o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 février 2005
Faits et effets...

Voir rouge…
Josie Lebrasse


Nous aurions, paraît-il, tous viré au rouge. Peut-être si Navin Ramgoolam se présentait comme un candidat tout neuf à la fonction de Premier ministre. Or, tel n'est pas le cas. Il a été aux affaires tout récemment encore et c'est à ce titre qu'il faut prendre ses critiques avec les précautions d'usage et ses promesses avec le scepticisme qui s'impose. Petit voyage dans le temps juste pour confronter ses dires d'aujourd'hui à ses hauts faits d'hier.

Le mot à la mode est cover up. À chaque fois qu'il est question d'un certain groupe de personnes, c'est la même expression qui revient. Parce qu'elle sert les desseins d'une campagne qui pratique délibérément l'amalgame à des fins bassement communales. Nous ne savons pas qui sera le champion du siècle du cover up et de l'opacité et si le Premier ministre n'a vraiment pas lu tous les détails du rapport NTan, commandité par la Banque de Maurice sur le scandale MCB/NPF. Mais ce que nous savons pour sûr, c'est qu'il n'y a aucun rapport, relevant de la stricte compétence du gouvernement travailliste, qui ait été rendu public durant les quatre ans et demi de son exercice du pouvoir.

Nous pouvons, de mémoire, citer trois enquêtes: le one man Fact Finding Committee sur le junior minister Vinod Boyjonauth; la prostitution infantile; et les émeutes de février 1999 qui avaient embrasé le pays au point où nous étions à deux doigts d'une guerre raciale. Premier péché d'opacité, c'est que ses enquêtes s'étaient toutes déroulées à huis clos. Seconde entorse à la transparence, c'est qu'aucun des rapports y relatifs n'avait été rendu public. Ce n'est qu'après le changement de gouvernement en septembre 2000 que le pays a pu prendre connaissance, avec effroi, du contenu de ces documents soigneusement dissimulés aux yeux du grand public, bien que ce soit son fric qui les ait financés.

Pour rester dans le domaine de la transparence, le Premier ministre a circulé cette semaine la liste de ses déplacements ainsi que les allocations que les différentes catégories d'officiels perçoivent lorsqu'ils sont en mission. C'est bien. Il n'y a rien à cacher, les visites ayant été annoncées, couvertes pour la plupart d'ailleurs par la presse nationale. Il fut pourtant un temps où les déplacements en jets privés ou en Concorde, les escapades en Allemagne pour aller voir le dernier modèle de Mercedes, une visite incognito en Italie, un concert de Phil Collins, une rencontre à Wembley, une autre à Wimbledon ou une chaude soirée à Davos, au coût de Rs 4 millions, étaient tous marqués du sceau du secret. Pas de détails fournis aux interpellations de l'opposition d'alors. Ce n'est qu'après septembre 2000 que l'on saura que tout cela, rien d'avantageux pour le pays, avait considérablement coûté aux contribuables. Pensez-vous: Rs 44 millions pour 33 voyages à l'étranger !

Même chose pour les conseillers. La réponse donnée, cette semaine, à l'Assemblée nationale par le Premier ministre, indiquant qu'il y a 124 conseillers auxquels il faut ajouter 94 spécialistes, médecins et autres techniciens comme les architectes, soit un total de 218, nous a également rafraîchi la mémoire. Ce chiffre a peut-être impressionné l'auteur de la question, Rajesh Jeetah. Mais les observateurs, eux, se souviennent encore de cette réponse donnée, toujours après septembre 2002, à l'effet qu'il y avait 154 conseillers, des recrues politiques, sur un total de 215, entre 1995 et 2000, et que certains avaient des titres pompeux comme Ceremonials Adviser ou ridicule comme Adviser on Secretarial Matters, sans compter les 15 effectifs de l'improductive Policy Unit et les 22 autres de la Research and Communication Unit, ce qui faisait un total de 40 conseillers sous l'égide du Bureau du Premier ministre Navin Ramgoolam. On peut comprendre qu'il laisse aux seconds couteaux et aux néophytes les questions de cette nature.

