ou graines, des inflorescences ou encore des fruits. Parmi les plantes qui habillent l'Homme, on trouvera les plantes à fibre et à teintures entre autres. Les plantes méconnues et sous-utilisées sont parmi ces plantes dont le potentiel reste encore à être réalisé".

Ameenah Gurib-Fakim a recueilli toutes les informations utiles auprès d'une série d'institutions internationales scientifiques - qu'elle remercie d'ailleurs dans son ouvrage. Les plus avertis dans le domaine de la botanique et le public en général trouveront dans le livre du Professeur Gurib-Fakim un guide essentiel et un outil de référence en matière de ressources végétales. C'est un ouvrage écrit dans un langage clair qui donne une vaste idée sur les millions de plantes végétales qui existent dans le monde.

Selon Ameenah Gurib-Fakim, de nombreuses plantes dans cette partie du monde sont importantes pour la survie des populations. Le scientifique mauricien note aussi que plusieurs pays africains ainsi que Maurice, ont été témoins de la marginalisation de plusieurs espèces de leur biodiversité. Elle constate aussi que l'importation de plantes ou encore la consommation de produits importés est devenue très à la mode. Les exemples cités dans le texte concernent les fruits et légumes.

L'auteur espère que cette publication aidera à mettre en exergue le potentiel que ces plantes présentent et ainsi encouragerait leur utilisation à leur juste valeur.


Philippe Gentil, compositeur du Motherland


L'homme oublié…

Il n'a jamais eu une place d'honneur dans les cérémonies marquant l'indépendance du pays. Encore une fois, cette année, il a été oublié… C'est devant sa télévision que Philippe Gentil, le compositeur du Motherland, a assisté au lever du drapeau, le 12 mars. À 78 ans, cet homme qui a écrit d'une belle note une des pages de notre histoire, est trop modeste pour revendiquer hommage ou reconnaissance. Son amertume, il l'a enfouie. Aujourd'hui, sa vie est composée de musique et il s'en contente…

L'homme sourit ! Encore une fois, il est interpellé sur ses souvenirs de musicien. Quoi dire d'autre ? Tout ou presque tout a été dit autour de l'hymne qui accompagne le quadricolore, chuchote-t-il. Mais le vieil homme le sait… Quand se pointe mars, on vient toujours frapper à la porte de sa mémoire. On remue le passé, le sien. Et on lui pose des questions: souvent les mêmes. Lui, il raconte alors la même histoire, les mêmes anecdotes. Trente-huit ans que cela dure.

Mais le musicien est patient. Comme un grand livre ouvert, il présente volontiers les pages de sa vie où chaque phrase, captivante, se laisse absorber. L'homme est un esthète, ses récits séduisent et touchent. Pourtant, il est le reflet même de la simplicité. Dans cette petite salle de classe où il transmet son savoir et s'évertue à léguer sa passion, il affiche une déconcertante modestie. D'ailleurs, il ne parle du cadeau qu'il a donné à son pays, un jour de 1968, que lorsqu'il est interpellé. Lui, préfère parler de la "bonne musique", celle de Mozart ou de Haydn. Soit ! Ses notes à lui, celles du Motherland, sont connues de tous. Mais l'homme qui les a signées reste encore ignoré…

"Je suis fier d'avoir fait un cadeau à mon pays en lui donnant un hymne. Je ne demande rien ! Je suis simplement… gentil !

Philippe Gentil n'est pas en quête d'hommage ou de reconnaissance ! Loin de là. Il se contente du titre Member of the British Empire qu'il porte depuis 1970, année où il a été récompensé pour sa composition. "J'ai été décoré. Mais que vaut un titre ?" se demande-t-il, sans amertume visible. Mais l'homme est trop fier pour laisser transparaître sa déception. "Je suis plutôt fier d'avoir fait un cadeau à mon pays en lui donnant un hymne. Je ne demande rien ! Je suis simplement… gentil ! (rires)"

Ce même sentiment de fierté rejaillissait davantage autrefois lorsqu'il entendait l'hymne, chaque 12 mars,, confie le compositeur. "Au bout de quelques années, on finit par s'y habituer…" Mais, il y a des années où des souvenirs précis refont surface. À l'instar de ceux de dimanche dernier. "J'ai revu la première parade du 12 mars 1968. J'étais vraiment ému. J'ai pensé à la réception offerte par Chacha Ramgoolam à son domicile à la rue Desforges et à laquelle j'avais assisté." Philippe Gentil avait 40 ans à l'époque. Des dix compositions en lice pour devenir l'hymne national du pays, c'est le sien qui avait été retenu. Et il était normal qu'il fasse partie des invités du Premier ministre. Cela faisait alors 16 ans depuis qu'il s'était joint à l'orchestre de la police. "Je n'étais qu'un simple policier", dit-il.

