Que le public mauricien vienne en famille profiter d'un rendez-vous
musical de choix, qui permettra aussi de découvrir la structure
exceptionnelle qu'est le tout nouveau Vivekananda International
Centre de Pailles: c'est l'invitation qui est faite pour le grand
concert Kosté Pep Mizikal qui se tiendra aujourd'hui
à partir de 15h à Pailles. Les répétitions
d'hier ont en effet donné un aperçu fort impressionnant
de cet événement proposé par Immedia.
En coulisses, Gilbert Pounia du groupe Ziskakan répète
sa chanson Kozman avec la choriste et percussionniste,
Patricia Philippe et le guitariste Pascal Manglou. Deux ans après
le concert magique donné au Plaza, il est de retour en
formation réduite pour présenter quatre ou cinq
chansons au public mauricien dans le cadre de Kosté
Pep Mizikal. Un rendez-vous musical auquel il se réjouit,
d'autant plus, que cette participation correspond aussi à
l'inauguration d'une salle aussi importante que le Vivekananda
International Centre.
Après la grande conférence des SIDS en effet, cette
salle accueillera là, sa première manifestation
musicale. "Nous avons tenu à ce que ce soit une
affiche locale et régionale qui inaugure la vocation culturelle
de cette salle", fait ressortir Rama Poonoosamy d'Immedia.
L'affiche, en effet, est de choix: outre les représentants
de Ziskakan, on pourra retrouver les têtes d'affiche
locales que sont Alain Ramanisum et le groupe Ravana, les Bhojpuri
Boys, ou encore OSB et Natir. Également à l'affiche,
Gaëtan Abel comme représentant de la chanson créole
à texte, l'humoriste Sam Ammigan, et la jeune rodriguaise
Nathalie Couty, qui a fait une belle percée l'an dernier
et qui se dit très émue de se retrouver au coeur
de cette aventure. L'animation de Kosté Pep Mizikal
a été confiée à Hassen Rojoa.
Autant d'artistes qui trouveront sans doute une résonance
particulière dans cette grande salle, qui offre une expérience
de scène totalement inédite à Maurice. D'entrée,
on ne peut s'empêcher d'être impressionnés
par l'envergure de cette salle, moderne, climatisée, avec
un immense podium, et des possibilités acoustiques et visuelles
qui demanderont sans doute à être apprivoisées.
Une tâche qui a cette fois été confiée
à Damoo pour le son et à DB Vision pour les lumières.
Pour ce premier rendez-vous, Immedia a choisi une configuration
mixte, avec une prépondérance des places debout,
mais en gardant un certain nombre de sièges qui permettront
à ceux qui le désireraient de suivre le concert
assis. Cette salle peut ainsi accueillir quelque 6 000 personnes.
Un parking de 1 500 places est à la disposition de ceux
qui voudraient s'y rendre en voiture. Pour les autres, une navette
gratuite est prévue entre la Gare Victoria et le Domaine
les Pailles à partir de midi. Les billets, à Rs
150, seront en vente aujourd'hui dans les KFC et sur place à
Pailles. À noter que l'entrée est gratuite pour
les enfants de moins de dix ans, dans le but de favoriser une
sortie familiale.
Une première à ne pas manquer.
Henri Randrianierenana:
Chercher le théâtre, tout simplement
L'atelier de théâtre animé au cours de la
semaine écoulée par Jean-Louis Martinelli a aussi
vu la participation d'un stagiaire particulier, " élève
" le matin puis prenant le relais l'après-midi pour
mener lui-même la formation des autres stagiaires. Lui,
c'est Henri Randrianieranana, metteur en scène malgache,
qui témoigne d'une intéressante expérience
du théâtre dans notre région.
Depuis 1985, Henri dirige dans la Grande Ile la compagnie théâtrale
Johary, " nom poétique qui peut signifier aussi
bien soleil qu'homme ", explique-t-il. Johary est une
des deux seules troupes de Madagascar à exister professionnellement,
en employant sur une base permanente deux ou trois personnes,
et en faisant appel ponctuellement à d'autres comédiens
pour arriver à monter une pièce chaque année.
Mais le reste du temps, c'est à une autre activité
que la troupe puise pour pouvoir se maintenir en vie financièrement:
" Depuis 2000, s'est développée à
Madagascar une industrie du cinéma vidéo, dont nous
avons été un peu les précurseurs. Nous faisons
donc sans arrêt l'aller-retour entre le théâtre
et le cinéma, à la fois par passion et passion et
par nécessité ", fait ressortir Henri.