On peut continuer cet exercice de confrontation des paroles du jour aux faits vérifiés et avérés d'hier. Un dernier exemple comme ça: la diplomatie. C'est presque marrant d'entendre Madan Dulloo, très agité depuis peu, puisqu'il multiplie les conférences de presse et qu'il veut faire bonne mesure avec celle hebdomadaire que tient le leader du PTr et de l'alliance sociale, parler d'échec de la diplomatie économique. Se souvient-il seulement de ce qu'il avait dit lorsque Navin Ramgoolam avait évoqué la "fin du Protocole du Sucre" devant les caméras du monde entier ou de ce fameux walk-out à une réception de la haute commission sud-africaine juste parce que le Premier ministre d'alors n'avait pas apprécié sa présence. Sait-il que Maurice avait été par deux fois ridiculisée parce que son Premier ministre, en gros plan sur un cliché, avait été décrit comme un "unidentified kenyan official" ou confondu avec le président de la République d'alors, Cassam Uteem ?

On peut toujours essayer d'améliorer les choses en faisant des suggestions en formulant des critiques justes et sans tomber dans la démagogie. Cela est d'autant plus vrai pour ceux que le passé peut très vite rattraper. Il faut laisser à d'autres le genre de critiques que formule l'opposition officielle, ceux qui n'ont pas d'antécédents, d'excès, de frasques, d'omissions et d'échecs. Même si certains vont voir rouge aujourd'hui après tous ces rappels, nous continuerons, quant à nous, à croire dans l'adage qui veut que toutes les vérités sont bonnes à dire…




Humeur

L'épidémie
Jean-Claude Antoine


Le feuilleton du malfrat repenti avec les révélations promises de ses avocats de l'année dernière a fait école. Ce qui s'entend et se lit dans nos médias depuis l'arrestation des personnes provisoirement accusées d'avoir commis le hold-up à la MCB ressemble à un remake du film que l'on nous avait joué en septembre et octobre de l'année dernière. Souvenez-vous: pendant des semaines, nous avons dû subir le feuilleton du repenti qui voulait se confesser de ses nombreux péchés. Et surtout obtenir le statut de témoin de l'État, ce qui lui aurait évité d'être accusé pour les crimes qu'il voulait dénoncer et dont il avait été souvent, de son propre aveu, l'exécutant. Les détails de cette contrition très intéressée ont été vendus médiatiquement par les avocats du repenti. Ils plaidaient directement face à une opinion publique conquise d'avance puisque nourrie aux faits divers et attendant avec impatience les révélations à venir, plus fortes les unes que les autres. Situation décrite avec pertinence par le père Jean Maurice Labour, cette semaine par la phrase suivante: "Le scoop du lendemain qui vient démentir celui de la veille"

Depuis le repenti s'est tu et l'on pensait que cette épidémie de dénonciations avait été, comme la malaria, éradiquée. C'était une erreur. Le virus était entré en hibernation et n'attendait que l'occasion propice pour se répandre à nouveau. Les séquelles du hold-up à la MCB ont fait le reste. Depuis plus de dix jours, nous sommes retombés, avec délice, dans le cycle des révélations. Nous prêtons foi et avalons avec un étonnant appétit et un refus extraordinaire de logique les plus grosses couleuvres qui soient. La moindre rumeur devient fait historique vérifié et prouvé, la plus petite supposition vérité d'Évangile. Les histoires les plus farfelues sont doctement analysées et débattues. Des analyses comparatives sont mêmes faites. On a même parlé de similitudes entre l'assassinat de Lee Harvey Oswald, le présumé meurtrier de John Kennedy, abattu par la mafia pour qu'il ne parle pas et ce qui s'est passé dans le coffre-fort de la MCB le 11 février ! Depuis cette date, la majorité des Mauriciens mènent, à partir de ce qu'ils lisent et entendent dans les médias, leurs propres enquêtes. Les thèses succèdent aux analyses qui aboutissent à des jugements péremptoires.

