m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 7 février 2005



Aujourd'hui au Centre de Pailles


Un rendez-vous exceptionnel avec Kosté Pep Mizikal


Henri Randrianierenana:


Chercher le théâtre, tout simplement


Jean-Louis Martinelli, homme de théâtre:


"Le politique doit comprendre que l'identité d'un pays passe aussi par la culture"


Restauration de monument historique


Vagrant Depot : deuxième étape de la Route de l'Engagé


2e Triennale d'Art Contemporain en Chine


Ismet Ganti et Firoz Ghanty déplorent les critères de sélection de la NAG


Atelier résidentiel du 6 au 14 août à Flic en Flac


pARTage fait appel aux jeunes artistes mauriciens


Pédagogie


Des petits Nantais dessinent le Dodo


À l'initiative du Centre Mandela


Un Black History Month pour clore février


Reflections au Labourdonnais


Ruby Kapoor, Picasso et les autres


Aujourd'hui au Centre de Pailles


Un rendez-vous exceptionnel avec Kosté Pep Mizikal

Que le public mauricien vienne en famille profiter d'un rendez-vous musical de choix, qui permettra aussi de découvrir la structure exceptionnelle qu'est le tout nouveau Vivekananda International Centre de Pailles: c'est l'invitation qui est faite pour le grand concert Kosté Pep Mizikal qui se tiendra aujourd'hui à partir de 15h à Pailles. Les répétitions d'hier ont en effet donné un aperçu fort impressionnant de cet événement proposé par Immedia.

En coulisses, Gilbert Pounia du groupe Ziskakan répète sa chanson Kozman avec la choriste et percussionniste, Patricia Philippe et le guitariste Pascal Manglou. Deux ans après le concert magique donné au Plaza, il est de retour en formation réduite pour présenter quatre ou cinq chansons au public mauricien dans le cadre de Kosté Pep Mizikal. Un rendez-vous musical auquel il se réjouit, d'autant plus, que cette participation correspond aussi à l'inauguration d'une salle aussi importante que le Vivekananda International Centre.

Après la grande conférence des SIDS en effet, cette salle accueillera là, sa première manifestation musicale. "Nous avons tenu à ce que ce soit une affiche locale et régionale qui inaugure la vocation culturelle de cette salle", fait ressortir Rama Poonoosamy d'Immedia. L'affiche, en effet, est de choix: outre les représentants de Ziskakan, on pourra retrouver les têtes d'affiche locales que sont Alain Ramanisum et le groupe Ravana, les Bhojpuri Boys, ou encore OSB et Natir. Également à l'affiche, Gaëtan Abel comme représentant de la chanson créole à texte, l'humoriste Sam Ammigan, et la jeune rodriguaise Nathalie Couty, qui a fait une belle percée l'an dernier et qui se dit très émue de se retrouver au coeur de cette aventure. L'animation de Kosté Pep Mizikal a été confiée à Hassen Rojoa.

Autant d'artistes qui trouveront sans doute une résonance particulière dans cette grande salle, qui offre une expérience de scène totalement inédite à Maurice. D'entrée, on ne peut s'empêcher d'être impressionnés par l'envergure de cette salle, moderne, climatisée, avec un immense podium, et des possibilités acoustiques et visuelles qui demanderont sans doute à être apprivoisées. Une tâche qui a cette fois été confiée à Damoo pour le son et à DB Vision pour les lumières.

Pour ce premier rendez-vous, Immedia a choisi une configuration mixte, avec une prépondérance des places debout, mais en gardant un certain nombre de sièges qui permettront à ceux qui le désireraient de suivre le concert assis. Cette salle peut ainsi accueillir quelque 6 000 personnes.

Un parking de 1 500 places est à la disposition de ceux qui voudraient s'y rendre en voiture. Pour les autres, une navette gratuite est prévue entre la Gare Victoria et le Domaine les Pailles à partir de midi. Les billets, à Rs 150, seront en vente aujourd'hui dans les KFC et sur place à Pailles. À noter que l'entrée est gratuite pour les enfants de moins de dix ans, dans le but de favoriser une sortie familiale.

Une première à ne pas manquer.