Depuis qu'il a apposé sa signature sur la partition de l'hymne national, Philippe Gentil sursaute à chaque fois que des fausses notes s'immiscent dans le Motherland. Quand l'occasion le lui permet, il intervient pour que l'erreur ne se répète pas. Mais, le plus souvent, il a été contraint d'écouter un hymne peu harmonieux et "saccagé", dit-il. Une version de la composition, réarrangée et présentant un petit défaut, a été longtemps jouée, officiellement, avec cette faille. "Personne ne m'a demandé mon avis !" , déplore Philippe Gentil. "Cela m'a fait quelque chose", confie-t-il, tel un père impuissant devant son enfant défiguré ! L'erreur fut heureusement corrigée, il y a quelques années, avec cette fois son apport. "Si on m'avait demandé de remettre une copie de la composition, je l'aurais fait ! Nous n'aurions pas eu droit à des erreurs." Le compositeur du Motherland a, depuis, retrouvé une certaine quiétude…

Presque quatre décennies après la conception de l'hymne national, le nom de Philippe Gentil est injustement tombé dans l'oubli ! Lui, qui, tel un sculpteur passionné devant la matière brute, harmonise les notes pour engendrer des œuvres mélodieuses. Il lui a fallu attendre longtemps avant de pouvoir diriger un orchestre qui interprétait "son" hymne. C'était en 1992, à Rodrigues, raconte-t-il. Deux ans auparavant, il avait été approché par le commissaire des prisons de l'époque pour mettre sur pied un orchestre qui serait composé d'officiers. Sa mission accomplie, Philippe Gentil est appelé à diriger ce même orchestre dans l'île, lors de la cérémonie marquant l'accession de Maurice au statut de République. Depuis, cet honneur ne lui a pas été donné !

"J'aurais souhaité pouvoir jouer dans un orchestre"

Philippe Gentil a dû mal à tirer un trait sur le passé. Et il le concède. "Je ne peux m'adapter à la vie d'aujourd'hui…", dit-il, en se remémorant le passé. Il revoit alors défiler les années 40, 50 et 60. "L'époque où l'on jouait encore de la bonne musique. Aujourd'hui, j'aurais souhaité pouvoir jouer dans un orchestre. Il y avait encore des concerts de musique classique et de l'opérette. J'ai moi-même été un comique (rires)… En ce temps-là, je jouais des comédies et je chantais des morceaux fantaisistes ! Plus tard, j'ai chanté du Salvador ou encore des chansons de Fernandel."

C'est d'ailleurs son talent de chanteur qui l'a conduit vers l'orchestre de la police. Repéré sur scène par Philippe Ohsan, alors qu'il faisait montre de ses multiples talents artistiques sur scène, il laisse vite tomber son emploi de clerc de notaire pour l'orchestre de la police. Enfant de Port-Louis, il est imprégné dès sa naissance de musique classique. Son père, Eugène Gentil, lui-même violoniste et chef d'orchestre, lui a inculqué l'amour de la musique. "Il ne voulait pas que je joue de la guitare ! Il trouvait que c'était un instrument de voyou (rires). À cette époque, Tino Rossi avait popularisé la guitare et je voulais suivre la tendance. Mais il s'y est farouchement opposé et je me suis mis au violon !"

Un choix qu'il ne regrette pas. Car, s'il excelle à la trompette et au xylophone, son Stradivarius 1721 reste cher à son cœur. "Je l'ai acheté en 1955", dit-il, en montrant l'instrument qui l'accompagne depuis cette année-là. Philippe Gentil a aussi une pensée pour un oncle, Marc Annibal, qui lui a appris le solfège.

Dans la cour des grands, Philippe Gentil occupe certainement une place de choix. Mais l'homme, trop modeste pour parler de lui, préfère rendre hommage à Pierre Bergicourt, Paul Domaingue, Raynald Antoinette… De ce dernier, qui a émigré en Angleterre, le compositeur du Motherland dira "qu'il est un des meilleurs violonistes que Maurice ait connu". C'est non sans fierté qu'il fait ressortir que Raynald Antoinette a eu le privilège d'être soliste au sein de l'orchestre philharmonique de Londres.

Trop amoureux de son île, Philippe Gentil n'a pas voulu aller vivre sous d'autres cieux. D'ailleurs, ici, il a une mission à accomplir. Celle de transmettre la maîtrise de la "bonne musique" à la génération montante. À 78 ans, il donne toujours des cours aux enfants. Certains ont 4 à 6 ans. La plupart sont des écoliers. "J'ai eu de très bons élèves dans le passé, qui sont même, aujourd'hui, meilleurs que moi !", lance-t-il, sans se défaire de son sourire, car il le pense réellement…



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 19 mars 2006