i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 13 février 2005



Pravin Jugnauth:
"Le MSM est convaincu que l'avenir de Maurice ne peut passer par la voie sectaire."


Questions au General Manager de Sinotex
Edmund Lau: "Nous ne pouvions plus répondre aux exigences de nos clients en restant à Maurice"


Pravin Jugnauth:
"Le MSM est convaincu que l'avenir de Maurice ne peut passer par la voie sectaire."

Pravin Jugnauth
Le Mouvement Socialiste Mauricien (MSM) vient de vivre une des plus graves crises de son histoire avec la démission de quatre de ses députés. Dans l'interview réalisée vendredi, Pravin Jugnauth, leader du MSM, fait le point, avec vigueur, sur la crise et ses conséquences.Avez-vous été surpris par les multiples démissions du MSM ou vous attendiez-vous à un coup de force ?-- Depuis quelque temps, les médias faisaient état du prochain départ d'Anil Baichoo et de quelques autres membres du MSM. A chaque fois que ces informations étaient publiées, Anil Baichoo les a démenties de façon nette et claire dans les instances du MSM…… j'imagine que tout le monde a, selon l'habitude des politiciens locaux, repris le couplet selon lequel les journalistes publient n'importe quoi ou inventent des nouvelles !-- Nous avons eu cette réaction quand, chaque fois, Anil Baichoo, le principal concerné, est venu soutenir le contraire et traiter les nouvelles publiées de rumeurs, de racontars, etc. J'avoue que j'ai eu tendance à croire la parole du membre du BP du MSM. Mais, si nous étions rassurés au sein du MSM, ce n'était pas le cas des sympathisants MSM et des Mauriciens en général. C'est pour cette raison que nous avons demandé à Anil Baichoo, lors d'une réunion du bureau politique, de tenir une conférence de presse pour faire un démenti officiel. Il n'a jamais tenu la conférence de presse, mais a démissionné.Quelle est la vraie raison de sa démission ?-- Parce qu'il est en déphasage total avec le parti, n'est pas d'accord avec notre philosophie, nos principes, nos valeurs et notre programme.Parlons concrètement: quels sont les points avec lesquels Anil Baichoo et ses amis sont en déphasage avec le MSM ?-- Notre slogan est "unir pour bâtir". Depuis que je dirige le MSM, le parti prône fermement l'unité nationale, un élément essentiel du développement de notre pays. Je vous citerai l'exemple de Singapour, modèle que nous voulons suivre, et dont un des facteurs essentiels de l'éclatante réussite est le sens d'appartenance de tous ses habitants - qui ont des origines ethniques différentes - à la patrie. Le Singapourien, qui pratique chez lui sa culture et sa religion d'origine, se définit d'abord comme un habitant de Singapour. Nous sommes au niveau racial et culturel beaucoup plus riche que Singapour et il n'y a aucune raison pour que nous ne suivions pas la voie montrée par le pays de Lee Kuan Yu. Les politiciens responsables doivent toujours travailler pour jeter les ponts entre les différentes communautés mauriciennes et c'est ce que nous faisons au MSM. Il n'est pas question pour nous de suivre une voie sectaire en privilégiant une ethnie ou une communauté par rapport aux autres. Malheureusement, certains au MSM, dont Anil Baichoo, étaient convaincus, surtout depuis la partielle du numéro 7, que l'avenir politique passe obligatoirement par le sectarisme.En fin de compte la source du problème découle du fait que le MSM soutient que le poste de Premier ministre doit revenir aux prochaines élections à Paul Bérenger qui est un non-Hindou !