Le TGV 8539 venait de quitter la gare Montparnasse, à Paris,
pour nous emmener, Albert Weber et moi, vers Capbreton. En route
pour les Déferlantes Francophones ! Chaque été
depuis huit ans, la cité marine des Landes vibre sur de
nouveaux accents, de nouvelles couleurs venues d'ailleurs: il
s'agit de l'unique festival spécialisé dans la chanson
francophone d'Amérique du Nord.
Cette année, pendant cinq jours et cinq nuits, du 26 au
30 juillet, grâce à la direction artistique de Maurice
et Françoise Segall, les deux magiciens de ce festival
m'ont permis de découvrir des talents du Nouveau-Brunswick,
du Québec, du Manitoba, de l'Ouest canadien, de l'Ontario,
etc. Autant d'efficaces ambassadeurs d'une langue française
terriblement vivante et combative dans cette partie du monde.
Avec, en plus, l'extraordinaire gentillesse, la simplicité
et le sens de la fraternité de tous les participants. Cet
inoubliable événement me réservait encore
d'autres incroyables surprises.
Avec le soutien de la Société nationale de l'Acadie
Dès notre arrivée, grâce à cette atmosphère
conviviale et chaleureuse, rencontrer ces talentueux ambassadeurs
venus de l'autre côté de l'Atlantique me plongea
immédiatement dans une ambiance toute mauricienne par sa
spontanéité et sa générosité.
Une incroyable expérience ! Se découvrir et savourer
une même langue, vivre un même esprit, parmi des artistes
et groupes réunis avec un même élan, un même
message. "Une francophonie teintée d'amitié
et de convivialité", comme l'explique Marie-Renée
Duguay, de la Société nationale de l'Acadie où
elle est chargée de la SPASI, la Stratégie de Promotion
des Artistes acadiens sur la Scène internationale.
Le programme et l'accueil du public étaient vraiment époustouflants
avec le Franco-Manitobain Daniel Lavoie et Jorane, inclassable
violoncelliste/chanteuse québécoise. Autre temps
fort avec le Québécois Yves Lambert et l'Acadien
Roland Gauvin, deux "personnalités historiques",
pionnières des musiques traditionnelles
le trio ontarien
Swing et son incroyable techno-trad, le rocker Daniel Boucher,
sans oublier de jeunes talents prometteurs tels Catherine Major,
Martin Léon, Christian Kit Goguen et, bien sûr, l'émotion
et la fraîcheur du spectacle Ode à l'Acadie.
Concerts, cinéma et débats
S'y ajoutaient en journée quantité d'animations
musicales dans différents lieux de la station balnéaire,
des projections de films des cinéastes Jean Dulon et André
Gladu sur les Francophones hors-Québec: une bouleversante
révélation confirmée lors d'une table ronde
animée par l'écrivain acadien Serge Patrice Thibodeau
des Éditions Perce-Neige.
Le calendrier quotidien des Déferlantes Francophones était
copieux, envoûtant, chaud et instructif. La langue des artistes
présents m'a donné envie d'offrir un jour, à
Capbreton, une "rencontre" entre notre parler mauricien
et ces joyeux lurons du Canada français. Étrange
ressemblance, authentique communauté malgré les
milliers de km qui nous séparent
Bouleversante Ode à l'Acadie
Mais venons-en vite à mes coups de curs
Le
soir de mon arrivée, premier choc avec Ode à
l'Acadie: ce spectacle très original raconte l'histoire
de l'Acadie en chansons. Il m'a bouleversé: un voyage dans
le temps avec sept jeunes artistes acclamés partout où
ils passent en chantant, dansant, vous faisant rire ou pleurer,
touchant à mille instruments, avec d'incroyables a capella.
La directrice musicale Isabelle Thériault et ses amis,
si frais, si tendres, vous coupent le souffle, du piano à
l'accordéon, de la contrebasse aux percussions, du blues
au rock, avec une incroyable maîtrise vocale, vous donnent
envie de les revoir au Palais des Congrès ou au Casino
de Paris
Le 27 juillet, place à Yves Lambert, incontestable référence
de la scène folk québécoise, ancienne figure
emblématique du célèbre groupe La Bottine
Souriante, avance désormais en solo. Ou plutôt avec
ses virtuoses de musiciens. Dont son incroyable pianiste et directrice
musicale Sylvie Genest et Nicolas Pellerin (violon, pieds, voix),
qui m'ont offert tant de bonheur. Lambert vient du milieu traditionnel:
un bon vivant qui croit en l'indépendance politique de
sa terre, adepte d'aventures entre métissages et explorations
musicales.
