Faits et effets...
Voir rouge
Nous aurions, paraît-il, tous viré au rouge. Peut-être
si Navin Ramgoolam se présentait comme un candidat tout
neuf à la fonction de Premier ministre. Or, tel n'est pas
le cas. Il a été aux affaires tout récemment
encore et c'est à ce titre qu'il faut prendre ses critiques
avec les précautions d'usage et ses promesses avec le scepticisme
qui s'impose. Petit voyage dans le temps juste pour confronter
ses dires d'aujourd'hui à ses hauts faits d'hier.
Le mot à la mode est cover up. À chaque fois
qu'il est question d'un certain groupe de personnes, c'est la
même expression qui revient. Parce qu'elle sert les desseins
d'une campagne qui pratique délibérément
l'amalgame à des fins bassement communales. Nous ne savons
pas qui sera le champion du siècle du cover up et
de l'opacité et si le Premier ministre n'a vraiment pas
lu tous les détails du rapport NTan, commandité
par la Banque de Maurice sur le scandale MCB/NPF. Mais ce que
nous savons pour sûr, c'est qu'il n'y a aucun rapport, relevant
de la stricte compétence du gouvernement travailliste,
qui ait été rendu public durant les quatre ans et
demi de son exercice du pouvoir.
Nous pouvons, de mémoire, citer trois enquêtes: le
one man Fact Finding Committee sur le junior minister
Vinod Boyjonauth; la prostitution infantile; et les émeutes
de février 1999 qui avaient embrasé le pays au point
où nous étions à deux doigts d'une guerre
raciale. Premier péché d'opacité, c'est que
ses enquêtes s'étaient toutes déroulées
à huis clos. Seconde entorse à la transparence,
c'est qu'aucun des rapports y relatifs n'avait été
rendu public. Ce n'est qu'après le changement de gouvernement
en septembre 2000 que le pays a pu prendre connaissance, avec
effroi, du contenu de ces documents soigneusement dissimulés
aux yeux du grand public, bien que ce soit son fric qui les ait
financés.
Pour rester dans le domaine de la transparence, le Premier ministre
a circulé cette semaine la liste de ses déplacements
ainsi que les allocations que les différentes catégories
d'officiels perçoivent lorsqu'ils sont en mission. C'est
bien. Il n'y a rien à cacher, les visites ayant été
annoncées, couvertes pour la plupart d'ailleurs par la
presse nationale. Il fut pourtant un temps où les déplacements
en jets privés ou en Concorde, les escapades en Allemagne
pour aller voir le dernier modèle de Mercedes, une visite
incognito en Italie, un concert de Phil Collins, une rencontre
à Wembley, une autre à Wimbledon ou une chaude soirée
à Davos, au coût de Rs 4 millions, étaient
tous marqués du sceau du secret. Pas de détails
fournis aux interpellations de l'opposition d'alors. Ce n'est
qu'après septembre 2000 que l'on saura que tout cela, rien
d'avantageux pour le pays, avait considérablement coûté
aux contribuables. Pensez-vous: Rs 44 millions pour 33 voyages
à l'étranger !
Même chose pour les conseillers. La réponse donnée,
cette semaine, à l'Assemblée nationale par le Premier
ministre, indiquant qu'il y a 124 conseillers auxquels il faut
ajouter 94 spécialistes, médecins et autres techniciens
comme les architectes, soit un total de 218, nous a également
rafraîchi la mémoire. Ce chiffre a peut-être
impressionné l'auteur de la question, Rajesh Jeetah. Mais
les observateurs, eux, se souviennent encore de cette réponse
donnée, toujours après septembre 2002, à
l'effet qu'il y avait 154 conseillers, des recrues politiques,
sur un total de 215, entre 1995 et 2000, et que certains avaient
des titres pompeux comme Ceremonials Adviser ou ridicule
comme Adviser on Secretarial Matters, sans compter les
15 effectifs de l'improductive Policy Unit et les 22 autres de
la Research and Communication Unit, ce qui faisait un total de
40 conseillers sous l'égide du Bureau du Premier ministre
Navin Ramgoolam. On peut comprendre qu'il laisse aux seconds couteaux
et aux néophytes les questions de cette nature.