-- C'est une des principales raisons des démissions que nous avons enregistrées au MSM, position qui rejoint la campagne communale menée par le PTr depuis septembre 2000. L'opposition n'a pas de vision, pas de programme, pas de proposition, mais un seul objectif: redonner le poste de PM a un Hindou en alimentant une campagne communale.Ce qui vient de se passer au MSM n'est pas qu'un simple incident de parcours. Vous venez de perdre deux ministres, deux députés et quelques conseillers ici et à l'étranger. Pour le leader que vous êtes, c'est une claque en pleine figure !-- Je ne nie pas la gravité de la crise que je n'accueille pas de gaîté de cœur. Mais je crois qu'il est préférable et sain pour le MST que ceux qui ne sont pas d'accord avec sa ligne politique et idéologique s'en aillent. Les démissionnaires ont essayé de faire le parti suivre la voie sectaire qu'ils préconisent. La majorité des membres des instances dirigeantes du MST a refusé parce que nous sommes convaincus que l'avenir de Maurice ne peut passer par la voie sectaire. Sans vouloir minimiser la crise, il faut quand même placer les démissions dans leur juste dimension: sur 26 députés MSM, il n'y a que quatre qui ont démissionné et au niveau des instances du parti je bénéficie du soutien de la majorité. Ce n'est qu'une petite poignée très minoritaire qui a démissionné…… une petite minorité qui, jusqu'à la semaine dernière, faisait partie du front bench du MSM…--… et qui a subitement changé d'opinion en quelques jours. Il ne faut pas oublier que depuis septembre 2000, ces démissionnaires faisaient partie du MSM et du gouvernement. Ils étaient avec nous, ont cautionné, soutenu et défendus les décisions et l'action du gouvernement MSM/MMM. C'est après quatre ans au gouvernement que les démissionnaires découvrent subitement que "le MSM n'a pas réussi à redresser le pays !" Que faisaient-ils pendant ces quatre ans: ils ronflaient dans leurs bureaux.Les démissionnaires justifient leur action par le fait que le leadership du MSM - c'est-à-dire, vous - se comporte comme un dictateur fermé sur lui-même, n'entend pas la base et n'écoute que ses proches et sa famille. Comment réagissez-vous à ces critiques directes ?- Permettez-moi de rappeler que c'est sur une proposition d'Anil Baichoo que j'ai été élu, à l'unanimité, leader du MSM le 7 avril 2003. Depuis, et jusqu'à cette semaine, je n'ai jamais entendu une critique faite contre ma manière de diriger le parti, sur ma vision. Mais au contraire tout au long de ces deux années Anil Baichoo et ceux qui l'ont suivi n'ont raté aucune occasion pour faire des éloges sur mes qualités de leader et, je le souligne, d'homme de dialogue, ma capacité d'écoute et ma disponibilité. Je crois pouvoir dire que le MSM n'a jamais opéré depuis sa création de manière aussi démocratique. On ne peut pas dire que je suis un dictateur aujourd'hui après m'avoir couvert d'éloges depuis des années sur mes capacités d'écoute et de dialogue. Il est totalement faux de dire que j'écoute plus ma famille que les membres des instances du MSM sur les questions politiques.Selon certaines informations, la vague de démissions ferait partie d'une stratégie qui a été mis au point au cours de la dernière conférence sur la diaspora indienne en Inde, au début de l'année. Partagez-vous cette analyse ?- Puisque vous abordez le sujet, permettez-moi de révéler publiquement un fait qui va éclairer les Mauriciens sur les motivations de certains démissionnaires. Au moment de constituer la délégation mauricienne qui devait participer à cette conférence, Anil Baichoo a demandé à la diriger. Mais comme le vice-Président de la République devait y assister, la délégation ne pouvait être dirigée que par M. Raouf Bhundhun. Savez-vous qu'elle a été la réaction d'Anil Baichoo ? "Ki manier ene lascar capave lead ene délégation Maurice dans ene conférence lor la diapora indienne." J'ai eu beau lui dire que le président de la République indienne était un musulman et que la famille du vice- président est d'origine indienne, il n'a rien voulu entendre.Est-ce que ce n'est pas trop facile de venir raconter cette "anecdote" aujourd'hui qu'Anil Baichoo a démissionné. Au moment des faits comment avez-vous pu accepter une telle déclaration d'un membre du MSM, parti qui, vous venez de le dire, prône l'unité nationale.