Yves Lambert et Roland Gauvin: deux mythes vivants
Autre mythe de la francophonie: Roland Gauvin, un ami qui viendra
à Maurice
je l'espère. Il se produisait le
jeudi 28 juillet avec son groupe les Waljacks (les malicieux).
Ce chanteur généreux, spontané, est, depuis
plus de 25 ans, un des artistes qui a le plus marqué la
scène musicale francophone au Canada. Originaire du Nouveau
Brunswick, il a été au premier plan de plusieurs
groupes emblématiques acadiens
une incroyable aisance
sur scène avec ses deux prestigieux complices, Théo
Brideau au violon et David Boutin au piano. Un régal
Daniel Lavoie, une des trois voix de Belle (Notre Dame
de Paris), m'a submergé d'émotion avec son nouvel
univers musical, avec sa voix, son extraordinaire maniement du
clavier, sa superbe voix. Avec, en cadeau, la présence
à ses côtés du fabuleux multi-instrumentiste
Francis Covan, Daniel Lavoie, cru 2005, a enchanté - le
mot est faible - le public qui a fait preuve d'une sacrée
qualité d'écoute: rappels assurés
Swing entre tradition et techno
Swing clôtura les Déferlantes. Michel Bénac,
l'extraordinaire chanteur-danseur, mit le feu à la salle
avec Jean-Philippe Goulet et l'élastique (et sportif !)
DJ Ben Jamin: il devrait vite devenir une grande star canadienne.
En remettant un drapeau de son cher Ontario à Maurice Segall,
il a rappelé que la francophonie nord-américaine
ne se limite pas à l'Acadie et au Québec.
À noter tous les extraordinaires jams, sous chapiteau,
en compagnie d'Yves Lambert, avec Nicolas Pellerin, les jumelles
Pastelle et Emmanuelle Leblanc du groupe Vishten, Fayo, Blues
Gitan et tant d'autres qui m'ont rappelé les beaux jours
de Crystal Palace avec John Mc Laughlin, le Mahavishnu Orchestra
Mais nous sommes en 2005, et ces méga-virtuoses ont fait
des bébés
mais il me semble qu'on parlait
de Francophonie !
Larmes et nuit blanche
Dure journée que celle du 31 juillet: séparations,
émotions, échanges d'adresses, larmes, nuit blanche
Tout le monde rentre à la maison, avec un cur blindé
d'amertumes.
En cinq jours, cela faisait 500 ans qu'une nouvelle famille francophone
avait vu naissance. On se reverra à une "Déferlante
Mauricienne", le jour où mon pays voudra savoir qui
sont vraiment les Acadiens
leurs chansons jouées
avec leurs tripes, et ce que contient le fond de leur cur.
Le 31 juillet, embarquement dans le TGV 8530, à destination
de Paris/Montparnasse. Avec, à bord, un Acadien de Curepipe
qui chialait, et personne ne sécha ses larmes, car les
Acadiennes du même convoi étaient en tête du
TGV.
PS: J'ai à embrasser et remercier mille nouveaux frères
et surs d'Acadie, mais ils se reconnaîtront. Mes coups
de cur sont beaucoup trop nombreux. Les bières qui
ont coulé à flots à Capbreton ne seront jamais
assez suffisantes pour éviter de me laisser noyer dans
cette piscine débordante d'amitié et de fraternité.
À découvrir en urgence www.deferlantes-francophones.com:
une fantastique mine d'infos avec quantité de liens, dont
celui de la Société nationale de l'Acadie: www.snacadie.org
À la Galerie Max Boullé du 9 au 26 août
World Press Photo 2005: un tsunami visuel
Une photo, parfois, peut en dire beaucoup plus que des pages entières
de texte. C'est notamment ce que donnent à voir, chaque
année, les photos primées par la World Press Photo
Foundation. L'édition 2005 de son concours annuel ne faillit
pas à la règle: cette année encore, ce sont
des clichés saisissants qu'elle donne à voir à
travers son exposition itinérante que les Mauriciens auront
la chance de voir à la Galerie Max Boullé du 9 au
26 août. 198 photos exceptionnelles, souvent fortes au point
d'être bouleversantes. Comme celle du lauréat Arko
Datta, autour du tsunami.
