o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 janvier 2005
Faits et effets...

La folie des petitesses
Josie Lebrasse


C'est la démarche la plus incongrue de ce début d'année. Après avoir annoncé qu'il boycottait la conférence des Nations unies sur les petits États insulaires en développement et repris toutes ses récriminations, pas plus tard que mardi dernier, pendant que les délibérations se déroulaient au Swami Vivekananda, voilà que Navin Ramgoolam va finalement quémander une visite de courtoisie au chef suprême de l'organisation qui tient la conférence. Tout aussi burlesque est le fait qu'il a dû, pour ce bref entretien de 10 minutes, se rendre à Pailles, à ce centre que son parti critique de manière extrêmement virulente dans un tract circulé cette semaine. Ceux, à commencer par ses propres partisans, qui croyaient qu'il n'y mettrait jamais les pieds ont dû bien rigoler. Mais c'est bien qu'il s'y soit rendu pour voir, de lui-même, ce magnifique édifice et de quoi sont capables, lorsqu'ils se conjuguent, le génie indien et le savoir-faire mauricien.

Et avez-vous vu à la télévision, vendredi, et dans les journaux de samedi, les expressions respectives de Kofi Annan et de son interlocuteur pour le cliché souvenir de cette rencontre éclair ? Un leader de l'opposition avec un sourire trop prolongé pour être authentique, ne voulant plus lâcher les mains du secrétaire général, de peur que les caméras ne ratent l'échange; et Kofi Annan, à la mine peu réjouie, qui donnait l'impression de vouloir en finir au plus vite avec le visiteur inattendu. Et lorsqu'on sait, selon ce qu'on a pu lire, ici et là, que le leader de l'opposition de la République a évoqué les coûts de l'organisation de la conférence, parlé de sous et fait le procès du gouvernement avec le visiteur de marque, on peut comprendre le secrétaire général des Nations unies, qui était visiblement pressé puisqu'il avait des choses plus importantes à faire sur le sol mauricien que d'entendre Navin Ramgoolam expliquer son boycott.

D'autant que, juste avant son entretien avec le leader de l'opposition, Kofi Annan parlait à la presse locale et internationale de la conférence de Maurice comme d'un "very successful meeting", de "high level attendance", et du fait que l'accent ait été mis sur l'implémentation, avant de conclure que la "Mauritius conference will be beneficial to small islands". Le secrétaire général de l'ONU est connu pour être avare de compliments, lui qui a affaire à certains des dirigeants les plus cyniques de la planète. S'il a dit ce qu'il a dit, c'est qu'il a été vraiment impressionné de la conférence de Maurice, de la qualité de l'organisation et des facilités dernier-cri qu'offre le Swami Vivekananda Convention Centre, qualifié de "impressive" sur le site Internet des SIDS, et qui peut être consulté à travers le monde entier. Il a même confié aux délégués participants que, sur certains aspects, Maurice était mieux équipée que New York.

Navin Ramgoolam et ses amis - que certains ont d'ailleurs qualifiés de "jaloux" sur certaines ondes par de modestes mais pas dupes auditeurs - peuvent raconter ce qu'ils veulent, mais les syndicalistes, à l'instar de Tulsiraj Benydin et Radhakrishna Sadien et même Jack Bizlall, les chefs religieux, la société civile, les organisations non-gouvernementales, celles qui s'occupent de la coopération régionale, de l'environnement, du VIH/sida ont, tous, participé, d'une manière ou d'une autre, aux activités tenues durant la conférence et ont rencontré des personnes venant de loin, de très loin même, auxquels ils n'auraient sans doute jamais eu accès.

Le ballet diplomatique qui s'est déroulé sur notre sol, le premier contact noué avec Maurice par de lointaines connaissances, de la Nouvelle Calédonie aux îles Cook en passant par St Vincent; la participation des dirigeants politiques de la région, Marc Ravalomanana, James Michel, Azali Assoumani et Paul Vergès; la présence des responsables d'organismes aussi cruciaux que l'Unesco, l'Organisation Météorologique Mondiale, le Commonwealth, la Banque Mondiale, des États-Unis, de l'Union Européenne et des pays amis, pour ne citer que ceux-là, est tout à fait exceptionnelle.

Comme l'est aussi la couverture médiatique de la conférence. Navin Ramgoolam s'étonnait, à sa conférence de presse, mardi, que personne ne parle de la conférence. Il était peut-être jet-lagged, n'étant rentré que la veille du froid londonien, puisque ce même lundi, TFI évoquait la conférence de Maurice dans son journal en prime time. RFI ouvrait le sien, jeudi, avec l'annonce d'une alerte tsunami pour l'océan indien, comme le premier résultat de la conférence des PEID à Maurice. Les journalistes des grandes agences, qu'elles soient Reuters ou AFP, étaient également bien actifs pendant l'événement. Le leader de l'opposition s'est encore une fois grossièrement trompé.

