é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 13 février 2005

La génération voyou !
Gérard Cateaux


Nous avons été tous, quelque part, dans nos jeunes années, un peu rebelles, un peu contestataires, cherchant à transformer le monde à notre image, mais jamais, ô grand jamais, n'avions-nous succombé à la tentation de nous convertir en une génération de voyous.Ce qui s'est passé, cette semaine à Quatre-Bornes, plus précisément aux abords de l'établissement du Collège des Lorettes, est tout simplement inqualifiable. Cela ne fait pas honneur aux enseignants de la respectable institution du Collège Royal de Curepipe, ni du collège John Kennedy, relégués au rang d'initiateurs d'une génération de voyous qui ne respectent plus rien. Leurs "camarades" de Lorette quatrebornaise aspergées d'urine et le lieu du culte qu'est l'église voisine du Rosaire souillé par des tags obscènes.Nous avons tous honte de cette génération voyou, supposée être la crème de la crème de notre enseignement secondaire. Nous frissonnons à l'idée que ceux-là qui incarnent l'élite de demain - c'est-à-dire nos futurs cadres, médecins, avocats, informaticiens, économistes; bref, toute cette génération qui sera appelée à conduire la future République mauricienne - est issue d'une école sans civisme, sans respect mutuel. À une époque où l'on débat à volonté sur la notion de gender, peut-on accepter que nos filles soient agressées comme elles l'ont été ?Si ce genre d'incidents inqualifiables a pu se produire, c'est que, quelque part, notre société souffre d'un mal que seuls psychologues et sociologues peuvent identifier. Parce qu'ils ont été formés pour diagnostiquer les maux de notre temps. Nous, pour notre part, nous ne faisons que refléter l'air du temps. Nous ne faisons que constater la complexité de la situation.Alors, que faire pour combattre ce genre de dérives ? Mettre un policier derrière chaque étudiant après la proclamation des résultats du HSC ? Demander aux parents de jouer le rôle de vigiles ce jour-là ? Demander aux profs de se doter d'armures pour pallier aux agissements de voyous excessifs ?Nous sommes d'avis qu'il faut repenser la morale et le civisme au sein de nos institutions scolaires. De temps en temps, un fond d'angoisse ressurgit au sein de notre société. Alors, le recours à l'imaginaire reste tentant. C'est effectivement un domaine dans lequel nous avons un travail à faire. Il nous faut adapter la morale à toutes les acquisitions nouvelles de l'humanité, à toutes les transformations sociales.Le civisme ? On peut dire que cette notion devrait servir de base à toute société en marche. Cela s'apprend et se transmet dès l'âge tendre. Ma mère spirituelle, Miss Thérèse, me disait toujours qu'il fallait faire la différence entre "l'instruction" et "l'éducation". Pour elle, sans "éducation", "l'instruction" n'avait point de sens. Manifestement, nos jeunes du RCC ont passé toutes ces années de collège à tout comprendre de travers.



é d i t o r i a l WEEK-END --- dimanche 13 février 2005