Henri Randrianierenana:


Chercher le théâtre, tout simplement

L'atelier de théâtre animé au cours de la semaine écoulée par Jean-Louis Martinelli a aussi vu la participation d'un stagiaire particulier, " élève " le matin puis prenant le relais l'après-midi pour mener lui-même la formation des autres stagiaires. Lui, c'est Henri Randrianieranana, metteur en scène malgache, qui témoigne d'une intéressante expérience du théâtre dans notre région.

Depuis 1985, Henri dirige dans la Grande Ile la compagnie théâtrale Johary, " nom poétique qui peut signifier aussi bien soleil qu'homme ", explique-t-il. Johary est une des deux seules troupes de Madagascar à exister professionnellement, en employant sur une base permanente deux ou trois personnes, et en faisant appel ponctuellement à d'autres comédiens pour arriver à monter une pièce chaque année. Mais le reste du temps, c'est à une autre activité que la troupe puise pour pouvoir se maintenir en vie financièrement: " Depuis 2000, s'est développée à Madagascar une industrie du cinéma vidéo, dont nous avons été un peu les précurseurs. Nous faisons donc sans arrêt l'aller-retour entre le théâtre et le cinéma, à la fois par passion et passion et par nécessité ", fait ressortir Henri. Pour lui, il y a là de quoi nourrir plusieurs types d'intérêt, entre le cinéma " de conscientisation " d'une part (il a déjà réalisé une douzaine de films sur le sida et un sur la décentralisation entre autres), et le tournage de longs métrages de fiction.

C'est dans le cadre de son activité théâtrale qu'il a, l'an dernier, rencontré Ahmed Madani du Centre Dramatique de l'Océan Indien, en allant jouer avec la compagnie théâtrale Les Bambous à la Réunion. " Nous nous sommes connus, appréciés, et il m'a proposé de venir travailler en tant que metteur en scène stagiaire sur cet atelier de travail à Maurice. C'est une expérience intéressante. On apprend chaque jour. A Madagascar, nous manquons de contacts avec l'extérieur dans le domaine théâtral, c'est donc une chance énorme de pouvoir travailler avec un professionnel aussi intéressant que Jean-Louis Martinelli. En même temps, cela me permet d'exercer mon travail de metteur en scène avec les comédiens mauriciens dont certains ont déjà un long bagage théâtral, ce qui est une tout autre expérience pour moi qui ai toujours, jusqu'ici, mis en scène des Malgaches, qui sont en général mes élèves ", souligne Henri Randrianierenana.

Mais en quoi, justement, est-ce différent ? " Nous n'avons pas forcément la même culture théâtrale, et cela me donne une autre vue, une autre expérience, une autre couleur. Cela dit un comédien est toujours un comédien, où qu'il soit. Je ne me sens pas malgache quand je fais de la mise en scène ", déclare notre interlocuteur. " Je fais du théâtre. Je suis malgache. Mais je ne cherche pas ce que certains appellent " le théâtre malgache ". Je n'ai pas la prétention ni la préoccupation de créer un théâtre malgache. Même chose pour le cinéma. Je cherche seulement à créer quelque chose, en fonction de ce que je suis à un moment donné, de ce que je ressens, de ce que j'ai envie d'exprimer ", précise Henri Randrianierenana. En quête de théâtre, tout simplement.


Jean-Louis Martinelli, homme de théâtre:


"Le politique doit comprendre que l'identité d'un pays passe aussi par la culture"

Metteur en scène réputé, directeur de l'une des plus importantes institutions théâtrales françaises, le Centre Dramatique National de Nanterre, Jean-Louis Martinelli était à Maurice au cours de la semaine écoulée pour animer un stage de théâtre à l'intention d'une dizaine de comédiens locaux. D'un abord affable et sympathique, l'homme n'en révèle pas moins des prises de position qui ne s'embarrassent pas de consensualité ou de politiquement correct. Face à une tendance humanitaire dont l'expansion le "gonfle" et qui témoigne selon lui d'un reflux général de la quête de sens qui affecte également la politique, il réaffirme l'importance du théâtre. Pour interroger, encore et toujours, le monde qui nous entoure. Pour rester vivants.

À la base de la venue de Jean-Louis Martinelli à Maurice il y a, en fait, une aventure qui commence il y a deux ans lorsque, à la demande du ministère français des Affaires étrangères, il se rend au Burkina Faso pour une mission théâtrale. Avec des artistes burkinabés, il travaille sur la tragédie antique et monte Médée, dans une version qui inclut la participation du musicien Ray Lema et l'apport de femmes de chœur pour des chants en français et bambara.

