Faits et effets...
La folie des petitesses
C'est la démarche la plus incongrue de ce début
d'année. Après avoir annoncé qu'il boycottait
la conférence des Nations unies sur les petits États
insulaires en développement et repris toutes ses récriminations,
pas plus tard que mardi dernier, pendant que les délibérations
se déroulaient au Swami Vivekananda, voilà que Navin
Ramgoolam va finalement quémander une visite de courtoisie
au chef suprême de l'organisation qui tient la conférence.
Tout aussi burlesque est le fait qu'il a dû, pour ce bref
entretien de 10 minutes, se rendre à Pailles, à
ce centre que son parti critique de manière extrêmement
virulente dans un tract circulé cette semaine. Ceux, à
commencer par ses propres partisans, qui croyaient qu'il n'y mettrait
jamais les pieds ont dû bien rigoler. Mais c'est bien qu'il
s'y soit rendu pour voir, de lui-même, ce magnifique édifice
et de quoi sont capables, lorsqu'ils se conjuguent, le génie
indien et le savoir-faire mauricien.
Et avez-vous vu à la télévision, vendredi,
et dans les journaux de samedi, les expressions respectives de
Kofi Annan et de son interlocuteur pour le cliché souvenir
de cette rencontre éclair ? Un leader de l'opposition avec
un sourire trop prolongé pour être authentique, ne
voulant plus lâcher les mains du secrétaire général,
de peur que les caméras ne ratent l'échange; et
Kofi Annan, à la mine peu réjouie, qui donnait l'impression
de vouloir en finir au plus vite avec le visiteur inattendu. Et
lorsqu'on sait, selon ce qu'on a pu lire, ici et là, que
le leader de l'opposition de la République a évoqué
les coûts de l'organisation de la conférence, parlé
de sous et fait le procès du gouvernement avec le visiteur
de marque, on peut comprendre le secrétaire général
des Nations unies, qui était visiblement pressé
puisqu'il avait des choses plus importantes à faire sur
le sol mauricien que d'entendre Navin Ramgoolam expliquer son
boycott.
D'autant que, juste avant son entretien avec le leader de l'opposition,
Kofi Annan parlait à la presse locale et internationale
de la conférence de Maurice comme d'un "very successful
meeting", de "high level attendance",
et du fait que l'accent ait été mis sur l'implémentation,
avant de conclure que la "Mauritius conference will be
beneficial to small islands". Le secrétaire général
de l'ONU est connu pour être avare de compliments, lui qui
a affaire à certains des dirigeants les plus cyniques de
la planète. S'il a dit ce qu'il a dit, c'est qu'il a été
vraiment impressionné de la conférence de Maurice,
de la qualité de l'organisation et des facilités
dernier-cri qu'offre le Swami Vivekananda Convention Centre, qualifié
de "impressive" sur le site Internet des SIDS,
et qui peut être consulté à travers le monde
entier. Il a même confié aux délégués
participants que, sur certains aspects, Maurice était mieux
équipée que New York.
Navin Ramgoolam et ses amis - que certains ont d'ailleurs qualifiés
de "jaloux" sur certaines ondes par de modestes mais
pas dupes auditeurs - peuvent raconter ce qu'ils veulent, mais
les syndicalistes, à l'instar de Tulsiraj Benydin et Radhakrishna
Sadien et même Jack Bizlall, les chefs religieux, la société
civile, les organisations non-gouvernementales, celles qui s'occupent
de la coopération régionale, de l'environnement,
du VIH/sida ont, tous, participé, d'une manière
ou d'une autre, aux activités tenues durant la conférence
et ont rencontré des personnes venant de loin, de très
loin même, auxquels ils n'auraient sans doute jamais eu
accès.
