Faits et effets...
C'est ça l'élite
Les démissions de ministres ont fait leur cycle
et la plus récente valse de retraits des seconds couteaux,
conseillers en tout et en tous genres, n'a finalement pas intéressé
grand monde. Une démission chaque jour: la stratégie
était peut-être bien calculée au départ,
mais elle a fini par lasser et les démissions qui se voulaient
tapageuses, sont aujourd'hui complètement banalisées.
Le crime de la Mauritius Commercial Bank a relégué
le carrousel politique au second plan. On est tenté de
dire tant mieux. Ce meurtre a choqué pour plusieurs raisons.
D'abord, parce qu'elle frappe une institution qui se relève
tout juste de sa turbulence d'il y a deux ans, et, ensuite, parce
qu'elle a eu lieu dans la partie la plus sécurisée
de la banque, celle où même les plus hauts cadres
n'ont pas accès. Un cadre réputé tranquille,
sauvagement agressé dans ses fonctions, est mort de suffocation.
C'est atroce. Ce drame frappe une famille qui a choisi de vivre
dans la discrétion et l'humilité et la consternation
n'en est que plus vive. Comme l'a été le meurtre
du Mir Mujeeb, il y a quelques jours à peine.Le crime de
la MCB est un grand choc. Pour le pays tout entier. Mais nous
avons été tout aussi choqués, voire révoltés,
par les incidents qui ont entaché la proclamation des résultats
du Higher School Certificate. Il est peut-être utile de
revenir sur les tristes événements du 7 février,
sur ses énergumènes, ses voyous du Collège
Royal de Curepipe, déguisés en manifestants, qui
ont investi des écoles de filles pour faire étalage
de leur fausse puissance, de leur supériorité factice.
Jurons, vulgarité, bouteilles d'urine aspergées
sur les collégiennes, graffitis de sexe masculin peints
un peu partout sur les murs et les classes. Il y a deux horreurs
dans ce qui s'est déroulé lundi dernier. L'attitude,
en fait, sexiste de ce groupe qui n'a pas été manifester
dans des établissements de garçons mais dans deux
institutions accueillant des jeunes filles, et ensuite la connotation
sexuelle. "Banne mari-là ine débarqué".
C'était ça le message. Abject. Quelle honte pour
la République.Beaucoup d'enseignements dans ce Black Monday.
Cette élite des élites, que certains veulent privilégier,
s'enfonce dans la bêtise et la violence. Si c'est ça
l'élite, non merci. Nous préférons des gens
moyennement éduqués mais bien instruits et qui savent
se comporter en société, en public. Bref, de vrais
citoyens. Si la réforme de l'Éducation réussit
cela, et il n'y a aucune raison qu'il n'en soit pas ainsi, un
grand pas aura été franchi dans l'avènement
d'une société plus mature, plus raisonnable. Dans
ce qui s'est passé lundi dernier, il y a matière
à analyse pour mieux comprendre ce que nous évoquions
ici même sur le phénomène comportemental,
il y a quelques semaines. On nous dit que l'ordre et la sécurité
sont mis à mal parce qu'il y a du chômage, beaucoup
de pauvres et de drogués. De nombreux cas contredisent
cette idée reçue. Nous le répétons:
il y a une violence gratuite, pernicieuse, qui est le fait de
personnes de toutes catégories, avec ou sans problème,
et cela empoisonne la vie de tous les Mauriciens.Avec ce qui s'est
passé lundi, on peut penser que c'est le système
d'éducation qui a existé jusqu'à récemment
qui a engendré ce dysfonctionnement. La compétition
était présente à un âge encore tendre,
à un point tel qu'il a dû marquer, façonner
durablement les esprits. Sorti de l'école avec un tel bagage,
c'est normal que c'est devenu une manière d'être
et de s'affirmer. Au primaire, au secondaire, au tertiaire et
dans la vie de tous les jours. La compétition s'est étendue
à tout. Aujourd'hui, pour certains, ce qui compte, c'est
qui a la plus grosse voiture, le plus d'argent et le modèle
de portable le plus récent. Un attachement au matériel
et au faire valoir qui révèle la vacuité
de nos aspirations.Les élèves du RCC ne sont certes
pas tous responsables des dérapages du lundi 7 février.