Sur un pan de sable brun, humide et sale, le corps d'une femme,
drapée d'un sari violet, prostrée, face contre terre,
bouche ouverte dans un cri sans écho, mains implorantes
écartées vers le ciel. A quelques centimètres
d'elle, sur la gauche, une autre main, inerte celle-là,
au bout d'un bras boursouflé, mutilé. Tout est là.
Sur une plage du Tamil Nadu, le désespoir impuissant d'une
femme face au cadavre d'un être sans doute proche, victime
du tsunami dévastateur qui a tué des centaines de
milliers de personnes en Asie du sud-est le 26 décembre
2004. C'est cette image, du photographe Arko Datta, travaillant
pour Reuters en Inde, que la World Press Photo Foundation a choisi
de primer pour l'édition 2005 de son concours international.
Cette année, ce concours revêt une particularité:
il célèbre son cinquantième anniversaire.
Cinquante années au cours desquelles cette Fondation basée
à Amsterdam, aux Pays Bas, n'a eu de cesse de promouvoir
le métier de photo-journaliste, pour stimuler et promouvoir
le travail de cette catégorie de professionnels apportant,
à leur façon, un éclairage essentiel sur
l'information, et assurant sa diffusion. Outre des programmes
de formation à divers niveaux et dans le monde entier,
la WPPF a donc choisi, également, d'organiser concours
annuel et expo comme une façon privilégiée
de montrer au public ce qui se passe à travers la planète,
sans aucune censure, mais aussi d'inspirer des photo journalistes
du monde entier en leur donnant à voir les travaux d'excellence
réalisés par leurs confrères et ainsi primés.
L'humain à travers l'actualité
De fait, le rendez-vous annuel du concours de la WPPF a toujours
constitué une référence qui perdure souvent
au-delà de la ponctualité de l'événement
en soi. Ainsi, on se souvient encore, bien des années plus
tard, de cette fameuse photo primée en 1972, prise par
Ut Cong Huynh au Vietnam, cette image insoutenable d'un enfant
courant nu et hurlant sur une route, les mains écartées
de son corps brûlé, au milieu d'autres enfants visiblement
paniqués, photo qui résumait mieux que tout l'horreur
de l'utilisation "accidentelle" du napalm par les Américains
pendant la guerre du Vietnam.
Cette année encore, c'est une photo d'actualité
faisant vivre un drame humain d'une actualité marquante
qui a été primée avec la photo prise par
Arko Datta suite au passage du tsunami de décembre dernier.
Une photo qui combine actualité, sens esthétique
et intensité, en donnant à ressentir tout le désespoir
humain causé par cette catastrophe naturelle, dans une
photo dont la composition remarquable impressionne et bouleverse
d'autant plus qu'elle suggère au lieu de donner crûment
à voir.
C'est ce que le public mauricien pourra constater de visu à
travers l'exposition itinérante de la WPPF qui fera, pour
la deuxième année consécutive, escale chez
nous. Ce grâce à l'initiative conjointe du Ministère
des Arts et de la Culture, du consul honoraire des Pays Bas à
Maurice, le capitaine François Bruce de Gersigny et la
mairie de Beau Bassin-Rose Hill, représentée par
le maire Robert Hungley. Si l'expo 2004 s'était tenue au
Mauritius Institute, c'est cette fois la galerie Max Boullé
qui l'accueillera du 9 au 26 août. Une occasion privilégiée
de voir de près les 198 photos sélectionnées,
sur un total de 69 190 entrées reçues cette année
venant de 4 266 photographes de 123 pays (dont un envoi de Maurice,
venant de notre collègue George Michel, participant régulier
à ce concours). Des photos regroupées dans
dix catégories, parmi lesquelles figurent nouvelles, info
générale, sports, sujets contemporains, portraits,
arts et spectacles, nature.
Cette exposition itinérante, qui sera montrée dans
84 villes à travers 44 pays nous vient directement de New
York, avant de repartir vers Barcelone, Sydney, Reykjavik ou Mexico.
Un rendez-vous à ne pas rater.
Publication
Silver Soul présente Fiat Lux
Les poètes ne sont pas que de doux utopistes qui se contentent
de rêver et de faire du lyrisme, contrairement à
ce que beaucoup semblent croire. Ils sont aussi des personnes
très impliquées dans le monde qui les entoure, et
qui utilisent la poésie (ou la prose) comme arme pour stigmatiser
ou dire leur rejet de certaines réalités. En réaffirmant
certains idéaux. C'est partant de ce postulat, somme toute
un peu éculé mais qui nécessite manifestement
d'être réaffirmé aux yeux de certains, que
le groupe Silver Soul a choisi de créer Fiat Lux,
quatrième recueil collectif de ces jeunes qui ont pour
point commun de fréquenter l'Université de Maurice.
