i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 7 février 2005



Patrice Hardy, directeur de Naïade Resorts:


"Le développement de Maurice passe par le Tourisme"


Questions à Joseph-Alain Sauzier, DG de la MCB


"On n'entre pas à la MCB comme dans un bazar ou dans un moulin !"


Patrice Hardy, directeur de Naïade Resorts:


"Le développement de Maurice passe par le Tourisme"

Le groupe Naïade, qui fêtera en avril ses 15 ans d'existence, a présenté cette semaine ses résultats financiers pour 2004. Il a terminé l'année avec un profit de Rs 341 millions, ce qui représente une augmentation de 45% par rapport à l'année précédente. Le chiffre d'affaires du groupe a également connu une croissance de 20% pour atteindre Rs1.3 milliards à la fin de décembre 2004.

Nous avons profité de l'occasion pour aller interroger Patrice Hardy, le Managing Director et fondateur de Naïade Resorts sur le success story de ce groupe hôtelier mauricien qui 15 ans après sa mise en opération possède 5 établissements, allant du 3 au 5 étoiles, totalisant 750 chambres et employant 1600 personnes. L'interview, réalisée en début de semaine, a débordé sur la situation dans le secteur touristique local et ses perspectives d'avenir.

Naïade Resorts, l'entreprise que vous avez fondée et que vous dirigez, fête cette année ses quinze ans d'existence. Est-ce que vous avez atteint l'objectif fixé ou est-ce que ces 15 ans ne sont qu'une étape sur votre parcours ?

J'espère que ce c'est qu'une étape sur le parcours. Elle a été une étape extrêmement intéressante, enrichissante. Je me suis fait plaisir en tant qu'entrepreneur.

Vous vous êtes surtout enrichi en tant qu'entrepreneur. C'est un aspect du parcours qui n'est pas négligeable dans cette réussite.

Je crois que j'ai surtout respecté les actionnaires que je suis allé chercher pour participer avec moi à cette aventure. En leur donnant des résultats positifs, en leur payant des dividendes, en leur donnant un "plus value" sur leurs actions. Moi, je ne suis qu'un petit actionnaire de Naïade…

… Tout en étant quand même le principal maillon de la chaîne de l'entreprise.

J'ai appris depuis longtemps qu'on ne fait plus les choses seul, que les one man show n'existent plus et que ce qui fonctionne est un travail d'équipe. En fait, dans le cas de Naïade, le travail de plusieurs équipes. Il y a plusieurs équipes qui m'entourent: j'ai une très bonne équipe au sein de mon conseil d'administration, mes équipes ont, elles-mêmes, de très bonnes équipes au niveau du commercial, des opérations ou encore des finances. C'est un travail d'équipes à tous les niveaux qui fait marcher le groupe

Sans capitaine les équipes, aussi bonnes qu'elles puissent être, ne fonctionnent pas bien.

Allons dire qu'il y a un capitaine à Naïade qui a eu comme don le courage d'entreprendre. J'ai la capacité de le faire, même si entreprendre à Maurice équivaut à faire bien souvent, pour chaque projet un véritable parcours du combattant: pour obtenir les permis, pour faire aboutir les choses, pour expliquer les choses simples. C'est ça en fait le travail de l'entrepreneur: faire qu'en fin de compte tous les éléments nécessaires soient mis en place pour faire aboutir un projet.

Quand il y a quinze ans vous avez lancé le Tropical à Trou d'Eau Douce, est-ce que vous aviez déjà l'ambition de diriger un jour un groupe hôtelier comme les deux seuls grands - Sun et Beachcomber qui existaient à l'époque à Maurice ?

Il faut préciser que si cela fait quinze ans cette année que nous avons commencé nos opérations en ouvrant le Tropical, en fait le projet a commencé en 1987 quand nous avons commencé à chercher un terrain sur la mer pour le projet, à monter des financements pour le réaliser. C'est la réalisation de ce projet qui m'a d'abord intéressé, puis c'est en 1992 quand je suis devenu le directeur du Tropical que j'ai pensé qu'il fallait aller plus loin dans l'hôtellerie. Construire un groupe. Le succès de l'hôtellerie repose sur une économie d'échelle: plus on est gros plus on a des chances d'être rentable. Nous avons donc, soutenus par mes actionnaires, toujours fait en sorte de grossir pour devenir rentable en multipliant les projets: Les Pavillons en 1996/97 et Beau Rivage en 1998/99. Après cela, nous étions alors assez gros pour racheter, à crédit, le Merville et le Grand Gaube. Entre temps il y a eu l'échec du projet de l'île aux Deux Cocos…

… une parenthèse dans la progression de Naïade ?

