é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 7 février 2005

Le réveil du Sphinx !
Gérard Cateaux


Un véritable séisme a ébranlé le monde politique égyptien depuis l'annonce, hier, par le président égyptien, Hosni Mubarak, qu'il réclamerait du Parlement un amendement à la Constitution qui annoncerait l'introduction du suffrage universel pour l'élection présidentielle. C'est-à-dire qu'il mettra fin au régime de parti unique, tout au moins en ce qui concerne la candidature, celle qui, généralement, depuis Gamal Abdel Nasser, Anwar Et-Sadat, et de sa propre élection, a permis à l'armée égyptienne de décider qui devrait présider aux destinées de ce grand pays du Moyen-Orient.

Il aura fallu plus d'un demi-siècle, depuis la révolution des colonels, menée par Gamal Abdel Nasser, qui a mis fin au colonialisme britannique, pour que ce pays chargé d'histoire s'ouvre à une nouvelle ère en matière de démocratie. Mais, pour autant, il ne faut pas occulter le rôle joué par ce géant d'Afrique qui a permis à la presse, par exemple (les Egyptiens ont bien inventé le Papyrus, symbole de l'écriture) de considérer la presse non comme le "Quatrième pouvoir", à l'instar des États-Unis, mais comme le "Troisième pouvoir", qui se range juste après l'Exécutif et le Judiciaire. Il ne faut pas, non plus, oublier que l'Egypte a accueilli en son sein des regroupements progressistes au temps où les freedom fighters étaient lâchés par leurs pairs africains. C'est ainsi que l'ANC de Nelson Mandela de l'Afrique du Sud et la SWAPO d'Oliver Tambo de la Namibie avaient pignon sur rue dans la capitale cairote. Nous-mêmes, au sein de l'Union des Journalistes Africains, avions créé un espace pour que les représentants de ces deux organisations puissent s'y exprimer au même titre que l'ensemble de la presse africaine au titre d'observateurs.

Signe des temps. La prestation du président égyptien auprès de l'auditoire réuni à l'Université de Menoufia du Caire a été marquée par de véritables hourras du genre "Longue vie à Moubarak, véritable mentor de la liberté et de la démocratie…" C'est dire que le couvercle de la marmite politique a explosé au point où il existait, depuis longtemps, un besoin d'expression populaire, qui, jusqu'à présent, se limitait au "Oui" et au "Non" pour désigner qui présiderait aux destinées du pays des Pharaons. Le Sphinx s'est offert une nouvelle destinée. Celle forgée par le successeur de Nasser et de Sadate…

Hosni Mubarak a donc choisi d'amender l'Article 76 de la Constitution égyptienne, qui date de Nasser, et qui conférait au seul candidat du National Democratic Party (issu de l'armée) d'accéder au poste de président d'Egypte.

Dans sa déclaration à l'Université de Menoufia, Hosni Moubarak a résumé en quelques lignes les lignes directrices de sa démarche "révolutionnaire": "If this happens, it would be the first time in the political history of Egypt that a chance is given to somebody who is capable of shouldering the responsibility to protect the people's achievements and future security to come forward for presidential elections with parliamentary and popular support."



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 7 février 2005