a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 13 février 2005



Vendredi, entre 9h20 et 9h40
MCB: Le hold-up du siècle !


Matinée du vendredi
Du "tou korek" de 7h30 à l'agression de 9h30


À Week-End, hier après-midi - Marie Bénédicte, fille de Gérald Lagesse:
"Que ceux qui ont fait cela à mon père soient punis"


Vendredi, entre 9h20 et 9h40
MCB: Le hold-up du siècle !

Gérald Lagesse, 49 ans, retrouvé bâillonné de la tête aux pieds et inanimé dans une mare de sang
Un peu plus de vingt-quatre heures après l'audacieuse Main Vault Operation au QG de la Mauritius Commercial Bank (MCB), est tombée la confirmation qu'une importante somme d'argent avait été emportée par les malfaiteurs "from the Heart of Security at the MCB". Ainsi, dans la journée d'hier, les responsables du Central CID ont soutenu que lors de l'agression mortelle perpétrée contre le Supervisor par intérim de la salle des coffres-forts, Gérald Lagesse, 49 ans, une somme de l'ordre de Rs 51 millions avait été emportée par les auteurs de ce qui est considéré aujourd'hui comme étant le hold-up du siècle. Non seulement en raison du montant volé mais également en raison de la manière dont cette opération a été méticuleusement planifiée et mise à exécution, soit véritablement comme du papier à musique et en l'espace de moins d'une vingtaine de minutes, entre 9h20 et 9h40, vendredi.L'enquête policière placée sous la responsabilité directe du Deputy Commissioner of Police, responsable du Central CID et de ses deux principaux lieutenants, les ACP Gian Unmar et Pritamsing Juwahir, devrait passer à la vitesse supérieure ce week-end avec l'éventualité d'une importante opération policière en vue de retracer le cerveau présumé, dont l'identité serait connue, de même que pour faire la lumière sur l'épais mystère autour d'un véhicule utilitaire de couleur blanche que la police soupçonne avoir été utilisé par des complices internes et étrangers au personnel de la MCB. Entre-temps, un troisième préposé de la MCB, un dénommé Sailendra Teddy, qui était absent au travail, vendredi, est venu rejoindre en détention policière pour interrogatoire ses deux autres collègues, Ashad Boodhoo et Soopramanaien Soobarayen. Ils sont en garde à vue aux postes de police de Pope Hennessy, de La Tour Koeing et à l'Alcatraz Detention Centre pour le week-end.L'une des raisons derrière la décision de la police en vue de maintenir en détention ces trois employés de la MCB affectés au Main Vault est qu'elle croit que ces derniers peuvent aider à élucider le mystère du meurtre de Gérald Lagesse et de la disparition d'une aussi importante somme d'argent en si peu de temps. Les Rs 51 millions volées consistaient principalement en des coupures de Rs 2 000 et de Rs 1 000, qui se trouvaient en nombre anormalement élevé en cette période. Pour transporter ces billets de banque, il suffit simplement d'au moins trois sacs de sports que la MBC offre en cadeau aux membres de son personnel.Jusqu'ici, les séances d'interrogatoires menées principalement par les limiers du Detective Inspector Ragbar du CID de Port-Louis Sud en collaboration avec des éléments de la Major Crime Investigation Team (MCIT) n'ont pas donné d'éléments probants sauf que les contradictions relevées dans les différentes versions des événements à la MCB dans la matinée du vendredi 11 février demeurent "a cause of concern". Tout semble indiquer que très tôt demain matin, des consultations seront engagées avec le State Law Office sur la démarche à suivre avec les comparutions devant le tribunal de Port-Louis.Sailendra Teddy, un habitant du Sud, se trouve être parmi les quelques rares employés à être équipés de la carte magnétique donnant accès au Main Vault, de même que le code nécessaire. Mais depuis la veille du hold-up de vendredi, il avait fait comprendre à ses collègues qu'il était souffrant. Effectivement, il ne s'était pas rendu au travail le jour du drame. Il n'a été amené aux casernes centrales que dans la journée d'hier vu que l'équipe désignée pour procéder à son interpellation dans la soirée de vendredi à Mahébourg n'a pas voulu prendre de risques inutiles.