C'est dans ce cadre que Jean-Louis Martinelli rencontre Ahmed Madani, récemment nommé à la tête du Centre Dramatique de l'Océan Indien à la Réunion. Celui-ci l'invite à y présenter cette pièce, ce qui a été fait au cours de ces deux dernières semaines, en présence du metteur en scène. "Madani m'a demandé si je serais d'accord, dans la foulée, pour animer un stage à Maurice. J'ai dit oui. Me voilà donc", explique Jean-Louis Martinelli.

Pour ce stage, dont il n'est pas encore sûr s'il débouchera sur une création ou non, il dit avoir souhaité partir de l'activité artistique de personnes qui vivent et travaillent à Maurice. C'est dans cette optique qu'une demande de texte a été faite à l'écrivain Barlen Pyamootoo. "À ce stade, nous nous retrouvons en fait avec un embryon de texte, sur lequel nous essayons de faire travailler les comédiens retenus", dit-il. Ces comédiens, au nombre de dix, ont été sélectionnés au cours d'auditions menées par Ahmed Madani. Ils viennent des diverses troupes présentes à Maurice, Komiko, Sapsiwaye, Favory, Atelier Pierre Poivre notamment.

Pour Jean-Louis Martinelli, il s'agit là d'un stage à triple détente. La première vise donc à permettre à un auteur de tester son écriture et d'avancer sur l'écriture d'une pièce de théâtre. La deuxième vise à travailler avec des gens qui sont aussi metteurs en scène, donc d'assurer une formation à ce niveau. Et la troisième consiste à travailler avec des acteurs.

Au bout de quelques jours de stage, l'œil curieux et vif de Jean-Louis Martinelli a déjà enregistré quelques impressions fort pertinentes sur la situation culturelle à Maurice. Loin de la traditionnelle ode au multiculturalisme local, il avance un constat lucide et clairvoyant. "S'il y a un certain nombre de domaines relevant du public qui sont effectivement pris en charge par l'État, comme la santé ou l'éducation par exemple, il me semble que ce n'est pas exactement le cas pour le secteur culturel et artistique. Je suis ainsi étonné de constater qu'il n'y a pas au moins une ou deux troupes théâtrales professionnelles, à plein temps, ce qui existe par contre dans d'autres pays de la région qui bénéficient d'une situation économique bien plus difficile que celle de Maurice", dit-il.

Lui-même qui, avec le Théâtre de Nanterre-Amandiers, dirige un des plus gros théâtres en France, dit se retrouver sans cesse confronté à la nécessité d'assurer qu'un budget suffisant soit dévolu à la création. "Au-delà des frais de fonctionnement, s'il ne nous reste pas une marge pour assurer la création artistique, le théâtre n'est plus légitime. Pareillement, on peut se dire que la légitimité d'un ministère de la Culture dépend de sa capacité à favoriser la création culturelle et artistique. L'identité d'un pays passe aussi par là. Cela ne doit pas passer uniquement par l'économie et le tourisme. Il me semble en conséquence que cela aurait été bien si, en face de tous ces hôtels, il y avait par exemple une salle de théâtre."

Au niveau des comédiens rencontrés, Jean-Louis Martinelli est d'avis qu'il y un travail à faire. "Il y a des talents potentiellement. Mais il faut qu'ils aient les moyens de se développer. Former un acteur prend cinq à six ans, de façon continue", fait-il ressortir.

D'abord metteur en scène, Jean-Louis Martinelli a aussi été lui-même directeur de plusieurs institutions dramatiques, du Théâtre de Lyon de 1987 à 1993 au Théâtre National de Strasbourg de 1993 à 2001, et cette fois au Théâtre de Nanterre-Amandiers depuis 2002, où il a été précédé par des directeurs comme Patrice Chéreau ou Jean-Pierre Vincent. "Les moyens sont dans ces structures, ce qui explique qu'un certain nombre de metteurs en scène soient aussi devenus directeurs de théâtre", fait-il ressortir. Au-delà, il se dit toujours partant pour animer des stages ailleurs, à travers le monde. "Cela me permet de prendre du recul par rapport à l'outil, de réfléchir autrement, de regarder le théâtre autrement. Cela m'a aussi amené à regarder les problèmes franco-français et le monde de façon différente."

