m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 7 août 2005



Festival des Déferlantes de Capbreton, France


La Francophonie à fleur de peau


À la Galerie Max Boullé du 9 au 26 août


World Press Photo 2005: un tsunami visuel


Publication


Silver Soul présente Fiat Lux


Spectacle de la troupe Véli


Ces mots qui marronnent…


Atelier de lecture


Fanfan raconte des zistwar lontan…


Chaque jeudi et vendredi


Rendez-vous artistique au Jardin de la Compagnie


Cité Tôle - Mahébourg


Témoignage


Mercredi sur les berges de la rivière d'Ebène


Les couples tamouls renouvellent le taali


Festival des Déferlantes de Capbreton, France


La Francophonie à fleur de peau

Le TGV 8539 venait de quitter la gare Montparnasse, à Paris, pour nous emmener, Albert Weber et moi, vers Capbreton. En route pour les Déferlantes Francophones ! Chaque été depuis huit ans, la cité marine des Landes vibre sur de nouveaux accents, de nouvelles couleurs venues d'ailleurs: il s'agit de l'unique festival spécialisé dans la chanson francophone d'Amérique du Nord.

Cette année, pendant cinq jours et cinq nuits, du 26 au 30 juillet, grâce à la direction artistique de Maurice et Françoise Segall, les deux magiciens de ce festival m'ont permis de découvrir des talents du Nouveau-Brunswick, du Québec, du Manitoba, de l'Ouest canadien, de l'Ontario, etc. Autant d'efficaces ambassadeurs d'une langue française terriblement vivante et combative dans cette partie du monde. Avec, en plus, l'extraordinaire gentillesse, la simplicité et le sens de la fraternité de tous les participants. Cet inoubliable événement me réservait encore d'autres incroyables surprises.

Avec le soutien de la Société nationale de l'Acadie

Dès notre arrivée, grâce à cette atmosphère conviviale et chaleureuse, rencontrer ces talentueux ambassadeurs venus de l'autre côté de l'Atlantique me plongea immédiatement dans une ambiance toute mauricienne par sa spontanéité et sa générosité. Une incroyable expérience ! Se découvrir et savourer une même langue, vivre un même esprit, parmi des artistes et groupes réunis avec un même élan, un même message. "Une francophonie teintée d'amitié et de convivialité", comme l'explique Marie-Renée Duguay, de la Société nationale de l'Acadie où elle est chargée de la SPASI, la Stratégie de Promotion des Artistes acadiens sur la Scène internationale.

Le programme et l'accueil du public étaient vraiment époustouflants avec le Franco-Manitobain Daniel Lavoie et Jorane, inclassable violoncelliste/chanteuse québécoise. Autre temps fort avec le Québécois Yves Lambert et l'Acadien Roland Gauvin, deux "personnalités historiques", pionnières des musiques traditionnelles… le trio ontarien Swing et son incroyable techno-trad, le rocker Daniel Boucher, sans oublier de jeunes talents prometteurs tels Catherine Major, Martin Léon, Christian Kit Goguen et, bien sûr, l'émotion et la fraîcheur du spectacle Ode à l'Acadie.

Concerts, cinéma et débats

S'y ajoutaient en journée quantité d'animations musicales dans différents lieux de la station balnéaire, des projections de films des cinéastes Jean Dulon et André Gladu sur les Francophones hors-Québec: une bouleversante révélation confirmée lors d'une table ronde animée par l'écrivain acadien Serge Patrice Thibodeau des Éditions Perce-Neige.

Le calendrier quotidien des Déferlantes Francophones était copieux, envoûtant, chaud et instructif. La langue des artistes présents m'a donné envie d'offrir un jour, à Capbreton, une "rencontre" entre notre parler mauricien et ces joyeux lurons du Canada français. Étrange ressemblance, authentique communauté malgré les milliers de km qui nous séparent…

Bouleversante Ode à l'Acadie

Mais venons-en vite à mes coups de cœurs… Le soir de mon arrivée, premier choc avec Ode à l'Acadie: ce spectacle très original raconte l'histoire de l'Acadie en chansons. Il m'a bouleversé: un voyage dans le temps avec sept jeunes artistes acclamés partout où ils passent en chantant, dansant, vous faisant rire ou pleurer, touchant à mille instruments, avec d'incroyables a capella.