Pour lui, il y a là de quoi nourrir plusieurs types d'intérêt,
entre le cinéma " de conscientisation " d'une
part (il a déjà réalisé une douzaine
de films sur le sida et un sur la décentralisation entre
autres), et le tournage de longs métrages de fiction.
C'est dans le cadre de son activité théâtrale
qu'il a, l'an dernier, rencontré Ahmed Madani du Centre
Dramatique de l'Océan Indien, en allant jouer avec la compagnie
théâtrale Les Bambous à la Réunion.
" Nous nous sommes connus, appréciés, et
il m'a proposé de venir travailler en tant que metteur
en scène stagiaire sur cet atelier de travail à
Maurice. C'est une expérience intéressante. On apprend
chaque jour. A Madagascar, nous manquons de contacts avec l'extérieur
dans le domaine théâtral, c'est donc une chance énorme
de pouvoir travailler avec un professionnel aussi intéressant
que Jean-Louis Martinelli. En même temps, cela me permet
d'exercer mon travail de metteur en scène avec les comédiens
mauriciens dont certains ont déjà un long bagage
théâtral, ce qui est une tout autre expérience
pour moi qui ai toujours, jusqu'ici, mis en scène des Malgaches,
qui sont en général mes élèves ",
souligne Henri Randrianierenana.
Mais en quoi, justement, est-ce différent ? " Nous
n'avons pas forcément la même culture théâtrale,
et cela me donne une autre vue, une autre expérience, une
autre couleur. Cela dit un comédien est toujours un comédien,
où qu'il soit. Je ne me sens pas malgache quand je fais
de la mise en scène ", déclare notre interlocuteur.
" Je fais du théâtre. Je suis malgache. Mais
je ne cherche pas ce que certains appellent " le théâtre
malgache ". Je n'ai pas la prétention ni la préoccupation
de créer un théâtre malgache. Même chose
pour le cinéma. Je cherche seulement à créer
quelque chose, en fonction de ce que je suis à un moment
donné, de ce que je ressens, de ce que j'ai envie d'exprimer
", précise Henri Randrianierenana. En quête
de théâtre, tout simplement.
Jean-Louis Martinelli, homme de théâtre:
"Le politique doit comprendre que l'identité d'un
pays passe aussi par la culture"
Metteur en scène réputé, directeur de l'une
des plus importantes institutions théâtrales françaises,
le Centre Dramatique National de Nanterre, Jean-Louis Martinelli
était à Maurice au cours de la semaine écoulée
pour animer un stage de théâtre à l'intention
d'une dizaine de comédiens locaux. D'un abord affable et
sympathique, l'homme n'en révèle pas moins des prises
de position qui ne s'embarrassent pas de consensualité
ou de politiquement correct. Face à une tendance humanitaire
dont l'expansion le "gonfle" et qui témoigne
selon lui d'un reflux général de la quête
de sens qui affecte également la politique, il réaffirme
l'importance du théâtre. Pour interroger, encore
et toujours, le monde qui nous entoure. Pour rester vivants.
À la base de la venue de Jean-Louis Martinelli à
Maurice il y a, en fait, une aventure qui commence il y a deux
ans lorsque, à la demande du ministère français
des Affaires étrangères, il se rend au Burkina Faso
pour une mission théâtrale. Avec des artistes burkinabés,
il travaille sur la tragédie antique et monte Médée,
dans une version qui inclut la participation du musicien Ray Lema
et l'apport de femmes de chur pour des chants en français
et bambara.
C'est dans ce cadre que Jean-Louis Martinelli rencontre Ahmed
Madani, récemment nommé à la tête du
Centre Dramatique de l'Océan Indien à la Réunion.
Celui-ci l'invite à y présenter cette pièce,
ce qui a été fait au cours de ces deux dernières
semaines, en présence du metteur en scène. "Madani
m'a demandé si je serais d'accord, dans la foulée,
pour animer un stage à Maurice. J'ai dit oui. Me voilà
donc", explique Jean-Louis Martinelli.
Pour ce stage, dont il n'est pas encore sûr s'il débouchera
sur une création ou non, il dit avoir souhaité partir
de l'activité artistique de personnes qui vivent et travaillent
à Maurice. C'est dans cette optique qu'une demande de texte
a été faite à l'écrivain Barlen Pyamootoo.