Cette épidémie a pu se propager aussi rapidement grâce au comportement de la police et surtout à l'habileté de certains avocats qui entretiennent le climat - ou carrément la pression - avec les déclarations des prévenus. Par on ne sait quel miracle, tout ce que les prévenus disent à la police est fidèlement transmis aux médias qui le répercutent pour un public qui en redemande. Comme si ce que leurs clients avaient déjà dit ne suffisait pas, certains hommes de loi se chargent d'annoncer par avance ce qu'ils vont dire le lendemain. C'est le principe de la réclame annonçant le film. Encore que souvent dans le cas qui nous occupe, la réclame annonce des séquences et des personnages qui ne font pas partie du film. Pas encore, dans la mesure où le scénario étant écrit au jour le jour, on peut encore y inclure qui l'on veut. Comme ce personnage qui, annoncé comme étant le cerveau de l'opération, serait un haut cadre de la MCB et aurait pour sobriquet… Big Boss OO7. Pour un cerveau à la recherche de la discrétion, on peut dire que celui-là n'a pas fait dans la dentelle au niveau du choix de son sobriquet. Il paraît également que ce Big Boss OO7 non content de monter une opération contre sa propre banque aurait également choisi la date du 11 février pour célébrer (!) le deuxième anniversaire de la découverte de la disparition des caisses de la MCB des Rs 880 m appartenant au National Pension Fund. Dans la foulée - ou la folie - des révélations, on a appris ce samedi l'existence d'un plan annexe d'une autre personne - amenée on ne pas très bien comment dans l'intrigue - pour… assassiner le Dr Navin Ramgoolam !

Voilà ce que l'on a pu lire et écouter dans les médias mauriciens depuis le 11 février avant que les Mauriciens ne s'emparent de ces comptes rendus pour les analyser à leur tour en y ajoutant leur grain de poivre et des éléments glanés ici et là. Ou alors tout simplement imaginés. Nous sommes retombés dans le feuilleton des révélations. Comme dans toute maladie, la rechute est beaucoup plus puissante que la première attaque. Qui inventera le sérum qui nous éradiquera de ce délire qui commence à devenir collectif ?




Interrogations

Paroles politiques
Shenaz Patel


On a beau savoir que les politiques sont capables, souvent, des plus spectaculaires retournements langagiers. Capables de vilipender aujourd'hui les mêmes choses ou personnes qui faisaient la veille encore l'objet de leurs louanges les plus enflammées. Capables de tout justifier en fonction des impératifs du moment. On a beau le savoir. Et pourtant.

Pourtant, on peut encore être sidéré par la facilité avec laquelle certains d'entre eux arrivent encore à nous dire, de l'air le plus pénétré et convaincu qui soit, les choses les plus incongrues. Hier à St Félix, lors d'une de ses site visits en passe de devenir proverbiales, suivi par une véritable armada, le Premier ministre, Paul Bérenger, a fait fort. Nous apprenant que le réalignement de la route côtière en voie d'être complété dans cette région avait en fait été dicté, tenez-vous bien, par le souci de son gouvernement d'assurer la sécurité de la population…

À en croire le Premier ministre, les Mauriciens ne pourront plus longer cette belle route côtière qui passera désormais à l'intérieur des terres du côté de Pointe aux Roches, parce qu'il y a eu trop d'accidents graves dans cette région. Cette affirmation a, déjà, de quoi laisser perplexe quand on sait qu'une récente liste de red spots dressée par la police à la fin de l'année dernière concernant les lieux les plus fréquents d'accidents ou les plus potentiellement dangereux, n'inclut à aucun moment la route côtière de St Félix. Admettons malgré tout qu'il s'agisse là d'une malencontreuse omission. Mais d'autres faits, têtus, sautent à la figure.

Depuis plus de trois ans, le projet de déviation de la route côtière à St Félix a clairement été annoncé, de même qu'à Bel Ombre, comme faisant partie d'un projet global visant à permettre de dégager un plus grand espace pour la création de parcs hôteliers. Mais voilà donc le Premier ministre qui vient aujourd'hui tenter de nous faire accroire que la seule raison qui a présidé à cette déviation est la préoccupation de notre sécurité routière, les projets d'hôtel étant venus se présenter comme en deuxième lieu, presque comme une conséquence du nouvel espace ainsi libéré… Après avoir balayé d'un revers de main la récente démission d'un de ses ministres en affirmant qu'il était "intellectuellement limité", le Premier ministre se laisserait-il emporter par son bel élan pour ainsi insulter l'intelligence de tous ?