Je ne sais pas si c'est une parenthèse. Je suis assez philosophe pour accepter ce qui s'est passé tout en regrettant, au niveau national, que nous n'ayons pas réussi à convaincre toutes les parties concernées que ce projet hôtelier était une bonne chose pour l'île Maurice. Il y a longtemps que je sais que le développement de Maurice - à travers la création de richesse et d'emplois - passe par le Tourisme. Il ne faut pas se contenter de faire les mêmes choses partout: c'est à dire des hôtels de plages multipliés à l'infini. L'innovation était de faire construire un hôtel sur une île, comme ce sera une innovation de construire un hôtel sur pilotis dans le lagon comme cela se fait aux Maldives ou en Polynésie française.

Mais il me semble que l'île aux Deux Cocos fonctionne comme un produit touristique puisque j'ai vu des publicités à cet effet dans la presse spécialisée.

L'île aux Deux Cocos ne fonctionne pas comme un hôtel. En tant que propriétaires du bail nous envoyons des clients y passer la journée. C'est une manière pour nous de maintenir l'île en état.

Entamons les sujets qui fâchent. Quel est votre sentiment par rapport à la pression de plus en plus forte que mettent les associations écologiques sur les projets de développements hôteliers ?

Je crois que tous les courants de pensée doivent coexister à Maurice, mais dans les limites du raisonnable. Eco Sud, pour ne pas citer cette organisation, n'a existé que pour contrer le projet de l'île aux Deux Cocos. Dans le sud, plus précisément à Bel Ombre, de nombreux problèmes écologiques ont été soulevés, mais je n'ai jamais entendu Eco Sud se faire entendre, tout comme dans le débat écologique - ou présenté comme tel - ouvert à propos de la construction d'une route à Ferney. Dès que l'on mentionne l'île aux Deux Cocos, Eco Sud refait surface mais ne se sent absolument pas concerné par tous les problèmes écologiques qui peuvent se poser dans le sud.

Laissons de côté cette association. De manière générale que pensez-vous de cette pression écologique sur les projets de développements hôteliers ou non ?

Si on regarde l'écologie et, dans un sens plus large, l'environnement à Maurice, on s'apercevra que le développement touristique, notamment sur les côtes, a embelli le pays. Les opérateurs touristiques sont conscients qu'il ne faut pas jouer avec la poule aux œufs d'or en faisant n'importe quoi. Si l'on se focalise sur les projets touristiques on semble ne pas vouloir voir que l'environnement urbain est une catastrophe. Regardez autour de vous, dans les villes, le nombre important de maisons qui ne sont pas repeintes ou qui ne l'ont pas été au départ et les bâtiments laissés à l'abandon. Cela fait également partie de l'environnement de Maurice et aucune association pour la défense de l'écologie ne s'y intéresse.

Plusieurs projets de développements hôteliers verront le jour dans un proche avenir. Y a-t-il encore de la place pour ce genre de développement à Maurice ?

Il y a encore de la place pour ce genre de développement parce que certaines plages privées ont été libérées. Il faut regarder les choses d'une manière radicale: Maurice doit faire augmenter le produit intérieur brut pour élever le niveau de vie des Mauriciens et créer 10,000 nouveaux emplois chaque année pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Le sucre est un secteur qui connaît des difficultés tout comme le textile. Le seul secteur qui peut encore créer de l'emploi, s'il est bien géré, c'est le tourisme. Il faut donc réfléchir et réagir en conséquence.

Au point de continuer à construire jusqu'à doubler le nombre d'établissements hôteliers ?