Pour lui, le rôle d'un directeur de théâtre pourrait s'apparenter, quelque part, à celui d'un éditeur. "On se dit: quelles sont les histoires que j'aimerais qu'on raconte dans l'endroit où je suis. Et à partir de là, on choisit des auteurs, des metteurs en scène, des acteurs."

Parmi les histoires que, lui, a envie de voir raconter en ce moment figurent, en bonne place, celles qui s'attachent à savoir ce qu'il en est "des rapports nord-sud ou sud-nord aujourd'hui." Le rapport de la France avec l'Afrique le passionne ainsi, et il a notamment travaillé au cours de ces dernières années avec deux auteurs sur la question particulière de l'Algérie. Il y eut Laurent Gaudé (prix Goncourt 2004), avec lequel il a travaillé sur la pièce Les Sacrifiés deux ans plus tôt, et l'auteur algérien Azize Chouaki, auquel il vient de passer une nouvelle commande. "Mon but est d'alterner auteurs contemporains et pièces plus classiques", déclare Jean-Louis Martinelli. Mais l'écriture théâtrale n'est-elle pas une discipline particulière ? "Oui. Mais en même temps, les textes qui sont intéressants sont ceux qui mettent un peu le théâtre au défi. Qu'est-ce qui fait théâtre ? On peut faire théâtre de tout. Il faut que les hommes de théâtre amènent des écrivains dans les théâtres, en leur disant: venez voir, puis proposez-nous du matériau."

Puisqu'il est question de l'Afrique, que pense Jean-Louis Martinelli de cette tendance au "Théâtre pour le développement" qui semble se développer à travers le continent ? On le sent d'emblée très réservé, pour ne pas dire carrément critique. "Certes, cela peut permettre à des troupes de vivre. Mais le danger d'instrumentalisation est très présent. D'un autre côté, on peut dire que si on fait appel au théâtre pour conscientiser les populations sur des questions ayant trait à l'excision ou au sida par exemple, c'est bien. Car cela signifie qu'à un moment, le politique est convaincu que le théâtre est important, utile. Mais en même temps, cela équivaut à le cantonner à une mission pédagogique. Or, la fonction de l'art, à mon sens, n'est pas d'apporter des réponses mais de poser des questions. Si c'est pour apporter des réponses, je deviens politique ou je m'engage dans l'humanitaire ou dans la presse. Mais l'art, ce n'est ni de l'info, ni de la pédagogie, ni de l'humanitaire."

Reste, par rapport à cela, la question du public. "Oui, c'est vrai, c'est une question relativement difficile. Il y a une désillusion généralisée par rapport à la politique. Les rituels se barrent. La syndicalisation est en voie d'extinction. Tout ce qui relève de la quête de sens a tendance à reculer, au profit de cette espèce d'humanitaire qui envahit le monde et qui moi me gonfle. Le théâtre n'échappe pas à ce reflux. Cela dit, je crois qu'il ne faut pas non plus trop se poser, au préalable, la question du public, car on se retrouve alors plus dans le marketing. Mais on peut réfléchir à des voies possibles. Aujourd'hui, j'ai tendance à sortir un peu du champ tragique pour essayer d'aborder la bêtise du monde à travers le burlesque. Là, il y a peut-être un chemin", conclut Jean-Louis Martinelli. Un chemin qu'il a, le temps d'un atelier, partagé avec des comédiens locaux trop souvent confrontés à la difficulté de s'en sortir, dans un pays lui-même en quête de sens…


Restauration de monument historique


Vagrant Depot : deuxième étape de la Route de l'Engagé

Le 23 février dernier marquait le 141e anniversaire de l'entrée en opération, à Grande Rivière Nord Ouest, du Vagrant Depot qui servit, au XIXe siècle, de lieu d'emprisonnement pour les travailleurs engagés de la colonie trouvés coupables de "vagabondage". L'Aapravasi Ghat Trust Fund a choisi l'occasion de cet anniversaire pour lancer, en présence du Premier ministre, un projet de restauration de ce monument historique, deuxième étape, après l'Aapravasi Ghat, sur la Route de l'Engagé que se propose de créer cet organisme.