Mais le plus tôt ils montrent que ce n'est que le fait de
quelques têtes brûlées et qu'ils font tout
pour restaurer la réputation de leur institution, le mieux.
Sinon, cette prétendue élite ne sera qu'une référence
en matière de voyoucratie.***"It is thus clear that
one factor contributing to the increase in revenue collection
has been the implementation, as from October, of the reform and
modernization program at Customs". Ces propos sont du vice-Premier
ministre et ministre des Finances, qui a confirmé, à
l'Assemblée nationale mardi, en réponse à
une question de Siram Sakaram, que l'augmentation des recettes
est due à la réforme engagée. Il a aussi
pris le soin de dire que l'amélioration des revenus ne
peut être imputée qu'au seul critère du volume
d'importation ou encore à la hausse du taux de la TVA et
des droits d'accises sur les boissons alcoolisées et les
cigarettes, les taxes sur les automobiles et les produits pétroliers
ayant, eux, baissé, de même qu'il y a eu une réduction
sensible des droits de douane sur toute une gamme de produits.
Il a confirmé que la hausse des revenus fiscaux a été
de Rs 4,26 milliards de 2001 à 2004. Il faut "give
the devil his due".Et puisque, de toute façon, l'opposition
annonce pour sûr son retour prochain aux affaires et qu'il
a promis une baisse de la TVA et d'autres taxes, les revenus fiscaux,
qui augmentent ou qui régressent, ne doivent pas beaucoup
l'interpeller. Le faux débat est donc clos. Le vrai peut
commencer, dans le cadre d'un "neutral venue" entre
Rama Sithanen, Manou Bheenick, Vasant Bunwaree, pour ne citer
que ceux-là
Humeur
Violences
Petit à petit, à force d'avoir
été répété de flashes en éditions
spéciales, le fait divers violent est devenu un élément
"normal" de notre quotidien. Tellement normal, donc
ordinaire, que l'on se bat aujourd'hui à coup de détails
de plus en plus sordides et sanglants pour le dramatiser davantage,
le mettre en scène afin de mieux le vendre. La demande
des consommateurs de faits divers sortant de l'ordinaire semble
avoir agi sur ceux qui les commettent, provoquant une surenchère
dans le sordide. Pire: dans des cas de plus en plus nombreux,
la violence atteint carrément le niveau de la barbarie.
C'est dans cette catégorie qu'il faut ranger le meurtre
de ce ressortissant indien dont on fit subir au cadavre, bien
après sa mort, d'innombrables sévices. Comme si
le fait de lui avoir ôté la vie ne suffisait pas.
Certains diront que la manifestation de ces actes de barbarie
est la conséquence de mauvais traitements subis dans leur
enfance par les criminels et leur rejet par la société.
Comme d'autres avaient mis sur le compte d'un manque d'éducation
un viol collectif.Mais si on accepte ce raisonnement, comment
expliquer alors ce qui s'est passé, il y a quelques jours,
lors de l'annonce des résultats de la HSC et de la proclamation
des noms des lauréats. Pour aller narguer les élèves
d'un établissement féminin de Quatre-Bornes qui
n'avait pas "produit" des lauréates, des élèves
d'un collège à plusieurs étoiles de Curepipe
ont monté une véritable opération de commando
que n'auraient pas renié les jeunes des quartiers difficiles
engagés dans des guerres de gangs.Ces élèves
qui sont, d'après les critères éducatifs
mauriciens, la fine fleur de notre jeunesse, sont donc sortis
de Curepipe pour se rendre à Quatre-Bornes pour agresser
verbalement les élèves de l'établissement
féminin. Les insultes ont été suivies d'attaques
physiques avec des bouteilles en plastique remplies
d'urine.