À côté du domicile de cet employé de la MCB se déroulait une veille de mariage et la police avait décidé de ne pas gâcher le plaisir du voisinage avec une intervention intempestive. Tout au long de la première partie de son interrogatoire dans la journée d'hier, Sailendra Teddy a clamé son innocence dans toute cette affaire et a soutenu qu'il n'avait rien à faire dans ce coup monté pour dérober la MCB de ces Rs 51 millions. Il a maintenu qu'il souffrait d'atroces maux de tête pour justifier son absence au bureau. Les deux autres employés de la MCB en cellule policière depuis vendredi n'ont pas été entendus dans la journée d'hier vu que les enquêteurs ont préféré se concentrer sur d'autres aspects de cette délicate enquête.Reconstituer le puzzleAinsi, outre la confirmation officielle du montant de la somme emportée, la police a consigné des dépositions d'une trentaine d'employés de la MCB susceptibles de fournir des indices pour faire avancer l'enquête policière. Cet exercice s'est déroulé pendant presque toute la journée dans les locaux de la MCB investis par des limiers du CID. D'autres escouades s'étaient vu confier d'autres responsabilités sur le terrain. "Nous avons des équipes sur le terrain. Nous croyons pouvoir détenir des éléments nous menant vers une bonne piste dans ce que nous croyons être une opération soigneusement élaborée et exécutée avec de la complicité interne. Un véritable coup monté. Le tout n'est qu'une question de temps pour les enquêteurs de reconstituer le puzzle to get a conviction", faisait-on ressortir à Week-End dans la journée d'hier dans les milieux bien informés aux Police Headquarters.Quels sont les principaux éléments de ce puzzle ? À cette question, les responsables de l'enquête préfèrent garder leurs cartes close to their chest. Mais devant le déroulement de l'enquête policière, des détails peuvent être vérifiés. Gérald Lagesse, un homme de forte corpulence, a été attaqué dans le Main Vault de la MCB par plus d'un suspect. Pour pouvoir avoir accès à ce qui est considéré comme l'endroit le plus sûr et le plus strictement contrôlé dans une banque, les suspects ne faisant pas partie du personnel ont dû bénéficier de solides complicités et d'appuis internes pour déjouer les moyens de contrôle. Le tout était accompagné d'une véritable mise en scène pour ne pas éveiller les soupçons des autres employés.La piste la plus sérieuse que la police privilégie depuis un peu plus de vingt-quatre heures est que ce braquage du siècle a été exécuté par un cerveau accompagné de deux suspects avec des préposés complices au sein de la MCB. Dans cette perspective, travaillant sur la base d'informations fournies par des sources indépendantes mais qualifiées de sûres, les limiers tentent de retrouver les traces de ce cerveau, qui avait indiqué à son entourage qu'un hold-up allait être perpétré dans une banque commerciale en fin de semaine. Des appels téléphoniques à ce sujet pour mettre en garde contre un éventuel hold-up à Curepipe ont été analysés en profondeur.Les grandes lignes de la chasse à l'homme avaient déjà été esquissées depuis hier après-midi. Pour déjouer toute tentative de fuites d'informations, deux programmes de travail avaient été établis - le premier en début de soirée d'hier et le second à partir de très tôt ce matin. À partir de là, aucune autre information n'a transpiré sauf que des directives précises ont été données aux hommes de report à des endroits spécifiques et à des heures précises.La police se montre extrêmement frileuse dès qu'on aborde le volet relatif à la présence d'un véhicule utilitaire de couleur blanche dans cette affaire. La question qui se pose est de savoir si ce véhicule a été utilisé par les suspects avant leur forfait ou après ou encore lors des deux étapes. Un premier exercice de sighting dans un coin retiré de l'île avait été organisé, hier, en vue de confirmer la présence de ce véhicule. Mais les tentatives en vue d'obtenir confirmation auprès de la police se sont révélées vaines.En cas de succès de ces opérations, soit l'interpellation du cerveau ou encore la réponse à l'énigme du véhicule tout-terrain, l'enquête policière amorcera une nouvelle tournure, acculant les différents maillons du réseau dans leurs derniers retranchements avec probablement des aveux.Du côté de la Banque de Maurice, l'on suit avec une certaine appréhension les derniers développements dans l'affaire MCB version février 2005. Initialement, la Banque Centrale avait été informée dès vendredi matin du meurtre d'un Supervisor de la banque dans le Main Vault. Mais dans la mesure où selon la version de la direction de la MCB, la police avait pris contrôle de la scene of crime, les responsables de la Banque de Maurice avaient préféré laisser la police faire son travail.En début de semaine, le gouverneur de la Banque de Maurice, Ramesh Basant Roi, s'attend à recevoir un rapport complet sur cette affaire de la MCB de même que les circonstances dans lesquelles les Rs 51 millions ont été emportées, avant de décider de la marche à suivre. Une des conditions pour l'octroi des permis de la Banque Centrale, même pour la plus petite succursale, met l'accent sur le fait que la "security must be foolproof".