"À ce stade, nous nous retrouvons en fait avec
un embryon de texte, sur lequel nous essayons de faire travailler
les comédiens retenus", dit-il. Ces comédiens,
au nombre de dix, ont été sélectionnés
au cours d'auditions menées par Ahmed Madani. Ils viennent
des diverses troupes présentes à Maurice, Komiko,
Sapsiwaye, Favory, Atelier Pierre Poivre notamment.
Pour Jean-Louis Martinelli, il s'agit là d'un stage à
triple détente. La première vise donc à permettre
à un auteur de tester son écriture et d'avancer
sur l'écriture d'une pièce de théâtre.
La deuxième vise à travailler avec des gens qui
sont aussi metteurs en scène, donc d'assurer une formation
à ce niveau. Et la troisième consiste à travailler
avec des acteurs.
Au bout de quelques jours de stage, l'il curieux et vif
de Jean-Louis Martinelli a déjà enregistré
quelques impressions fort pertinentes sur la situation culturelle
à Maurice. Loin de la traditionnelle ode au multiculturalisme
local, il avance un constat lucide et clairvoyant. "S'il
y a un certain nombre de domaines relevant du public qui sont
effectivement pris en charge par l'État, comme la santé
ou l'éducation par exemple, il me semble que ce n'est pas
exactement le cas pour le secteur culturel et artistique. Je suis
ainsi étonné de constater qu'il n'y a pas au moins
une ou deux troupes théâtrales professionnelles,
à plein temps, ce qui existe par contre dans d'autres pays
de la région qui bénéficient d'une situation
économique bien plus difficile que celle de Maurice",
dit-il.
Lui-même qui, avec le Théâtre de Nanterre-Amandiers,
dirige un des plus gros théâtres en France, dit se
retrouver sans cesse confronté à la nécessité
d'assurer qu'un budget suffisant soit dévolu à la
création. "Au-delà des frais de fonctionnement,
s'il ne nous reste pas une marge pour assurer la création
artistique, le théâtre n'est plus légitime.
Pareillement, on peut se dire que la légitimité
d'un ministère de la Culture dépend de sa capacité
à favoriser la création culturelle et artistique.
L'identité d'un pays passe aussi par là. Cela ne
doit pas passer uniquement par l'économie et le tourisme.
Il me semble en conséquence que cela aurait été
bien si, en face de tous ces hôtels, il y avait par exemple
une salle de théâtre."
Au niveau des comédiens rencontrés, Jean-Louis Martinelli
est d'avis qu'il y un travail à faire. "Il y a
des talents potentiellement. Mais il faut qu'ils aient les moyens
de se développer. Former un acteur prend cinq à
six ans, de façon continue", fait-il ressortir.
D'abord metteur en scène, Jean-Louis Martinelli a aussi
été lui-même directeur de plusieurs institutions
dramatiques, du Théâtre de Lyon de 1987 à
1993 au Théâtre National de Strasbourg de 1993 à
2001, et cette fois au Théâtre de Nanterre-Amandiers
depuis 2002, où il a été précédé
par des directeurs comme Patrice Chéreau ou Jean-Pierre
Vincent. "Les moyens sont dans ces structures, ce qui
explique qu'un certain nombre de metteurs en scène soient
aussi devenus directeurs de théâtre", fait-il
ressortir. Au-delà, il se dit toujours partant pour animer
des stages ailleurs, à travers le monde. "Cela
me permet de prendre du recul par rapport à l'outil, de
réfléchir autrement, de regarder le théâtre
autrement. Cela m'a aussi amené à regarder les problèmes
franco-français et le monde de façon différente."
Pour lui, le rôle d'un directeur de théâtre
pourrait s'apparenter, quelque part, à celui d'un éditeur.
"On se dit: quelles sont les histoires que j'aimerais qu'on
raconte dans l'endroit où je suis. Et à partir de
là, on choisit des auteurs, des metteurs en scène,
des acteurs."
Parmi les histoires que, lui, a envie de voir raconter en ce moment
figurent, en bonne place, celles qui s'attachent à savoir
ce qu'il en est "des rapports nord-sud ou sud-nord aujourd'hui."