Il est également salutaire que le dossier des Chagos ait occupé une place prépondérante en marge de la conférence. Croyez-vous que Bill Rammell se serait dérangé de Londres rien que pour voir les difficiles conditions de vie des Chagossiens que son pays a brutalement déracinés de leur archipel natal ou que le secrétaire général du Commonwealth Don McKinnon aurait pu serrer une enfant de Chagossiens dans ses bras s'il n'y avait pas la conférence des SIDS ici ? Rien que pour cela, le rendez-vous de Maurice est déjà amplement justifié. Quel aurait été le coût d'un roadshow pour vanter les charmes de l'île Maurice à une centaine de pays de la planète ? Astronomique, n'est-ce pas…

Certains ont parlé de folie de grandeurs. D'autres ont montré la folie des petitesses, dans leurs arguments comme dans leur attitude. C'est connu, tout ce qui ne relève pas de la médiocrité et de l'amateurisme va toujours heurter les pense petits…




Humeur

Le sommet du ridicule
Jean-Claude Antoine


Au niveau de l'organisation, le sommet de Maurice, à Pailles, n'a eu rien à envier avec la conférence annuelle des Nations unies, à New York. Le commentaire n'est pas du premier venu mais de celui qui est le mieux à même de juger du niveau des conférences internationales puisque c'est son métier d'y assister. Le commentaire était, on l'a deviné de Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies. Il rejoint l'opinion de ceux qui - représentants d'institutions internationales ou de gouvernements, de lobbies, d'ONG à la recherche de financement, fonctionnaires internationaux, journalistes spécialisés - ont assisté au sommet de Maurice. Ce succès incontestable est d'abord dû au palais lui même, ce magnifique cadeau architectural offert par l'Inde à Maurice dans le cadre de la coopération bilatérale. Mais il ne suffit pas d'avoir obtenu ce magnifique palais et de l'avoir inauguré avec faste avec le sommet des SIDS. Il faudra non seulement le faire vivre avec des activités dignes de son niveau architectural mais également l'entretenir. Il ne faudrait surtout pas confier sa gestion à un corps para étatique incapable d'en assurer intelligemment la gestion et qui finira par le transformer en palais de la Belle au Bois Dormant. Ou qui accepterait de louer la grande salle pour des congrès politiques avec oriflammes, guirlandes en papiers, pétarades et distribution de briani - avec ou sans chameau - en take away. En fin de compte la gestion intelligente du palais sera beaucoup plus difficile à assurer que son ouverture. Espérons que le gouvernement trouvera pour cette gestion du palais, des compétences et une solution digne du somptueux cadeau que lui a fait le gouvernement indien.

Le sommet de Maurice aura été également un succès au niveau des contacts noués entre les Mauriciens qui y ont participé et leurs interlocuteurs étrangers. Pendant ces cinq jours il y eut dans les différentes salles du sommet et même dans le hall d'accès un frottement extraordinaire entre les citoyens du monde qui ont participé aux différentes activités du sommet. Les représentants d'ONG mauriciennes ont été particulièrement actifs - plus que beaucoup de délégués, m'a même soufflé un spécialiste des réunions - pour se faire connaître et reconnaître et établir des liens pour la poursuite de leur action. Une fois passé l'émerveillement de se retrouver pratiquement au siège des Nations unies, une fois passé l'admiration - méritée - du palais, les Mauriciens se sont rapidement transformés en lobbyistes émérites et ont appris à reconnaître celui dont il fallait absolument retenir l'attention et ont pu faire passer en quelques minutes des messages que des centaines de lettres ou d'émail n'auraient jamais pu transmettre avec autant d'efficacité. Car, comme l'ont répété tous ceux qui vivent professionnellement des grandes réunions, leur nécessité première est de permettre à des gens qui mènent dans des pays différents le même combat ou des causes similaires de se rencontrer et de se parler pour avancer. Et un sommet qui réunit en un seul lieu des spécialistes permet sinon d'obtenir des solutions à des problèmes précis tout au moins d'apprendre à envisager d'autres solutions ou d'autres pistes de réflexion.

Mais le clou du sommet de Maurice n'aura été ni la beauté du palais, la teneur des déclarations politiques, le niveau des rencontres et les promesses des associations qui ont commencé à se faire. Non le clou de cette conférence est l'œuvre du Dr Navin Ramgoolam, leader de l'opposition de l'île Maurice. Bien avant le sommet il avait lancé une campagne pour le boycotter avec au départ des arguments discutables: l'île Maurice connaît suffisamment de problèmes économiques pour faire l'économique d'un tel sommet. Mais le problème, c'est que l'engagement de Maurice a été pris en 2002 et que l'on ne renvoie pas une conférence internationale avec la même facilité que le PTr avance ou recule son congrès annuel. Lundi dernier à son retour de ses vacances de neige à Londres, le Dr Ramgoolam, pour une fois cohérent avec lui même, tenait une conférence de presse pour maintenir le boycott et dénoncer le gouvernement. Mais à la surprise générale le même Dr Ramgoolam a trouvé moyen vendredi de demander à rencontrer Kofi Anan premier responsable de l'organisation du sommet que le leader dénonce et boycotte ? Le rendez-vous obtenu, il est venu en plein milieu du palais - ou devait, disait-il se dérouler le dialsa - se faire photographier avec le Secrétaire Général des Nations unies. Comment peut-on se faire photographier par la presse internationale au milieu d'une manifestation que l'on boycotte et en serrant la main de l'organisateur en chef de la dite manifestation ? Navin Ramgoolam qui a déjà fait pas mal de gabegies politiques dans sa vie a atteint vendredi dernier au Palais des congrès de Pailles, le sommet du ridicule. C'est un des rares titres que personne ne songera à lui contester.