Le Vault: l'un des lieux les plus sécurisés de la banque

Situé au rez-de-chaussée du Head Office de la MCB à Port-Louis, le Main Vault est considéré comme l'un des lieux les plus sécurisés de la banque. C'est en ces lieux que sont stockées les liquidités de la banque de même que celles provenant des différentes succursales du pays. C'est aussi de ce Main Vault que sont convoyées les sommes destinées à être utilisées par les succursales et également pour alimenter les ATM à travers l'île. Le transport de et vers le Vault se fait par des convois spéciaux avec à bord des gardes armés. Les transports ont accès à la porte conduisant au coffre à travers l'entrée menant au parking souterrain de la banque, qui est strictement contrôlée et limitée par des membres de la sécurité. La salle du coffre est accessible à travers un ascenseur programmé de l'extérieur. Là encore, sous supervision.Ceux travaillant au niveau du Main Vault ont pour tâche de contrôler les différentes entrées et sorties d'argent. Une dizaine d'employés y sont affectés, ces derniers étant parmi les seuls autorisés à entrer dans les lieux. La porte est dotée d'un système de sécurité dont l'ouverture, de l'extérieur, nécessite une carte magnétique et un code. Elle peut aussi être ouverte normalement de l'intérieur. Cependant, l'ouverture de la porte, pour des mesures de sécurité, est automatiquement signalée par un système d'alerte.Ce Vault se trouve dans une very restricted zone, loin des yeux du monde en raison de son caractère spécifique et délicat. Les possibilités que les limiers de la police puissent bénéficier du soutien logistique avec les enregistrements par circuit fermé sont quasi nulles dans la circonstance. Des mesures correctives pourraient être envisagées à l'avenir à ce chapitre.



Sécurité: Les employés de la MCB inquiets

Choqués par l'agression mortelle dont a été victime leur collègue Gérald Lagesse dans le Main Vault de la MCB, plusieurs employés de la banque s'interrogent désormais sur la sécurité dont ils bénéficient. "Si une telle chose a pu se produire dans le coffre, n'importe quoi peut se passer ailleurs", dit l'un d'eux. Ce dernier faisant référence au fait que le coffre est l'un des lieux les mieux protégés de la banque.L'évocation d'une éventuelle complicité interne dans le meurtre amène certains à se questionner sur les mesures existantes pour la sécurité interne des employés. Si le présent système rassure quelques-uns, d'autres déplorent quelques relâchements occasionnels comme pour le cas de l'utilisation de téléphones portables par certains hauts cadres ou clients importants de la banque.En tout cas, avec les événements du deuxième vendredi de février, la direction de la MCB sera appelée à se pencher sur un exercice d'overhauling of its security requirements.



Murder

On 11.02.2005 at 09.47 hours following a request Police proceeded to the MCB Head Office, situated at Sir William Newton Street, Port Louis and found the Customer Service Supervisor Mr Gerard Marie Lagesse, 49 years, residing at Pope Henessy Street, Curepipe lying senseless on the floor inside the main vault, having his feet and hands tied with cellotapes, his mouth gagged with a piece of cloth and his shirt bearing traces of blood. Also a dagger bearing traces of blood was found on a shelf near the body. Local CID, MCIT, SOCO, FSO, Draftsman, Photographer and Dr Gujjalu, SPMO attended. Death was due to asphyxia by gagging. Body handed over to relatives for cremation. Exhibits secured. Investigation is in progress.