Le rapport de la France avec l'Afrique le passionne ainsi, et
il a notamment travaillé au cours de ces dernières
années avec deux auteurs sur la question particulière
de l'Algérie. Il y eut Laurent Gaudé (prix Goncourt
2004), avec lequel il a travaillé sur la pièce Les
Sacrifiés deux ans plus tôt, et l'auteur algérien
Azize Chouaki, auquel il vient de passer une nouvelle commande.
"Mon but est d'alterner auteurs contemporains et pièces
plus classiques", déclare Jean-Louis Martinelli.
Mais l'écriture théâtrale n'est-elle pas une
discipline particulière ? "Oui. Mais en même
temps, les textes qui sont intéressants sont ceux qui mettent
un peu le théâtre au défi. Qu'est-ce qui fait
théâtre ? On peut faire théâtre de tout.
Il faut que les hommes de théâtre amènent
des écrivains dans les théâtres, en leur disant:
venez voir, puis proposez-nous du matériau."
Puisqu'il est question de l'Afrique, que pense Jean-Louis Martinelli
de cette tendance au "Théâtre pour le développement"
qui semble se développer à travers le continent
? On le sent d'emblée très réservé,
pour ne pas dire carrément critique. "Certes, cela
peut permettre à des troupes de vivre. Mais le danger d'instrumentalisation
est très présent. D'un autre côté,
on peut dire que si on fait appel au théâtre pour
conscientiser les populations sur des questions ayant trait à
l'excision ou au sida par exemple, c'est bien. Car cela signifie
qu'à un moment, le politique est convaincu que le théâtre
est important, utile. Mais en même temps, cela équivaut
à le cantonner à une mission pédagogique.
Or, la fonction de l'art, à mon sens, n'est pas d'apporter
des réponses mais de poser des questions. Si c'est pour
apporter des réponses, je deviens politique ou je m'engage
dans l'humanitaire ou dans la presse. Mais l'art, ce n'est ni
de l'info, ni de la pédagogie, ni de l'humanitaire."
Reste, par rapport à cela, la question du public. "Oui,
c'est vrai, c'est une question relativement difficile. Il y a
une désillusion généralisée par rapport
à la politique. Les rituels se barrent. La syndicalisation
est en voie d'extinction. Tout ce qui relève de la quête
de sens a tendance à reculer, au profit de cette espèce
d'humanitaire qui envahit le monde et qui moi me gonfle. Le théâtre
n'échappe pas à ce reflux. Cela dit, je crois qu'il
ne faut pas non plus trop se poser, au préalable, la question
du public, car on se retrouve alors plus dans le marketing. Mais
on peut réfléchir à des voies possibles.
Aujourd'hui, j'ai tendance à sortir un peu du champ tragique
pour essayer d'aborder la bêtise du monde à travers
le burlesque. Là, il y a peut-être un chemin",
conclut Jean-Louis Martinelli. Un chemin qu'il a, le temps
d'un atelier, partagé avec des comédiens locaux
trop souvent confrontés à la difficulté de
s'en sortir, dans un pays lui-même en quête de sens
Restauration de monument historique
Vagrant Depot : deuxième étape de la Route de
l'Engagé
Le 23 février dernier marquait le 141e anniversaire de
l'entrée en opération, à Grande Rivière
Nord Ouest, du Vagrant Depot qui servit, au XIXe siècle,
de lieu d'emprisonnement pour les travailleurs engagés
de la colonie trouvés coupables de "vagabondage".
L'Aapravasi Ghat Trust Fund a choisi l'occasion de cet anniversaire
pour lancer, en présence du Premier ministre, un projet
de restauration de ce monument historique, deuxième étape,
après l'Aapravasi Ghat, sur la Route de l'Engagé
que se propose de créer cet organisme.
L'Aapravasi Ghat, lieu de débarquement des travailleurs
engagés indiens à Port Louis, entame sa dernière
phase de restauration. Les travaux devraient se terminer en juin
prochain et le dossier soumis à l'UNESCO au début
de ce mois de février pour une éventuelle inscription
au Patrimoine Mondial a été déclaré
recevable par cet organisme. Poursuivant sur sa lancée,
l'Aapravasi Ghat Trust Fund (AGTF) a donc lancé, mercredi
dernier, son deuxième projet de restauration qui concerne,
cette fois, le Vagrant Depot de Grande Rivière Nord
Ouest.
