o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 12 février 2006



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Faits et effets...

Ces voleurs d'enfance
Josie Lebrasse


Le Premier ministre ne nous a pas fait l'honneur de la bienveillance de sa parole vendredi pour, prioritairement, nous entretenir du sujet le plus polémique du moment: l'éducation. Cela fait deux mois qu'il n'avait pas jugé utile de s'exprimer sur des enjeux qui interpellent la nation, sa dernière rencontre avec la presse remontant au 17 décembre, jour du départ pour le White Christmas. Sa conférence portait, certes, sur les démarches en cours en vue d'arracher une meilleure compensation de l'Union Européenne, mais c'était surtout pour justifier son ridicule déplacement à l'étranger, à Athènes et à Washington, et ne souffler mot sur son absence à Khartoum pour la réunion des chefs d'État et de gouvernement de l'Union Africaine, qui, il y quelques années à peine, avait pour secrétaire général adjoint un Mauricien, en la personne de Vijay Makhan.

Navin Ramgoolam a semblé trouvé exceptionnelle la présence de Condoleeza Rice au 54th National Prayer Breakfast de Washington organisé par les évangélistes de la Fellowship Foundation. Le Premier ministre plaisante ou quoi ? C'est normal que celle qui fait figure de numéro deux du gouvernement américain soit présente au même titre que George W. Bush. Pour Navin Ramgoolam, être à la même table que la secrétaire d'État américain relève de l'exploit - encore que l'on n'a rien vu de tel jusqu'ici, les caméras de sa MBC n'ayant visiblement pas pu fixer pour la postérité cette distinguée tablée. Mais lorsque son prédécesseur avait rencontré le président américain le 12 mai 2004, il lui fut demandé au Parlement s'il n'avait pas eu, lui aussi, "du sang sur les mains", le leader de l'opposition d'alors ajoutant même, avec sa finesse d'esprit, qu'il "était aussi arrogant que Bush". Et rencontrer aujourd'hui sous-fifres et seconds couteaux à Washington est présenté comme une grande avancée de la diplomatie économique mauricienne.

Quant aux autres participants dont les noms sont fièrement brandis par le chef du gouvernement, c'est d'un ridicule achevé. À part le Roi Abdallah II de Jordanie, il y avait, paraît-il, le Premier ministre de Belize, celui de la Bosnie-Herzégovine et quelques "ex". L'ex-président de la Serbie et l'ex-Premier ministre du Pakistan, Benazir Bhutto, qui est toujours attendue dans son pays pour répondre d'une accusation de corruption. Et on a envie d'ajouter, c'est tout. Très légères donc les justifications premierministérielles et peu convaincantes ses explications sur la balade à Washington. C'était donc pour ça, pour pratiquement nous lire le communiqué des délibérations du conseil des ministres du jour, que le chef du gouvernement avait convié la presse, vendredi.

Pour le dossier épineux du moment, l'éducation, il a fallu, en fait, attendre une question de la presse pour connaître la position définitive du gouvernement. Qui s'est résumée, là aussi, à une répétition du libellé du communiqué du conseil des ministres, avec ce seul commentaire personnel de Navin Ramgoolam à l'effet qu'il n'y a "pas de meilleure formule à ce stade". Où se posait le problème pour qu'il nous propose sa formule ? a-t-on en vie de demander. Comme l'écrit, hier, Raj Meetarbhan, "le monarque a tranché". Au conseil des ministres, qu'ils soient d'accord ou pas, tout le monde se tait, complice et coupable du crime prémédité contre l'enfant mauricien. On est dans un curieux pays et il ne faut pas s'attendre à ce qu'un élu, qu'il soit ministre ou qu'elle soit responsable du Bien-Être de l'Enfant, PPS ou simple député, claque la porte sur un principe, sur une conviction que la décision avalisée vendredi est suffisamment grave pour refuser d'y être associée. Et il ne faut surtout pas compter sur ces opportunistes qui sont à la tête des institutions censées protéger les petits Mauriciens pour une quelconque réaction. C'est peine perdue.