-- Qui vous dit que j'ai accepté cette déclaration ? Qui vous dit que je n'ai pas réagi ? Rappelez-vous que c'est M. Raouf Bundhun qui a dirigé la délégation mauricienne à cette conférence sur la diaspora. Rappelez-vous surtout qu'Anil Baichoo n'a pas fait partie de la délégation mauricienne. Il s'est rendu à la conférence à ses propres frais. Je crois que c'est à partir de cet "incident" que les choses se sont gâtées entre le MSM et Anil Baichoo. Je ne suis pas sûr que la stratégie sectaire a été mise en place à la conférence parallèle sur la diaspora indienne à Delhi. Selon mes informations, certains participants mauriciens sont allés consulter des astrologues sur leur destin politique. Selon moi, les démissionnaires pensent que la voie la plus facile pour affronter les élections est de suivre la voie communale tracée par l'opposition depuis septembre 2000. Il faut que certains faits soient rendus public pour que la population sache comment les choses se sont réellement passées la semaine dernière. Après la démission d'Anil Baichoo et de Megduth Chumroo le bureau politique du MSM s'est réuni un jeudi pour faire le point. Le Dr Jhurry a été le premier à condamner publiquement Anil Baichoo et à assurer sa fidélité au MSM. Le lendemain, le même Dr Jhurry m'envoie un message pour me faire savoir qu'il est intéressé à devenir ministre. Je l'ai rencontré pour lui expliquer que le MMM nous avait fait deux fleurs dans le cadre de notre accord gouvernemental: en nommant le MSM, Puthen, ministre alors que ce portefeuille revenait au MMM et en nommant Mme Leeka Devi Dookhun ministre, après la démission de Sylvio Michel. La démission d'Anil Baichoo offrait au MMM l'occasion de récupérer un portefeuille et nous n'avions pas de portefeuille disponible au MSM. Il faut que les choses soient claires: c'est parce qu'il n'a pas été nommé ministre que le Dr Jhurry a démissionné, point final. Mukheswar Choonee nous a joué le même film. Il a condamné Anil Baichoo, exprimé sa solidarité avec le MSM, donné sa parole qu'il n'allait pas démissionner, assisté à une réunion du comité parlementaire MSM, est venu s'asseoir avec le gouvernement au Parlement pour ensuite démissionner. A la suite de ces événements, j'ai dit aux membres du MSM que ceux qui ne se sentent pas à l'aise avec nos objectifs et veulent partir s'en aillent: la porte est grande ouverte. Pour les autres la vie continue, nous sommes en train de préparer le budget annuel et nous fonctionnons normalement. Les démissions que nous venons de subir sont, je le reconnais, un coup dur pour le MSM, mais elles ne vont pas stopper le MSM/MMM sur la route prise en septembre 2000.Un des reproches que l'on vous fait est que l'actuel système de gouvernement profite plus au MMM, donc à Paul Bérenger, qu'au MSM.-- Pas du tout. J'ai de tres bonnes relations avec le leader du MMM avec qui je m'exprime en toute liberté et sur tous les sujets et à qui j'exprime en toute franchise l'opinion du MSM. L'alliance gouvernementale fonctionne bien et ce n'est pas un slogan. Même en cas de divergence comme dans le cas de la réforme électorale, il y a une telle entente au sein de l'alliance que les solutions satisfaisantes aux deux parties sont facilement trouvées.On vous reproche d'être si conciliant vis-à- vis de votre partenaire que vous seriez plus MMM que MSM !