Je crois que nous pouvons facilement doubler la capacité. Nous accueillons aujourd'hui 700,000 touristes et nous pourrions en accueillir un million et même plus. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain et mérite une planification. On ne peut pas se contenter de construire des hôtels qui ne seraient que des copies de ce qui existe déjà et diversifier. Mais je crois qu'il y a de la marge.

Viser un million de touristiques alors que l'on parle de stagnation des arrivées n'est pas quelque part un peu contradictoire ?

Cela peut le paraître, mais ce ne l'est pas quand on connaît le sujet. Les responsables de l'industrie sont en train de discuter pour régler ce qui semble être en fait des problèmes mineurs pour faire repartir la croissance. Il s'agit d'abord de la promotion de la destination avec une augmentation, longtemps attendue, du budget de la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) par les autorités. Il s'agit ensuite de discussions sur l'accès aérien qui sont bien avancées. Tout en souhaitant une baisse de prix, les hôteliers sont conscients que l'ouverture du ciel à des compagnies aériennes à bas prix, nous ferait baisser de gamme de touristes, ce que personne ne souhaite. Il faudra également trouver des formules pour remplir les avions et les hôtels pendant la basse saison.

Cela fait des années qu'Air Mauritius assure que ses avions ne sont pas remplis à certaines périodes alors que les hôteliers disent qu'ils n'ont pas de sièges pour transporter leurs clients et remplir leurs chambres. Est-ce qu'on arrivera un jour à régler ce problème qui semble insurmontable ?

Ce problème n'a pas été réglé parce que durant toutes ces années le tourisme mauricien était en pleine croissance. Ce n'est que depuis que la situation a commencé à évoluer négativement que le problème s'est posé de manière beaucoup plus aiguë.

Les hôtels mauriciens ont augmenté de 36% l'année dernière. Est-ce que cette augmentation est l'atout qui va permettre de relancer la croissance ?

Nous n'avons pas augmenté nos prix de 36% en devises étrangères, mais en roupies ce qui fait une sacrée différence. J'aurais adoré pouvoir augmenter les prix de Naïade par 36% en devises étrangères.

Ne chicanons pas sur les devises mais sur l'augmentation…

Nous avons augmenté nos prix année après année parce que nous évoluons dans un environnement où le coût augmente année après année. Les salaires sont augmentés tous les ans, comme certains produits et nous devons les absorber. Pour ce faire, nous augmenterons nos tarifs aussi longtemps que les lois du marché nous le permettront. Si la croissance ne redémarre pas nous aurons à prendre les mesures qui s'imposent: la réduction des coûts et frais. Il ne faut pas oublier que nous sommes en compétition avec d'autres destinations qui disposent de beaucoup plus de moyens que nous. Nous devons éternellement nous positionner pour tout en étant dans le haut du "pricing" rester une destination qui attire.

Est-ce qu'il y a un seuil de l'acceptable en termes de nombre de touristes pour Maurice ?

On a dit pendant des années qu'il serait insupportable que le nombre de touristes dépasse le nombre de ses habitants. Même s'il y a 1 million de touristes qui viennent à Maurice ils ne seront pas tous là au même moment. Avec les 700,000 qui nous ont visités nous n'avons eu dans les périodes les plus chargées que 25,000 par jour. À partir de ce chiffre je peux dire que nous sommes très loin du seuil de tolérance en rappelant que Singapour qui est plus petit que Maurice a accueilli l'année dernière 30 millions de visiteurs.

On a souvent reproché à l'industrie hôtelière d'être composé d'acteurs ayant plus tendance à défendre leurs intérêts particuliers qu'à suivre une politique commune. Est-ce encore le cas en 2005 ?

Je ne le crois pas. Au sein de l'Association des Hôteliers et Restaurateurs de l'Ile Maurice (AHRIM) que j'ai présidé et dont je suis aujourd'hui le Vice-Président…

… je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur exemple de l'unité du secteur hôtelier dans la mesure où Beachcomber s'est retiré de l'AHRIM…

… c'est vrai, ce n'est pas bon et j'espère que Beachcomber va revenir rapidement au sein de l'AHRIM. Mais je crois que malgré tout, nous parlons le même langage quelque part. Nous avons compris qu'il fallait nous voir plus souvent et partager d'avantage nos expériences et je crois que nous avons aujourd'hui la même vision pour le développement du tourisme.