Il faut aussi dire que Navin Ramgoolam ne s'est jamais intéressé à l'éducation. Sauf pour ce qu'il représente en terme de fonds de commerce électoral. Il avait sabordé le projet de réforme de son propre ministre, Kadress Pillay, et a trouvé des arguments primaires pour s'opposer à celui de Steve Obeegadoo. Le programme du prétendu grand champion de la démocratisation tous azimuts, c'est d'introduire la lutte des classes dans l'éducation et un système qui écrase les enfants les plus pauvres. C'est le summum de l'hypocrisie. L'égalité des chances, mon œil ! Ce que les pédagogues disent; ce que Suren Bissoondoyal, étroitement associé à l'éducation depuis 30 ans, avance, lorsqu'il assimile la contre-réforme Ramgoolam au "child labour"; ce que le comité des Droits de l'enfant des Nations unies a émis comme réserve sur son projet, ne comptent que pour du beurre. Il faut qu'il réponde à la question que tout le monde pose. Dans quel pays, existe-t-il, un parallèle avec son modèle ? Aucun.

En fait, seuls ceux qui n'ont pas d'enfants ou qui ne les aiment pas, des parents irresponsables et cruels - ils sont si rares - peuvent trouver du bien à un système vicié qui détrousse l'enfance de tout ce qu'elle comporte de vrai, de spontané et de ludique. La contre-réforme de l'Alliance sociale sera une vraie machine à fabriquer des générations de frustrés, de rejetés, de mal gradés, qui seront tellement remontés contre la société qu'ils deviendront inéluctablement des délinquants. On récolte aujourd'hui la tempête des années de la rat race, avec des voies de fait au quotidien. Demain, on devra les compter heure après heure. Sus aux voleurs d'enfance, aux criminels qui nous préparent des lendemains invivables !



Interrogations

Ces actes gratuits
Shenaz Patel


Il est sans doute plus que temps de mettre fin à un leurre que nous perpétuons et répercutons complaisamment: à Maurice, contrairement à ce dont on se vante, l'éducation n'est pas gratuite. Elle coûte même très cher. Et avec la réforme Gokhool qui vient d'être adoptée par le gouvernement, elle va coûter de plus en plus cher. Tant en termes économiques qu'humains.

Jaya, employée de maison qui touche Rs 3 000, a deux filles au collège. Depuis la rentrée 2006, elle se réjouit de ne plus avoir à payer leur transport scolaire. Mais elle doit débourser… Rs 2 000 par mois pour payer leurs leçons particulières ! Les enseignants concernés ayant bien fait comprendre qu'il était hors de question de se passer de ces leçons que l'on ferait bien mieux d'appeler obligatoires, tant on voit mal comment on peut encore qualifier de "particulières" ces classes où l'on se retrouve à trente ou plus comme à l'école. Mais de quelle éducation gratuite parle-t-on ? En quoi ce système se justifie-t-il ? Va-t-on essayer de nous faire croire que nos enfants sont plus inadaptés que les enfants du monde entier, qu'ils ont, tous, absolument besoin de cette deuxième session scolaire après les heures normales d'école pour arriver à passer leurs examens de fin d'année ? Comment se fait-il que nous acceptions cette situation comme allant de soi, comme une chose obligée ?

C'est la question que s'est posée, avec beaucoup de justesse, Nathalia Vadamootoo, qui vient de terminer un documentaire intitulé Maurice, le paradis sans anges. En référence directe à notre système éducatif primaire, qui, à travers le système de leçons particulières, mais aussi l'hypocrisie perpétuée autour de l'anglais comme langue d'enseignement, détruit ses anges, ses enfants. Et c'est en voyant cette remise en question effectuée par cette jeune femme qui a jusqu'ici vécu au Mexique, que nous nous rendons compte à quel point nous avons intégré, intériorisé, légitimé, un système que rien, en vérité, ne devrait permettre de justifier. Car, comme elle le fait ressortir, 95% des élèves du primaire prennent des leçons particulières. Ce qui n'empêche pas, année après année, près de 40% d'entre eux d'échouer aux examens du CPE. Le constat d'échec est flagrant, cuisant. Mais nous continuons, malgré tout, à perpétuer ce système !