La directrice musicale Isabelle Thériault et ses amis, si frais, si tendres, vous coupent le souffle, du piano à l'accordéon, de la contrebasse aux percussions, du blues au rock, avec une incroyable maîtrise vocale, vous donnent envie de les revoir au Palais des Congrès ou au Casino de Paris…

Le 27 juillet, place à Yves Lambert, incontestable référence de la scène folk québécoise, ancienne figure emblématique du célèbre groupe La Bottine Souriante, avance désormais en solo. Ou plutôt avec ses virtuoses de musiciens. Dont son incroyable pianiste et directrice musicale Sylvie Genest et Nicolas Pellerin (violon, pieds, voix), qui m'ont offert tant de bonheur. Lambert vient du milieu traditionnel: un bon vivant qui croit en l'indépendance politique de sa terre, adepte d'aventures entre métissages et explorations musicales.

Yves Lambert et Roland Gauvin: deux mythes vivants

Autre mythe de la francophonie: Roland Gauvin, un ami qui viendra à Maurice… je l'espère. Il se produisait le jeudi 28 juillet avec son groupe les Waljacks (les malicieux). Ce chanteur généreux, spontané, est, depuis plus de 25 ans, un des artistes qui a le plus marqué la scène musicale francophone au Canada. Originaire du Nouveau Brunswick, il a été au premier plan de plusieurs groupes emblématiques acadiens… une incroyable aisance sur scène avec ses deux prestigieux complices, Théo Brideau au violon et David Boutin au piano. Un régal…

Daniel Lavoie, une des trois voix de Belle (Notre Dame de Paris), m'a submergé d'émotion avec son nouvel univers musical, avec sa voix, son extraordinaire maniement du clavier, sa superbe voix. Avec, en cadeau, la présence à ses côtés du fabuleux multi-instrumentiste Francis Covan, Daniel Lavoie, cru 2005, a enchanté - le mot est faible - le public qui a fait preuve d'une sacrée qualité d'écoute: rappels assurés…

Swing entre tradition et techno

Swing clôtura les Déferlantes. Michel Bénac, l'extraordinaire chanteur-danseur, mit le feu à la salle avec Jean-Philippe Goulet et l'élastique (et sportif !) DJ Ben Jamin: il devrait vite devenir une grande star canadienne. En remettant un drapeau de son cher Ontario à Maurice Segall, il a rappelé que la francophonie nord-américaine ne se limite pas à l'Acadie et au Québec.

À noter tous les extraordinaires jams, sous chapiteau, en compagnie d'Yves Lambert, avec Nicolas Pellerin, les jumelles Pastelle et Emmanuelle Leblanc du groupe Vishten, Fayo, Blues Gitan et tant d'autres qui m'ont rappelé les beaux jours de Crystal Palace avec John Mc Laughlin, le Mahavishnu Orchestra… Mais nous sommes en 2005, et ces méga-virtuoses ont fait des bébés… mais il me semble qu'on parlait de Francophonie !

Larmes et nuit blanche

Dure journée que celle du 31 juillet: séparations, émotions, échanges d'adresses, larmes, nuit blanche… Tout le monde rentre à la maison, avec un cœur blindé d'amertumes.

En cinq jours, cela faisait 500 ans qu'une nouvelle famille francophone avait vu naissance. On se reverra à une "Déferlante Mauricienne", le jour où mon pays voudra savoir qui sont vraiment les Acadiens… leurs chansons jouées avec leurs tripes, et ce que contient le fond de leur cœur. Le 31 juillet, embarquement dans le TGV 8530, à destination de Paris/Montparnasse. Avec, à bord, un Acadien de Curepipe qui chialait, et personne ne sécha ses larmes, car les Acadiennes du même convoi étaient en tête du TGV.

PS: J'ai à embrasser et remercier mille nouveaux frères et sœurs d'Acadie, mais ils se reconnaîtront. Mes coups de cœur sont beaucoup trop nombreux. Les bières qui ont coulé à flots à Capbreton ne seront jamais assez suffisantes pour éviter de me laisser noyer dans cette piscine débordante d'amitié et de fraternité.

À découvrir en urgence www.deferlantes-francophones.com: une fantastique mine d'infos avec quantité de liens, dont celui de la Société nationale de l'Acadie: www.snacadie.org


À la Galerie Max Boullé du 9 au 26 août


World Press Photo 2005: un tsunami visuel

Une photo, parfois, peut en dire beaucoup plus que des pages entières de texte. C'est notamment ce que donnent à voir, chaque année, les photos primées par la World Press Photo Foundation. L'édition 2005 de son concours annuel ne faillit pas à la règle: cette année encore, ce sont des clichés saisissants qu'elle donne à voir à travers son exposition itinérante que les Mauriciens auront la chance de voir à la Galerie Max Boullé du 9 au 26 août. 198 photos exceptionnelles, souvent fortes au point d'être bouleversantes. Comme celle du lauréat Arko Datta, autour du tsunami.