-- Mais on oublie que nous sommes une alliance et que nous devons travailler en équipe. C'est-à-dire, travailler dans l'intérêt du pays avant tout. Dans ce cadre-là, je n'ai pas le temps de faire en sorte que le MSM sorte gagnant dans toutes les décisions prises et marque des goals politiques sur chaque dossier. En tant que témoin privilégié de la politique mauricienne, je sais que c'est cette manière de fonctionner qui a fait naître des frictions et des cassures dans les précédentes alliances. L'esprit d'équipe et le travail sont nécessaires pour faire fonctionner et durer une alliance.Certains observateurs commencent déjà à parler d'un raz-de-marée de l'opposition aux prochaines élections. Est-ce que les démissions que vient de subir le MSM ne risquent pas de conforter la position de l'opposition ?-- Je ne crois pas que l'opposition va bénéficier d'un raz-de-marée aux prochaines élections, avec ou sans démissionnaires. Je crois que la population mauricienne va peser le pour et le contre entre les deux équipes et surtout reconnaître et apprécier le travail fait depuis ces quatre dernières années par le MSM/MMM. Nous aurons un bilan de réalisations effectuées dans un contexte difficile à comparer à ce que le PTr nous avait laissé en héritage en 2000. Et puis, l'électeur aura à choisir entre une alliance composée de deux partis, le MSM et le MMM, et une autre qui en rassemble une bonne douzaine: depuis le PTr de Navin Ramgoolam jusqu'au MR de Rama Valyden en passant par le MMSM de Madun Dulloo, le PMXD de Xavier Duval, les Verts de Sylvio Michel sans compter Anil Baichoo, Dinesh Ramjuttun et le Dr Jhurry. Il y a d'une part, une alliance qui a fait ses preuves et de l'autre côté, une multitude de partis dont le seul programme est de prendre le pouvoir. Déjà dans l'opposition, ils n'arrivent pas à fonctionner, qu'est-ce que cela va être si jamais ils remportent les élections.Vous êtes en train de miser sur l'intelligence de l'électorat mais est-ce qu'il n'est pas possible - comme cela s'est déjà produit à Maurice - que l'émotion l'emporte sur la raison et que "l'argument" selon lequel le futur premier ministre doit venir de la communauté majoritaire finisse par l'emporter ?-- Le salut de tous les Mauriciens va dépendre de notre entente entre nous. Il y a tellement de pays riches qui sont paralysés en raison de frictions entre communautés menant à l'instabilité. Maurice a le potentiel de devenir un autre Singapour, un phare, un modèle dans la région. La condition c'est l'indispensable unité entre toutes les communautés qui vivent ici. Notre avenir est dans l'unité pour affronter les défis du monde, pas dans la division entre communautés, classes ou castes. En face des défis, avons-nous le temps à gaspiller en faisant des comparaisons entre les races, les couleurs ou les communautés ? Si nous entrons dans ce jeu où certains font tout pour nous entraîner, nous allons faire du sur place avant de couler. Je veux croire que les Mauriciens vont voter avec raison plus qu'avec émotion.Les démissions ne remettent pas en cause l'alliance MSM/MMM pour les prochaines élections générales ?-- Pas du tout. Il reste des détails à mettre au point sur la répartition des tickets, le choix des candidats, celui des circonscriptions.Certains observateurs avancent que la longue campagne électorale qui nous attend sera une des plus communales de l'histoire de l'île Maurice moderne et pourrait même dépasser celle de 1983. Partagez-vous cette analyse ?