Le groupe Naïade, qui fêtera en avril ses 15 ans d'existence,
a présenté cette semaine ses résultats financiers
pour 2004. Il a terminé l'année avec un profit de
Rs 341 millions, ce qui représente une augmentation de
45% par rapport à l'année précédente.
Le chiffre d'affaires du groupe a également connu une croissance
de 20% pour atteindre Rs1.3 milliards à la fin de décembre
2004.
Nous avons profité de l'occasion pour aller interroger
Patrice Hardy, le Managing Director et fondateur de Naïade
Resorts sur le success story de ce groupe hôtelier
mauricien qui 15 ans après sa mise en opération
possède 5 établissements, allant du 3 au 5 étoiles,
totalisant 750 chambres et employant 1600 personnes. L'interview,
réalisée en début de semaine, a débordé
sur la situation dans le secteur touristique local et ses perspectives
d'avenir.
Naïade Resorts, l'entreprise que vous avez fondée
et que vous dirigez, fête cette année ses quinze
ans d'existence. Est-ce que vous avez atteint l'objectif fixé
ou est-ce que ces 15 ans ne sont qu'une étape sur votre
parcours ?
J'espère que ce c'est qu'une étape sur le parcours.
Elle a été une étape extrêmement intéressante,
enrichissante. Je me suis fait plaisir en tant qu'entrepreneur.
Vous vous êtes surtout enrichi en tant qu'entrepreneur.
C'est un aspect du parcours qui n'est pas négligeable dans
cette réussite.
Je crois que j'ai surtout respecté les actionnaires que
je suis allé chercher pour participer avec moi à
cette aventure. En leur donnant des résultats positifs,
en leur payant des dividendes, en leur donnant un "plus
value" sur leurs actions. Moi, je ne suis qu'un petit
actionnaire de Naïade
Tout en étant quand même le principal maillon
de la chaîne de l'entreprise.
J'ai appris depuis longtemps qu'on ne fait plus les choses seul,
que les one man show n'existent plus et que ce qui fonctionne
est un travail d'équipe. En fait, dans le cas de Naïade,
le travail de plusieurs équipes. Il y a plusieurs équipes
qui m'entourent: j'ai une très bonne équipe au sein
de mon conseil d'administration, mes équipes ont, elles-mêmes,
de très bonnes équipes au niveau du commercial,
des opérations ou encore des finances. C'est un travail
d'équipes à tous les niveaux qui fait marcher le
groupe
Sans capitaine les équipes, aussi bonnes qu'elles puissent
être, ne fonctionnent pas bien.
Allons dire qu'il y a un capitaine à Naïade qui a
eu comme don le courage d'entreprendre. J'ai la capacité
de le faire, même si entreprendre à Maurice équivaut
à faire bien souvent, pour chaque projet un véritable
parcours du combattant: pour obtenir les permis, pour faire aboutir
les choses, pour expliquer les choses simples. C'est ça
en fait le travail de l'entrepreneur: faire qu'en fin de compte
tous les éléments nécessaires soient mis
en place pour faire aboutir un projet.
Quand il y a quinze ans vous avez lancé le Tropical
à Trou d'Eau Douce, est-ce que vous aviez déjà
l'ambition de diriger un jour un groupe hôtelier comme les
deux seuls grands - Sun et Beachcomber qui existaient à
l'époque à Maurice ?
Il faut préciser que si cela fait quinze ans cette année
que nous avons commencé nos opérations en ouvrant
le Tropical, en fait le projet a commencé en 1987 quand
nous avons commencé à chercher un terrain sur la
mer pour le projet, à monter des financements pour le réaliser.
C'est la réalisation de ce projet qui m'a d'abord intéressé,
puis c'est en 1992 quand je suis devenu le directeur du Tropical
que j'ai pensé qu'il fallait aller plus loin dans l'hôtellerie.
Construire un groupe. Le succès de l'hôtellerie repose
sur une économie d'échelle: plus on est gros plus
on a des chances d'être rentable. Nous avons donc, soutenus
par mes actionnaires, toujours fait en sorte de grossir pour devenir
rentable en multipliant les projets: Les Pavillons en 1996/97
et Beau Rivage en 1998/99. Après cela, nous étions
alors assez gros pour racheter, à crédit, le Merville
et le Grand Gaube. Entre temps il y a eu l'échec du projet
de l'île aux Deux Cocos
une parenthèse dans la progression de Naïade
?