Ce gouvernement a fait un choix en favorisant, tous azimuts, un développement hôtelier qui empiète aujourd'hui allégrement sur les derniers espaces encore accessibles aux Mauriciens. Modifications des lagons et du linéaire côtier, réalignement des routes, "déproclamation" de plages jusqu'ici publiques, tout est bon pour aller jusqu'au bout de cette logique du développement hôtelier à tous crins. Les autorités s'en justifient en termes de création d'emploi et d'apport de devises. Soit. Mais alors, que ce gouvernement aille jusqu'au bout de sa logique. Qu'il vienne soutenir et nous convaincre de la justesse de ces décisions. Non. Au lieu de cela, on tente aujourd'hui, grossièrement, de noyer le poisson en faisant, dans le discours, passer au second plan les projets hôteliers qui ont pourtant bel et bien motivé, en premier lieu, cette décision de modification de l'accès à la côte.

En soutenant l'argument de la sécurité, on peut affirmer qu'il aurait été tout aussi sinon plus urgent de penser à refaire, par exemple, le radier de Macondé, lieu effectivement dangereux où la route est submergée et impraticable à chaque cyclone ou forte marée. Nous laisserons aux persifleurs le soin d'ajouter qu'aucun développement hôtelier ne semble toutefois possible sur les falaises environnantes…

Toute cette affaire pourrait, somme toute, être considérée comme anecdotique si elle ne traduisait toutefois, plus fondamentalement, une tendance extrêmement grave à la dévalorisation totale de la parole politique. On peut sans sourciller venir nous dire tout et son contraire, sans, de surcroît, nous reconnaître le droit d'opposer une quelconque réaction à ce genre de pratique. Face à ceux qui manifestaient hier contre cette déviation routière, arguant que le développement hôtelier allait encore priver les Mauriciens du peu d'espace qui leur reste, le Premier ministre n'a rien trouvé de mieux que d'opposer un méprisant "Parti Travailliste sa". Et même. Même si ces manifestants étaient du parti opposé ? Cela disqualifie-t-il de facto les préoccupations exprimées ? Cela peut-il autoriser à classer au rang des manipulés tous ceux qui s'inquiètent de voir ainsi continuer à se restreindre l'espace public local ?

Les autorités affirment une nouvelle fois qu'une superbe plage publique sera aménagée pour les Mauriciens. Ceci étant laissé aux bons soins de la propriété de St Félix, engagée dans un des principaux projets hôteliers. Or, dans la même journée, le Premier ministre lui-même est venu apporter des éléments qui peuvent permettre de se poser des questions légitimes à ce sujet. Au Morne, où il s'est rendu en sortant de St Félix, Paul Bérenger a en effet déploré que l'hôtel Indian Resort n'ait toujours pas honoré sa promesse d'aménager la plage "cinq étoiles" qui nous avait été promise par le gouvernement à la Pointe Sud-Ouest du Morne il y a deux ans, comme contrepartie du développement hôtelier…

Tout cela n'est que symptomatique d'une parole qui, au fond, semble n'avoir cure de se dévaluer elle-même. Dans un pays de plus en plus livré aux ravages délétères du doute systématique, sans doute serait-il important pour nos politiques de prendre acte de l'urgence absolue de redonner un sens à leur parole…




Point de vue

Et la croisière s'amusera toujours !
Henri Marimootoo


Le conseil des ministres mauricien, cédant manifestement aux pressions exercées par la communauté chagossienne, a décidé, vendredi, de réagir à la publication d'une information faisant état d'une croisière aux Chagos organisée par un agent de voyages en Angleterre, avec comme point de départ Les Seychelles. Ainsi, si l'on prête foi au communiqué hebdomadaire émis par le PMO Private Office, le gouvernement mauricien "a demandé à sa haute commission à Londres et à son représentant aux Seychelles d'obtenir des informations détaillées au sujet de cette croisière…" Pour faire quoi ensuite ?