On peut continuer cet exercice de confrontation des paroles du
jour aux faits vérifiés et avérés
d'hier. Un dernier exemple comme ça: la diplomatie. C'est
presque marrant d'entendre Madan Dulloo, très agité
depuis peu, puisqu'il multiplie les conférences de presse
et qu'il veut faire bonne mesure avec celle hebdomadaire que tient
le leader du PTr et de l'alliance sociale, parler d'échec
de la diplomatie économique. Se souvient-il seulement de
ce qu'il avait dit lorsque Navin Ramgoolam avait évoqué
la "fin du Protocole du Sucre" devant les caméras
du monde entier ou de ce fameux walk-out à une réception
de la haute commission sud-africaine juste parce que le Premier
ministre d'alors n'avait pas apprécié sa présence.
Sait-il que Maurice avait été par deux fois ridiculisée
parce que son Premier ministre, en gros plan sur un cliché,
avait été décrit comme un "unidentified
kenyan official" ou confondu avec le président
de la République d'alors, Cassam Uteem ?
On peut toujours essayer d'améliorer les choses en faisant
des suggestions en formulant des critiques justes et sans tomber
dans la démagogie. Cela est d'autant plus vrai pour ceux
que le passé peut très vite rattraper. Il faut laisser
à d'autres le genre de critiques que formule l'opposition
officielle, ceux qui n'ont pas d'antécédents, d'excès,
de frasques, d'omissions et d'échecs. Même si certains
vont voir rouge aujourd'hui après tous ces rappels, nous
continuerons, quant à nous, à croire dans l'adage
qui veut que toutes les vérités sont bonnes à
dire
Humeur
L'épidémie
Le feuilleton du malfrat repenti avec les révélations
promises de ses avocats de l'année dernière a fait
école. Ce qui s'entend et se lit dans nos médias
depuis l'arrestation des personnes provisoirement accusées
d'avoir commis le hold-up à la MCB ressemble à un
remake du film que l'on nous avait joué en septembre et
octobre de l'année dernière. Souvenez-vous: pendant
des semaines, nous avons dû subir le feuilleton du repenti
qui voulait se confesser de ses nombreux péchés.
Et surtout obtenir le statut de témoin de l'État,
ce qui lui aurait évité d'être accusé
pour les crimes qu'il voulait dénoncer et dont il avait
été souvent, de son propre aveu, l'exécutant.
Les détails de cette contrition très intéressée
ont été vendus médiatiquement par les avocats
du repenti. Ils plaidaient directement face à une opinion
publique conquise d'avance puisque nourrie aux faits divers et
attendant avec impatience les révélations à
venir, plus fortes les unes que les autres. Situation décrite
avec pertinence par le père Jean Maurice Labour, cette
semaine par la phrase suivante: "Le scoop du lendemain
qui vient démentir celui de la veille"
Depuis le repenti s'est tu et l'on pensait que cette épidémie
de dénonciations avait été, comme la malaria,
éradiquée. C'était une erreur. Le virus était
entré en hibernation et n'attendait que l'occasion propice
pour se répandre à nouveau. Les séquelles
du hold-up à la MCB ont fait le reste. Depuis plus de dix
jours, nous sommes retombés, avec délice, dans le
cycle des révélations. Nous prêtons foi et
avalons avec un étonnant appétit et un refus extraordinaire
de logique les plus grosses couleuvres qui soient. La moindre
rumeur devient fait historique vérifié et prouvé,
la plus petite supposition vérité d'Évangile.
Les histoires les plus farfelues sont doctement analysées
et débattues. Des analyses comparatives sont mêmes
faites. On a même parlé de similitudes entre l'assassinat
de Lee Harvey Oswald, le présumé meurtrier de John
Kennedy, abattu par la mafia pour qu'il ne parle pas et ce qui
s'est passé dans le coffre-fort de la MCB le 11 février
! Depuis cette date, la majorité des Mauriciens mènent,
à partir de ce qu'ils lisent et entendent dans les médias,
leurs propres enquêtes. Les thèses succèdent
aux analyses qui aboutissent à des jugements péremptoires.
Cette épidémie a pu se propager aussi rapidement
grâce au comportement de la police et surtout à l'habileté
de certains avocats qui entretiennent le climat - ou carrément
la pression - avec les déclarations des prévenus.