Le ballet diplomatique qui s'est déroulé sur notre
sol, le premier contact noué avec Maurice par de lointaines
connaissances, de la Nouvelle Calédonie aux îles
Cook en passant par St Vincent; la participation des dirigeants
politiques de la région, Marc Ravalomanana, James Michel,
Azali Assoumani et Paul Vergès; la présence des
responsables d'organismes aussi cruciaux que l'Unesco, l'Organisation
Météorologique Mondiale, le Commonwealth, la Banque
Mondiale, des États-Unis, de l'Union Européenne
et des pays amis, pour ne citer que ceux-là, est tout à
fait exceptionnelle.
Comme l'est aussi la couverture médiatique de la conférence.
Navin Ramgoolam s'étonnait, à sa conférence
de presse, mardi, que personne ne parle de la conférence.
Il était peut-être jet-lagged, n'étant
rentré que la veille du froid londonien, puisque ce même
lundi, TFI évoquait la conférence de Maurice dans
son journal en prime time. RFI ouvrait le sien, jeudi,
avec l'annonce d'une alerte tsunami pour l'océan indien,
comme le premier résultat de la conférence des PEID
à Maurice. Les journalistes des grandes agences, qu'elles
soient Reuters ou AFP, étaient également bien actifs
pendant l'événement. Le leader de l'opposition s'est
encore une fois grossièrement trompé.
Il est également salutaire que le dossier des Chagos ait
occupé une place prépondérante en marge de
la conférence. Croyez-vous que Bill Rammell se serait dérangé
de Londres rien que pour voir les difficiles conditions de vie
des Chagossiens que son pays a brutalement déracinés
de leur archipel natal ou que le secrétaire général
du Commonwealth Don McKinnon aurait pu serrer une enfant de Chagossiens
dans ses bras s'il n'y avait pas la conférence des SIDS
ici ? Rien que pour cela, le rendez-vous de Maurice est déjà
amplement justifié. Quel aurait été le coût
d'un roadshow pour vanter les charmes de l'île Maurice
à une centaine de pays de la planète ? Astronomique,
n'est-ce pas
Certains ont parlé de folie de grandeurs. D'autres ont
montré la folie des petitesses, dans leurs arguments comme
dans leur attitude. C'est connu, tout ce qui ne relève
pas de la médiocrité et de l'amateurisme va toujours
heurter les pense petits
Humeur
Le sommet du ridicule
Au niveau de l'organisation, le sommet de Maurice, à Pailles,
n'a eu rien à envier avec la conférence annuelle
des Nations unies, à New York. Le commentaire n'est pas
du premier venu mais de celui qui est le mieux à même
de juger du niveau des conférences internationales puisque
c'est son métier d'y assister. Le commentaire était,
on l'a deviné de Kofi Annan, secrétaire général
des Nations unies. Il rejoint l'opinion de ceux qui - représentants
d'institutions internationales ou de gouvernements, de lobbies,
d'ONG à la recherche de financement, fonctionnaires internationaux,
journalistes spécialisés - ont assisté au
sommet de Maurice. Ce succès incontestable est d'abord
dû au palais lui même, ce magnifique cadeau architectural
offert par l'Inde à Maurice dans le cadre de la coopération
bilatérale. Mais il ne suffit pas d'avoir obtenu ce magnifique
palais et de l'avoir inauguré avec faste avec le sommet
des SIDS. Il faudra non seulement le faire vivre avec des activités
dignes de son niveau architectural mais également l'entretenir.
Il ne faudrait surtout pas confier sa gestion à un corps
para étatique incapable d'en assurer intelligemment la
gestion et qui finira par le transformer en palais de la Belle
au Bois Dormant. Ou qui accepterait de louer la grande salle pour
des congrès politiques avec oriflammes, guirlandes en papiers,
pétarades et distribution de briani - avec ou sans chameau
- en take away. En fin de compte la gestion intelligente
du palais sera beaucoup plus difficile à assurer que son
ouverture. Espérons que le gouvernement trouvera pour cette
gestion du palais, des compétences et une solution digne
du somptueux cadeau que lui a fait le gouvernement indien.