La démarche du gouvernement mauricien fait, pour dire le moins, franchement sourire. Passons pour M. Olivier Bancoult et son groupe. On peut comprendre parfaitement leur révolte que des touristes huppés puissent aller se faire bronzer à Peros Banhos et Salomon et, sans doute, aussi faire trempette dans la cuvette de Diego Garcia, alors qu'eux et tous les exilés forcés de l'archipel n'arrivent pas à y accoster, ne serait-ce que pour rendre hommage une minute à leurs ancêtres qui y sont enterrés. Mais, le gouvernement mauricien voudrait-il lui sérieusement nous faire croire qu'il n'était pas au courant que, depuis des années, des touristes de toutes nationalités, mais principalement européens et américains, paient gros pour se rendre dans nos îles sous occupation militaire US avec l'assentiment des Britanniques ?

Et, il en sera ainsi aussi longtemps que le gouvernement mauricien - peu importe celui qui sera en place - ne se décide pas à prendre le taureau par les cornes et porter, une fois pour toutes, le litige qui oppose l'île Maurice et la Grande-Bretagne au sujet des Chagos devant l'instance appropriée pour le trancher: la cour internationale de Justice de La Haye. Mais le gouvernement mauricien n'est toujours pas prêt à franchir le Rubicon. Pour reprendre l'expression même du Premier ministre, Paul Bérenger, il se montre encore "overcautious" sur la question de porter ou pas l'affaire devant cette cour.

L'hésitation des responsables mauriciens a trop longtemps duré pour qu'on ne trouve pas un certain manque de sincérité quelque part dans la façon dont ce dossier est traité. Après s'être tant époumonés dans sa jeunesse à dénigrer ses adversaires travaillistes pour leur immobilisme sur le dossier, le leader du MMM et les gouvernements sur lesquels il a eu de l'influence ne se sont contentés que d'une territorialité affirmée sur papier depuis 1982.

Et, ce n'est pas le pauvre M. Mc Kinnon, secrétaire général du Commonwealth, qui a pu témoigner de l'arrogance de Tony Blair, qui pourrait y changer quoi que ce soit, d'autant que l'île Maurice, tant militante que travailliste, n'a jamais jusqu'ici osé porter le débat au cœur même du Commonwealth. Pourtant, Dieu sait combien il y a de pays-membres de cette organisation - outre le Zimbabwe - qui y rêvent de rappeler au locataire du No. 10 de Downing Street son impérialisme dépassé…

Il y a un point commun qui lie l'ancien gouvernement travailliste de Navin Ramgoolam et l'actuel gouvernement MSM-MMM de Paul Bérenger sur le dossier Chagos. La Grande Bretagne, fût-elle travailliste ou conservatrice, se moque carrément de leurs revendications de souveraineté ! Cela a été confirmé sur notre sol même par le sous-ministre d'État britannique Bill Rammell, qui a clamé que cette revendication était "invalid". Mais il y a aussi le fait - encourageant celui-là - que Ian Brownlie a dit aussi bien à Navin Ramgoolam (qui le premier avait retenu ses services) qu'à Paul Bérenger, que le dossier légal de l'île Maurice contre Londres est solide pour des raisons archi-connues pour ceux qui se sont intéressés à cerner les circonstances du démantèlement illégal des Chagos de notre territoire national. C'est à La Haye qu'il faut se décider à aller pour trouver la solution. Qu'attend encore l'île Maurice ?

Il est ridicule donc pour le gouvernement mauricien de gesticuler et de faire croire que la haute commission mauricienne à Londres ou le représentant de Port-Louis aux Seychelles pourrait persuader l'agent de voyages britannique à arrêter son business lucratif. C'est le gouvernement britannique qui lui a délivré son permis d'opérer. Parions que notre consul à Victoria ne pourra même pas protester auprès du Président James Michel. Tout en se déclarant solidaires de la revendication de souveraineté sur les Chagos, nos dallons seychellois n'ont pourtant jamais hésité à permettre que l'occupant britannique utilise leur pays pour véritablement administrer l'archipel à partir de sa haute commission. Les livres sterling que paie la couronne britannique et les agents de voyages n'ont probablement pas d'odeur, même si aux Seychelles se trouvent aussi des centaines d'exilés Chagossiens privés du droit de visiter leurs îles natales et de se recueillir sur la tombe de leurs ancêtres !