D'où le choix du titre, qui, traduit du latin, donne "Let
there be light/Que lumière soit", sur la couverture.
"For once, the lexicon of words in the book resemble less
the arrangement of flowers associated to utopian dreams and more
to an arsenal of ammunition composed of the authors' will to denounce,
sensitise and act with respect to problems facing the society",
affirment ces jeunes. Et la préface affirme d'emblée
que ce recueil veut "shock, sensitise and grip its readers".
Du viol à la violence domestique, de la prostitution à
l'exploitation des enfants, du meurtre au suicide, de la corruption
à une variété d'injustices politiques et
sociales, Fiat Lux vise à explorer "the
labyrinth of human psychology". C'est d'ailleurs par
un montage de coupures de presse, portant des titres révélateurs
d'une actualité de plus en plus violente et perturbée,
que ces jeunes ont choisi d'illustrer la quatrième de couverture
de leur recueil.
À l'intérieur, on peut découvrir les écrits
d'une douzaine d'auteurs, nommément Kristel Mélissa,
Nadia Hood, Kanmanee Ramalingam, Schkela, Marie-Claire Frontin,
Amreen Mungly, Na'eem, Rajni Gopaul, Aarthi Burtony, Arzeenah
Nobee, Pascaline Firmin et Amit Parmessur (qui signe également
la conception de la couverture). Ils proposent dix-neuf poèmes
et onze nouvelles principalement en anglais, mais aussi, pour
quelques-uns, en français. Dans le prolongement des précédents
ouvrages de Silver Soul, on peut trouver là des tentatives
intéressantes de maîtriser la pratique de l'écriture
littéraire, avec des fortunes diverses, mais une même
passion. À ce titre, il convient de saluer la persévérance
de cette association qui, en un peu plus d'un an, en est déjà
à sa cinquième publication. Une bonne initiative,
qui témoigne d'un certain dynamisme. Même si l'on
peut aussi se demander si une fréquence moins rapprochée
ne serait pas bénéfique à un travail plus
approfondi.
Fiat Lux permet en tout cas de prendre connaissance des
voix de ces jeunes qui veulent faire entendre leurs vues et sentiments
sur le monde où nous vivons. Que la parole soit.
Spectacle de la troupe Véli
Ces mots qui marronnent
Que reste-t-il quand on a dû un jour, brutalement, sans
comprendre pourquoi, tout laisser derrière soi, êtres
chers, foyer, objets familiers, lieu de vie, rêves
?
Que reste-t-il quand on a été maltraité,
fouetté, humilié, réduit à l'état
de chose souffrante, quand ce n'est mourante, par d'autres êtres
pour lesquels vous n'aviez pas voix au chapitre ?
Que reste-t-il quand la mémoire, barricadée, enchaînée,
menace de devenir oublieuse au point d'effacer votre existence,
votre histoire ?
Il reste les mots. Les mots pour maux dire. Des mots qui claquent
comme le fouet qui déchire la chair. Des mots de sel qui
font crier la peau crûment ouverte. Des mots vomis comme
la peur ballottée au fond des cales. Des mots de mousse
humide pour apaiser les plaies suppurantes. Des mots flamboyants
de révolte et d'espoir. Des mots foutants. Des mots marrons.
Des mots fandias qui éploient leurs bras pour dessiller
les curs et les yeux.
Ces mots-là, ce sont ceux de poètes réunionnais,
qui ont choisi, chacun à sa façon, de dire l'esclavage.
Ce sont ceux qu'a choisis Eric Antoine Boyer pour constituer son
spectacle Les Voix de la Liberté, présenté
chez nous la semaine dernière à l'invitation du
Centre Nelson Mandela. Du discours de Sarda Garriga, commissaire
du gouvernement qui prononça, le 20 décembre 1848,
l'allocution sur l'abolition de l'esclavage à la Réunion,
à la loi de 2001 décrétant la traite et l'esclavage
crime contre l'humanité, le spectateur est ainsi entraîné
à la découverte des poètes de la Réunion
qui ont élevé leurs voix pour défendre la
liberté. On y retrouve des textes d'Axel Gauvin, Jean Henri
Azéma, Mehdi Zaiba, Jean François Sam Long, Jean
Albany, Carpanin Marimoutou, Bernard Payet, Gilbert Aubry, Leconte
de Lisle, Jean Claude Thing Léo et Alain Lorraine. Des
textes mis en valeur dans un spectacle lui-même marron,
qui, loin de la déclamation, a choisi une forme où
les textes sont dits par un ou plusieurs comédiens, dans
une mise en scène qui fait danser corps et mots, sur fond
de percussions ou autres instruments typiques de la région.