Par on ne sait quel miracle, tout ce que les prévenus disent
à la police est fidèlement transmis aux médias
qui le répercutent pour un public qui en redemande. Comme
si ce que leurs clients avaient déjà dit ne suffisait
pas, certains hommes de loi se chargent d'annoncer par avance
ce qu'ils vont dire le lendemain. C'est le principe de la réclame
annonçant le film. Encore que souvent dans le cas qui nous
occupe, la réclame annonce des séquences et des
personnages qui ne font pas partie du film. Pas encore, dans la
mesure où le scénario étant écrit
au jour le jour, on peut encore y inclure qui l'on veut. Comme
ce personnage qui, annoncé comme étant le cerveau
de l'opération, serait un haut cadre de la MCB et aurait
pour sobriquet
Big Boss OO7. Pour un cerveau à la
recherche de la discrétion, on peut dire que celui-là
n'a pas fait dans la dentelle au niveau du choix de son sobriquet.
Il paraît également que ce Big Boss OO7 non content
de monter une opération contre sa propre banque aurait
également choisi la date du 11 février pour célébrer
(!) le deuxième anniversaire de la découverte de
la disparition des caisses de la MCB des Rs 880 m appartenant
au National Pension Fund. Dans la foulée - ou la folie
- des révélations, on a appris ce samedi l'existence
d'un plan annexe d'une autre personne - amenée on ne pas
très bien comment dans l'intrigue - pour
assassiner
le Dr Navin Ramgoolam !
Voilà ce que l'on a pu lire et écouter dans les
médias mauriciens depuis le 11 février avant que
les Mauriciens ne s'emparent de ces comptes rendus pour les analyser
à leur tour en y ajoutant leur grain de poivre et des éléments
glanés ici et là. Ou alors tout simplement imaginés.
Nous sommes retombés dans le feuilleton des révélations.
Comme dans toute maladie, la rechute est beaucoup plus puissante
que la première attaque. Qui inventera le sérum
qui nous éradiquera de ce délire qui commence à
devenir collectif ?
Interrogations
Paroles politiques
On a beau savoir que les politiques sont capables, souvent, des
plus spectaculaires retournements langagiers. Capables de vilipender
aujourd'hui les mêmes choses ou personnes qui faisaient
la veille encore l'objet de leurs louanges les plus enflammées.
Capables de tout justifier en fonction des impératifs du
moment. On a beau le savoir. Et pourtant.
Pourtant, on peut encore être sidéré par la
facilité avec laquelle certains d'entre eux arrivent encore
à nous dire, de l'air le plus pénétré
et convaincu qui soit, les choses les plus incongrues. Hier à
St Félix, lors d'une de ses site visits en passe
de devenir proverbiales, suivi par une véritable armada,
le Premier ministre, Paul Bérenger, a fait fort. Nous apprenant
que le réalignement de la route côtière en
voie d'être complété dans cette région
avait en fait été dicté, tenez-vous bien,
par le souci de son gouvernement d'assurer la sécurité
de la population
À en croire le Premier ministre, les Mauriciens ne pourront
plus longer cette belle route côtière qui passera
désormais à l'intérieur des terres du côté
de Pointe aux Roches, parce qu'il y a eu trop d'accidents graves
dans cette région. Cette affirmation a, déjà,
de quoi laisser perplexe quand on sait qu'une récente liste
de red spots dressée par la police à la fin
de l'année dernière concernant les lieux les plus
fréquents d'accidents ou les plus potentiellement dangereux,
n'inclut à aucun moment la route côtière de
St Félix. Admettons malgré tout qu'il s'agisse là
d'une malencontreuse omission. Mais d'autres faits, têtus,
sautent à la figure.
Depuis plus de trois ans, le projet de déviation de la
route côtière à St Félix a clairement
été annoncé, de même qu'à Bel
Ombre, comme faisant partie d'un projet global visant à
permettre de dégager un plus grand espace pour la création
de parcs hôteliers. Mais voilà donc le Premier ministre
qui vient aujourd'hui tenter de nous faire accroire que la seule
raison qui a présidé à cette déviation
est la préoccupation de notre sécurité routière,
les projets d'hôtel étant venus se présenter
comme en deuxième lieu, presque comme une conséquence
du nouvel espace ainsi libéré
Après
avoir balayé d'un revers de main la récente démission
d'un de ses ministres en affirmant qu'il était "intellectuellement
limité", le Premier ministre se laisserait-il emporter
par son bel élan pour ainsi insulter l'intelligence de
tous ?