-- Comment est-ce que cette campagne électorale pourrait ne pas être communale avec les "arguments" que le Ptr répète sans arrêt depuis septembre 2000 ? Comment est-ce que les générales pourraient ne pas être communales après ce qui s'est passé lors de la partielle au numéro 7 ? Ce courant va être renforcé par "l'apport" sectaire d'Anil Baichoo et de ses camarades démissionnaires. Ce rassemblement va malheureusement fortifier la communalisation de la campagne électorale. Il appartient à chaque Mauricien responsable - il y en a plus qu'on ne le croit, heureusement - de faire son devoir en faisant savoir autour de lui que l'avenir de Maurice ne peut pas reposer sur ce type de politique qui va mener le pays directement dans le précipice. Il faut que l'on mette en garde contre le fait que ce genre de politique risque de mettre le pays à feu et à sang. Est-ce que les Mauriciens veulent se retrouver dans la même situation que février 1999 ? C'est à eux de choisir.Cette crise est finalement votre première grande épreuve de leader politique qui, jusqu'à présent, avait tout obtenu sur un plateau. Est-ce que vous avez été blessé personnellement par cette crise ?-- Quel est le leader d'un parti politique qui ne se sentirait pas blessé par la démission de quatre des membres de ses instances dirigeantes. Mais je suis surtout blessé par la manière dont les choses se sont passées. Je respecte les gens qui ont une conception de moi, je respecte mes adversaires à condition qu'ils soient francs. Mais comment ne pas être blessé quand des compagnons de route vous assurent de leur sincérité avant de vous poignarder dans le dos, en souriant. Cette crise m'a donné la conviction que le chemin que nous avons pris au MSM est, en dépit des obstacles, celui qu'il continue à emprunter. Nous n'avons pas besoin d'astrologues, de liseurs de boules ou de "batteurs" de cartes pour le savoir… Nos objectifs n'ont pas changé: il faut compléter notre mandat, continuer à redresser le pays et améliorer les conditions de vie dans le pays. Pour ce faire, nous avons besoin de redoubler d'effort. D'une certaine manière, la crise que vient de vivre le MSM est salutaire pour le parti. Elle nous a permis de faire le tri, de savoir sur qui nous pouvons réellement compter, de resserrer les rangs et de sortir grandi de l'épreuve.Qu'est-ce qui vous a le plus blessé personnellement dans cette crise ?-- Le comportement et le double langage de Mukeshwae Choonnee. Quand l'ICAC l'arrête et ouvre une enquête sur lui en tant que ministre, je fais savoir publiquement que je le soutiens. Alors qu'il aurait été tellement facile de donner son portefeuille ministériel à un autre député MSM, j'ai gardé sa place de ministre au chaud pendant une année. Pendant l'enquête et alors que les travaillistes exigeaient sa démission, j'ai fait plusieurs déclarations publiques - qui m'ont été reprochées - pour dire ma solidarité avec Choonee. Une fois l'enquête terminée, il a repris son portefeuille de ministre et réintégré le cabinet. Et aujourd'hui ce même Mukheswar Choonee, qui est venu condamner Anil Baichoo pour sa démission ose faire des commentaires sur mon manque de soutien à son égard ! Aujourd'hui, il est en train d'aller s'associer avec non seulement les travaillistes qui ont pillé sur lui, l'ont humilié et condamné avant même la fin de l'enquête alors qu'il était mis en examen, mais également avec un de ceux qui l'ont fait arrêter. Je laisse le soin aux Mauriciens de juger du comportement de Mukheswar Choonnee.La politique mauricienne étant ce qu'elle est, pourrait-on imaginer qu'un jour un des démissionnaires se repente et demande à revenir dans lakaz papa en ayant fait son mea culpa auparavant ?-- Non. Je ne pourrais pas accepter que des gens qui nous ont trahis, poignardés dans le dos et traîné dans la boue demandent pardon et reviennent au MSM comme si de rien n'était. Ma réponse est non. Sans détour.