C'est le 23 février 1864 que fut ouvert le Vagrant Depot,
lieu considéré comme très important par rapport
à l'histoire des Indiens et des travailleurs engagés
à Maurice au cours du XIXe siècle. À cette
époque, un vagrant, selon les lois coloniales, était
quelqu'un qui n'avait pas de domicile fixe ou de contrat de travail
permanent, ou qui ne possédait pas un laissez-passer valide.
C'était aussi quelqu'un qui était accusé
d'avoir déserté son poste ou quitté son employeur,
en général sur les propriétés sucrières.
Des lois qui, selon le Premier ministre Paul Bérenger,
servaient à attacher les laboureurs au bon vouloir de leurs
employeurs. Le Vagrant Depot, où étaient
emprisonnés ceux sanctionnés en vertu de ces lois
sur le "vagabondage", est donc un témoin de la
vie et des tribulations des travailleurs engagés qui n'étaient
pas libres de leurs mouvements.
Ces locaux, que l'on peut voir de la route Royale à Grande
Rivière, existent en fait depuis 1816, sous le nom de Convict
Barracks ou Convict Headquarters. Des centaines de
prisonniers indiens y furent gardés jusqu'à la fermeture
des lieux en 1853. En février 1864 toutefois, le Gouverneur
Barkly ordonna la conversion des Convict Barracks en un
dépôt visant à recevoir 300 vagrants.
Le Vagrant Depot fut ainsi officiellement ouvert le 23
février 1864, et par la suite agrandi entre janvier 1865
et février 1867, pour inclure des quartiers pour les prisonniers
et le personnel, douze nouvelles cellules, un mur d'enceinte,
un petit hôpital, des bureaux.
Selon les registres officiels, plus de 60 000 vagrants
auraient été emprisonnés au Vagrant Depot
entre 1864 et 1886.
Des prisonniers pas seulement indiens
Il est à noter que selon les historiens Satyendra Peerthum
et Ally Hossen Orjoon, il y avait, au Vagrant Depot, une
population qui comprenait des Indiens de l'Inde, mais aussi des
Mauriciens d'origine indienne (hindous ou musulmans), des Créoles
(en grande partie descendants d'esclaves), des laboureurs Chinois
nés à Maurice (d'ascendants venus de Macao ou de
Canton) et quelques Européens, Français ou Britanniques
désargentés. "Y étaient emprisonnés
tous ceux qui n'avaient pas de domicile fixe ou de contrat de
travail. Mais ceux ciblés étaient principalement
les travailleurs indiens engagés, anciens ou nouveaux immigrants",
explique Satyendra Peerthum.
Ces prisonniers, dont certains savaient lire et écrire,
étaient utilisés principalement pour des travaux
extérieurs comme casser des pierres, construire des routes,
nettoyer les rues et réparer des bâtiments publics,
principalement dans la région de Port Louis et ses alentours.
Au début de 1886, le Vagrant Depot fut fermé
et ses prisonniers transférés en partie à
la Prison de Port Louis et en partie à la toute nouvelle
Prison de Beau Bassin. En 1954, le gouverneur Sir Robert Scott
le décréta Monument National, à travers le
Government Notice n°614.
Le Vagrant Depot est donc aujourd'hui considéré
comme un lieu de mémoire important, dans la mesure où
il témoigne des tribulations, des épreuves et des
luttes des travailleurs engagés et non-engagés pour
arriver à se forger une place au sein de la société
mauricienne. L'AGTF a annoncé, dans ce cadre, une remise
en état des lieux en deux phases, estimées à
Rs 1,8 million pour la porte d'entrée et Rs 3 millions
pour le reste.
Cette restauration s'inscrit, selon la présidente de l'AGTF,
Vijaya Teelock, dans la volonté de cet organisme de commémorer
l'engagisme dans sa totalité. Ce qui implique un projet
de tracé d'une Route du Travailleur Engagé qui,
localement, démarre à l'Aapravasi Ghat, passe par
le Vagrant Depot, les casernes de Trianon et Union Vale,
et les stations de quarantaine de l'Ile Plate mais aussi de l'Ilot
Gabriel.