Voilà donc à quoi s'amusent ces décrocheurs
de 3A: faire pipi dans des bouteilles et les transporter de Curepipe
à Quatre-Bornes pour aller arroser des collégiennes
! Et comme si cela ne suffisait pas, ces merveilles d'intelligence
ont signé leur invasion, comme les barbares autrefois,
en couvrant les murs du collège de Quatre-Bornes de graffitis.
De pénis, bien sûr. Le choix de l'arme et du dessin
laisse entrevoir à quel niveau se situe la réflexion
de nos futurs lauréats et leur capacité à
se laisser aller à des actes de violence gratuits. Ces
privilégiés chouchoutés ne peuvent pas venir
avancer qu'ils sont des marginaux qui ont été maltraités
ou ont subi un rejet de la société. Que faut-il
attendre des élites qui n'ont rien à envier dans
leur comportement avec les voyous de la société
? Est-ce que le silence des responsables des institutions qui
les "éduquent" n'est pas un encouragement à
continuer dans la voie de la violence ?La violence "ordinaire",
"habituelle", "normale" des faits divers,
qui fait partie de notre quotidien, va trouver un terreau fertile,
un prolongement automatique dans celle que va engendrer la campagne
électorale. Depuis plus d'une année, nous vivons
dans une période de pré-campagne électorale
avec ce que cela peut comporter d'accusations, de défis,
de dénonciations lancées dans les meetings et autres
réunions nocturnes. Au fur et à mesure que nous
nous rapprocherons des élections, la tension, alimentée
de part et d'autre, va augmenter. Les démissions du MSM
de ces derniers jours et les déclarations - de guerre -
et les règlements de compte qu'elles ont engendrés
donnent déjà une idée du degré de
violence - nourri par le communalisme - que risque de prendre
le niveau du débat politique dans les jours à venir.
Cette année du coq qui vient de commencer promet d'être
pour Maurice, celle de tous les dangers.
Interrogations
Quand le serpent se mord la queue
Un parti au pouvoir secoué
par une cascade de démissions. Des crimes les uns plus
audacieux et crapuleux que les autres. Des collégiens appartenant
à des établissements dits d'"élite"
qui ne trouvent rien de mieux, à l'annonce des résultats
de HSC, que d'aller faire des démonstrations de force dans
des établissements pour filles, en allant jusqu'à
asperger d'urine leurs comparses.Autant dire qu'il n'y a pas particulièrement
de quoi pavoiser en ce moment. Quand le politique s'effrite, quand
la violence semble oser faire irruption dans les lieux supposés
être les mieux protégés, quand la jeunesse
affiche avec délectation une telle déliquescence,
on peut effectivement être tenté de se laisser gagner
par l'alarmisme et la déprime qui semblent s'étendre
de plus en plus rapidement sur le pays. Il importe pourtant de
nous ressaisir. Et vite. Car à moins de se laisser aussi
tenter par la volonté d'émigration qui se manifeste
aussi, parallèlement, avec une importance grandissante,
il nous faudra bien continuer à vivre dans ce pays.C'est
dans ce contexte que l'on peut voir, en ce moment, circuler des
courriers où des citoyens se disant extrêmement préoccupés
par la situation actuelle, s'interrogent sur la réaction
à adopter et les moyens à mettre en uvre,
finissant invariablement par revenir sur l'opportunité
ou non de réinstaurer la peine de mort. C'est aussi dans
ce contexte que l'on peut voir se constituer, au sein de certains
quartiers, des groupes qui se laissent gagner, de façon
parfois compréhensible mais néanmoins répréhensible,
par la tentation de prendre la justice entre leurs mains.Il ne
faut pas se leurrer: si elles peuvent se révéler
importantes en fonction de leur qualité, les actions isolées
ne sont pas ce qui répondra à l'état extrêmement
préoccupant dans lequel se trouve notre pays en ce moment.