Ce gouvernement a fait un choix en favorisant, tous azimuts, un
développement hôtelier qui empiète aujourd'hui
allégrement sur les derniers espaces encore accessibles
aux Mauriciens. Modifications des lagons et du linéaire
côtier, réalignement des routes, "déproclamation"
de plages jusqu'ici publiques, tout est bon pour aller jusqu'au
bout de cette logique du développement hôtelier à
tous crins. Les autorités s'en justifient en termes de
création d'emploi et d'apport de devises. Soit. Mais alors,
que ce gouvernement aille jusqu'au bout de sa logique. Qu'il vienne
soutenir et nous convaincre de la justesse de ces décisions.
Non. Au lieu de cela, on tente aujourd'hui, grossièrement,
de noyer le poisson en faisant, dans le discours, passer au second
plan les projets hôteliers qui ont pourtant bel et bien
motivé, en premier lieu, cette décision de modification
de l'accès à la côte.
En soutenant l'argument de la sécurité, on peut
affirmer qu'il aurait été tout aussi sinon plus
urgent de penser à refaire, par exemple, le radier de Macondé,
lieu effectivement dangereux où la route est submergée
et impraticable à chaque cyclone ou forte marée.
Nous laisserons aux persifleurs le soin d'ajouter qu'aucun développement
hôtelier ne semble toutefois possible sur les falaises environnantes
Toute cette affaire pourrait, somme toute, être considérée
comme anecdotique si elle ne traduisait toutefois, plus fondamentalement,
une tendance extrêmement grave à la dévalorisation
totale de la parole politique. On peut sans sourciller venir nous
dire tout et son contraire, sans, de surcroît, nous reconnaître
le droit d'opposer une quelconque réaction à ce
genre de pratique. Face à ceux qui manifestaient hier contre
cette déviation routière, arguant que le développement
hôtelier allait encore priver les Mauriciens du peu d'espace
qui leur reste, le Premier ministre n'a rien trouvé de
mieux que d'opposer un méprisant "Parti Travailliste
sa". Et même. Même si ces manifestants étaient
du parti opposé ? Cela disqualifie-t-il de facto les préoccupations
exprimées ? Cela peut-il autoriser à classer au
rang des manipulés tous ceux qui s'inquiètent de
voir ainsi continuer à se restreindre l'espace public local
?
Les autorités affirment une nouvelle fois qu'une superbe
plage publique sera aménagée pour les Mauriciens.
Ceci étant laissé aux bons soins de la propriété
de St Félix, engagée dans un des principaux projets
hôteliers. Or, dans la même journée, le Premier
ministre lui-même est venu apporter des éléments
qui peuvent permettre de se poser des questions légitimes
à ce sujet. Au Morne, où il s'est rendu en sortant
de St Félix, Paul Bérenger a en effet déploré
que l'hôtel Indian Resort n'ait toujours pas honoré
sa promesse d'aménager la plage "cinq étoiles"
qui nous avait été promise par le gouvernement à
la Pointe Sud-Ouest du Morne il y a deux ans, comme contrepartie
du développement hôtelier
Tout cela n'est que symptomatique d'une parole qui, au fond, semble
n'avoir cure de se dévaluer elle-même. Dans un pays
de plus en plus livré aux ravages délétères
du doute systématique, sans doute serait-il important pour
nos politiques de prendre acte de l'urgence absolue de redonner
un sens à leur parole
Point de vue
Et la croisière s'amusera toujours !
Le conseil des ministres mauricien, cédant manifestement
aux pressions exercées par la communauté chagossienne,
a décidé, vendredi, de réagir à la
publication d'une information faisant état d'une croisière
aux Chagos organisée par un agent de voyages en Angleterre,
avec comme point de départ Les Seychelles. Ainsi, si l'on
prête foi au communiqué hebdomadaire émis
par le PMO Private Office, le gouvernement mauricien "a
demandé à sa haute commission à Londres et
à son représentant aux Seychelles d'obtenir des
informations détaillées au sujet de cette croisière
"
Pour faire quoi ensuite ?