Je ne sais pas si c'est une parenthèse. Je suis assez philosophe
pour accepter ce qui s'est passé tout en regrettant, au
niveau national, que nous n'ayons pas réussi à convaincre
toutes les parties concernées que ce projet hôtelier
était une bonne chose pour l'île Maurice. Il y a
longtemps que je sais que le développement de Maurice -
à travers la création de richesse et d'emplois -
passe par le Tourisme. Il ne faut pas se contenter de faire les
mêmes choses partout: c'est à dire des hôtels
de plages multipliés à l'infini. L'innovation était
de faire construire un hôtel sur une île, comme ce
sera une innovation de construire un hôtel sur pilotis dans
le lagon comme cela se fait aux Maldives ou en Polynésie
française.
Mais il me semble que l'île aux Deux Cocos fonctionne
comme un produit touristique puisque j'ai vu des publicités
à cet effet dans la presse spécialisée.
L'île aux Deux Cocos ne fonctionne pas comme un hôtel.
En tant que propriétaires du bail nous envoyons des clients
y passer la journée. C'est une manière pour nous
de maintenir l'île en état.
Entamons les sujets qui fâchent. Quel est votre sentiment
par rapport à la pression de plus en plus forte que mettent
les associations écologiques sur les projets de développements
hôteliers ?
Je crois que tous les courants de pensée doivent coexister
à Maurice, mais dans les limites du raisonnable. Eco Sud,
pour ne pas citer cette organisation, n'a existé que pour
contrer le projet de l'île aux Deux Cocos. Dans le sud,
plus précisément à Bel Ombre, de nombreux
problèmes écologiques ont été soulevés,
mais je n'ai jamais entendu Eco Sud se faire entendre, tout comme
dans le débat écologique - ou présenté
comme tel - ouvert à propos de la construction d'une route
à Ferney. Dès que l'on mentionne l'île aux
Deux Cocos, Eco Sud refait surface mais ne se sent absolument
pas concerné par tous les problèmes écologiques
qui peuvent se poser dans le sud.
Laissons de côté cette association. De manière
générale que pensez-vous de cette pression écologique
sur les projets de développements hôteliers ou non
?
Si on regarde l'écologie et, dans un sens plus large, l'environnement
à Maurice, on s'apercevra que le développement touristique,
notamment sur les côtes, a embelli le pays. Les opérateurs
touristiques sont conscients qu'il ne faut pas jouer avec la poule
aux ufs d'or en faisant n'importe quoi. Si l'on se focalise
sur les projets touristiques on semble ne pas vouloir voir que
l'environnement urbain est une catastrophe. Regardez autour de
vous, dans les villes, le nombre important de maisons qui ne sont
pas repeintes ou qui ne l'ont pas été au départ
et les bâtiments laissés à l'abandon. Cela
fait également partie de l'environnement de Maurice et
aucune association pour la défense de l'écologie
ne s'y intéresse.
Plusieurs projets de développements hôteliers
verront le jour dans un proche avenir. Y a-t-il encore de la place
pour ce genre de développement à Maurice ?
Il y a encore de la place pour ce genre de développement
parce que certaines plages privées ont été
libérées. Il faut regarder les choses d'une manière
radicale: Maurice doit faire augmenter le produit intérieur
brut pour élever le niveau de vie des Mauriciens et créer
10,000 nouveaux emplois chaque année pour les jeunes qui
arrivent sur le marché du travail. Le sucre est un secteur
qui connaît des difficultés tout comme le textile.
Le seul secteur qui peut encore créer de l'emploi, s'il
est bien géré, c'est le tourisme. Il faut donc réfléchir
et réagir en conséquence.
Au point de continuer à construire jusqu'à doubler
le nombre d'établissements hôteliers ?
Je crois que nous pouvons facilement doubler la capacité.
Nous accueillons aujourd'hui 700,000 touristes et nous pourrions
en accueillir un million et même plus. Cela ne peut pas
se faire du jour au lendemain et mérite une planification.
On ne peut pas se contenter de construire des hôtels qui
ne seraient que des copies de ce qui existe déjà
et diversifier. Mais je crois qu'il y a de la marge.