L'Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs engagés indiens à Port Louis, entame sa dernière phase de restauration. Les travaux devraient se terminer en juin prochain et le dossier soumis à l'UNESCO au début de ce mois de février pour une éventuelle inscription au Patrimoine Mondial a été déclaré recevable par cet organisme. Poursuivant sur sa lancée, l'Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) a donc lancé, mercredi dernier, son deuxième projet de restauration qui concerne, cette fois, le Vagrant Depot de Grande Rivière Nord Ouest.

C'est le 23 février 1864 que fut ouvert le Vagrant Depot, lieu considéré comme très important par rapport à l'histoire des Indiens et des travailleurs engagés à Maurice au cours du XIXe siècle. À cette époque, un vagrant, selon les lois coloniales, était quelqu'un qui n'avait pas de domicile fixe ou de contrat de travail permanent, ou qui ne possédait pas un laissez-passer valide. C'était aussi quelqu'un qui était accusé d'avoir déserté son poste ou quitté son employeur, en général sur les propriétés sucrières. Des lois qui, selon le Premier ministre Paul Bérenger, servaient à attacher les laboureurs au bon vouloir de leurs employeurs. Le Vagrant Depot, où étaient emprisonnés ceux sanctionnés en vertu de ces lois sur le "vagabondage", est donc un témoin de la vie et des tribulations des travailleurs engagés qui n'étaient pas libres de leurs mouvements.

Ces locaux, que l'on peut voir de la route Royale à Grande Rivière, existent en fait depuis 1816, sous le nom de Convict Barracks ou Convict Headquarters. Des centaines de prisonniers indiens y furent gardés jusqu'à la fermeture des lieux en 1853. En février 1864 toutefois, le Gouverneur Barkly ordonna la conversion des Convict Barracks en un dépôt visant à recevoir 300 vagrants. Le Vagrant Depot fut ainsi officiellement ouvert le 23 février 1864, et par la suite agrandi entre janvier 1865 et février 1867, pour inclure des quartiers pour les prisonniers et le personnel, douze nouvelles cellules, un mur d'enceinte, un petit hôpital, des bureaux.

Selon les registres officiels, plus de 60 000 vagrants auraient été emprisonnés au Vagrant Depot entre 1864 et 1886.

Des prisonniers pas seulement indiens

Il est à noter que selon les historiens Satyendra Peerthum et Ally Hossen Orjoon, il y avait, au Vagrant Depot, une population qui comprenait des Indiens de l'Inde, mais aussi des Mauriciens d'origine indienne (hindous ou musulmans), des Créoles (en grande partie descendants d'esclaves), des laboureurs Chinois nés à Maurice (d'ascendants venus de Macao ou de Canton) et quelques Européens, Français ou Britanniques désargentés. "Y étaient emprisonnés tous ceux qui n'avaient pas de domicile fixe ou de contrat de travail. Mais ceux ciblés étaient principalement les travailleurs indiens engagés, anciens ou nouveaux immigrants", explique Satyendra Peerthum.

Ces prisonniers, dont certains savaient lire et écrire, étaient utilisés principalement pour des travaux extérieurs comme casser des pierres, construire des routes, nettoyer les rues et réparer des bâtiments publics, principalement dans la région de Port Louis et ses alentours.

Au début de 1886, le Vagrant Depot fut fermé et ses prisonniers transférés en partie à la Prison de Port Louis et en partie à la toute nouvelle Prison de Beau Bassin. En 1954, le gouverneur Sir Robert Scott le décréta Monument National, à travers le Government Notice n°614.

Le Vagrant Depot est donc aujourd'hui considéré comme un lieu de mémoire important, dans la mesure où il témoigne des tribulations, des épreuves et des luttes des travailleurs engagés et non-engagés pour arriver à se forger une place au sein de la société mauricienne. L'AGTF a annoncé, dans ce cadre, une remise en état des lieux en deux phases, estimées à Rs 1,8 million pour la porte d'entrée et Rs 3 millions pour le reste.

Cette restauration s'inscrit, selon la présidente de l'AGTF, Vijaya Teelock, dans la volonté de cet organisme de commémorer l'engagisme dans sa totalité. Ce qui implique un projet de tracé d'une Route du Travailleur Engagé qui, localement, démarre à l'Aapravasi Ghat, passe par le Vagrant Depot, les casernes de Trianon et Union Vale, et les stations de quarantaine de l'Ile Plate mais aussi de l'Ilot Gabriel.