Matinée du vendredi
Du "tou korek" de 7h30 à l'agression de 9h30

Le personnel de la MCB est encore sous l'effet du choc. Il arrive difficilement à se relever de ce nouveau traumatisme avec l'agression mortelle d'un Customer Service Supervisor, Gérald Lagesse. Il tente de conjurer le sort pour pouvoir être à la hauteur de la situation à partir de demain même. Rien ne pourrait être comme avant ce nouveau deuxième vendredi de février quasiment maudit pour la MCB. Sur la base des témoignages recueillis et des recoupements d'informations, Week-End a essayé de reconstituer les grandes étapes de cette matinée du vendredi 11 février 2005 à la MCB avec pour grave bilan la mort brutale d'un employé de plus d'une trentaine d'années de service et la disparition de quelque Rs 51 millions du Main Vault en un clin d'œil.Le matin de ce vendredi 11 février, le Supervisor de la MCB, Gérald Lagesse, sait qu'il aura à remplacer sa collègue à la Main Vault avec sous sa responsabilité une dizaine d'employés aguerris aux différentes opérations pour alimenter les succursales et les ATM en liquidités. En effet, la responsable, profitant de la Fête du Printemps, a pris quelques jours de congé pour aller célébrer un événement familial majeur à Rodrigues.Pour les deux premiers jours de son absence, soit lundi et mardi derniers, elle est remplacée par un autre collègue, Alain Bridgemohane. Puis, à partir de jeudi, Gérald Lagesse, qui a déjà travaillé à Curepipe, Flic en Flac et dans d'autres succursales, est appelé à assurer le remplacement. Rien de spécial à signaler.La journée de vendredi démarre de manière singulière. En effet, avant 8h, l'attention des services de sécurité est attirée par l'alarme qui s'est déclenchée dans la section de la Main Vault. Mais, très vite, l'assurance est donnée. Le préposé de service, Ashad Boodhoo, fait comprendre qu'il n'y a rien de grave à signaler. "Tou korek !" aurait-il fait comprendre.Gérald Lagesse est à son poste vers 8h et despatch le travail de ce centre névralgique comme d'habitude. Vers 9h, il est allé rejoindre ses collègues du Customer Care Service où il est normalement affecté. L'objectif de la visite est de partager une tasse de thé entre collègues au quatrième étage du MCB Centre alors que le Main Vault se trouve au rez-de-chaussée.Vers 9h10, Gérald Lagesse est informé par un dénommé Venkatasamy qu'un des ATM de Port-Louis doit être alimenté en liquidités. Le préposé Venkatasamy assure la coordination entre les responsables de succursales et celui de la Main Vault. Au téléphone, Gérald Lagesse fait comprendre qu'il faudra patienter une dizaine de minutes. "Donnez-moi dix minutes, je descends !", dira-t-il. Jean-Aimé Venkatasamy consulte sa montre et constate qu'il est 9h10. Il demande à Laurent de passer vers 9h20 pour sa livraison de liquidités.9h20: la livraison est effectivement effectuée par Gérald Lagesse, qui avait regagné sa place dans le Vault. Il s'installe à son bureau pour vaquer à ses tâches professionnelles. Presque au même moment, la sonnerie se fait entendre à la principale porte d'accès du Vault. Le scénario, que les limiers de la police tenteront de confirmer au fil de l'enquête, est que celui ou ceux qui attendaient à l'extérieur lui étaient familiers.Gérald Lagesse leur ouvre la porte d'accès en utilisant sa carte et pénètre de nouveau dans le Vault. Ce serait probablement, à ce moment précis, que les suspects étrangers, portant des pseudo-uniformes des préposés de la MCB, auraient eu accès à cette very restricted zone. Dans la séquence, le morceau de tuyau coupé sur mesure pour bloquer la porte du Control Room aurait été installé selon le scénario établi mais encore sujet à confirmation.Pour essayer de comprendre les différentes étapes de l'agression mortelle à l'intérieur du Main Vault, les explications du médecin légiste, le Dr Amarcharya Gujjalu, revêtent toute leur importance. Ainsi, le premier coup de sac contenant des pièces de monnaie fut porté à la nuque de Gérald Lagesse alors qu'il était assis à son bureau. Il se serait alors mis debout en vue de se défendre, mais il devait tomber sur plus fort que lui et surtout plus nombreux.Le Supervisor de la MCB devait essuyer plusieurs coups de sacs au visage, notamment sur le côté droit, au point de le défigurer. Son visage aurait été cogné sur le plancher alors que ses agresseurs se mettaient à ligoter ses mains dans son dos avec des cellotapes, de même que ses pieds. Des morceaux de papiers se trouvant dans la poubelle furent introduits dans sa bouche.Il est 9h34 quand deux techniciens en informatique d'une importante firme de la capitale devaient sonner à la principale porte d'accès. Faute de réponse du Main Vault, le message fut transmis au Control Room. C'est à ce moment que les préposés du Control Room se sont rendus compte qu'ils y étaient bloqués. En jouant avec la porte, ils allaient pouvoir se débarrasser du morceau de tuyau placé délibérément.Entre-temps, le drame était déjà joué et le hold-up du siècle était devenu une réalité. "Gérald Lagesse was lying senseless on the floor inside the main vault", dit le communiqué officiel de la police. L'alerte est donnée et la police informée de la situation à 9h47. La scene of crime est cordoned off pour les besoins du démarrage de l'enquête jusqu'à 12h15. Les démarches post-autopsie et pour le transfert de la dépouille de la morgue au domicile du défunt à Curepipe furent effectuées par Roselyne Lebrasse-Rivet du département juridique de la MCB.