Viser un million de touristiques alors que l'on parle de stagnation
des arrivées n'est pas quelque part un peu contradictoire
?
Cela peut le paraître, mais ce ne l'est pas quand on connaît
le sujet. Les responsables de l'industrie sont en train de discuter
pour régler ce qui semble être en fait des problèmes
mineurs pour faire repartir la croissance. Il s'agit d'abord de
la promotion de la destination avec une augmentation, longtemps
attendue, du budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority
(MTPA) par les autorités. Il s'agit ensuite de discussions
sur l'accès aérien qui sont bien avancées.
Tout en souhaitant une baisse de prix, les hôteliers sont
conscients que l'ouverture du ciel à des compagnies aériennes
à bas prix, nous ferait baisser de gamme de touristes,
ce que personne ne souhaite. Il faudra également trouver
des formules pour remplir les avions et les hôtels pendant
la basse saison.
Cela fait des années qu'Air Mauritius assure que ses
avions ne sont pas remplis à certaines périodes
alors que les hôteliers disent qu'ils n'ont pas de sièges
pour transporter leurs clients et remplir leurs chambres. Est-ce
qu'on arrivera un jour à régler ce problème
qui semble insurmontable ?
Ce problème n'a pas été réglé
parce que durant toutes ces années le tourisme mauricien
était en pleine croissance. Ce n'est que depuis que la
situation a commencé à évoluer négativement
que le problème s'est posé de manière beaucoup
plus aiguë.
Les hôtels mauriciens ont augmenté de 36% l'année
dernière. Est-ce que cette augmentation est l'atout qui
va permettre de relancer la croissance ?
Nous n'avons pas augmenté nos prix de 36% en devises étrangères,
mais en roupies ce qui fait une sacrée différence.
J'aurais adoré pouvoir augmenter les prix de Naïade
par 36% en devises étrangères.
Ne chicanons pas sur les devises mais sur l'augmentation
Nous avons augmenté nos prix année après
année parce que nous évoluons dans un environnement
où le coût augmente année après année.
Les salaires sont augmentés tous les ans, comme certains
produits et nous devons les absorber. Pour ce faire, nous augmenterons
nos tarifs aussi longtemps que les lois du marché nous
le permettront. Si la croissance ne redémarre pas nous
aurons à prendre les mesures qui s'imposent: la réduction
des coûts et frais. Il ne faut pas oublier que nous sommes
en compétition avec d'autres destinations qui disposent
de beaucoup plus de moyens que nous. Nous devons éternellement
nous positionner pour tout en étant dans le haut du "pricing"
rester une destination qui attire.
Est-ce qu'il y a un seuil de l'acceptable en termes de nombre
de touristes pour Maurice ?
On a dit pendant des années qu'il serait insupportable
que le nombre de touristes dépasse le nombre de ses habitants.
Même s'il y a 1 million de touristes qui viennent à
Maurice ils ne seront pas tous là au même moment.
Avec les 700,000 qui nous ont visités nous n'avons eu dans
les périodes les plus chargées que 25,000 par jour.
À partir de ce chiffre je peux dire que nous sommes très
loin du seuil de tolérance en rappelant que Singapour qui
est plus petit que Maurice a accueilli l'année dernière
30 millions de visiteurs.
On a souvent reproché à l'industrie hôtelière
d'être composé d'acteurs ayant plus tendance à
défendre leurs intérêts particuliers qu'à
suivre une politique commune. Est-ce encore le cas en 2005 ?
Je ne le crois pas. Au sein de l'Association des Hôteliers
et Restaurateurs de l'Ile Maurice (AHRIM) que j'ai présidé
et dont je suis aujourd'hui le Vice-Président
je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur exemple
de l'unité du secteur hôtelier dans la mesure où
Beachcomber s'est retiré de l'AHRIM
c'est vrai, ce n'est pas bon et j'espère que Beachcomber
va revenir rapidement au sein de l'AHRIM. Mais je crois que malgré
tout, nous parlons le même langage quelque part. Nous avons
compris qu'il fallait nous voir plus souvent et partager d'avantage
nos expériences et je crois que nous avons aujourd'hui
la même vision pour le développement du tourisme.
Est-ce que cette vision commune est partagée par le
gouvernement mauricien ?