2e Triennale d'Art Contemporain en Chine


Ismet Ganti et Firoz Ghanty déplorent les critères de sélection de la NAG

Les artistes, Ismet Ganti et Firoz Ghanty ont décidé de "rompre la communication avec la National Art Gallery" et ont démissionné de tous les comités et sous-comités mis en place dans le cadre de la 2e Triennale d'Art Contemporain, prochainement en Chine. Refusant de se plier aux principes définissant les critères de la composition du jury et des participants entre autres, Ismet Ganti et Firoz Ghanty ont préféré prendre leur distance avec la National Art Gallery (NAG). Dans une lettre envoyée au Premier ministre, au ministre des Arts et de la Culture, et au président du conseil d'administration et directeur de la NAG, respectivement, ils expliquent les raisons qui les ont poussés à partir. "Une exposition internationale aura bientôt lieu en Chine. Pour la énième fois la direction de la National Art Gallery a décidé de manière arbitraire, dans le secret et en informant après coup son conseil d'administration du choix des participants mauriciens (…) Personne ne connaît la composition du jury, s'il existe, et ses attributions, ni avant, ni après l'exercice. Régulièrement certains membres-artistes du conseil d'administration sont participants à ces manifestations internationales." Les deux artistes estiment qu'ils ont "été personnellement visés", et occultés lors des manifestations d'envergures. "Depuis 1968 notre participation aura été retenue 3 ou 4 fois chacun. 3 ou 4 fois en 37 ans (…) Nous avons proposé l'idée d'une tournante pour éliminer le jury et donner la possibilité à chacun de participer aux manifestations internationales. Accepté en paroles, rejeté dans les faits." Jugeant les pratiques en cours à la NAG, dans ce contexte, discriminatoires, Ismet Ganti et Firoz Ghanty réclament entre autres la suspension du directeur de cet organisme. Ils demandent également que "la NAG rende public tous les éléments de l'exercice menant à la sélection pour l'exposition qui aura lieu en Chine" de même que l'annulation, de l'exercice dans son intégralité, la procédure d'organisation de la 2e Triennale et le gèle des activités de la NAG.


Atelier résidentiel du 6 au 14 août à Flic en Flac


pARTage fait appel aux jeunes artistes mauriciens

L'an dernier, l'association pARTage (nouvellement créée à l'initiative d'un groupe de plasticiens menés par Krishna Luchoomun) avait lancé ses activités en tenant un International Artists Workshop. Pendant quinze jours au mois de juillet, une trentaine d'artistes venant d'une quinzaine de pays s'étaient retrouvés en résidence à Flic en Flac pour des échanges créatifs autour de l'art contemporain. Le résultat, ce furent des travaux (peintures, sculptures, installations, créations vidéo) qui furent exposés par la suite au MGI. Ces travaux vont par ailleurs faire l'objet d'un catalogue qui sera lancé en avril prochain, mois qui verra également la tenue d'une nouvelle exposition des travaux des artistes mauriciens ayant participé à cet atelier.

Cette année, pARTage se propose d'organiser, du 6 au 14 août prochain, à Flic en Flac toujours, un atelier de travail résidentiel réservé cette fois aux jeunes artistes mauriciens (âgés entre 25 et 35 ans). "Le but est de promouvoir les arts plastiques à Maurice en regroupant des jeunes artistes pour favoriser des interactions, partages et discussions autour de l'art", explique Krishna Luchoomun. Ces neuf jours d'atelier seront suivis par une journée portes ouvertes où les artistes pourront exposer leurs créations et rencontrer le public. pARTage fournit le logement, les repas et les matériaux nécessaires. Les artistes participants, de leur côté, devront s'engager à faire don d'une œuvre produite pendant l'atelier, qui sera offerte à une institution charitable ou éducationnelle.

Les artistes intéressés à participer à cet atelier ont jusqu'au 20 mars 2005 pour faire parvenir leur CV et des photos de trois œuvres récentes à l'adresse suivante:

pARTage, c/o Krishna Luchoomun, Clairfonds n°1, Vacoas.


Pédagogie


Des petits Nantais dessinent le Dodo

Pendant le premier trimestre scolaire de 2004, les élèves de la grande section de l'école privée de St Michel de Nantes ont travaillé sur le thème de l'île Maurice. Le thème a été choisi par leur institutrice, Sabine Réglade, qui a épousé un Français d'origine mauricienne.