Questions au General Manager de Sinotex
Edmund Lau: "Nous ne pouvions plus répondre aux exigences de nos clients en restant à Maurice"

L'éloignement de Maurice aux marchés d'exportation et les délais de livraison imposés par les clients sont les principales raisons ayant amené Sinotex et kentex de mettre un terme à leurs opérations à Maurice. Edmund Lau, directeur de ce groupe de textile à Maurice, a confié à Week-End que "nous n'avions plus aucune garantie pour convaincre nos clients à rester. Nous ne pouvions plus répondre aux exigences de nos clients en restant à Maurice. Ils exigent un délai de livraison rapide. Et ils n'ont pas confiance en nous", a-t-il soutenu. Ce dernier a, dans cette même lignée, expliqué que la fermeture des usines en mars était une des seules options à envisager pour que les employés puissent bénéficier d'une compensation "supérieure" à ce que préconisent les lois.Edmund Lau, qu'est-ce qui a amené le groupe Crystal Group à mettre un terme à ses opérations ?- Le "kint time" et le délai de livraison sont les plus gros problèmes. Les clients n'ont pas confiance en nous et ils sont difficiles à convaincre sur cette question. Nous avons également essayé de chercher de nouveaux clients. Mais le même problème s'est posé. Valeur du jour, nous évoluons entre 30 et 40% de nos capacités avec les commandes que nous essayons de respecter. Donc, nous n'avions plus aucune garantie "to win" et c'est pour cette raison que nous avons préféré partager ce dont nous sommes garantis avec les employés.Quels sont les scénarios qui, selon vous, auraient pu éviter cette fermeture ?- Ecoutez, il n'y en a pas beaucoup. Le "knit time" est un des principaux enjeux dans l'industrie du textile actuellement. Les clients exigent un délai de livraison rapide. Et c'est une des garanties que nous ne pouvons donner justement. Ce qui fait que "the whole situation" change avec ce genre de handicap. A titre d'exemple, nos deux derniers clients n'étaient pas rassurés et compte tenu de nos possibilités, surtout pour ce qui est du transport des produits finis, il y avait peu de chances pour que nous puissions réduire le délai de livraison comme exigé par les clients. Il aurait été difficile de considérer d'autres scénarios quand on sait qu'il est pratiquement impossible, de par le positionnement géographique de Maurice et des possibilités en matière de transport maritime, de rivaliser avec ce que proposent les pays d'Asie.Comment voyez-vous la survie du textile mauricien face aux changements et les nouvelles exigences du marché ?- Il n'y a pas mille solutions. Je suis également mal placé pour prédire ce que feront les autres entreprises à Maurice. Mais ce que je peux avancer, c'est que la situation est difficile et sera difficile. Par exemple, tous ceux qui exportent vers les Etats-Unis doivent ou devraient faire face aux mêmes problèmes que ceux que nous avons rencontrés. Chaque entreprise ou compagnie doit avoir déjà défini ses priorités et sa stratégie pour faire face à ces changements. Pour notre part, nous ne pouvions plus répondre aux exigences des clients en restant à Maurice.Le groupe Crystal est à Maurice depuis vingt ans et vous avez été témoin de l'expansion et de la réussite de Sinotex et de Kentex pendant ces années. Et aujourd'hui un peu plus de 2000 employés se retrouvent sans emploi…- I know ! I know ! je peux vous dire que cela a été très "painful" pour moi d'annoncer cette nouvelle. C'est une fin que je n'aurai jamais souhaitée. Je l'ai d'ailleurs expliqué aux employés. Je leur ai fait comprendre la situation et je pense que si nous avions continué dans les conditions actuelles, les travailleurs auraient souffert davantage. Notre souci et notre priorité sont d'accorder toute la considération possible à ces employés, comme nous l'avons toujours fait. Notre politique a toujours été de partager le gâteau lorsque nous avions connu des "good times". Aujourd'hui, nous essayons de respecter cette philosophie et faire de façon à ce que les travailleurs puissent bénéficier au maximum en matière de compensation avant la fin de nos activités en mars.Y a-t-il des repreneurs qui se sont manifestés jusqu'ici ?- Pour l'instant, il y a des usines qui sont intéressées à reprendre une partie de nos employés. Nous sommes un peu rassurés de ce côté. Pour ce qui est de l'usine, il n'y a rien de concret. Mais nous sommes prêts à considérer les éventuelles offres.



i n t e r v i e w WEEK-END --- dimanche 13 février 2005