2e Triennale d'Art Contemporain en Chine
Ismet Ganti et Firoz Ghanty déplorent les critères
de sélection de la NAG
Les artistes, Ismet Ganti et Firoz Ghanty ont décidé
de "rompre la communication avec la National Art Gallery"
et ont démissionné de tous les comités et
sous-comités mis en place dans le cadre de la 2e Triennale
d'Art Contemporain, prochainement en Chine. Refusant de se plier
aux principes définissant les critères de la composition
du jury et des participants entre autres, Ismet Ganti et Firoz
Ghanty ont préféré prendre leur distance
avec la National Art Gallery (NAG). Dans une lettre envoyée
au Premier ministre, au ministre des Arts et de la Culture, et
au président du conseil d'administration et directeur de
la NAG, respectivement, ils expliquent les raisons qui
les ont poussés à partir. "Une exposition
internationale aura bientôt lieu en Chine. Pour la énième
fois la direction de la National Art Gallery a décidé
de manière arbitraire, dans le secret et en informant après
coup son conseil d'administration du choix des participants mauriciens
(
) Personne ne connaît la composition du jury, s'il
existe, et ses attributions, ni avant, ni après l'exercice.
Régulièrement certains membres-artistes du conseil
d'administration sont participants à ces manifestations
internationales." Les deux artistes estiment qu'ils ont
"été personnellement visés",
et occultés lors des manifestations d'envergures. "Depuis
1968 notre participation aura été retenue 3 ou 4
fois chacun. 3 ou 4 fois en 37 ans (
) Nous avons proposé
l'idée d'une tournante pour éliminer le jury et
donner la possibilité à chacun de participer aux
manifestations internationales. Accepté en paroles, rejeté
dans les faits." Jugeant les pratiques en cours à
la NAG, dans ce contexte, discriminatoires, Ismet Ganti et Firoz
Ghanty réclament entre autres la suspension du directeur
de cet organisme. Ils demandent également que "la
NAG rende public tous les éléments de l'exercice
menant à la sélection pour l'exposition qui aura
lieu en Chine" de même que l'annulation, de l'exercice
dans son intégralité, la procédure d'organisation
de la 2e Triennale et le gèle des activités de la
NAG.
Atelier résidentiel du 6 au 14 août à Flic
en Flac
pARTage fait appel aux jeunes artistes mauriciens
L'an dernier, l'association pARTage (nouvellement créée
à l'initiative d'un groupe de plasticiens menés
par Krishna Luchoomun) avait lancé ses activités
en tenant un International Artists Workshop. Pendant quinze
jours au mois de juillet, une trentaine d'artistes venant d'une
quinzaine de pays s'étaient retrouvés en résidence
à Flic en Flac pour des échanges créatifs
autour de l'art contemporain. Le résultat, ce furent des
travaux (peintures, sculptures, installations, créations
vidéo) qui furent exposés par la suite au MGI. Ces
travaux vont par ailleurs faire l'objet d'un catalogue qui sera
lancé en avril prochain, mois qui verra également
la tenue d'une nouvelle exposition des travaux des artistes mauriciens
ayant participé à cet atelier.
Cette année, pARTage se propose d'organiser, du 6 au 14
août prochain, à Flic en Flac toujours, un atelier
de travail résidentiel réservé cette fois
aux jeunes artistes mauriciens (âgés entre 25 et
35 ans). "Le but est de promouvoir les arts plastiques
à Maurice en regroupant des jeunes artistes pour favoriser
des interactions, partages et discussions autour de l'art",
explique Krishna Luchoomun. Ces neuf jours d'atelier seront suivis
par une journée portes ouvertes où les artistes
pourront exposer leurs créations et rencontrer le public.
pARTage fournit le logement, les repas et les matériaux
nécessaires. Les artistes participants, de leur côté,
devront s'engager à faire don d'une uvre produite
pendant l'atelier, qui sera offerte à une institution charitable
ou éducationnelle.
Les artistes intéressés à participer à
cet atelier ont jusqu'au 20 mars 2005 pour faire parvenir leur
CV et des photos de trois uvres récentes à
l'adresse suivante:
pARTage, c/o Krishna Luchoomun, Clairfonds n°1, Vacoas.
Pédagogie
Des petits Nantais dessinent le Dodo
Pendant le premier trimestre scolaire de 2004, les élèves
de la grande section de l'école privée de St Michel
de Nantes ont travaillé sur le thème de l'île
Maurice. Le thème a été choisi par leur institutrice,
Sabine Réglade, qui a épousé un Français
d'origine mauricienne.