La démarche du gouvernement mauricien fait, pour dire le
moins, franchement sourire. Passons pour M. Olivier Bancoult et
son groupe. On peut comprendre parfaitement leur révolte
que des touristes huppés puissent aller se faire bronzer
à Peros Banhos et Salomon et, sans doute, aussi faire trempette
dans la cuvette de Diego Garcia, alors qu'eux et tous les exilés
forcés de l'archipel n'arrivent pas à y accoster,
ne serait-ce que pour rendre hommage une minute à leurs
ancêtres qui y sont enterrés. Mais, le gouvernement
mauricien voudrait-il lui sérieusement nous faire croire
qu'il n'était pas au courant que, depuis des années,
des touristes de toutes nationalités, mais principalement
européens et américains, paient gros pour se rendre
dans nos îles sous occupation militaire US avec l'assentiment
des Britanniques ?
Et, il en sera ainsi aussi longtemps que le gouvernement mauricien
- peu importe celui qui sera en place - ne se décide pas
à prendre le taureau par les cornes et porter, une fois
pour toutes, le litige qui oppose l'île Maurice et la Grande-Bretagne
au sujet des Chagos devant l'instance appropriée pour le
trancher: la cour internationale de Justice de La Haye. Mais le
gouvernement mauricien n'est toujours pas prêt à
franchir le Rubicon. Pour reprendre l'expression même du
Premier ministre, Paul Bérenger, il se montre encore "overcautious"
sur la question de porter ou pas l'affaire devant cette cour.
L'hésitation des responsables mauriciens a trop longtemps
duré pour qu'on ne trouve pas un certain manque de sincérité
quelque part dans la façon dont ce dossier est traité.
Après s'être tant époumonés dans sa
jeunesse à dénigrer ses adversaires travaillistes
pour leur immobilisme sur le dossier, le leader du MMM et les
gouvernements sur lesquels il a eu de l'influence ne se sont contentés
que d'une territorialité affirmée sur papier depuis
1982.
Et, ce n'est pas le pauvre M. Mc Kinnon, secrétaire général
du Commonwealth, qui a pu témoigner de l'arrogance de Tony
Blair, qui pourrait y changer quoi que ce soit, d'autant que l'île
Maurice, tant militante que travailliste, n'a jamais jusqu'ici
osé porter le débat au cur même du Commonwealth.
Pourtant, Dieu sait combien il y a de pays-membres de cette organisation
- outre le Zimbabwe - qui y rêvent de rappeler au locataire
du No. 10 de Downing Street son impérialisme dépassé
Il y a un point commun qui lie l'ancien gouvernement travailliste
de Navin Ramgoolam et l'actuel gouvernement MSM-MMM de Paul Bérenger
sur le dossier Chagos. La Grande Bretagne, fût-elle travailliste
ou conservatrice, se moque carrément de leurs revendications
de souveraineté ! Cela a été confirmé
sur notre sol même par le sous-ministre d'État britannique
Bill Rammell, qui a clamé que cette revendication était
"invalid". Mais il y a aussi le fait - encourageant
celui-là - que Ian Brownlie a dit aussi bien à Navin
Ramgoolam (qui le premier avait retenu ses services) qu'à
Paul Bérenger, que le dossier légal de l'île
Maurice contre Londres est solide pour des raisons archi-connues
pour ceux qui se sont intéressés à cerner
les circonstances du démantèlement illégal
des Chagos de notre territoire national. C'est à La Haye
qu'il faut se décider à aller pour trouver la solution.
Qu'attend encore l'île Maurice ?
Il est ridicule donc pour le gouvernement mauricien de gesticuler
et de faire croire que la haute commission mauricienne à
Londres ou le représentant de Port-Louis aux Seychelles
pourrait persuader l'agent de voyages britannique à arrêter
son business lucratif. C'est le gouvernement britannique qui lui
a délivré son permis d'opérer. Parions que
notre consul à Victoria ne pourra même pas protester
auprès du Président James Michel. Tout en se déclarant
solidaires de la revendication de souveraineté sur les
Chagos, nos dallons seychellois n'ont pourtant jamais hésité
à permettre que l'occupant britannique utilise leur pays
pour véritablement administrer l'archipel à partir
de sa haute commission. Les livres sterling que paie la couronne
britannique et les agents de voyages n'ont probablement pas d'odeur,
même si aux Seychelles se trouvent aussi des centaines d'exilés
Chagossiens privés du droit de visiter leurs îles
natales et de se recueillir sur la tombe de leurs ancêtres
!