Est-ce que cette vision commune est partagée par le gouvernement mauricien ?

Je crois que oui. Tous les gouvernements ont eu à cœur le développement du tourisme et ont adopté la même politique. La seule chose qui est peut-être en déphasage est le fait que le gouvernement veut augmenter le nombre de chambres d'hôtels alors que l'industrie pense qu'il faut faire redémarrer la croissance. Mais je pense que l'argument des hôteliers a été non seulement entendu mais compris.

Vous êtes optimiste sur l'avenir de l'industrie touristique ?

Je crois en cette industrie et à son avenir surtout si l'on s'attaque sérieusement à régler ses problèmes. Comme le gouvernement vient de le faire avec l'augmentation du budget de la MTPA pour la promotion de la destination. Tout comme on discute de l'accès aérien depuis une année. Il y a un sujet qui doit être étudié sérieusement c'est la sécurité et je vais vous donner un exemple concret. En 1997 en ouvrant les Pavillons nous n'avions aucune sécurité particulière pour cet hôtel. Au fil du temps, nous avons été obligés de faire face à l'insécurité qui augmente. Nous avons muni les chambres de coffres personnels de plus en plus sophistiqués, de serrures électroniques, nous avons installé des caméras de sécurité de plus en plus perfectionnées. Nous avons été obligés d'investir dans ce domaine parce que l'insécurité dans le secteur touristique est devenue un problème qu'il faut impérativement régler le plus rapidement possible.

Revenons à la MTPA: si publiquement les hôteliers disent soutenir son action en privé, ils ne se privent pas pour critiquer son fonctionnement, pour ne pas dire son manque de dynamisme. Un commentaire ?

Il faut comprendre comment la MTPA est structurée. C'est un organisme qui dépend du gouvernement et qui est donc géré d'une certaine manière qui ne lui donne pas une entière autonomie. Cette main mise de l'état et le niveau de son budget ne lui permettent pas de fonctionner comme il le faudrait. Surtout que son budget est en roupies dans un environnement qui fonctionne en devises étrangères. Il faut donc regarder la MTPA dans ses paramètres réels et ne pas lui demander ce qu'elle ne peut pas faire. Pour le moment le budget de cet organisme est de Rs160 millions plus la rallonge de Rs 100. Avec cette somme on ne peut pas lui demander de faire des campagnes de promotion de Rs 500 millions.

Quelle est, selon vous, La mesure qu'il faudrait prendre maintenant pour donner le "boost" nécessaire à l'industrie touristique mauricienne ?

Pour moi la priorité des priorités c'est la promotion de la destination et par conséquent, il faut augmenter les moyens de la MTPA. On ne peut plus réagir comme on le faisait il y 20 ans alors que nous étions précurseurs dans beaucoup de domaines. Il y a vingt ans, Maurice était seule dans la région et dans son créneau touristique. Ce n'est plus le cas aujourd'hui et les autres destinations qui sont nos concurrentes ne se privent pas pour faire une publicité énorme, massive sur les marchés émetteurs. Si nous ne nous donnons pas les moyens de nous faire voir et entendre, nous allons disparaître.

Est-ce qu'il y aurait eu au cours des 15 ans de l'ascension de Naïade une décision que vous n'auriez pas dû prendre, l'échec qui vous a le plus marqué ?

L'être humain a la capacité d'oublier les mauvaises choses pour ne garder en mémoire que les bonnes. Je pourrais vous répondre que l'échec que je garde en mémoire est l'île aux Deux Cocos. Mais je me demande tout de suite si ce projet a été un échec ou une situation exceptionnelle dans laquelle nous nous sommes retrouvés, parce que Maurice était en pleine campagne pour une élection générale ?

Laissons de côté les non-réussites du passé pour nous tourner vers l'avenir. Comment voyez Naïade dans 15 ans ?

Il sera devenu, je l'espère, un grand groupe régional et un grand groupe de service. Parce que c'est plus difficile, en fait, d'aller vendre son know how que de prendre de l'argent pour aller investir ailleurs et de gérer des hôtels. Mon ambition est de faire de Naïade un grand groupe régional en vendant son know how hôtelier. Les hôteliers mauriciens ont acquis ces dernières années un savoir-faire qu'il faut mettre à la disposition du secteur des services qui, après le tourisme, sera l'autre domaine dans lequel on pourra créer de nouveaux emplois à Maurice.