Le sommet de Maurice aura été également un
succès au niveau des contacts noués entre les Mauriciens
qui y ont participé et leurs interlocuteurs étrangers.
Pendant ces cinq jours il y eut dans les différentes salles
du sommet et même dans le hall d'accès un frottement
extraordinaire entre les citoyens du monde qui ont participé
aux différentes activités du sommet. Les représentants
d'ONG mauriciennes ont été particulièrement
actifs - plus que beaucoup de délégués, m'a
même soufflé un spécialiste des réunions
- pour se faire connaître et reconnaître et établir
des liens pour la poursuite de leur action. Une fois passé
l'émerveillement de se retrouver pratiquement au siège
des Nations unies, une fois passé l'admiration - méritée
- du palais, les Mauriciens se sont rapidement transformés
en lobbyistes émérites et ont appris à reconnaître
celui dont il fallait absolument retenir l'attention et ont pu
faire passer en quelques minutes des messages que des centaines
de lettres ou d'émail n'auraient jamais pu transmettre
avec autant d'efficacité. Car, comme l'ont répété
tous ceux qui vivent professionnellement des grandes réunions,
leur nécessité première est de permettre
à des gens qui mènent dans des pays différents
le même combat ou des causes similaires de se rencontrer
et de se parler pour avancer. Et un sommet qui réunit en
un seul lieu des spécialistes permet sinon d'obtenir des
solutions à des problèmes précis tout au
moins d'apprendre à envisager d'autres solutions ou d'autres
pistes de réflexion.
Mais le clou du sommet de Maurice n'aura été ni
la beauté du palais, la teneur des déclarations
politiques, le niveau des rencontres et les promesses des associations
qui ont commencé à se faire. Non le clou de cette
conférence est l'uvre du Dr Navin Ramgoolam, leader
de l'opposition de l'île Maurice. Bien avant le sommet il
avait lancé une campagne pour le boycotter avec au départ
des arguments discutables: l'île Maurice connaît suffisamment
de problèmes économiques pour faire l'économique
d'un tel sommet. Mais le problème, c'est que l'engagement
de Maurice a été pris en 2002 et que l'on ne renvoie
pas une conférence internationale avec la même facilité
que le PTr avance ou recule son congrès annuel. Lundi dernier
à son retour de ses vacances de neige à Londres,
le Dr Ramgoolam, pour une fois cohérent avec lui même,
tenait une conférence de presse pour maintenir le boycott
et dénoncer le gouvernement. Mais à la surprise
générale le même Dr Ramgoolam a trouvé
moyen vendredi de demander à rencontrer Kofi Anan premier
responsable de l'organisation du sommet que le leader dénonce
et boycotte ? Le rendez-vous obtenu, il est venu en plein milieu
du palais - ou devait, disait-il se dérouler le dialsa
- se faire photographier avec le Secrétaire Général
des Nations unies. Comment peut-on se faire photographier par
la presse internationale au milieu d'une manifestation que l'on
boycotte et en serrant la main de l'organisateur en chef de la
dite manifestation ? Navin Ramgoolam qui a déjà
fait pas mal de gabegies politiques dans sa vie a atteint vendredi
dernier au Palais des congrès de Pailles, le sommet du
ridicule. C'est un des rares titres que personne ne songera à
lui contester.
Radio télévision
Du koz n'importe au professionnalisme
Ce sommet de Port-Louis a été un flop total. Non
! Ce n'est pas le leader de l'opposition - qui après avoir
annoncé le boycott du sommet, lundi, est allé se
faire photographier avec Kofi Annan, vendredi - qui le dit. Cette
analyse pointue est le fruit de la réflexion d'un journaliste
d'une des chaînes de radios privées qui y assistait.