À Week-End, hier après-midi - Marie Bénédicte, fille de Gérald Lagesse:
"Que ceux qui ont fait cela à mon père soient punis"

Plus de 24 heures après le meurtre de Gérald Lagesse dans la salle des coffres-forts de la Mauritius Commercial Bank, les proches de la victime ne trouvent toujours pas de réponses à leurs questions. "C'est épouvantable ! Je ne comprends pas comment on a pu faire une telle atrocité", déclare son épouse, Marie Frédérique, que Week-End a rencontrée, hier après-midi, en présence de sa fille, Marie Bénédicte, 22 ans, et de sa mère, Annie Lagesse, dans leur appartement à Curepipe.Les circonstances de ce drame restent pour elles une énigme que, disent-elles, seule la police pourra élucider. "Que ceux qui ont fait cela à mon père soient punis", lâche la jeune fille, qui n'a pas caché son désir de justice, ni sa volonté d'aller se recueillir sur le lieu où son père a été mortellement agressé vendredi matin: "J'exigerai qu'on me montre exactement où mon père est mort. Pour me recueillir, pour comprendre…"La simplicité et le courage de ces trois femmes sont étonnants. Malgré la journée et la nuit éprouvantes qu'elles ont traversées vendredi et les moments de douleur vécus hier matin lors des funérailles de Gérald Lagesse, elles restent dignes et veulent voir triompher la vérité. Elles veulent dire à tout le monde que cet homme de 49 ans, "généreux, discret" et "toujours motivé pour se rendre à son travail", ne méritait pas un tel sort. "En fait, c'est ce matin que j'ai vraiment compris que je ne reverrai plus Gérald. Quand il est parti vendredi matin, je n'aurais jamais cru ou pensé que je ne le reverrais plus vivant. Comme il garde toujours ses vieilles habitudes, il a quitté la maison à 6h40 pour se rendre à pied au centre ville où il prend le bus de la compagnie. Je savais qu'il remplaçait une collègue parce que trois jours auparavant, il me l'avait dit: "Je ne peux pas dire non, c'est sa fête". C'est épouvantable ce qui lui est arrivé. Quand on a récupéré le corps, il était méconnaissable, complètement défiguré", confie-t-elle.L'épouse de Gérald Lagesse reconte comment elle a appris la nouvelle. Il était 11h30, vendredi matin, lorsque deux employés de la MCB de Port-Louis ont frappé à sa porte. "Quand je les ai vus et par la façon dont ils m'ont parlé, j'ai tout de suite compris qu'il s'était passé quelque chose. Mais le fait d'apprendre que mon mari a été tué dans la salle des coffres-forts m'a assommé", dit-elle.La mère de la victime ajoute: "J'ai failli apprendre la nouvelle dans la rue. C'est vers 12h30 que mes deux belles-sœurs sont venues m'informer de la nouvelle. C'était plus qu'un choc. Je vois mon fils presque tous les jours. La semaine dernière, il avait passé la journée à peindre notre appartement. Il était en pleine forme, toujours prêt à aider; toujours occupé par ses passions, le bricolage surtout."Au moment des témoignages, la fille de Gérald Lagesse avait préféré garder son calme. Mais elle a tenu à exprimer ses ressentiments