Vouloir récupérer les Chagos à travers un procès international intenté à la Grande-Bretagne, peut certes nous exposer à l'inconvénient de tout perdre. Mais cette volonté-là nécessite d'abord et avant tout que tous - gouvernement et citoyens de ce pays -, nous ayons le courage de nous soumettre aux juges à Berlin, pardon, de La Haye. Et, en attendant, que nous trouvions le courage de dire que la croisière s'amusera toujours…




Radio télévision

Actualité
Jean-Claude Antoine


Merci aux lecteurs qui ont pris la peine de s'informer sur la disparition de cette rubrique dans les colonnes de Week End, ces dernières semaines. Il ne s'agissait, en fait, que d'une petite pause provoquée par un voyage. Mes regrets à ceux - surtout certains directeurs et animateurs qui ne supportent pas la critique ou alors uniquement quand elle est synonyme de flatterie - qui avaient cru en la disparition de cette chronique et se préparaient, joyeusement, à célébrer son enterrement. Ils devront attendre. Ces quelques semaines d'absence m'ont permis de regarder et d'écouter d'autres radios et télévisions et donc de faire la différence avec ce qui se fait à Maurice. Où en matière d'audiovisuel, on a une forte tendance à faire - pour ne pas écrire à copier systématiquement - ce qui ne se fait plus ailleurs. Non seulement on cède à la tentation de la copie carbone mais, en plus, on a tendance à refaire at vitam eternam les mêmes émissions et les mêmes formules toutes faites. C'est tellement plus facile d'imiter que de tenter d'innover, de faire l'effort de créer quelque chose de nouveau. Nous en reparlerons. Consacrons cette chronique à la une de l'actualité audiovisuelle mauricienne. Non, cette actualité n'est pas dominée par les combines des animateurs mauvais payeurs que les créanciers doivent menacer de prison pour récupérer leur dû. Encore qu'il est intéressant de signaler qu'il a fallu la publication d'une information à ce sujet dimanche dernier pour qu'un animateur mauvais payeur s'acquitte, cette semaine, d'une dette qui remonte à plus de deux ans. Comme quoi la presse écrite peut, elle aussi, faire activer certaines choses sans ressentir le besoin de se présenter comme un zorro capable de régler tous les problèmes du monde.

Non l'actualité audiovisuelle est marquée par les quarante ans de la télévision mauricienne. Un anniversaire célébré, par la MBC, avec une certaine discrétion et intelligence encore qu'elle aurait pu avoir profité de l'occasion pour faire preuve, pour une rare fois, d'originalité. Mais nous aurons l'occasion de revenir sur les programmes présentés dans le cadre de cet anniversaire. Pour ce dimanche faisons un saut de quarante ans dans l'histoire et arrêtons-nous au lundi 8 février 1965 pour prendre connaissance des détails de la première émission de télévision de la MBC. Ces détails et la photo qui accompagne cette rubrique ont été puisés dans le numéro du Mauricien du 8 février, 1965.

"Les invités commenceront avec un tour d'horizon. Les informations passeront à sept heures et cinq minutes plus tard, les fans de Cliff Richard pourront l'admirer dans un tour de chant. À 7 hrs 30, programme de guitare suivi à 8 hrs du premier épisode de War in the air, documentaire réalisé sur la deuxième guerre mondiale. La pièce de résistance, à notre point de vue - et espérons qu'il y en aura une chaque jour - sera le premier rendez-vous de Guy de Maupassant prévu pour 8 hrs 30. A 9 heures interviews au Park Hotel (ou avait lieu le cocktail d'inauguration de la MBC). À 9 hrs 15, autre programme intéressant: un ballet de Saddler's Wells. L'émission prendra fin à 10 hrs."






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 7 février 2005