La raison de cet échec ? Le fait que le poisson aigre-doux
que les organisateurs de la conférence avaient offert gratuitement
au journaliste en guise de déjeuner n'était pas
assez cuit à son goût. Voilà comment l'on
fait d'une anecdote de cuisine sur la manière de cuire
le poisson une information sur un sommet international. À
force d'avoir laissé croire aux journalistes - surtout
ceux des radios privées - qu'ils ne doivent pas être
les témoins impartiaux de l'événement, mais
les acteurs qui le créent en donnant leur opinion sur tout
- et particulièrement sur les sujets qu'ils ne maîtrisent
pas -, voilà où en sont rendues les radios privées:
réduire un sommet international aux préférences
alimentaires d'un journaliste. C'est définitivement le
règne du "koz n'importe".
*
Hassen Rojoa, le roi de l'audimat, commence à récolter
en direct le résultat de ce qu'il sème depuis des
mois en direct, le matin. Partant du fait qu'il est l'animateur
le plus populaire du Paysage Audiovisuel Mauricien - tout au moins
selon les derniers sondages -, il s'est cru investi d'un titre
qui lui permet de dire n'importe quoi à l'antenne. Le roi
de l'audimat local agit comme si les auditeurs sont ses sujets
et que ceux qu'il décide d'appeler en direct à l'antenne
selon sa fantaisie sont obligés de prendre l'appel et de
répondre à ses questions sur tout et rien. Surtout
sur pas grand-chose. Avec un parti pris évident de se moquer
des gens qu'il appelle et de le faire à leurs dépens.
Le tout, avec un ton qui, parfois, ressemble à une forme
de mépris. Si, au départ, ce genre d'émission
- copiée sur les radios françaises - a amusé
l'auditeur, ravi de pouvoir se moquer de ses semblables pris au
dépourvu, les "victimes" sont, non seulement
de moins en moins consentantes pour servir de faire valoir ridicule
au roi de l'audimat, mais commencent à le lui dire et à
le remettre à sa place. C'est le cas de Xavier Luc Duval
qui, interrogé, l'autre matin, sur ce qui se passe actuellement
entre les deux branches de ce qui fut le parti du coq, a, non
seulement refusé de répondre à la question,
mais a renvoyé son interlocuteur
à la lecture
de la presse écrite pour obtenir l'information recherchée.
Comme quoi, il arrive que l'arroseur soit arrosé et que
le comique fasse rire à ses dépens.
*
Jeudi après-midi, Radio One interrompt ses émissions
pour retransmettre en direct un de ces faits divers dont on se
nourrit de plus en plus à Maurice. Il s'agit d'un accident
de la route qui avait conduit un autobus à se retrouver
au bord d'un ravin dans l'est du pays. Les commentaires dramatisés
du responsable de la circulation routière de cette radio
- que l'on voit souvent commenter la situation au Caudan alors
qu'il est garé à côté du pont Colville
Deverell - semblaient sortir d'une de ces émissions de
la télé-réalité consacrée aux
grands cataclysmes naturels. Son ton, son vocabulaire, le luxe
de détails dramatiques ont pu faire croire qu'il attendait
avec impatience la chute de l'autobus avec ses passagers dans
le ravin pour donner plus de "relief" dramatique à
son "reportage".
*
Par contre, la retransmission par la télévision
de l'ouverture du sommet de Maurice, lundi dernier, était
du bon travail de journaliste. Pour une fois, un seul journaliste
assurait le commentaire de la cérémonie au lieu
de ces duos linguistiques approximatifs qui s'obstinent à
traduire dans deux ou trois langues ce que le téléspectateur
voit et entend sur son petit écran. Le journaliste de service
avait fait un travail de recherche sur les origines de la conférence,
ses implications et ses objectifs, ce qui a permis à l'auditeur
de tout apprendre sur les SIDS et le sommet en une demi-heure.
C'était un travail bien fait qui méritait d'être
salué. Comme quoi, quand le service public veut et se donne
les moyens, il peut montrer que le professionnalisme et la rigueur
dans le reportage ne sont pas des concepts du passé.
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o p i n i o n
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WEEK-END --- dimanche 16 janvier 2005
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