Sur un pan de sable brun, humide et sale, le corps d'une femme, drapée d'un sari violet, prostrée, face contre terre, bouche ouverte dans un cri sans écho, mains implorantes écartées vers le ciel. A quelques centimètres d'elle, sur la gauche, une autre main, inerte celle-là, au bout d'un bras boursouflé, mutilé. Tout est là. Sur une plage du Tamil Nadu, le désespoir impuissant d'une femme face au cadavre d'un être sans doute proche, victime du tsunami dévastateur qui a tué des centaines de milliers de personnes en Asie du sud-est le 26 décembre 2004. C'est cette image, du photographe Arko Datta, travaillant pour Reuters en Inde, que la World Press Photo Foundation a choisi de primer pour l'édition 2005 de son concours international.

Cette année, ce concours revêt une particularité: il célèbre son cinquantième anniversaire. Cinquante années au cours desquelles cette Fondation basée à Amsterdam, aux Pays Bas, n'a eu de cesse de promouvoir le métier de photo-journaliste, pour stimuler et promouvoir le travail de cette catégorie de professionnels apportant, à leur façon, un éclairage essentiel sur l'information, et assurant sa diffusion. Outre des programmes de formation à divers niveaux et dans le monde entier, la WPPF a donc choisi, également, d'organiser concours annuel et expo comme une façon privilégiée de montrer au public ce qui se passe à travers la planète, sans aucune censure, mais aussi d'inspirer des photo journalistes du monde entier en leur donnant à voir les travaux d'excellence réalisés par leurs confrères et ainsi primés.

L'humain à travers l'actualité

De fait, le rendez-vous annuel du concours de la WPPF a toujours constitué une référence qui perdure souvent au-delà de la ponctualité de l'événement en soi. Ainsi, on se souvient encore, bien des années plus tard, de cette fameuse photo primée en 1972, prise par Ut Cong Huynh au Vietnam, cette image insoutenable d'un enfant courant nu et hurlant sur une route, les mains écartées de son corps brûlé, au milieu d'autres enfants visiblement paniqués, photo qui résumait mieux que tout l'horreur de l'utilisation "accidentelle" du napalm par les Américains pendant la guerre du Vietnam.

Cette année encore, c'est une photo d'actualité faisant vivre un drame humain d'une actualité marquante qui a été primée avec la photo prise par Arko Datta suite au passage du tsunami de décembre dernier. Une photo qui combine actualité, sens esthétique et intensité, en donnant à ressentir tout le désespoir humain causé par cette catastrophe naturelle, dans une photo dont la composition remarquable impressionne et bouleverse d'autant plus qu'elle suggère au lieu de donner crûment à voir.

C'est ce que le public mauricien pourra constater de visu à travers l'exposition itinérante de la WPPF qui fera, pour la deuxième année consécutive, escale chez nous. Ce grâce à l'initiative conjointe du Ministère des Arts et de la Culture, du consul honoraire des Pays Bas à Maurice, le capitaine François Bruce de Gersigny et la mairie de Beau Bassin-Rose Hill, représentée par le maire Robert Hungley. Si l'expo 2004 s'était tenue au Mauritius Institute, c'est cette fois la galerie Max Boullé qui l'accueillera du 9 au 26 août. Une occasion privilégiée de voir de près les 198 photos sélectionnées, sur un total de 69 190 entrées reçues cette année venant de 4 266 photographes de 123 pays (dont un envoi de Maurice, venant de notre collègue George Michel, participant régulier à ce concours). Des photos regroupées dans

dix catégories, parmi lesquelles figurent nouvelles, info générale, sports, sujets contemporains, portraits, arts et spectacles, nature.

Cette exposition itinérante, qui sera montrée dans 84 villes à travers 44 pays nous vient directement de New York, avant de repartir vers Barcelone, Sydney, Reykjavik ou Mexico. Un rendez-vous à ne pas rater.