Je crois que oui. Tous les gouvernements ont eu à cur
le développement du tourisme et ont adopté la même
politique. La seule chose qui est peut-être en déphasage
est le fait que le gouvernement veut augmenter le nombre de chambres
d'hôtels alors que l'industrie pense qu'il faut faire redémarrer
la croissance. Mais je pense que l'argument des hôteliers
a été non seulement entendu mais compris.
Vous êtes optimiste sur l'avenir de l'industrie touristique
?
Je crois en cette industrie et à son avenir surtout si
l'on s'attaque sérieusement à régler ses
problèmes. Comme le gouvernement vient de le faire avec
l'augmentation du budget de la MTPA pour la promotion de la destination.
Tout comme on discute de l'accès aérien depuis une
année. Il y a un sujet qui doit être étudié
sérieusement c'est la sécurité et je vais
vous donner un exemple concret. En 1997 en ouvrant les Pavillons
nous n'avions aucune sécurité particulière
pour cet hôtel. Au fil du temps, nous avons été
obligés de faire face à l'insécurité
qui augmente. Nous avons muni les chambres de coffres personnels
de plus en plus sophistiqués, de serrures électroniques,
nous avons installé des caméras de sécurité
de plus en plus perfectionnées. Nous avons été
obligés d'investir dans ce domaine parce que l'insécurité
dans le secteur touristique est devenue un problème qu'il
faut impérativement régler le plus rapidement possible.
Revenons à la MTPA: si publiquement les hôteliers
disent soutenir son action en privé, ils ne se privent
pas pour critiquer son fonctionnement, pour ne pas dire son manque
de dynamisme. Un commentaire ?
Il faut comprendre comment la MTPA est structurée. C'est
un organisme qui dépend du gouvernement et qui est donc
géré d'une certaine manière qui ne lui donne
pas une entière autonomie. Cette main mise de l'état
et le niveau de son budget ne lui permettent pas de fonctionner
comme il le faudrait. Surtout que son budget est en roupies dans
un environnement qui fonctionne en devises étrangères.
Il faut donc regarder la MTPA dans ses paramètres réels
et ne pas lui demander ce qu'elle ne peut pas faire. Pour le moment
le budget de cet organisme est de Rs160 millions plus la rallonge
de Rs 100. Avec cette somme on ne peut pas lui demander de faire
des campagnes de promotion de Rs 500 millions.
Quelle est, selon vous, La mesure qu'il faudrait prendre maintenant
pour donner le "boost" nécessaire à l'industrie
touristique mauricienne ?
Pour moi la priorité des priorités c'est la promotion
de la destination et par conséquent, il faut augmenter
les moyens de la MTPA. On ne peut plus réagir comme on
le faisait il y 20 ans alors que nous étions précurseurs
dans beaucoup de domaines. Il y a vingt ans, Maurice était
seule dans la région et dans son créneau touristique.
Ce n'est plus le cas aujourd'hui et les autres destinations qui
sont nos concurrentes ne se privent pas pour faire une publicité
énorme, massive sur les marchés émetteurs.
Si nous ne nous donnons pas les moyens de nous faire voir et entendre,
nous allons disparaître.
Est-ce qu'il y aurait eu au cours des 15 ans de l'ascension
de Naïade une décision que vous n'auriez pas dû
prendre, l'échec qui vous a le plus marqué ?
L'être humain a la capacité d'oublier les mauvaises
choses pour ne garder en mémoire que les bonnes. Je pourrais
vous répondre que l'échec que je garde en mémoire
est l'île aux Deux Cocos. Mais je me demande tout de suite
si ce projet a été un échec ou une situation
exceptionnelle dans laquelle nous nous sommes retrouvés,
parce que Maurice était en pleine campagne pour une élection
générale ?
Laissons de côté les non-réussites du passé
pour nous tourner vers l'avenir. Comment voyez Naïade dans
15 ans ?
Il sera devenu, je l'espère, un grand groupe régional
et un grand groupe de service. Parce que c'est plus difficile,
en fait, d'aller vendre son know how que de prendre de
l'argent pour aller investir ailleurs et de gérer des hôtels.
Mon ambition est de faire de Naïade un grand groupe régional
en vendant son know how hôtelier. Les hôteliers
mauriciens ont acquis ces dernières années un savoir-faire
qu'il faut mettre à la disposition du secteur des services
qui, après le tourisme, sera l'autre domaine dans lequel
on pourra créer de nouveaux emplois à Maurice.