Pendant le début de ce premier trimestre, ces enfants âgés de 5 à 6 ans ont découvert l'île Maurice, son histoire, sa situation géographique, sa faune, sa flore, sa musique (à travers La rivière Tanier), certains de ses écrivains et surtout à travers l'histoire du Dodo. L'histoire de cet oiseau disparu a tellement passionné les petits enfants de Nantes qu'ils ont dessiné chacun "leur" dodo avec en toile de fond le drapeau mauricien.

Pour parfaire cette découverte de Maurice, l'institutrice de l'école St Michel de Nantes propose aux jeunes Mauriciens intéressés à correspondre avec ses petits élèves de prendre contact à l'adresse suivante: sabinedefroberville@free.fr


À l'initiative du Centre Mandela


Un Black History Month pour clore février

Le Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine, en collaboration avec l'ambassade des États Unis, propose, jusqu'au 28 février, un programme en quatre volets dans le cadre de ce qui a été appelé un "Black History Month". Outre une vidéoconférence des responsables de la Smithsonian Institution vendredi dernier, le public peut profiter d'une exposition sur Martin Luther King et sur le jazz et d'un concert, ce dimanche, mêlant blues, jazz, gospel et negro spirituals.

Les activités de ce Black History Month, choisi en raison de la célébration, le 1er février, de l'abolition de l'esclavage, se sont ouvertes le vendredi 25 février à 17h avec une vidéoconférence à l'ambassade des États Unis. Celle-ci proposait de dialoguer en direct avec John W. Franklin, conservateur du Centre for Folklife and Cultural Heritage de la Smithsonian Institution et Christine Mullen Kreamer, conservateur du National Museum of African Art du Smithsonian. Des échanges portant sur la façon de préserver et de promouvoir les expressions artistiques et culturelles de la diaspora africaine, et de disséminer l'information par rapport aux arts et à la culture africains et créoles.

Le deuxième rendez-vous a trait à une double exposition portant à la fois sur l'héritage de Martin Luther King et sur le jazz. Cette exposition, ouverte depuis hier, sera accessible jusqu'au lundi 28 février de 9h30 à 17h au Conservatoire de Musique François Mitterrand à Quatre Bornes. À travers 21 panneaux, elle propose de mieux connaître "the achievements of Martin Luther King as the central leader of the civil rights movement in the 1960s". Cette exposition illustre également "the positive impact of his work on American life three decades later". Le texte entremêle l'histoire du civil rights movement et des rapports sur le statut des Afro-Américains à travers différents aspects de la société américaine aujourd'hui.

Enfin, le Conservatoire accueillera, aujourd'hui dimanche 27 février à 16h, un concert gratuit regroupant le El-Shaddaï Choir (gospel), la Koral Vizitasyon (negro spiritual), les Kreol Jazz Pioneers (jazz New Orleans style), le Conservatoire Jazz Ensemble (musique instrumentale) et Marie-Luce Faron and Friends (blues).

Le Centre Nelson Mandela, fait ressortir son président Jean-Claude Augustave, compte faire de ce Black History Month un rendez-vous annuel appelé à s'étoffer dès la prochaine édition.


Reflections au Labourdonnais


Ruby Kapoor, Picasso et les autres

Imprégnées de lumière, les plus grandes œuvres des maîtres réapparaissent sous un autre jour. Sans pour autant déranger l'essence même des originaux, Ruby Kapoor, expressionniste autodidacte, apporte une touche magique dans les 27 répliques de Reflections, sa dernière collection. Réalisées sur verre, les œuvres reprises dégagent une aura lumineuse tout en mettant en relief les couleurs de chaque scène. Subtilement, la lumière exquise et malicieuse à la fois fait valser les tons selon le mouvement du regard !

L'originalité du travail de Ruby Kapoor relève aussi de ce jeu subtil sur une matière prête à laisser transparaître l'éclat et les facettes de la lumière. Matière qui, aussi, s'approprie avec aisance le surréalisme des uns et l'impressionnisme des autres. À travers Reflections, Renoir, Picasso, Gauguin, Joan Miro ou encore de Chazal s'offrent dans une fluidité incandescente pour le plus grand plaisir des yeux.



m a g a z i n e WEEK-END --- dimanche 7 février 2005