Publication


Silver Soul présente Fiat Lux

Les poètes ne sont pas que de doux utopistes qui se contentent de rêver et de faire du lyrisme, contrairement à ce que beaucoup semblent croire. Ils sont aussi des personnes très impliquées dans le monde qui les entoure, et qui utilisent la poésie (ou la prose) comme arme pour stigmatiser ou dire leur rejet de certaines réalités. En réaffirmant certains idéaux. C'est partant de ce postulat, somme toute un peu éculé mais qui nécessite manifestement d'être réaffirmé aux yeux de certains, que le groupe Silver Soul a choisi de créer Fiat Lux, quatrième recueil collectif de ces jeunes qui ont pour point commun de fréquenter l'Université de Maurice. D'où le choix du titre, qui, traduit du latin, donne "Let there be light/Que lumière soit", sur la couverture.

"For once, the lexicon of words in the book resemble less the arrangement of flowers associated to utopian dreams and more to an arsenal of ammunition composed of the authors' will to denounce, sensitise and act with respect to problems facing the society", affirment ces jeunes. Et la préface affirme d'emblée que ce recueil veut "shock, sensitise and grip its readers". Du viol à la violence domestique, de la prostitution à l'exploitation des enfants, du meurtre au suicide, de la corruption à une variété d'injustices politiques et sociales, Fiat Lux vise à explorer "the labyrinth of human psychology". C'est d'ailleurs par un montage de coupures de presse, portant des titres révélateurs d'une actualité de plus en plus violente et perturbée, que ces jeunes ont choisi d'illustrer la quatrième de couverture de leur recueil.

À l'intérieur, on peut découvrir les écrits d'une douzaine d'auteurs, nommément Kristel Mélissa, Nadia Hood, Kanmanee Ramalingam, Schkela, Marie-Claire Frontin, Amreen Mungly, Na'eem, Rajni Gopaul, Aarthi Burtony, Arzeenah Nobee, Pascaline Firmin et Amit Parmessur (qui signe également la conception de la couverture). Ils proposent dix-neuf poèmes et onze nouvelles principalement en anglais, mais aussi, pour quelques-uns, en français. Dans le prolongement des précédents ouvrages de Silver Soul, on peut trouver là des tentatives intéressantes de maîtriser la pratique de l'écriture littéraire, avec des fortunes diverses, mais une même passion. À ce titre, il convient de saluer la persévérance de cette association qui, en un peu plus d'un an, en est déjà à sa cinquième publication. Une bonne initiative, qui témoigne d'un certain dynamisme. Même si l'on peut aussi se demander si une fréquence moins rapprochée ne serait pas bénéfique à un travail plus approfondi.

Fiat Lux permet en tout cas de prendre connaissance des voix de ces jeunes qui veulent faire entendre leurs vues et sentiments sur le monde où nous vivons. Que la parole soit.


Spectacle de la troupe Véli


Ces mots qui marronnent…

Que reste-t-il quand on a dû un jour, brutalement, sans comprendre pourquoi, tout laisser derrière soi, êtres chers, foyer, objets familiers, lieu de vie, rêves… ?

Que reste-t-il quand on a été maltraité, fouetté, humilié, réduit à l'état de chose souffrante, quand ce n'est mourante, par d'autres êtres pour lesquels vous n'aviez pas voix au chapitre ?

Que reste-t-il quand la mémoire, barricadée, enchaînée, menace de devenir oublieuse au point d'effacer votre existence, votre histoire ?

Il reste les mots. Les mots pour maux dire. Des mots qui claquent comme le fouet qui déchire la chair. Des mots de sel qui font crier la peau crûment ouverte. Des mots vomis comme la peur ballottée au fond des cales. Des mots de mousse humide pour apaiser les plaies suppurantes. Des mots flamboyants de révolte et d'espoir. Des mots foutants. Des mots marrons. Des mots fandias qui éploient leurs bras pour dessiller les cœurs et les yeux.

Ces mots-là, ce sont ceux de poètes réunionnais, qui ont choisi, chacun à sa façon, de dire l'esclavage. Ce sont ceux qu'a choisis Eric Antoine Boyer pour constituer son spectacle Les Voix de la Liberté, présenté chez nous la semaine dernière à l'invitation du Centre Nelson Mandela. Du discours de Sarda Garriga, commissaire du gouvernement qui prononça, le 20 décembre 1848, l'allocution sur l'abolition de l'esclavage à la Réunion, à la loi de 2001 décrétant la traite et l'esclavage crime contre l'humanité, le spectateur est ainsi entraîné à la découverte des poètes de la Réunion qui ont élevé leurs voix pour défendre la liberté. On y retrouve des textes d'Axel Gauvin, Jean Henri Azéma, Mehdi Zaiba, Jean François Sam Long, Jean Albany, Carpanin Marimoutou, Bernard Payet, Gilbert Aubry, Leconte de Lisle, Jean Claude Thing Léo et Alain Lorraine. Des textes mis en valeur dans un spectacle lui-même marron, qui, loin de la déclamation, a choisi une forme où les textes sont dits par un ou plusieurs comédiens, dans une mise en scène qui fait danser corps et mots, sur fond de percussions ou autres instruments typiques de la région.