Pendant le début de ce premier trimestre, ces enfants âgés
de 5 à 6 ans ont découvert l'île Maurice,
son histoire, sa situation géographique, sa faune, sa flore,
sa musique (à travers La rivière Tanier),
certains de ses écrivains et surtout à travers l'histoire
du Dodo. L'histoire de cet oiseau disparu a tellement passionné
les petits enfants de Nantes qu'ils ont dessiné chacun
"leur" dodo avec en toile de fond le drapeau mauricien.
Pour parfaire cette découverte de Maurice, l'institutrice
de l'école St Michel de Nantes propose aux jeunes Mauriciens
intéressés à correspondre avec ses petits
élèves de prendre contact à l'adresse suivante:
sabinedefroberville@free.fr
À l'initiative du Centre Mandela
Un Black History Month pour clore février
Le Centre Nelson Mandela pour la Culture Africaine, en collaboration
avec l'ambassade des États Unis, propose, jusqu'au 28 février,
un programme en quatre volets dans le cadre de ce qui a été
appelé un "Black History Month". Outre
une vidéoconférence des responsables de la Smithsonian
Institution vendredi dernier, le public peut profiter d'une exposition
sur Martin Luther King et sur le jazz et d'un concert, ce dimanche,
mêlant blues, jazz, gospel et negro spirituals.
Les activités de ce Black History Month, choisi
en raison de la célébration, le 1er février,
de l'abolition de l'esclavage, se sont ouvertes le vendredi 25
février à 17h avec une vidéoconférence
à l'ambassade des États Unis. Celle-ci proposait
de dialoguer en direct avec John W. Franklin, conservateur du
Centre for Folklife and Cultural Heritage de la Smithsonian Institution
et Christine Mullen Kreamer, conservateur du National Museum of
African Art du Smithsonian. Des échanges portant sur la
façon de préserver et de promouvoir les expressions
artistiques et culturelles de la diaspora africaine, et de disséminer
l'information par rapport aux arts et à la culture africains
et créoles.
Le deuxième rendez-vous a trait à une double exposition
portant à la fois sur l'héritage de Martin Luther
King et sur le jazz. Cette exposition, ouverte depuis hier, sera
accessible jusqu'au lundi 28 février de 9h30 à 17h
au Conservatoire de Musique François Mitterrand à
Quatre Bornes. À travers 21 panneaux, elle propose de mieux
connaître "the achievements of Martin Luther King
as the central leader of the civil rights movement in the 1960s".
Cette exposition illustre également "the positive
impact of his work on American life three decades later".
Le texte entremêle l'histoire du civil rights movement
et des rapports sur le statut des Afro-Américains à
travers différents aspects de la société
américaine aujourd'hui.
Enfin, le Conservatoire accueillera, aujourd'hui dimanche 27 février
à 16h, un concert gratuit regroupant le El-Shaddaï
Choir (gospel), la Koral Vizitasyon (negro spiritual), les Kreol
Jazz Pioneers (jazz New Orleans style), le Conservatoire Jazz
Ensemble (musique instrumentale) et Marie-Luce Faron and Friends
(blues).
Le Centre Nelson Mandela, fait ressortir son président
Jean-Claude Augustave, compte faire de ce Black History Month
un rendez-vous annuel appelé à s'étoffer
dès la prochaine édition.
Reflections au Labourdonnais
Ruby Kapoor, Picasso et les autres
Imprégnées de lumière, les plus grandes uvres
des maîtres réapparaissent sous un autre jour. Sans
pour autant déranger l'essence même des originaux,
Ruby Kapoor, expressionniste autodidacte, apporte une touche magique
dans les 27 répliques de Reflections, sa dernière
collection. Réalisées sur verre, les uvres
reprises dégagent une aura lumineuse tout en mettant en
relief les couleurs de chaque scène. Subtilement, la lumière
exquise et malicieuse à la fois fait valser les tons selon
le mouvement du regard !
L'originalité du travail de Ruby Kapoor relève aussi
de ce jeu subtil sur une matière prête à laisser
transparaître l'éclat et les facettes de la lumière.
Matière qui, aussi, s'approprie avec aisance le surréalisme
des uns et l'impressionnisme des autres. À travers Reflections,
Renoir, Picasso, Gauguin, Joan Miro ou encore de Chazal s'offrent
dans une fluidité incandescente pour le plus grand plaisir
des yeux.