Sûr, c'est pour le "bien" de nos enfants que nous faisons tout cela. Pour leur bien que nous leur imposons de prendre des leçons, y compris le dimanche. Que nous les contraignons à ne plus avoir le temps, le droit, de jouer et de sortir. Que nous leur mettons une pression insoutenable sur les épaules. Et c'est sans aucun doute pour leur bien que nous allons encore accroître cette pression avec cette réforme.

Nous sommes en train de fabriquer une société de plus en plus égoïste. Parce qu'au lieu de concentrer tous nos efforts et toutes nos ressources à mettre en place et étendre un système qui offrirait une éducation de qualité à un maximum d'enfants, nous sommes en train de nous focaliser sur la création de quelques National Colleges qui vont chaque année se concentrer à donner une éducation d'excellence à… 1 260 élèves. 1 260 sur les quelque 30 000 qui prennent part aux examens de fin de cycle primaire…

Les inégalités sociales et économiques existent déjà. L'éducation demeure un moyen non de les abolir, mais au moins de tenter, dans une certaine mesure, de les niveler. Or, voilà que l'État s'apprête à les renforcer avec une éducation qui crée d'emblée deux catégories d'écoles, et donc deux catégories d'enseignement, et deux catégories d'élèves. Car on voit mal comment le fossé pourrait ne pas aller en s'élargissant entre ceux qui ont, par exemple, les moyens économiques de se payer le surplus de leçons particulières que la course à ces collèges nationaux va sans nul doute instaurer. Ne soyons pas hypocrites: les collèges nationaux ne veulent pas seulement dire un lieu pour réunir les élèves qui auront obtenu les meilleurs résultats aux examens de fin de cycle primaire, et les faire aller encore plus loin sans être "retardés" par les autres, les moins doués, moins aptes, moins rapides. Les collèges nationaux, cela veut dire une compétition outrancière dès l'âge de 5 ans pour y accéder. Cela veut aussi dire quelques lieux où seront concentrés les "meilleurs" enseignants. Au détriment de ces autres qui auraient tout autant eu besoin de leur apport. Cela veut dire des ressources supplémentaires en termes d'infrastructures et d'équipements. Cela veut dire une inégalité flagrante instaurée et soutenue par l'État.

Outre le fait que cela est foncièrement injuste sur le plan humain, cette réforme semble ne pas prendre en compte l'évolution de notre société et ses besoins futurs. Nous ne sommes plus dans un pays où nous avons besoin d'une petite élite gouvernante et d'un maximum de main-d'œuvre dans les champs et sur les machines à coudre des usines. Le sucre s'effondre. Le textile s'envole vers le haut de gamme, qui a besoin de créateurs et d'ouvriers qualifiés. Et tant le tourisme que la cybercité et plus généralement le secteur des services, sur lesquels nous misons pour assurer notre survie économique, auront besoin de personnes qui disposent d'un niveau d'éducation de plus en plus élevé. Cette réforme de l'éducation est-elle en train de préparer une meilleure éducation pour le plus grand nombre ?

Les Nations unies ont signifié au gouvernement mauricien leur rejet de cette réforme. Mais nos gouvernants n'en ont cure. Peuvent-ils s'en tirer avec le confort de savoir qu'à l'heure des comptes, quand nous devrons collectivement payer le prix d'une société devenue invivable parce qu'ayant créé trop d'exclus et de marginaux, eux ne seront plus en situation de devoir rendre des comptes ?..