Vouloir récupérer les Chagos à travers un
procès international intenté à la Grande-Bretagne,
peut certes nous exposer à l'inconvénient de tout
perdre. Mais cette volonté-là nécessite d'abord
et avant tout que tous - gouvernement et citoyens de ce pays -,
nous ayons le courage de nous soumettre aux juges à Berlin,
pardon, de La Haye. Et, en attendant, que nous trouvions le courage
de dire que la croisière s'amusera toujours
Radio télévision
Actualité
Merci aux lecteurs qui ont pris la peine de s'informer sur la
disparition de cette rubrique dans les colonnes de Week End,
ces dernières semaines. Il ne s'agissait, en fait, que
d'une petite pause provoquée par un voyage. Mes regrets
à ceux - surtout certains directeurs et animateurs qui
ne supportent pas la critique ou alors uniquement quand elle est
synonyme de flatterie - qui avaient cru en la disparition de cette
chronique et se préparaient, joyeusement, à célébrer
son enterrement. Ils devront attendre. Ces quelques semaines d'absence
m'ont permis de regarder et d'écouter d'autres radios et
télévisions et donc de faire la différence
avec ce qui se fait à Maurice. Où en matière
d'audiovisuel, on a une forte tendance à faire - pour ne
pas écrire à copier systématiquement - ce
qui ne se fait plus ailleurs. Non seulement on cède à
la tentation de la copie carbone mais, en plus, on a tendance
à refaire at vitam eternam les mêmes émissions
et les mêmes formules toutes faites. C'est tellement plus
facile d'imiter que de tenter d'innover, de faire l'effort de
créer quelque chose de nouveau. Nous en reparlerons. Consacrons
cette chronique à la une de l'actualité audiovisuelle
mauricienne. Non, cette actualité n'est pas dominée
par les combines des animateurs mauvais payeurs que les créanciers
doivent menacer de prison pour récupérer leur dû.
Encore qu'il est intéressant de signaler qu'il a fallu
la publication d'une information à ce sujet dimanche dernier
pour qu'un animateur mauvais payeur s'acquitte, cette semaine,
d'une dette qui remonte à plus de deux ans. Comme quoi
la presse écrite peut, elle aussi, faire activer certaines
choses sans ressentir le besoin de se présenter comme un
zorro capable de régler tous les problèmes du monde.
Non l'actualité audiovisuelle est marquée par les
quarante ans de la télévision mauricienne. Un anniversaire
célébré, par la MBC, avec une certaine discrétion
et intelligence encore qu'elle aurait pu avoir profité
de l'occasion pour faire preuve, pour une rare fois, d'originalité.
Mais nous aurons l'occasion de revenir sur les programmes présentés
dans le cadre de cet anniversaire. Pour ce dimanche faisons un
saut de quarante ans dans l'histoire et arrêtons-nous au
lundi 8 février 1965 pour prendre connaissance des détails
de la première émission de télévision
de la MBC. Ces détails et la photo qui accompagne cette
rubrique ont été puisés dans le numéro
du Mauricien du 8 février, 1965.
"Les invités commenceront avec un tour d'horizon.
Les informations passeront à sept heures et cinq minutes
plus tard, les fans de Cliff Richard pourront l'admirer dans un
tour de chant. À 7 hrs 30, programme de guitare suivi à
8 hrs du premier épisode de War in the air, documentaire
réalisé sur la deuxième guerre mondiale.
La pièce de résistance, à notre point de
vue - et espérons qu'il y en aura une chaque jour - sera
le premier rendez-vous de Guy de Maupassant prévu
pour 8 hrs 30. A 9 heures interviews au Park Hotel (ou avait
lieu le cocktail d'inauguration de la MBC). À 9 hrs
15, autre programme intéressant: un ballet de Saddler's
Wells. L'émission prendra fin à 10 hrs."
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 7 février 2005
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