Quand un petit entrepreneur se lance dans l'arène il
est souvenu considéré avec amusement pour ne pas
dire dédain ou mépris par ceux qui sont bien installés
dans la place. Aujourd'hui que vous faites partie des groupes
bien installés dans le tourisme est-ce que vous n'avez
pas tendance à regarder de haut les nouveaux entrepreneurs
qui se risquent dans le secteur ?
Quand je suis arrivé dans le secteur je n'avais que vingt-neuf
ans, un âge auquel on passe ou on accepte beaucoup de choses.
Naïade a réussi parce que nous avons toujours su faire
confiance aux jeunes, leur avons donné l'occasion de s'exprimer,
d'exposer leurs idées nouvelles. Je ne regarderai jamais
un jeune nouveau venu d'un air condescendant. Ils ont une énergie,
une soif de réussir qu'il faut encourager.
Et s'il fallait pour finir, résumer d'un mot le success
story de Naïade ?
Le travail. J'ai eu de la chance d'avoir autour de moi des gens
qui ont toujours eu un énorme respect pour le travail et
m'ont appris que pour réussir il fallait travailler. J'ai
fait de ce conseil un mode de vie et j'ai réussi à
le faire accepter par mes collaborateurs. Aujourd'hui à
Naïade nos horaires sont pratiquement de 60 heures par semaine.
La réussite du groupe repose essentiellement sur le travail.
Questions à Joseph-Alain Sauzier, DG de la MCB
"On n'entre pas à la MCB comme dans un bazar ou
dans un moulin !"
Joseph-Alain Sauzier, le nouveau directeur général
de la Mauritius Commercial Bank, qui vient de prendre ses fonctions,
a accepté de répondre à quelques questions,
vendredi dernier. En nous prévenant qu'eu égard
à l'enquête criminelle en cours suite au hold-up
et à la découverte d'un cadavre dans le coffre de
la banque, il serait dans l'impossibilité de répondre
à certaines questions.
Joseph-Alain Sauzier, vous êtes le nouveau directeur
général, le seul patron après Dieu, de la
MCB. Vous venez de prendre vos fonctions et avez eu, si je puis
me permettre, un drôle de cadeau avec le hold-up que vient
de subir la banque que vous dirigez !
Permettez-moi d'abord de souligner que je suis le seul patron
de la MCB après le conseil d'administration. Ce que vous
qualifiez de drôle de cadeau n'est malheureusement qu'un
triste événement qui souligne le climat de violence
qui semble régner ici. Ce triste événement
fragilise la MCB, qui avait suffisamment souffert il y a deux
ans et qui n'est pas encore remise des séquelles de ce
qui s'est passé. Je dirais que nous n'avions pas besoin
de ça. Mais, en même temps, connaissant la place
de la banque à Maurice et la qualité de son personnel
et de son dévouement, nous nous en sortirons. C'est un
événement imprévu qui va nous prendre du
temps, beaucoup d'efforts et de travail et qui va retarder d'autres
échéances. Mais, dans la vie, il y a toujours des
hauts et des bas et il faut savoir se battre. C'est définitivement
un événement dont nous aurions pu nous passer.
En lisant et en écoutant les nombreux comptes rendus
sur le déroulement du hold-up, il semblerait que l'on puisse
entrer dans le coffre-fort de la MCB - dans son saint des saints
- comme dans un moulin, pour ne pas dire dans un bazar !
C'est la conclusion à laquelle vous êtes arrivé
sur la base de ce que dit et écrit la presse. Je ne ferais
pas de commentaire à ce sujet étant donné
qu'il y a actuellement, comme tout le monde le sait, une enquête
de police à très haut niveau en cours. Mais je puis
vous affirmer qu'on n'entre pas à la Mauritius Commercial
Bank ni comme dans un bazar, ni comme dans un moulin !
Je comprends que vous ne puissiez pas donner des détails
sur les faits en raison de l'enquête en cours. Mais pourriez-vous
me dire si la somme volée est de Rs 51,8 millions ou, comme
cela a été dit et écrit, dépasse les
Rs 100 millions ?