Radio-télévision

Franchement vous dire
Jean-Claude Antoine


Après avoir passé des années à ne faire que du plan général, voilà que la MBC se met à l'heure du portrait télévisé. La série a commencé le mois dernier avec un portrait de Rama Valayden. Ministre qui passe tellement de temps à faire des déclarations et à annoncer d'avance les décisions du gouvernement dans la presse écrite et parlée que certains commencent à se demander quand il a le temps de travailler sur les dossiers tombant sous sa responsabilité ! La série a un drôle de titre: Questions franches. Il laisse entendre que les autres émissions ne posent pas les bonnes questions. Mais franchement vous dire, l'émission ne vise pas à pousser l'invité dans ses derniers retranchements et à le forcer à abandonner la langue de bois que pratiquent tous les politiciens. Non, cette émission sert à mettre en valeur l'invité, à le rendre le plus sympathique possible. Du coup, les questions franches, soigneusement choisies, évitent toute forme de polémique, ne comportent aucun ton contradictoire et font tout ce qu'il faut pour ne pas embarrasser l'invité.

Le portrait de Shakeel Mohamed, le deuxième invité de la série, a été fait pour le mettre en valeur, avec des témoignages de ses amis et sa propre interprétation de son parcours politique et des difficultés qu'il a vécues. Me Mohamed junior raconta ainsi qu'après les accusations faites contre lui dans le sillage de l'affaire Gorah Issac, sa réputation en avait pris un sale coup, le nombre de ses clients avait drastiquement diminué et il s'était retrouvé dans une situation où il n'avait même plus les moyens de payer la CWA pour s'approvisionner en eau potable. Ce que Me Mohamed et les journalistes qui l'interrogeaient franchement ont oublié de dire, c'est que la fourniture d'eau de Me Mohamed avait été coupée parce qu'il devait à la CWA la bagatelle de plus de Rs 18 000 pour factures non payées, comme cela fut révélé dans la presse au moment des faits.

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La nouvelle formule de faire présenter le JT par deux journalistes - qui n'est, en fin de compte, qu'un retour à ce que faisait la MBC il y a vingt ans - n'est toujours pas au point. Il ne se passe pas de soirée où l'on annonce le reportage X alors que ce sont les images du sujet Y qui sont diffusées. Ce qui gêne surtout dans l'image, c'est l'omniprésence de l'écran de télévision dont la marque est plus que visible - c'est une vraie ou une fausse pub ? - qui sépare les deux présentateurs.

Le fait que les journalistes soient deux ne les empêche pas de dire n'importe quoi. C'est ainsi qu'un lecteur nous a signalé que l'un de ces présentateurs a répété, en pas moins de cinq fois, lundi dernier, le mot "démoustification" pour "demoustication", dans le cadre d'une information sur l'épidémie de fièvre qui menace la Réunion. Franchement vous dire, n'existe-t-il pas au sein de l'équipe collégiale qui dirige la rédaction - et parfois la MBC, dit-on, à la rue Pasteur - quelqu'un capable de veiller à ce que les mots soient correctement prononcés à l'antenne ? Y a-t-il quelqu'un au sein de la rédaction capable de faire ce travail de base ou est-ce que les "collégiens" sont trop occupés à se battre pour une promotion, un titre, quelques allocations supplémentaires ou un voyage ?

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Un auditeur affirme avoir entendu sur Kool FM l'autre après-midi, dans le cadre d'un talk show sur la fidélité conjugale, le dialogue suivant en direct:

- Posez votre question, madame, nous vous écoutons.

- Allo, c'est bien Mlle X qui répond aux questions aujourd'hui ?

- Oui, c'est bien moi. Je vous écoute.

- To pa rekonet mo la voix ?

- Non, qui êtes-vous ?

- Mo mem madam sa misié kot finn kokin la. Après ça, to éna toupet li faire enn programme lors la fidélité !

Cette déclaration fut suivie d'un silence et de longs moments de musique, avant que l'émission ne reprenne son cours normal et après que la présentatrice eut pris le soin de dire: "Nou napa la pou koz sa ban zafer la."

Encore que le témoignage allait parfaitement dans le sens du thème de l'émission.

Franchement vous dire, le direct, ça peut toujours réserver des surprises. Pas toujours agréables.

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Terminons par un compliment mérité destiné à l'équipe qui a réalisé le short but very sweet documentaire sur la Moris Minor. Cette émission locale tranchant sur l'ordinaire de la MBC était un exemple de bonne télévision faite avec talent et intelligence. Un fait qu'il était nécessaire de souligner, en toute franchise.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 12 février 2006