à l'égard des responsables de ce "crime odieux". Enchaînant sur un témoignage de sa mère sur la façon dont il aurait été agressé, elle devait lâcher avec fermeté: "Que ceux qui ont fait cela à mon père soient punis. Si on attrape ces gens, ils doivent être punis !". Plus tard, elle confiera qu'elle comptait reprendre contact avec la direction de la MCB pour exiger qu'elle soit autorisée à aller se recueillir sur le lieu où le corps de son père a été retrouvé.Gérald Lagesse, discrétion et droitureFille unique, elle a, pendant des années, partagé les passions de son père. Aujourd'hui, elle est révoltée par ce mauvais sort qui a frappé sa famille. Annie Lagesse va même plus loin: "Est-ce un mauvais sort qui continue sur les Lagesse ?", se demande-t-elle, en faisant allusion à Vanessa Lagesse, retrouvée morte dans sa baignoire en mars 2001, et de René Lagesse, victime d'un accident d'avion dans les années 80. "C'est le cousin germain d'Alphonse, mon époux", précise-t-elle, "et aujourd'hui, c'est mon fils !"Gérald Lagesse aurait fêté son 50e anniversaire en octobre de cette année. Cet homme "robuste", connu pour sa passion pour la pêche et le bricolage, était apprécié par tout son entourage. Les vigiles à l'entrée du bloc d'appartements de Les Camphriers, les voisins et ceux qui l'ont côtoyé pendant ses trente ans de carrière à la MCB mettent en avant sa "discrétion" et sa "droiture dans la vie comme au travail". Altruiste, il l'était également. "Nous avons de nouveaux mariés comme voisins depuis peu. Il leur avait proposé de faire leurs travaux d'électricité", raconte son épouse, alors qu'un vigile abonde dans le même sens: "C'était un grand débrouillard toujours prêt à aider et à travailler. Il garde toujours son calme. Enn bon bougre. Kan enn bon bougre, bizin dir li bon !"Gérald Lagesse était également connu dans la région pour ses vieilles habitudes lorsqu'il partait et rentrait du travail. C'était comme un rituel pour lui, témoignent ses proches et amis, de rentrer chez lui à pied après un arrêt devant le magasin Manjoo pour acheter quelques dholl puri.



Hier matin à Sainte Thérèse: Adieux émouvants à Gérald LagesseC'est en l'église de Sainte Thérèse, que parents amis et collègues ont tenu à faire un dernier adieu à Gérald Lagesse, à l'occasion de ses funérailles. La cérémonie, célébrée par le père Jauffret, a été marquée par des instants de forte émotion, surtout au moment du témoignage de Roland Pierrus, qui a rendu un vibrant hommage au nom de l'Association des employés de la MCB. Il a souligné les qualités de cet "ami sain et discret", qui a toujours été apprécié pour son "sens de la famille, son esprit d'équipe" et sa disponibilité "pour prodiguer des conseils éclairés dans le domaine de la pêche et du bricolage".Le sermon du père Jauffret a par ailleurs marqué l'assistance. Il a évoqué la "souffrance" dans laquelle est décédé Gérald Lagesse et dit son incompréhension de tant de violence.



a c t u a l i t é s WEEK-END --- dimanche 13 février 2005