Que nous le voulions ou non, et quel que soit le sommet de discrédit
que cette classe semble avoir atteint, c'est par la politique
que devra passer notre évolution. Car c'est là,
et seulement là, que peuvent se mettre en place les conditions
nécessaires pour le développement de ce qu'il nous
faut pour pouvoir continuer à avancer, c'est-à-dire
un projet de société.On peut en effet mesurer aujourd'hui
à quel point cela nous fait cruellement défaut.
Il ne faut pas se méprendre: ce n'est pas un projet de
société en soi qui amènera, de facto, une
réduction de la criminalité. À ce sujet,
il nous faudra arriver à accepter que nous sommes en train
d'être confrontés à ce qui fait, hélas,
partie du lot des pays dits "développés".
Où la confrontation sans préparation adéquate
ou suffisante avec des modes de vie nouveaux et l'importance grandissante
de l'argent génèrent immanquablement des situations
d'une violence souvent difficile à endiguer. Reste que
la présence d'un projet de société fort,
fédérateur, la possibilité de croire en un
avenir est la seule chose susceptible d'aider à voir au-delà
de ces atteintes qui menacent l'individu, capable de relativiser
leur poids réel par rapport à un ensemble considéré
sous un jour plus prometteur. Or, ce que nous voyons aujourd'hui
est tout autre: le sentiment de l'absence de méritocratie,
d'horizons étroits quand ce n'est totalement bouchés,
nourrit de façon inquiétante ce sentiment mortifère
déjà évoqué par le sociologue Malenn
Oodiah.Il nous revient donc, sans doute, d'interpeller très
fortement notre classe politique. Car ce qu'elle nous a montré
de façon accrue depuis quelque temps, cela culminant avec
la situation actuelle au MSM, c'est bien cet enfermement dans
un processus qui ne peut nous conduire qu'à notre perte.
Aujourd'hui, avec un Pravind Jugnauth qui refuserait "d'écouter"
certaines revendications de "son" électorat,
comprenez l'électorat hindou qui ne se sentirait pas assez
"sécurisé", nous sommes parvenus au bout
de la logique communale qui a trop longtemps alimenté notre
fonctionnement politique. Aujourd'hui, le serpent se mord la queue.En
face, que voyons-nous ? Rien de particulièrement encourageant
non plus. Si le PTr se montre très habile à surfer
sur la vague de problèmes et de mécontentement actuel,
il est très loin, pour rester polis, de nous avoir laissé
un souvenir hautement positif de son action au gouvernement au
cours du précédent mandat. Et il y a cinq ans, c'est
bien sous le primeministership de Navin Ramgoolam qu'eut lieu
le paroxysme de février 1999, ce même Navin Ramgoolam
qui nous annonce aujourd'hui qu'il possède la panacée
à tous nos problèmes, alors que lui et son parti
ne nous ont rien montré de particulièrement probant
au niveau des idées au cours de leur passage dans l'opposition.On
n'improvise pas un renouvellement d'effectifs politiques à
la veille d'une élection. Cela se construit. Mais il serait
urgent que nos divers états-majors se rendent compte de
la nécessité impérieuse de nous repenser
totalement dans notre représentativité par rapport
à la chose communale. Se rendre compte qu'il ne faut pas
confondre entre un renouveau spirituel sans doute bénéfique
et une hégémonie pseudo-religieuse sur le pouvoir.
Nos sociétés socio-culturo-religieuses ont beau
avoir une place et une importance grandissante dans le fonctionnement
de notre société, et revendiquer une place encore
plus grande, cela n'empêche pas, au contraire, la criminalité
et la déliquescence de notre société d'augmenter.
Cela devrait sans doute nous amener à réfléchir
Cette
année, la Journée Internationale des Femmes, qui
est célébrée à travers le monde le
8 mars le sera chez nous le 10 mars. Raison: le 8 mars est jour
de fête religieuse. Voilà qui devrait par exemple
donner à méditer
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 13 février 2005
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