C'est la troupe Véli, basée à la Plaine des
Cafres, île de la Réunion, qui a fait vivre ce spectacle
d'un peu plus d'une heure, présenté au Centre Charles
Baudelaire et au Théâtre Serge Constantin mais aussi
dans certains collèges. Et à la prison de Beau Bassin.
Des mots qui frappent, qui martèlent, qui cassent. Des
mots qui griffent, qui sifflent, qui crachent. Des mots qui caressent,
qui apaisent, qui bercent. Des mots marrons qui vont puiser dans
le ressac du passé pour nourrir le flux de l'espoir. Des
mots qui nous tissent une mémoire vive
Atelier de lecture
Fanfan raconte des zistwar lontan
C'est avec un intérêt particulier que les petits
abonnés de la bibliothèque du Pre-School Trust
Fund ont découvert des histoires contées par
Fanfan. L'artiste qui vient de fêter ses 75 ans a conquis
ses nouveaux inconditionnels.
Tantôt impressionnés par ce bout de bonhomme aux
traits marqués et à la ravanne, tantôt intimidés
par sa voix qui flotte dans la bibliothèque du Pre-School
Trust Fund (PSTF) de Curepipe, les enfants ne quittent
pas Fanfan des yeux. Assis en cercle, l'auditoire écoute
ce conteur particulier. Extirpant des notes de son instrument
de prédilection, Fanfan donne le ton. C'est l'heure des
bonnes histoires
Jeudi dernier, ils étaient une dizaine
à découvrir Fanfan pour la première fois.
Tandis que d'autres, comme la petite Laurie, en sont des inconditionnels.
Mais il n'y a pas qu'eux qui en sont ravis. "Les enfants
sont extraordinaires. Ils sont plus attentifs que les adultes,
qui ont toujours le regard ailleurs quand vous leur racontez une
histoire. Et cela me fait tellement plaisir de me retrouver parmi
les petits, d'autant que je sais qu'ils garderont mes histoires
au plus profond de leur mémoire. Mem si zot pa tro
tro konpran. Je sais qu'ils se souviendront un jour de Fanfan.
L'autre jour, j'étais très heureux et surpris de
voir une fillette se lever pour danser au rythme de la ravanne.
So figir ti serye, pena enn sourir. Kouma li fini, li vinn anbras
mwa. Mo ti byen byen kontan", confie le conteur. L'instant
semble magique pour le vieil homme et les enfants. Lesquels partageaient
aussi avec lui un moment privilégié. Car, ce matin-là,
Fanfan s'est retrouvé sous les feux des projecteurs. Suivi
par une équipe de production, le conteur-chanteur, qui
a célébré ses 75 ans le 29 juillet dernier,
prépare la sortie de son prochain CD. Mais avant qu'il
ne commence "enn ti zistwar bourik ek tig dan lafore",
Fanfan entame une chanson : "tou le dimans coco nou
allon a lames
", et fait jouer ses doigts sur sa
ravanne. Après quelques secondes, il constate que ceux-ci
ne dansent plus aisément sur sa percussion. La peau de
l'instrument n'est pas assez tendue et chauffée. Et comme
une histoire ne peut qu'être fade sans ravanne, c'est la
lumière du projecteur qui va revigorer la ravanne du conteur.
Et c'est reparti pour des contes improvisés, des chants
de son répertoire et des sirandanes spontanées
L'initiative du Centre de Documentation et de la Bibliothèque
du PSTF est à saluer. S'inscrivant dans ses activités
destinées à promouvoir la culture auprès
des enfants, le PSTF leur donne actuellement l'occasion
- et ce jusqu'au 10 août - de découvrir un véritable
patrimoine en Fanfan. Laisser un héritage qui ne cédera
pas à l'érosion du temps, tel est le souhait du
conteur. Et pour lui, les enfants sont, sans aucun doute, les
meilleurs vecteurs de cet héritage. "Les enfants
d'aujourd'hui sont encore plus passionnés par les histoires
d'autrefois ou celles avec des animaux. Moi, je connais des tas
d'histoires. J'étais pêcheur et il m'est arrivé
pas mal d'anecdotes. J'en tire mes histoires. Après
mo get dokimenter lor zanimo dan bokal (ndlr : télévision),
sa donn mwa linspirasyon pou rakont zistwar." Et Fanfan
de remonter le temps. Le temps où, enfant, il mangeait
des "gato manyok kout pwen". Le temps où
sa grand-mère, qui l'élevait, avait du mal à
faire bouillir la marmite
Chaque jeudi et vendredi
Rendez-vous artistique au Jardin de la Compagnie
La créativité artistique peut tout faire, y compris
transformer de la ferraille en instruments de musique. C'est ce
que s'est peut-être dit le nouveau ministre des Arts et
de la Culture, Mahen Gowreesoo, qui a été accueilli
jeudi dernier au Jardin de la Compagnie au son
des steeldrums.