Quand un petit entrepreneur se lance dans l'arène il est souvenu considéré avec amusement pour ne pas dire dédain ou mépris par ceux qui sont bien installés dans la place. Aujourd'hui que vous faites partie des groupes bien installés dans le tourisme est-ce que vous n'avez pas tendance à regarder de haut les nouveaux entrepreneurs qui se risquent dans le secteur ?

Quand je suis arrivé dans le secteur je n'avais que vingt-neuf ans, un âge auquel on passe ou on accepte beaucoup de choses. Naïade a réussi parce que nous avons toujours su faire confiance aux jeunes, leur avons donné l'occasion de s'exprimer, d'exposer leurs idées nouvelles. Je ne regarderai jamais un jeune nouveau venu d'un air condescendant. Ils ont une énergie, une soif de réussir qu'il faut encourager.

Et s'il fallait pour finir, résumer d'un mot le success story de Naïade ?

Le travail. J'ai eu de la chance d'avoir autour de moi des gens qui ont toujours eu un énorme respect pour le travail et m'ont appris que pour réussir il fallait travailler. J'ai fait de ce conseil un mode de vie et j'ai réussi à le faire accepter par mes collaborateurs. Aujourd'hui à Naïade nos horaires sont pratiquement de 60 heures par semaine. La réussite du groupe repose essentiellement sur le travail.


Questions à Joseph-Alain Sauzier, DG de la MCB


"On n'entre pas à la MCB comme dans un bazar ou dans un moulin !"

Joseph-Alain Sauzier, le nouveau directeur général de la Mauritius Commercial Bank, qui vient de prendre ses fonctions, a accepté de répondre à quelques questions, vendredi dernier. En nous prévenant qu'eu égard à l'enquête criminelle en cours suite au hold-up et à la découverte d'un cadavre dans le coffre de la banque, il serait dans l'impossibilité de répondre à certaines questions.

Joseph-Alain Sauzier, vous êtes le nouveau directeur général, le seul patron après Dieu, de la MCB. Vous venez de prendre vos fonctions et avez eu, si je puis me permettre, un drôle de cadeau avec le hold-up que vient de subir la banque que vous dirigez !

Permettez-moi d'abord de souligner que je suis le seul patron de la MCB après le conseil d'administration. Ce que vous qualifiez de drôle de cadeau n'est malheureusement qu'un triste événement qui souligne le climat de violence qui semble régner ici. Ce triste événement fragilise la MCB, qui avait suffisamment souffert il y a deux ans et qui n'est pas encore remise des séquelles de ce qui s'est passé. Je dirais que nous n'avions pas besoin de ça. Mais, en même temps, connaissant la place de la banque à Maurice et la qualité de son personnel et de son dévouement, nous nous en sortirons. C'est un événement imprévu qui va nous prendre du temps, beaucoup d'efforts et de travail et qui va retarder d'autres échéances. Mais, dans la vie, il y a toujours des hauts et des bas et il faut savoir se battre. C'est définitivement un événement dont nous aurions pu nous passer.

En lisant et en écoutant les nombreux comptes rendus sur le déroulement du hold-up, il semblerait que l'on puisse entrer dans le coffre-fort de la MCB - dans son saint des saints - comme dans un moulin, pour ne pas dire dans un bazar !

C'est la conclusion à laquelle vous êtes arrivé sur la base de ce que dit et écrit la presse. Je ne ferais pas de commentaire à ce sujet étant donné qu'il y a actuellement, comme tout le monde le sait, une enquête de police à très haut niveau en cours. Mais je puis vous affirmer qu'on n'entre pas à la Mauritius Commercial Bank ni comme dans un bazar, ni comme dans un moulin !

Je comprends que vous ne puissiez pas donner des détails sur les faits en raison de l'enquête en cours. Mais pourriez-vous me dire si la somme volée est de Rs 51,8 millions ou, comme cela a été dit et écrit, dépasse les Rs 100 millions ?