C'est la troupe Véli, basée à la Plaine des Cafres, île de la Réunion, qui a fait vivre ce spectacle d'un peu plus d'une heure, présenté au Centre Charles Baudelaire et au Théâtre Serge Constantin mais aussi dans certains collèges. Et à la prison de Beau Bassin. Des mots qui frappent, qui martèlent, qui cassent. Des mots qui griffent, qui sifflent, qui crachent. Des mots qui caressent, qui apaisent, qui bercent. Des mots marrons qui vont puiser dans le ressac du passé pour nourrir le flux de l'espoir. Des mots qui nous tissent une mémoire vive…


Atelier de lecture


Fanfan raconte des zistwar lontan…

C'est avec un intérêt particulier que les petits abonnés de la bibliothèque du Pre-School Trust Fund ont découvert des histoires contées par Fanfan. L'artiste qui vient de fêter ses 75 ans a conquis ses nouveaux inconditionnels.

Tantôt impressionnés par ce bout de bonhomme aux traits marqués et à la ravanne, tantôt intimidés par sa voix qui flotte dans la bibliothèque du Pre-School Trust Fund (PSTF) de Curepipe, les enfants ne quittent pas Fanfan des yeux. Assis en cercle, l'auditoire écoute ce conteur particulier. Extirpant des notes de son instrument de prédilection, Fanfan donne le ton. C'est l'heure des bonnes histoires… Jeudi dernier, ils étaient une dizaine à découvrir Fanfan pour la première fois. Tandis que d'autres, comme la petite Laurie, en sont des inconditionnels. Mais il n'y a pas qu'eux qui en sont ravis. "Les enfants sont extraordinaires. Ils sont plus attentifs que les adultes, qui ont toujours le regard ailleurs quand vous leur racontez une histoire. Et cela me fait tellement plaisir de me retrouver parmi les petits, d'autant que je sais qu'ils garderont mes histoires au plus profond de leur mémoire. Mem si zot pa tro tro konpran. Je sais qu'ils se souviendront un jour de Fanfan. L'autre jour, j'étais très heureux et surpris de voir une fillette se lever pour danser au rythme de la ravanne. So figir ti serye, pena enn sourir. Kouma li fini, li vinn anbras mwa. Mo ti byen byen kontan", confie le conteur. L'instant semble magique pour le vieil homme et les enfants. Lesquels partageaient aussi avec lui un moment privilégié. Car, ce matin-là, Fanfan s'est retrouvé sous les feux des projecteurs. Suivi par une équipe de production, le conteur-chanteur, qui a célébré ses 75 ans le 29 juillet dernier, prépare la sortie de son prochain CD. Mais avant qu'il ne commence "enn ti zistwar bourik ek tig dan lafore", Fanfan entame une chanson : "tou le dimans coco nou allon a lames…", et fait jouer ses doigts sur sa ravanne. Après quelques secondes, il constate que ceux-ci ne dansent plus aisément sur sa percussion. La peau de l'instrument n'est pas assez tendue et chauffée. Et comme une histoire ne peut qu'être fade sans ravanne, c'est la lumière du projecteur qui va revigorer la ravanne du conteur. Et c'est reparti pour des contes improvisés, des chants de son répertoire et des sirandanes spontanées…

L'initiative du Centre de Documentation et de la Bibliothèque du PSTF est à saluer. S'inscrivant dans ses activités destinées à promouvoir la culture auprès des enfants, le PSTF leur donne actuellement l'occasion - et ce jusqu'au 10 août - de découvrir un véritable patrimoine en Fanfan. Laisser un héritage qui ne cédera pas à l'érosion du temps, tel est le souhait du conteur. Et pour lui, les enfants sont, sans aucun doute, les meilleurs vecteurs de cet héritage. "Les enfants d'aujourd'hui sont encore plus passionnés par les histoires d'autrefois ou celles avec des animaux. Moi, je connais des tas d'histoires. J'étais pêcheur et il m'est arrivé pas mal d'anecdotes. J'en tire mes histoires. Après mo get dokimenter lor zanimo dan bokal (ndlr : télévision), sa donn mwa linspirasyon pou rakont zistwar." Et Fanfan de remonter le temps. Le temps où, enfant, il mangeait des "gato manyok kout pwen". Le temps où sa grand-mère, qui l'élevait, avait du mal à faire bouillir la marmite…