Ce pour le lancement d'une nouvelle activité qui ne manque
pas d'intérêt, sous l'appellation "L'artiste
et son uvre".
Élaborée par le ministère avec l'aide de
la MASA, cette activité se présente comme un rendez-vous
hebdomadaire. Désormais, chaque jeudi et vendredi, entre
11h45 et 15h, des artistes devraient être au rendez-vous
au Jardin de la Compagnie, en plein centre de Port-Louis, pour
présenter leurs uvres au public. Avec la particularité
d'une interaction permettant non seulement de contempler des produits
finis mais aussi de voir les artistes en action, en plein processus
créatif.
Ainsi, les sonorités résonnantes des steeldrums
de la bande à Désiré Saramandiff, installés
sous le kiosque du Jardin, ont donné une ambiance festive
à cette demi-journée, attirant le public vers les
petites marquises installées sur la partie comblée
du Ruisseau du Pouce. Là, on pouvait voir à l'uvre
plusieurs artistes, comme la peintre Sultana Haukim ou le sculpteur
Lewis Dick, entre autres, qui ont donné des aperçus
de leur savoir-faire, tout en répondant aux questions du
public.
Cette activité gagnerait manifestement à se prolonger
en étant étoffée. Car elle peut effectivement
offrir tant au public qu'aux artistes un lieu de rencontre et
de découverte pour les uns, et une plate-forme pour faire
connaître voire vendre leurs uvres pour les autres.
À ce titre, peut-être serait-il plus judicieux de
rebaptiser la manifestation pour y inclure l'aspect primordial
de la rencontre et du partage avec le public, au lieu de la centrer
uniquement sur "l'artiste et son uvre".
À charge maintenant de savoir si cette initiative saura
se perpétuer.
Cité Tôle - Mahébourg
Témoignage
En novembre 2004, le photographe Gilbert Pernet proposait, avec
Annie Cadinouche, une très belle exposition photographique
consacrée à Mahébourg. De retour la semaine
dernière d'un voyage professionnel, il nous a fait parvenir
cette photo, regard d'espoir pour tenter de faire reculer l'ombre.
Après l'assassinat de la petite Marie Anita à Cité
Tôle de Mahébourg, je me suis rappelé la photo
de ces trois enfants prise il y a environ deux ans dans cette
même cité. En aucun cas, il ne faut pas que ce terrible
événement vienne briser le rêve de ces enfants
et que dans ces yeux remplis d'espoir ne coulent un jour des larmes
de détresse.
Mercredi sur les berges de la rivière d'Ebène
Les couples tamouls renouvellent le taali
Des nombreux couples de foi tamoule se sont rendus mercredi sur
les berges de la rivière Ebène à Belle Rose
pour la cérémonie de Aadi Padinettarm Perrukku
Vizha. Cette cérémonie, organisée par
l'aile féminine de l'Union tamoule de Maurice, s'est déroulée
sous une tente après des cérémonies de prières
dans le temple se trouvant dans le voisinage.
Le rituel consiste à renouveler le taali, corde
nuptiale de couleur jaune que portent les femmes mariées.
Cette cérémonie qui se déroule chaque année
est d'une grande signification symbolique car le port du taali
est important pour assurer la longévité de l'époux.
C'est aussi un symbole d'amour qui commence le jour du mariage
lorsque l'époux accroche au cou de son épouse la
corde sacrée.
Cette corde, qui se salit et s'use, doit être renouvelée
chaque année. Car si elle se rompt, cela pourrait entraîner
des conséquences fâcheuses pour le couple. La vieille
corde est jetée dans une rivière ou dans un cours
d'eau. L'ancienne corde est placée sur une feuille de banane.
Elle est ensuite déposée dans l'eau.