Je confirme que le montant dérobé à la MCB
est la somme qui a été annoncée officiellement,
c'est-à-dire Rs 51,8 millions. Je ne ferai pas de commentaires
sur ce qui a été dit, car, une fois encore, tous
ces aspects tournent autour de l'ensemble de cette tragédie
qui fait l'objet d'une enquête.
Toutes sortes d'hypothèses ont été avancées
dont de nombreuses impliquant des complicités de l'intérieur
de la banque avec un haut cadre portant la matricule 007. À
terme, ces rumeurs - que vous ne pouvez ni commenter ni démentir
- ne risquent-ils pas de ternir de façon irrémédiable
l'image de la banque ?
Comme vous le dites si bien, je ne puis ni commenter ni démentir
les rumeurs. Je note d'ailleurs que beaucoup de ce qui est dit
semble provenir de sources d'informations dont je ne dispose pas.
Je ne peux pas commenter cet aspect des choses. Mais ceci étant,
et indépendamment de cette tragédie et de cette
situation, je crois que l'image de la MCB est celle d'une institution
qui a survécu depuis plus de 165 ans à travers beaucoup
de péripéties, beaucoup d'épreuves. D'ailleurs,
et au contraire de ce que l'on voudrait dire, la meilleure indication
que la MCB ne se porte pas tellement mal réside dans le
fait que le cours de ses actions ne s'est pas affaibli depuis
l'événement. Le regard porté sur cet établissement
est plutôt serein, en dépit de toute une série
de réactions un peu épidermiques à droite
ou à gauche.
L'homme de communication que vous êtes ne peut pas ne
pas savoir qu'une image de marque n'est pas faite que de bons
résultats financiers.
Nous sommes extrêmement vigilants, nous déployons
beaucoup de temps en interne et avons pris des initiatives en
externe, mais chaque chose viendra en son temps. Encore une fois,
cette situation tragique retarde des échéances qui
autrement auraient été déjà en chantier.
Ce vendredi matin, à la MCB, les clients et les employés
portant des sacs ont été fouillés dans le
cadre d'un plan de sécurité dont on testerait l'efficacité.
Ce plan n'arrive-t-il pas un peu trop tard ?
Seuls les employés - dont votre serviteur - et les clients
qui avaient des colis anormalement importants ont fait l'objet
d'une invitation à exposer ce qu'ils avaient. L'opération
s'est bien passée et, à ma connaissance, n'a provoqué
aucun incident. C'était un exercice de grandeur nature
pour tester notre dispositif de sécurité. Dans ma
philosophie, l'entrée en fonction d'un nouveau directeur
entraîne un audit, une vérification des secteurs
dont il est responsable. Cet exercice de sécurité,
qui était déjà programmé avant mon
arrivée, s'inscrivait dans le cadre normal de nos activités
pour conforter nos clients et le public que quand il faut faire
des vérifications et des contrôles, nous le faisons
ouvertement. L'exercice a été annoncé par
la diffusion d'annonces sonores en trois langues, pour expliquer
ce qui s'est passé.
Eu égard à tout ce qui se passe pendant vos premiers
jours comme directeur général de la MCB, ne regrettez-vous
pas d'avoir quitté votre retraite dorée dans la
principauté de Monaco ?
Non, parce que malgré les difficultés, malgré
les demandes peut-être plus exigeantes que je ne le pensais,
ce nouveau poste est extrêmement motivant. J'ai autour de
moi une équipe d'une grande qualité, d'un grand
dévouement et d'une grande disponibilité. À
telle enseigne que si j'avais - ce qui n'est absolument pas le
cas - des moments de "blues" en regrettant la Principauté,
rien que le regard de mes collaborateurs me ferait très
rapidement oublier le reste.
Je suis sûr que vous ne répondrez pas à
la dernière question mais je vous la pose quand même.
Êtes-vous satisfait du déroulement de l'enquête
?
No comment, évidemment. Mais je compléterai
ce no comment en rappelant simplement la politique - à
laquelle, je souscris totalement - du conseil d'administration
de la MCB de ne pas faire de commentaire sur un événement
qui fait l'objet d'une enquête de police, à plus
forte raison d'une instruction judiciaire. C'est un choix. Nous
attendrons, comme le veut la loi, la fin de l'enquête et
ses conclusions pour nous exprimer.