Chaque jeudi et vendredi


Rendez-vous artistique au Jardin de la Compagnie

La créativité artistique peut tout faire, y compris transformer de la ferraille en instruments de musique. C'est ce que s'est peut-être dit le nouveau ministre des Arts et de la Culture, Mahen Gowreesoo, qui a été accueilli jeudi dernier au Jardin de la Compagnie au son… des steeldrums. Ce pour le lancement d'une nouvelle activité qui ne manque pas d'intérêt, sous l'appellation "L'artiste et son œuvre".

Élaborée par le ministère avec l'aide de la MASA, cette activité se présente comme un rendez-vous hebdomadaire. Désormais, chaque jeudi et vendredi, entre 11h45 et 15h, des artistes devraient être au rendez-vous au Jardin de la Compagnie, en plein centre de Port-Louis, pour présenter leurs œuvres au public. Avec la particularité d'une interaction permettant non seulement de contempler des produits finis mais aussi de voir les artistes en action, en plein processus créatif.

Ainsi, les sonorités résonnantes des steeldrums de la bande à Désiré Saramandiff, installés sous le kiosque du Jardin, ont donné une ambiance festive à cette demi-journée, attirant le public vers les petites marquises installées sur la partie comblée du Ruisseau du Pouce. Là, on pouvait voir à l'œuvre plusieurs artistes, comme la peintre Sultana Haukim ou le sculpteur Lewis Dick, entre autres, qui ont donné des aperçus de leur savoir-faire, tout en répondant aux questions du public.

Cette activité gagnerait manifestement à se prolonger en étant étoffée. Car elle peut effectivement offrir tant au public qu'aux artistes un lieu de rencontre et de découverte pour les uns, et une plate-forme pour faire connaître voire vendre leurs œuvres pour les autres. À ce titre, peut-être serait-il plus judicieux de rebaptiser la manifestation pour y inclure l'aspect primordial de la rencontre et du partage avec le public, au lieu de la centrer uniquement sur "l'artiste et son œuvre".

À charge maintenant de savoir si cette initiative saura se perpétuer.


Cité Tôle - Mahébourg


Témoignage

En novembre 2004, le photographe Gilbert Pernet proposait, avec Annie Cadinouche, une très belle exposition photographique consacrée à Mahébourg. De retour la semaine dernière d'un voyage professionnel, il nous a fait parvenir cette photo, regard d'espoir pour tenter de faire reculer l'ombre.

Après l'assassinat de la petite Marie Anita à Cité Tôle de Mahébourg, je me suis rappelé la photo de ces trois enfants prise il y a environ deux ans dans cette même cité. En aucun cas, il ne faut pas que ce terrible événement vienne briser le rêve de ces enfants et que dans ces yeux remplis d'espoir ne coulent un jour des larmes de détresse.


Mercredi sur les berges de la rivière d'Ebène


Les couples tamouls renouvellent le taali

Des nombreux couples de foi tamoule se sont rendus mercredi sur les berges de la rivière Ebène à Belle Rose pour la cérémonie de Aadi Padinettarm Perrukku Vizha. Cette cérémonie, organisée par l'aile féminine de l'Union tamoule de Maurice, s'est déroulée sous une tente après des cérémonies de prières dans le temple se trouvant dans le voisinage.

Le rituel consiste à renouveler le taali, corde nuptiale de couleur jaune que portent les femmes mariées. Cette cérémonie qui se déroule chaque année est d'une grande signification symbolique car le port du taali est important pour assurer la longévité de l'époux. C'est aussi un symbole d'amour qui commence le jour du mariage lorsque l'époux accroche au cou de son épouse la corde sacrée.

Cette corde, qui se salit et s'use, doit être renouvelée chaque année. Car si elle se rompt, cela pourrait entraîner des conséquences fâcheuses pour le couple. La vieille corde est jetée dans une rivière ou dans un cours d'eau. L'ancienne corde est placée sur une feuille de banane. Elle est ensuite déposée dans l'eau.



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 7 août 2005