Je confirme que le montant dérobé à la MCB est la somme qui a été annoncée officiellement, c'est-à-dire Rs 51,8 millions. Je ne ferai pas de commentaires sur ce qui a été dit, car, une fois encore, tous ces aspects tournent autour de l'ensemble de cette tragédie qui fait l'objet d'une enquête.

Toutes sortes d'hypothèses ont été avancées dont de nombreuses impliquant des complicités de l'intérieur de la banque avec un haut cadre portant la matricule 007. À terme, ces rumeurs - que vous ne pouvez ni commenter ni démentir - ne risquent-ils pas de ternir de façon irrémédiable l'image de la banque ?

Comme vous le dites si bien, je ne puis ni commenter ni démentir les rumeurs. Je note d'ailleurs que beaucoup de ce qui est dit semble provenir de sources d'informations dont je ne dispose pas. Je ne peux pas commenter cet aspect des choses. Mais ceci étant, et indépendamment de cette tragédie et de cette situation, je crois que l'image de la MCB est celle d'une institution qui a survécu depuis plus de 165 ans à travers beaucoup de péripéties, beaucoup d'épreuves. D'ailleurs, et au contraire de ce que l'on voudrait dire, la meilleure indication que la MCB ne se porte pas tellement mal réside dans le fait que le cours de ses actions ne s'est pas affaibli depuis l'événement. Le regard porté sur cet établissement est plutôt serein, en dépit de toute une série de réactions un peu épidermiques à droite ou à gauche.

L'homme de communication que vous êtes ne peut pas ne pas savoir qu'une image de marque n'est pas faite que de bons résultats financiers.

Nous sommes extrêmement vigilants, nous déployons beaucoup de temps en interne et avons pris des initiatives en externe, mais chaque chose viendra en son temps. Encore une fois, cette situation tragique retarde des échéances qui autrement auraient été déjà en chantier.

Ce vendredi matin, à la MCB, les clients et les employés portant des sacs ont été fouillés dans le cadre d'un plan de sécurité dont on testerait l'efficacité. Ce plan n'arrive-t-il pas un peu trop tard ?

Seuls les employés - dont votre serviteur - et les clients qui avaient des colis anormalement importants ont fait l'objet d'une invitation à exposer ce qu'ils avaient. L'opération s'est bien passée et, à ma connaissance, n'a provoqué aucun incident. C'était un exercice de grandeur nature pour tester notre dispositif de sécurité. Dans ma philosophie, l'entrée en fonction d'un nouveau directeur entraîne un audit, une vérification des secteurs dont il est responsable. Cet exercice de sécurité, qui était déjà programmé avant mon arrivée, s'inscrivait dans le cadre normal de nos activités pour conforter nos clients et le public que quand il faut faire des vérifications et des contrôles, nous le faisons ouvertement. L'exercice a été annoncé par la diffusion d'annonces sonores en trois langues, pour expliquer ce qui s'est passé.

Eu égard à tout ce qui se passe pendant vos premiers jours comme directeur général de la MCB, ne regrettez-vous pas d'avoir quitté votre retraite dorée dans la principauté de Monaco ?

Non, parce que malgré les difficultés, malgré les demandes peut-être plus exigeantes que je ne le pensais, ce nouveau poste est extrêmement motivant. J'ai autour de moi une équipe d'une grande qualité, d'un grand dévouement et d'une grande disponibilité. À telle enseigne que si j'avais - ce qui n'est absolument pas le cas - des moments de "blues" en regrettant la Principauté, rien que le regard de mes collaborateurs me ferait très rapidement oublier le reste.

Je suis sûr que vous ne répondrez pas à la dernière question mais je vous la pose quand même. Êtes-vous satisfait du déroulement de l'enquête ?

No comment, évidemment. Mais je compléterai ce no comment en rappelant simplement la politique - à laquelle, je souscris totalement - du conseil d'administration de la MCB de ne pas faire de commentaire sur un événement qui fait l'objet d'une enquête de police, à plus forte raison d'une instruction judiciaire. C'est un choix. Nous attendrons, comme le veut la loi, la fin de l'enquête et ses conclusions pour nous exprimer.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 7 février 2005