Radio télévision

Du koz n'importe au professionnalisme
Jean-Claude Antoine


Ce sommet de Port-Louis a été un flop total. Non ! Ce n'est pas le leader de l'opposition - qui après avoir annoncé le boycott du sommet, lundi, est allé se faire photographier avec Kofi Annan, vendredi - qui le dit. Cette analyse pointue est le fruit de la réflexion d'un journaliste d'une des chaînes de radios privées qui y assistait. La raison de cet échec ? Le fait que le poisson aigre-doux que les organisateurs de la conférence avaient offert gratuitement au journaliste en guise de déjeuner n'était pas… assez cuit à son goût. Voilà comment l'on fait d'une anecdote de cuisine sur la manière de cuire le poisson une information sur un sommet international. À force d'avoir laissé croire aux journalistes - surtout ceux des radios privées - qu'ils ne doivent pas être les témoins impartiaux de l'événement, mais les acteurs qui le créent en donnant leur opinion sur tout - et particulièrement sur les sujets qu'ils ne maîtrisent pas -, voilà où en sont rendues les radios privées: réduire un sommet international aux préférences alimentaires d'un journaliste. C'est définitivement le règne du "koz n'importe".

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Hassen Rojoa, le roi de l'audimat, commence à récolter en direct le résultat de ce qu'il sème depuis des mois en direct, le matin. Partant du fait qu'il est l'animateur le plus populaire du Paysage Audiovisuel Mauricien - tout au moins selon les derniers sondages -, il s'est cru investi d'un titre qui lui permet de dire n'importe quoi à l'antenne. Le roi de l'audimat local agit comme si les auditeurs sont ses sujets et que ceux qu'il décide d'appeler en direct à l'antenne selon sa fantaisie sont obligés de prendre l'appel et de répondre à ses questions sur tout et rien. Surtout sur pas grand-chose. Avec un parti pris évident de se moquer des gens qu'il appelle et de le faire à leurs dépens. Le tout, avec un ton qui, parfois, ressemble à une forme de mépris. Si, au départ, ce genre d'émission - copiée sur les radios françaises - a amusé l'auditeur, ravi de pouvoir se moquer de ses semblables pris au dépourvu, les "victimes" sont, non seulement de moins en moins consentantes pour servir de faire valoir ridicule au roi de l'audimat, mais commencent à le lui dire et à le remettre à sa place. C'est le cas de Xavier Luc Duval qui, interrogé, l'autre matin, sur ce qui se passe actuellement entre les deux branches de ce qui fut le parti du coq, a, non seulement refusé de répondre à la question, mais a renvoyé son interlocuteur… à la lecture de la presse écrite pour obtenir l'information recherchée. Comme quoi, il arrive que l'arroseur soit arrosé et que le comique fasse rire à ses dépens.

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Jeudi après-midi, Radio One interrompt ses émissions pour retransmettre en direct un de ces faits divers dont on se nourrit de plus en plus à Maurice. Il s'agit d'un accident de la route qui avait conduit un autobus à se retrouver au bord d'un ravin dans l'est du pays. Les commentaires dramatisés du responsable de la circulation routière de cette radio - que l'on voit souvent commenter la situation au Caudan alors qu'il est garé à côté du pont Colville Deverell - semblaient sortir d'une de ces émissions de la télé-réalité consacrée aux grands cataclysmes naturels. Son ton, son vocabulaire, le luxe de détails dramatiques ont pu faire croire qu'il attendait avec impatience la chute de l'autobus avec ses passagers dans le ravin pour donner plus de "relief" dramatique à son "reportage".

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Par contre, la retransmission par la télévision de l'ouverture du sommet de Maurice, lundi dernier, était du bon travail de journaliste. Pour une fois, un seul journaliste assurait le commentaire de la cérémonie au lieu de ces duos linguistiques approximatifs qui s'obstinent à traduire dans deux ou trois langues ce que le téléspectateur voit et entend sur son petit écran. Le journaliste de service avait fait un travail de recherche sur les origines de la conférence, ses implications et ses objectifs, ce qui a permis à l'auditeur de tout apprendre sur les SIDS et le sommet en une demi-heure. C'était un travail bien fait qui méritait d'être salué. Comme quoi, quand le service public veut et se donne les moyens, il peut montrer que le professionnalisme et la rigueur dans le reportage ne sont pas des concepts du passé.






o p i n i o n WEEK-END --- dimanche 16 janvier 2005